Politique – Crise politique guinéenne : le silence coupable de la communauté internationale !

Décidément, le gouvernement et l’opposition se sont entendus de ne pas s’entendre pour aller au dialogue politique. Les conséquences guinée en feuirréfragables en sont la énième marche dite pacifique mais qui fait un bilan lugubre (au moins trois morts) et ses lendemains de souffrance dans certains quartiers de la banlieue de Conakry.

L’opposition se pourlèche les babines pour avoir mobilisé de façon grandiose ses militants, se victimise en décomptant le nombre de ses morts et espère ainsi écorner, par touches successives, l’image du régime d’Alpha Condé. Le pouvoir, quant à lui, salue la professionnalisation progressive des forces de maintien d’ordre qui, naguère, ne pouvaient gérer un mouvement de foule sans faire une centaine de morts. Et se frotte les mains car les manifestations sont désormais circonscrites dans une seule commune sur les cinq de la Capitale, mieux il se réjouit que les 33 préfectures n’aient pas suivi la consigne, même celles considérées comme les fiefs de l’opposition.

Dans cet obscurantisme et nombrilisme suicidaires, aucun camp ne veut lâcher du lest. Or, tout le monde sait qu’en Guinée le fond de la crise est le manque de partage du pouvoir. En effet, l’opposition ne le dit assez fort, mais elle estime être en droit de bénéficier des prébendes de la démocratie, après avoir payé le plus lourd tribut face au régime militaire de la transition. Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et autres (notamment en tant qu’anciens combattants du 28 septembre) ne sont-ils pas en droit de demander une parcelle du pouvoir, surtout qu’un accord a été paraphé dans ce sens avec Alpha Condé entre les deux tours de l’élection présidentielle, sous l’arbitrage du Général Sekouba Konaté ?

Seulement voilà, les manifestions répétitives de l’opposition semblent créer un fait sibyllin et nouveau à prendre en considération : la marche de ce jeudi a enregistré, selon plusieurs journalistes qui faisaient des reportages en direct et plusieurs témoins oculaires, l’attaque violente du cortège des leaders de l’opposition, par leurs propres militants, exaspérés du manque de courage des leaders, qui leur fait rebrousser chemin chaque fois qu’il y’a un peu plus de gaz lacrymogènes, de cailloux, d’eaux chaudes et peut-être même de balles… Même si l’opposition affirme avoir été infiltrée par des militants proches du pouvoir, cette version parait la plus plausible car déjà lors de la marche précédente, certains militants s’étaient couchés sous les pneus des véhicules des leaders de l’opposition pour que ceux-ci les écrasent, plutôt que de faire demi-tour….

Cette attitude atypique et désinvolte des manifestants remet au goût du jour la sempiternelle question à savoir si les leaders politiques ont une véritable emprise sur les manifestants. On se souvient qu’en 2006 et 2007, si les leaders syndicaux Hadja Rabiatou Serah Diallo et feu Dr. Ibrahima Fofana maîtrisaient les travailleurs syndiqués, ils n’avaient en revanche aucun contrôle sur les conséquences violentes des différentes grèves dans les rues de Conakry et dans les villes de province.

La question a son mérite dans un pays où la violence est si fortuite pendant les manifestations que d’innocents automobilistes peuvent faire les frais d’une émeute d’électricité, d’eau ou tout simplement d’une victoire du Syli national… Et combien sont-ils aujourd’hui à rester cloitrer chez eux pendant ces jours de manifestation et dont le seul crime est d’habiter dans les quartiers concernés par les marches ?

En attendant, au vu des nouveaux actes posés dans le chronogramme électoral, ce régime semble être loin de reculer dans la perspective des élections du 30 juin. Et il s’appuie sur le fait qu’il a l’obligation constitutionnelle de doter le pays des institutions républicaines manquantes, dont la création est conditionnée à l’installation de l’assemblée nationale( la cour constitutionnelle, la cour des comptes, la haute cour de justice, la haute autorité de la communication, le haut conseil des collectivités locales, l’institution indépendante des droits humains etc) ; la mouvance présidentielle se galvanise d’avoir eu le soutien financier de la communauté internationale (notamment l’Union européenne et le Japon), et enfin elle qualifie de caution populaire au processus électoral, le fait d’avoir enregistré devant les guichets de la CENI, partout en Guinée, d’interminables files d’attente lors de la récente révision de la liste électorale.

Quitte à l’opposition de changer de stratégie et d’être plus imaginative.

Amadou Tham Camara
Conakry, Guinée

Publicité

Mauritel

Speak Your Mind