10 Juillet 30ème anniversaire du coup: Moustapha Ould Mohamed Saleck parle à Ould Kaïge -( Chapitre I)


Avertissement : depuis le retour d’exil du président Moktar Ould Daddah, Ould Kaïge a voulu savoir les circonstances et les raisons de sa chute. Il a interrogé les collaborateurs du père-fondateur mais aussi les pustchistes. Entendre les raisons de chacun n’est pas les partager,

mais mieux voir et comprendre.

Ould Kaïge n’a la responsabilité que des questions.

L’entretien a eu lieu,  le dimanche 23 Avril 2006.

questions et dires de Bertrand Fessard de Foucault

dires de Moustapha Ould Mohamed Saleck

 

I – Ambiance et évolution des choses : une explication ?

II –Un putsch ou le changement ? Qu’est-ce que la légitimité ?

III – Les impasses

 

I

 

Ambiance et évolution des choses

 

Le 10 Juillet 1978, quand l’armée renverse le président Moktar Ould Daddah, vous êtes le chef de l’’état-major national, pour la troisième fois, et vous devenez le premier président des Comités militaires que le pays a connu jusqu’en 1992. Moktar Ould Daddah vous a connu instituteur et vous a fait faire les plus hautes études militaires – elles se faisaient toujours en France à l’époque – et vous avez été son premier aide-de-camp mauritanien. Vous avez été un temps gouverneur de région.

 Je remplissais mes missions avec d’autant plus de cœur que j’y croyais, que je croyais à cette Mauritanie, dans ces circonstances tout à fait particulières. J’avais également l’appréciation, en tous cas les égards de la part de tout le monde, aussi bien du secrétariat général à la Défense. Jamais désignation ou initiative n’a été jugée plus juste qu’un garçon comme Mohamed Ould Cheikh : réaliste sur tous les plans. Pas du tout prétentieux en tant que personne, pas du tout prétentieux sur le plan technique. Mohamed Ould Cheikh était un garçon de poigne et quand il est quelque part, dans un gouvernement, on sent qu’il y a Mohamed Ould Cheikh, on sent qu’il y a une personne, qu’on pouvait convaincre, avec laquelle on discutait. Excellent collaborateur, vraiment tout désigné : c’est un chef, incontestablement. Un homme d’Etat. C’est pourquoi les gens ne l’ont pas toujours apprécié tel qu’il est parce qu’ils ont toujours voulu créer entre lui et Moktar une certaine mésentente. A laquelle, d’ailleurs, il se refusait, parce que – lui – il a le verbe franc. Quand il est devant Moktar, il lui dit les quatre vérités.

 

Une armée, ou pas ?

 

Nous nous sommes rencontrés, lors du Conseil national à Tidjikja, en Mars 1970. On commence d’envisager l’intégration de l’armée au Parti. Est-ce un problème pour vous ?

 M. Sall Abdoul Aziz, à l’époque directeur de cabinet du Président, peut le confirmer. Je lui dis : j’ai l’impression  que je piétine, je tourne sur place. Il y a des procédures. Ou bien nous voulons faire une armée, engager cette armée à un certain niveau. Si ce n’est pas le cas, moi je pense que j’ai encore un minimum de vigueur, confiez-moi de grâce quelque chose qui me permette d’être utile au pays et ne me demnadez pas de former des soldats qui ne font plus que manger et boire. Pendant très longtemps avec gentillesse, il m’a écouté. Vous êtes très fatigué, on va vous envoyer à Las Palmas, il y a des hôtels, passer un mois à l’étranger. – Je ne suis pas du tout fatigué … il me faut régler cette affaire, il me faut un équipement, il me faut une armée. Qui soit digne de ce nom, quelque chose d’abouti. Cela ne m’intéresse pas de faire de la politique. A ce moment-là, naturellement, on traversait toutes ces phases de vouloir intégrer l’armée au Parti. Le ministre du Parti, où chacun à son salon et où l’on compte les officiers qui sont là. Je me suis interdit ces choses-là, les militaires politiques, les politiques militaires… en tant que militaires, nous ne sommes pas faits pour faire de la politique. Ce qui m’intéresse c’est que ce pays-là reste sain et sauf. Et qu’il ait un outil militaire qui se développe, qui ait du matériel et qui suive l’évolution des matériels, que tous ces pays inventent… Rester en continuité avec ma conscience et en continuité avec ma formation. 

