L’Evolution des mœurs en Mauritanie à travers les périodes historiques


A- Avant la colonisation : Les sociétés mauritaniennes cibles, particulièrement les Maures « ces arabo-berbères mâtinés de nègres » suivant l’expression du professeur Abd el Weddoud Ould Cheikh, les hal poularen dits « toucouleurs » des « … Peuls négrifiés ou des nègres « poularisés » et les Soninké appelés par leurs deux voisins quelquefois « Sarakole » ou homme blanc pouvaient être caractérisées de féodalités à l’européenne .

homody Cette société maure reposait au départ sur une dyarchie Hassane-Tolba (25) minoritaire et ambigüe. Elle avait toutefois une apparence de solidité par l’alliance (et /ou complicité) ainsi réalisée entre l’épée et la plume.

Au dessous de cette tête hybride la structure sociale pyramidale était étrangère, greffée mais rejetée par l’ordre établi qui se suffisait de sa tête pensante. Guerriers, ses gens d’armes, et marabouts, ses mandarins, scribes et clercs, régentaient une société toute à leur dévolution par la grâce d’Allah ou par la force du muscle ; la peur des armes et les prodiges supposés de la sainteté étaient les seuls gardiens de l’ordre, le prétexte ou la raison de la servile soumission.

Chez les Maures la pyramide dominée par une dyarchie HASSANE , porteurs des armes ou guerriers et les Zawaya, Tolba , gens du livre et de l’encrier est constitué, jusqu’au bas de l’échelle les manants taillables et corvéables à merci ( Haratines, tributaires, forgerons et esclaves) et les griots par etc ;

La stratification chez les hal poularen, grosso modo, est similaire pour la hiérarchisation et l’héritage du statut mais beaucoup plus complexe pour la multitude des groupes : Rimbe (gens libres), Nyenbe (les gens castes comme , dyabe ( gens serviles) et leurs multitudes, de sous-ordres et de catégories fonctionnelles ou professionnelles,

Tout était réglé d’avance, tout était immuable, inerte, éternel ! Le code « moral » et les « valeurs » morales qui en sont l’émanation étaient semblable à celui de toutes les chevaleries, de toutes les sociétés courtoises, de toutes les « aristocraties » exaltait le courage physique, l’adresse, l’endurance, la soumission du manant, ce « mal-né » presque jamais la pitié par contre… Que « même savant le forgeron n’était rien! » (lakhayre fi el Haddad lew kanne alimenn)(30).

Peu de choses à dire des « AZNAGA« (31) ces tributaires de troisième ordre, assimilables, toutes proportions gardées, aux intouchables de l’hindouisme ? aux serfs d’Europe Occidentale et aux moujiks de la Russie. Le pays divisés en émirats, cantons, » Ghabila » » yettode » , clans et » zawiya » Confrériques se caractérisait donc par les isolats sociaux et l’autarcie économique ; les rapports étant de type féodale

Pourtant cet ordre social avec sa hiérarchie, ses règles et ses tabous a survécu des siècles durant sans jamais prétendre baser sa philosophie sur l’équité ; bien au contraire !

Personne parmi ceux qui en bénéficiaient ne le pensait tel, ne le voulait juste, ni ne croyait qu’il le pourrait jamais. Personne aussi parmi ceux qui en subissaient les frustrations, les injustices etc. ne pouvait l’imaginer devenir juste, ni qu’il le devait. C’était pour tous la chose jugée, immuable, terminée et même sacrée suivant les enseignements des imams, cheikhs, cadis et autres directeurs de consciences !

Exploitants et exploités ; « nobles » et « manants », séparés par une classification sociale rigidement étagée mais ne se différenciant pas beaucoup quant à leur dénuement et même leur grande misère ! A tous manquaient, en effet, les rudiments élémentaires que d’autres sociétés, même relativement modestes, connaissaient à profusion !

Dans le futur, le changement de cet état de choses élargira le fossé séparant régions, ethnies, tribus et groupes, aggravant la situation conflictuelle au sein de la nouvelle structure sociale ! Mais n’anticipons pas…

B-durant l’occupation française
L’insignifiance du pourcentage de la « population urbaine » (5%) concentrée dans quelques gros bourgs dans les régions oasiennes ( au Tagant et en Adrar) ou logeant le fleuve en plus de Oualata et Néma et la faiblesse des contacts directs avec les français( chefs de tribus et de clans, interprètes, goumiers, gardes-cercles et domestiques) en plus d’un nombre restreint d’enseignants et de soignants, n’ont pas changé grandement la donne sauf pour la corruption des intermédiaires

Odette Du Puigaudeau auteur de nombreux ouvrages et étude sur les « pays maures » note « (la) société maure aime sa liberté, jusqu’à l’anarchie. De toute sa vie un homme ne se montrera pas avec sa femme, ne cajolera pas son enfant, ne mangera, ne fumera n’élèvera pas la voix devant son père, son oncle, son frère aîné ou son professeur, formalisme dira-t-on. Non cela c’est la hachouma musulmane, un sentiment mêlé de respect, de pudeur et de honte, la conscience des prééminences des valeurs, de la place qu’on occupe dans la hiérarchie universelle ». La citation est tirée du merveilleux livre « Tagant » écrit par cette globe-trotter entre 1935 et 1938.