 Naturellement, j’ai préparé le dossier, dans un domaine, dans une ambiance, dans un monde auquel je n’appartenais pas du tout, où les gens s’achetaient des officiers pour avoir le plus grand groupe. En tout cas personnellement, moi, je n’y a pas participé. Nous avons fait Tidjikja, j’ai amené le dossier, il était prêt, il comportait tous les éléments pour la  décision. A notre retour, une semaine, deux semaines, je suis revenu à la charge. Moktar a été suffisamment gentil quand même pour me recevoir, il m’a dit : nous ne sommes pas un pays en guerre, et notre vocation n’est pas la guerre. Nous n’avons donc pas à nous armer. Nous ne le pouvons pas. Nous avons autre chose de plus urgent que les armes ou que l’équipement militaire. Nous avons besoin d’une présence … d’une grande police… noble, grande qui puisse parer aux petites éventualités. Nous n’avons aucune vocation à agresser personne et personne ne viendra… J’ai répliqué : je ne suis pas de cet avis. Nous avons des mines, nous avons du poisson, nous avons certainement du pétrole qui va apparaître par on ne sait qui, et les gens aujourd’hui ont tous des intérêts économiques… qui attireront certainement des convoitises de tous côtés. Et nous ne pourrons pas affronter ces situations. Moi, en tous cas, je ne peux pas affronter cette situation. Faites les choix que vous voulez, moi, je veux bien gérer peut-être des citoyens, les aider sur le terrain, mais pas cette expectative dans laquelle vous nous conservez… j’ai insisté plusieurs semaines, plusieurs mois, et en définitive, ils m’ont affecté dans l’administration régionale.

 D’abord à Néma, adjoint à l’un des gouverneurs, puis je suis allé à Atar comme gouverneur, aussitôt après quelques mois ramené à Néma comme gouverneur, etc… je me suis exercé dans ce domaine de l’administration. Qui n’était d’ailleurs pas moins fatiguant, au contraire où j’ai eu à apporter certaines choses, au point que le Président a exigé que les gouverneurs soient présents à toutes les réunions du Bureau politique. Nous étions convoqués à toutes les réunions à participer à l’avenir du pays sans avoir à renier de mon côté le terrain.

 Jusqu’au jour où de Néma, j’ai eu un problème avec les politiciens du Parti. Raison m’a été donnée quand même à  au point que j’ai été chargé, pendant la dernière année que je suis resté, à avoir le chapeau du parti, et celui de Wali, du gouverneur. De Néma, j’ai rejoint Aleg. Où très tôt, nous avons eu ce problème de Boghé et nous avons presque failli venir aux armes avec les gens du Sénégal. Réunions avec le gouverneur du Fleuve et les préfets de Rosso, Kaédi. Du côté du Sénégal, il n’y avait qu’un seul représentant, un colonel très en cour. Bras de fer dans des conditions particulières, quand pendant deux jours, il nous a tenu tête… j’ai demandé à ce que nous restions seuls entre militaires et je lui ai dit : colonel, si vous êtes venus dans cette intention, qu’à cela ne tienne, faisons tout de suite le procès-verbal suivant et nous rentrons chacun dans son pays … nous n’avons plus rien à ajouter. Evidemment, cela a fait impression et l’officier a été suffisamment intelligent pour revenir sur tout ce qu’il avait avancé et terminer le travail assez correctement. Je suis rentré aussitôt à Nouakchott, et, au ministre d’Etat, chargé de l’Intérieur, à l’époque Ahmed Ould Mohamed Salah, j’ai dit : vous avez les résultats, le Sénégal est là, mais l’affaire va éclater sur la frontière du Sahara. Nous allons l’avoir dans très peu de temps … avec le Sénégal, nous n’avons  aucun conflit, aucun contentieux que nous avons pu discuter. Le Sénégal est mû par un certain mouvement, par une certaine action, un certain conseil…et derrière il y a quelque chose qui se prépare. Méfiez-vous, cela va éclater. Vous verrez… Je suis parti, l’affaire a éclaté pas plus de quatre jours après mon retour à Aleg.

 L’attaque surprise du Polisario sur Nouakchott

 Et cette histoire-là, dès qu’elle a éclaté, on n’a pas trouvé mieux de m’affecter de la circonscription d’Aleg à la direction de la Sonimex, parce que c’était une société qui s’en allait à la dérive et qui tombait en faillite. Et je me retrouve donc directeur général de la Sonimex, il ne devait rester qu’une comptabilité mal fichue et des stocks pratiquement dévastés. Je n’étais pas prêt à faire çà, mais je n’ai pas perdu mon temps, je ne suis resté d’ailleurs que quelques mois. A peine le temps… c’était déjà en 1976… comme par hasard, nous nous trouvons à Nouakchott. Donc, un beau matin, tombent les obus du Polisario, à côté de la Présidence … je venais de rentrer à la Sonimex, je n’étais qu’un civil, et naturellement quand sont tombés les obus, je me suis dépêché à rentrer chez moi, j’avais mes affaires militaires, un petit équipement pour pouvoir m’habiller rapidement, s’il le fallait. Et je me suis dirigé au ministère de la Défense. J’ai trouvé les gens… jusqu’au moment où le ministre a accepté de me recevoir, il voulait me voir d’ailleurs, en me disant : qu’est-ce que vous faites là ? – Je crois que c’est le ministère de la Défense et je ne suis pas encore étranger, je voudrais bien savoir à quoi je peux être utile. Je ne peux pas rester dans cette situation, les bras croisés. – Votre place n’est pas là. Rejoignez l’état-major. Qu’à cela ne tienne, c’est tout ce que j’attendais. Je suis parti voir mes collègues à l’état-major. Je suis entré… je les ai trouvés un peu … le premier qui m’a… c’était l’adjoint, à l’époque c’était Maaouya Ould Taya. Qu’est-ce qu’il se passe ? qu’est-ce que vous faites ? rien. Où est le chef ? A l’époque, c’étaut Hamoud Ould Naji. Il est en train de dormir sur un petit lit.  Qu’est-ce que vous avez fait ? rien.  Nous n’avons rien fait jusqu’ici. Il y a une unité de la garde qui est sortie du côté de… Dans combien de temps, pouvez-vous faire rassembler vos hommes, voilà ce qu’on pourrait faire ensemble, qu’y a-t-il comme officiers présents ? Il m’a dit : d’accord. Je n’avais pas mis les pieds là-bas depuis trois ans, mais je me suis rendu aussitôt près de M. Gallouedec. J’ai besoin de votre avion. Nous avons fait le tour de l’ensemble de Nouakchott, vu la petite unité de la garde qui était alignée dans la sebkha, avec Djeïda. Nous sommes allés plus loin, jusques là où se trouvait le PC du Polisario et nous  avons constaté qu’effectivement il y avait une petite présence, une petite activité de ce côté-là. Je suis rentré donc avec la fin du rassemblement de mes collègues. Ecoutez, nous sommes là, vous ne pouvez pas vaquer à vos activités alors que le pays vient d’être attaqué.  Nous ne savons pas ce qui peut recommencer. Avant la nuit, il faut nécessairement qu’une ceinture de protection soit installée autour de Nouakchott. Et avant dix-sept heures, tous sont partis pour se poster.

 Et tout cela, uniquement par votre autorité morale, sans commandement effectif, légal ?

 Ni légal, ni quoi que ce soit. Naturellement, je ne reste pas derrière les gens qui exécutent. Sur le terrain, du côté de l’armée, il y avait deux ou trois officiers, un artilleur, un commandant de groupement assemblé à partir du disponible des effectifs, la gendarmerie, son chef, ils étaient également sortis. Les gens étaient à leur commandement. Ils n’avaient aucune raison  de démissionner. Et moi… je ne me suis même pas mis en tenue, je suis resté en civil comme je l’étais avec mes archives et mes documents de Sonimex et pas plus.