Ce témoignage quant à « … la conscience des prééminences des valeurs, de la place qu’on occupe dans la hiérarchie universelle… ». peut être, à mon avis, étendu aux trois autres communautés socio- culturelles du pays ( hal poularen, Soninké et Wolofs)

Mais La colonisation accomplissait ainsi le tour de force de briser tout l’univers traditionnel des mauritaniens, l’unifiant pour la première fois dans la servitude de dépendance économique et, surtout, psychologique. Elle rivalisait ainsi avantageusement avec des traditions des plus solides, des plus enracinées.

Cet initial ( peut-être) exode rural était le résultat du triomphe de la nouvelle échelle de « valeurs », du prestige diminuant des conditions de vie rurale et de l’introduction de l’économie monétaire. Et cet état de choses était ainsi appelé à rompre les ressorts profonds du pays et l’âme de son peuple. Jamais pourtant ne seront profondes, comme traumatisme, et jamais générales, en raison du nombre restreint des personnes concernées, les conséquences négatives de la colonisation.

C-de l’indépendance à la grande sécheresse

A l’indépendance plusieurs facteurs vont se liguer pour peindre un tout nouveau tableau de la vie des gens et de l’évolution de leurs modes de vie et mentalités.

Le nombre de fonctionnaires d’autorité (administrateurs, fonctionnaires subalternes policiers, gendarmes, douaniers etc. ) vont se multiplier et les conditions de vie se compliquer au moment même où les règles de la bonnes gestion sont ignorées ou négligées…ou refusées ! Aussi les gens s’éloignaient des valeurs traditionnelles positives étaient ignorées. Et « … ce qui faisait mourir de honte ne faisaient même plus rougir les faces !!! »

Et paradoxalement ce sera la mission donc de » l’indépendance » octroyée d’infliger les cicatrices les plus marquantes à l’ensemble de l’édifice national historique ! Avec cette indépendance a surgi une nouvelle élite héritière directe du pouvoir colonial et arborant, en plus, comme légitimité celle que lui confère ce pouvoir usurpateur d’occupation.

Pourtant la mythologie populaire, créée et amplifiée par le mouvement patriotique anti- colonialiste et anti-impérialiste ici et partout ailleurs, rêvait d’indépendances apportant avec elles la liberté, l’égalité, la justice et l’opulence par le développement. Le mauritanien moyen, en particulier, espérait vivre l’heure du respect de ses idées, ses croyances et l’utilisation de son savoir, de son savoir- faire et de ses compétences au service du pays.

Pour les masses, la Mauritanie nouvelle, rétablie dans sa libre détermination, fière de son passé, pour sa partie objectivement positive, devait être le patrimoine de tous. Mais il fallait vite désenchanter…Sitôt les lampions de l’indépendance éteints, les paysans et éleveurs retournèrent à leur scepticisme, les salariés gardèrent les mêmes émoluments, les chefs et notables trouvaient en le nouveau pouvoir « national » un autoritarisme plus contraignant et une autorité encore plus jalouse que du temps de l’administration coloniale!

Mais l’expérience historique de ce nouveau pouvoir commençait par deux postulats de base Absolument erronées :

-1°) Que l’Etat national moderne était acquis, était une réalité quasi spontanée. Or cet Etat n’existait pas encore sous une forme élaborée, fonctionnelle ; pas plus que le pouvoir traditionnel « honni » n’avait cessé d’exister !…

2°) Que les solutions, toutes les solutions ; que les modèles, tous les modèles étaient valables pour la Mauritanie une fois, malhabilement et dans la précipitation, retaillées aux dimensions supposées (en vérité méconnues) du pays !…

Ainsi au nom de je ne sais quelle « authenticité » et au nom de je ne sais quelle croisade anti- colonialiste et anti- impérialiste hypocrite, les pouvoirs néocoloniaux (n’ayons pas peur de lâcher la juste dénomination) allaient systématiquement démanteler l’embryon réel de démocratie laissée quand même en héritage par le colonisateur européen. Sans rien modifier de fondamental du pacte colonial, on s’attèlera à museler les peuples et à les embrigader…

Désormais, plus d’individus autonomes, plus de groupes à l’héritage caractéristique, plus d’opinion divergente, plus d’intérêt stimulateur mais de simples numéros et des slogans vides ! Le PARTI tiendra lieu désormais de patrie, tribu, ethnie, famille, convictions etc.