 Et vous aviez gardé une arme de service ?

 Même pas … mais l’armée était là, il n’y avait pas de problème. Je suis resté deux ou trois semaines, le temps de faire évoluer l’affaire et je me retrouve un soir, convoqué à la présidence de la République.

 Evidemment, les événements du Polisario se précipitaient. Bloqués à Nouakchott, ils se sont retournés aussitôt sur Atar, Zouératte et toute cette période-là.  Et les petites escarmouches contre le train s’accentuaient très fort : ils avaient dû descendre un effectif très important. Nous avons pu faire déclencher l’intervention des Jaguar : ah ! des frappes très fortes, sans lesquelles nous ne les aurions pas freinés. Parce qu’ils étaient entrés très profondément.

 Donc, vous voyez le Président à ce moment-là.?

 Oui, oui. C’est sur sa convocation que nous sommes venus. Moi-même avec un certain nombre d’officiers. Il faut se concentrer et voir ce qu’il se passe. Nous sommes allés rejoindre Atar le lendemain où il y avait des bagarres  permanentes, loin sur tout le Dhar, des attaques sur Chinguetti, sur Ouadane, même à proximité d’Atar. Les gens criaient un peu partout, en disant : vous acceptez le Polisario… le commandement de la région d’Atar était confié à Haïdalla… Haïdalla, les gens… les civils, le taxaient d’avoir une antenne… d’être en termes… on le taxait de n’importe quoi…

 … par sa parenté de naissance

 Me voici de nouveau chef d’état-major. Cela a été au début difficile, mais après cela s’est très bien passé, parce que, d’abord, j’ai été obligé de modifier le dispositif : il y avait une situation très dure à gérer.


La responsabilité du changement

 Mais il se développait tout un autre esprit que je ne cherchais pas à connaître, aussi bien à l’occasion des événements de 1966, qu’à l’occasion de toutes les manifestations qui ont failli nous amener à de véritables catastrophes.… Ainsi, à l’occasion des réformes de l’enseignement à partir de 1965-1966. Elles étaient très contestées entre ceux qui prônaient l’arabisation et le choix par les Négro-Africains d’un enseignement francophone : un méli-mélo inextricable. Face à cette situation, certains officiers, beaucoup, et chaque fois, sont intervenus ou sont venus près de moi manifester, ou bien, en tout cas, essayaient de se dévoiler en disant que cette situation n’était pas supportable, qu’il fallait chercher des solutions rapides et adaptées… qu’il fallait ceci ou cela… je ne leur ai jamais prêté l’oreille, naturellement, à cela car j’ai toujours considéré que la solution doit venir du gouvernement civil en place.

 On vous a prêté des velléités, comme vous le savez, dès 1966…  en liaison, avec Mohamed Cheikh. On vous a fait porter beaucoup de péchés.

 Cette histoire de Mohamed Ould Cheikh m’étonne beaucoup et je me demande en réalité quelle a été l’origine de cette rumeur.

 Quant aux événements de 1966, je me demande ce que serait devenue la Mauritanie si je n’avais pas été là à ce moment précis. Pendant plusieurs semaines il n y avait plus de pouvoir gouvernemental. Pourtant, suite à notre intervention, les choses sont rentrées dans l’ordre.

 Par la suite effectivement, beaucoup a été rapportées sur ce qui aurait été mes intentions. En Mauritanie, si on se base ou si l’on prête l’oreille à ce que les gens sont capables de dire. On se perdrait complètement. Tant mieux, si cette histoire a pu alimenter ou occuper l’imagination de certains pendant quelques temps.

 De toute façon, il y avait des gens qui ne pouvaient pas se tromper autant, ce sont les officiers français qui ont travaillé avec nous jusqu’à la dernière minute. Ils savaient parfaitement ce que chacun voulait et ce vers quoi on s’orientait. Mais je ne vivais pas dans cette ambiance-là… je n’ai jamais rien dit à personne et je ne me suis jamais non plus… et je ne le ferai jamais de ma vie… vanté d’avoir fait ceci ou cela. Je ne voulais rien d’autre que servir mon pays. Rien d’autre, l’essentiel pour moi, c’est que – sur le terrain – les résultats soient là. Il n’y a donc pas du tout de publicité à faire autour d’une quelque vocation ou ambition personnelle, quelles qu’elles soient. Jamais… jusqu’à présent d’ailleurs, je n’ai accepté d’approcher la presse de près ou de loin pour parler de ces choses là.

 

Qu’est-ce donc qui vous a amené à prendre une telle responsabilité ?

 Le président Moktar, moi je l’ai bien connu… je sais une chose. C’est qu’il a toujours agi en pensant à l’intérêt de ce pays. Mais les choses ne sont pas allées dans le bon sens.

 Pour le changement, on peut évoquer toutes les raisons que l’on veut. D’ailleurs beaucoup de bruits avaient couru à ce sujet. Des ministres de Moktar, dont certains amis à moi, auraient déclaré, à la suite de visites qu’ils m’avaiet faites, ou après des voyages que j’ai accomplis avec eux, en tant que Gouverneur de région…. travaillant sur le terrain, sur des choses concrètes… eh bien ! cet homme-là va prendre le pouvoir. Cet homme là a un goût personnel du pouvoir. Certains d’entre eux ont ainsi parlé de moi au président Moktar, se fondant sur ma manière d’agir, d’expliquer l’évolution des événements. Mais, rien de tout cela n’était vrai. D’ailleurs, dans les cercles du pouvoir, et le Président lui-même personne n’avait quelque chose à me reprocher. A preuve, d’ailleurs, j’ai été nommé une troisième fois chef d’état-majaor national, c’était en Février 1978.

 Je n’ai rien à faire du pouvoir.  Par contre, j’ai des vérités devant moi, devant le pays, et ma confiance en Moktar, et mon désir de le voir sortir le pays de cette impasse… ma tristesse de le voir partir sur de mauvais choix, de ne pas dire à ses ministres : Non ! Stop ! çà ne va pas, dans tel et tel domaine, votre façon de faire ne correspond pas à ce qu’il faut pour la Mauritanie. Il ne faut pas obligatoirement partir sur la volonté, ou suivre pas à pas, ou essayer de faire plaisir au Président ou aux ministres en leur disant que ce qu’ils font, est bien, alors que – en réalité – on est parfaitement conscient que çà ne l’est pas.

 En réalité, les raisons profondes du changement opéré résident dans le fait que la machine étatique s’était arrêtée depuis que la guerre avait été déclarée ; que les efforts et le courage humains n’étaient plus suffisants à eux seuls pour poursuivre la guerre ; que le pays commençait à se dépeupler en direction de l’Algérie (appels du Polisario) ou vers le Sud (Sénégal, Mali,…) ; que la SNIM, seule source de financement, n’avait plus de carburant pour les forces armées et les troupes combattantes ; même si les forces armées s’étaient battues jusqu’au dernier homme… comme il leut fut demandé et comme elles y étaient prêtes. Les mécontentements étaient grandissants et à tous les niveaux. 

 Je ne suis pas arrivé à me faire entendre. A la fin… j’avais peur pour la vie de Moktar. J’ai entendu dire… ce sont les officiers qui veulent prendre le pouvoir. Ce n’est pas vrai, c’est une erreur, il n’y a pas d’officiers qui ont voulu prendre le pouvoir … il y en avait qui en éprouvaient l’envie, mais ils savaient que, moi, j’étais là et que j’étais – si vous voulez – le passage obligé. Ils ne pouvaient pas entreprendre, dans cette armée que j’avais constituée à partir de zéro, que j’ai formée… qui est là… ils ne pouvait pas entreprendre la moindre action pour changer quoi que ce soit tant que je n’ai pas accepté de le faire. Mais il a fallu attendre et écouter tout le monde. Dans certains milieux, loin de l’institution militaire, la grogne devenait perceptible. Cela pouvait aller très loin. Certains promettaient de commettre l’irréparable…faire disparaître Moktar à la première occasion.