Le PARTI, cette fausse réalité, cet immense vide que la nature dans son horreur du vide s’empressera de remplir partout … Pour le « parti » gouverner et gérer se limiteront à une série d’improvisations à courte vue, désordonnées, conçues au gré des circonstances et à des solutions- clichés importées par lesquelles on s’imagine détenir des vérités générales, absolues et miraculeusement définitives.

L’une de ces vérités « …générales, absolues et définitives » sera un « socialisme » populisme primaire que l’on accompagnera de bien divers qualificatifs : « arabe » ici, « africain » là-bas, « islamique » ailleurs. Et la confiscation cette nouvelle méthode de gouvernement concernera, cette fois, l’appropriation illégale des idées des autres, des biens des autres, du produit du labeur des autres…

Propagateur de cette sécheresse matérielle, intellectuelle et idéologique le « socialisme » servira, sous prétexte d’assurer le justice sociale, à étouffer, le fonctionnement de l’Etat, les initiatives créatrices etc. et à ériger un capitalisme d’Etat de plus en plus étendu, de plus en plus étouffant, de plus en plus servant les intérêts d’ »apparatchiks« et d’une bureaucratie corrompue et incapable. Au nom donc des idéaux généreux d’égalité sociale et de la justice la voie est grandement ouverte vers une nouvelle forme de razzia légalisée…

Puis vint la sécheresse et la guerre…

La raréfaction des pluies vient accentuer et précipiter la disparition d’une vie végétale que l’homme détruit, par ailleurs, en son entreprise insensée et masochiste d’auto- destruction.

Ainsi l’action conjuguée du vandalisme humain et l’absence prolongée de précipitions pluviales déclenche un processus inexorable : la flore s’affaiblit, puis disparaît progressivement. Suit alors avec la disparition des pâturages, puis des terres de culture, un déséquilibre écologique irréparable et la mort de la terre.

Pourtant il y’à une trentaine d’années, notre pays assurait en grande partie nos besoins alimentaires : blé, orge, dattes, légumes, et plantes fourragères au nord, mil, haricots au sur & bétail à l’extrême nord et à l’est. Aujourd’hui nous sommes réduits, pour obtenir ces produits essentiels auxquels il faut ajouter nos nouvelles « exigences » nées de nouveaux appétits, d’imposer un fardeau à notre économie faisant le plus souvent l’appoint avec la charité internationale.

l’émergence de besoins nouveaux, utiles ou inutiles, indispensables ou accessoires mais, en tout cas, fort onéreux ! Notre volonté, individuelle ou collective, n’y est pour rien : les lois économiques sont souvent objectivement inflexibles. Elles ne répondent pas, tant s’en faut, à notre desiderata. Aussi l’appauvrissement réel s’aggrave et l’endettement du pays grossit chaque jour, dissipant les illusions, bousculant les habitudes et brisant bien au-delà des ressorts de notre économie sous développée (et non « en développement » comme le veut la nouvelle terminologie de complaisance en vue de ménager nos susceptibilités !!!)

Le dépeuplement du monde rural et l’exode massif et incontrôlée des ruraux et de beaucoup de nomades vers les quelques centres urbains du pays et notamment Nouakchott ont été l’occasion d’une nouvelle forme de corruption et de détournements du bien public ( terrains à distribuer, achat et transport des produits du plan d’urgence 1971-1974 etc.

La guerre qui commencera en 1975 sera la grande catastrophe ou TAAMA EKL KOUBRA en aggravant le goût en les techniques des détournements à l’occasion, cette fois, des achat d’armes et munitions, des articles nécessaires aux soldats et aux unités , des moyens de locomotion et jusque au tripotage du nombre des soldats recrutés etc.)

D-présentement

Depuis 1978 et les coups d’Etat successifs, de nouvelles formes de pillage apparurent :

-la gabegie et la concussion généralisées sévissant en les marchés publics ;

- le règne des fausses factures et le maniement frauduleux des comptes et comptabilités publics ;

-le commerce illicite du patrimoine historique (manuscrits, objets archéologiques, etc. ;

-le piratage des productions intellectuelles, en raison de l’absence de législation protégeant les brevets d’invention et les droits d’auteurs ;

-la multiplication de fausses sociétés anonymes dûment légalisées ;

-Les milliers de faux diplômes officiellement légalisées :

-les listes abusivement grossis en des services publics ;

-les trafics en les pièces d’identités, les permis de conduire, les titres fonciers etc.

ETC . ETC.

Mohamed Said Hamody

Source : Adrar Info

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