 Cela, je ne l’aurais jamais accepté de ma vie.

 L’ancien directeur de la SNIM me disait : il faut trouver une formule politique pour sortir de cette crise. Je veux bien mais la guerre était là, les combattants courageux mais de plus en plus démunis. Les dégâts devenaient importants et la solution politique n’arrivait pas. Personne ne refuse le combat, personne ne refuse le sacrifice, mais il fallait un minimum de moyens pour pouvoir faire la guerre.

 Et on ne les avait pas… on ne les avait pas, au départ ?

 … ni à l’arrivée. On n’avait absolument rien du tout.  Le pire, c’est qu’un certain nombre de ministres de cette époque – à ce que l’on dit, ce n’est pas mon domaine et je n’ai pas de vérification à faire – sont  partis et ils ont eu, semble-t-il, des aides très importantes de l’extérieur, dont les forces armées, dont le pays avaient grandement besoin. Personne n’a jamais su ce que ces aides étaient devenues. C’était là aussi l’une des facettes dramatiques de cette guerre.

 Je me suis retrouvé avec des troupes dans cette situation-là, des hommes sur le terrain : je veux bien qu’on fasse ce que l’on peut faire, mais le matériel que nous utilisons, les véhicules, tout avait besoin de carburant. Que me proposait-on ? Réquisitionnez les stocks de la SNIM. Je signais des réquisitions chaque fois, mais au bout de quelques temps, il n’y avait plus de quoi faire fonctionner les trains ni la société. Nous, qui avions besoin d’une liaison en permanence de Nouakchott jusqu’à la frontière, et surtout vers la partie du Sahara que nous supervisions, nous ne pouvions nous permettre d’épuiser par réquisition les stocks de la SNIM. Surtout que la société ne se voyait pas payer une seule facture. Le directeur était là et fasait ce qu’il pouvait… je l’avais souvent dans mon bureau.

 Les troupes étaient dans la misère. La plupart d’entre elles étaient sur le front, isolées, immobilisées depuis des mois. Les combattants étaient là sans voir leur famille, ni pouvoir leur donner quoi que ce soit. C’était vraiment une situation invivable : je n’ai jamais voulu exagérer les choses, mais, ceux comme moi, qui ont vécu les choses de l’intérieur, sur le terrain, savaient que les résultats étaient là.

 Et au moment où se fait l’accord de Madrid et le partage, vous n’avez pas d’opinion ? il y avait une contradiction : on avait soutenu l’autodétermination du Sahara en pensant que ces Sahariens, étant Mauritaniens, vous viendraient, puis ensuite on partage pour un petit morceau, une exploitation commune.

 Cela va survenir complètement en dehors de l’institution militaire.. Jamais, je n’ai été associé ni de près ni de loin, à cette négociation là. Ce sont pratiquement tous des civils qui sont allés mener cela. Et nous, en tout cas, sur le plan militaire, nous n’avons jamais été associés à ces questions d’accord tripartite, à ce qui se discutait avec le Maroc, l’Algérie, etc…

 Pourtant, je ne me suis pas limité à cela. Après des contacts personnels avec Moktar, j’ai essayé d’expliquer… je n’ai jamais réclamé autre chose que des moyens, jamais voulu autre chose ou alors – à défaut de moyens – de quoi faire arrêter, par une décision politique, diplomatique, le carnage qui était en cours.

 

Et cette décision politique, vous l’aviez dans la tête ? vous la proposiez ?

 

… avant le changement ? Non ! Moi, je ne sais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas…enfin, de ce qui ne me regarde pas directement, je me limite à mes propres responsabilités. J’évitais surtout que l’on puisse supposer que j’étais en train de chercher à faire arrêter la guerre parce que je ne voulais pas combattre. Je suis allé, dans des conditions vraiment incroyables, de nuit comme de jour, sans répit, pour justement arrêter tout ce qui pouvait l’être… limiter les dégâts… Non seulement, après m’avoir envoyé dans le nord, on m’a ramené à Nouakchott, mais avant de me ramener d’Atar à Nouakchott, on nous a rattaché tout ce qui était proche d’Atar et de ses environs : Choum, toute cette partie de la voie ferrée et les unités qui s’y trouvaient parce qu’on s’est aperçu qu’avec moi, les moyens seraient bien utilisés et contribueraient à l’effort de guerre… il y a des témoins, tout ce monde qui assistait à cela… il faut parler de cette période-là  avec la mission française, les Jaguar…aucun problème.

 Mieux, quand on est revenu à Nouakchott, après les différentes réunions avec le Maroc au sujet des Comités de défense, l’utilisation des troupes marocaines,… dont d’ailleurs je n’ai jamais voulu, j’ai plaidé pour une meilleure utilisation, encore plus à fond. J’escomptais – et je l’ai dit devant le Roi et le président Moktar –que les unités marocaines qui sont là, deviennent des unités mauritaniennes. Je m’attendais à pouvoir les utiliser de la même façon que les autres. J’ai donc précisé que si ces unités doivent avoir une utilisation particulière, et n’obeir qu’à une hiérarchie donnée, moi – je n’en ai pas besoin.  Vous les retirez immédiatement chez vous, et vous les gardez. Parce que je ne voulais pas du tout que la souveraineté de la Mauritanie soit entachée de quoi que ce soit et qu’une partie, quelle qu’elle soit, puisse, à travers la présence de ses unités, prétendre au commandement chez nous.

 Je suis allé voir le Président. Il faut quand même que vous entendiez les officiers, que vous les voyiez, que vous voyiez un peu dans quelle mentalité ils se trouvent, il m’a dit : bon ! je vais tenir une réunion avec les officiers du front et les commandants de région pour faire le point de ce qui se passe. On tient la réunion, on commence à discuter. Les officiers, la majeure partie des officiers et surtout un certain nombre d’anciens viennent carrément avec des idées, pour le moins particulières, avec un discours différent de celui qu’ils me tenaient… en disant que … ils ne se plaignent de rien. Il est sorti de cette réunion que la seule revendication était la décentralisation des moyens financiers.

En réalité, qu’est-ce qu’on a fait ? tout ce qui était destiné aux régions était confiné entre les mains du commandant de région militaire, il le gérait comme il le voulait. Cela a abouti à toutes sortes d’abus qui ont marqué cette période et terni l’image de l’institution militaire. Ces actes sont indignes et particulièrement pendant cette période. Détournements et autres camouflages de disparitions d’armes et de stocks. Le Mauritanien a toujours eu une imagination fertile.

Pour terminer, nous sommes sortis de cette réunion, à laquelle étaient présents le Président et le Ministre de la Défense,  avec un procès-verbal, certes, mais qui n’avait aucun sens. Ce pourquoi j’avais demandé et organisé cette réunion, n’vait pas été discuté.… pourtant tout le commandement des forces armées était là.

 

Cette réunion, c’est celle du 5 Juillet, ou quelque chose comme çà ? c’est très peu avant les événements, avant le putsch…

 

Le chef de l’Etat n’a pas dit autre chose que : écoutez, il n’y a qu’une seule solution, avec moyens ou sans moyen, nous nous battrons jusqu’au dernier homme. Cela, c’était la conclusion, il n’y avait pas autre chose. Nous nous battrons jusqu’au dernier homme, quelles que soient les conditions dans lesquelles on se trouvait. Voilà … en tout cas, pour moi, la conclusion fut : maintenant, il n’y a plus rien à faire. Pour qui était là, il n’y avait pas de mesures, en vue. Il n’y avait pas de renforcement des moyens parce que les ressources étaient complètement épuisées. Il fallait donc tenter le statu quo. Et … c’est dans ce contexte qu’est intervenue Le Changement.

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Source : BFF dit Ould Keige


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