Loupe du Jour : Votez des lois, elles seront dévorées par la politique !

Dia renovateur
Renforcer la législation pour lutter contre la criminalité transfrontalière organisée et autres formes d’agissements assimilées à des opérations illicites seront passibles de lourdes peines.

C’est en tout cas ce que prévoit de manière plus draconienne l’arsenal juridique mauritanien en matière de lutte contre l’argent sale généré par des filières criminelles.Théoriquement, c’est un avertissement sans équivoque adressé aux fraudeurs, terroristes, détourneurs des deniers publics, trafiquants de drogue, de blanchisseurs d’argent etc…

Il reste que face à ces situations, les présumés auteurs de ces crimes passeront sans peines les mailles du filet pour continuer à sévir et tant que cela est possible, les gros caïds ne lésineront pas sur les moyens pour verrouiller les circuits et brouiller les pistes aux enquêteurs.

En Mauritanie les lois existeront toujours pour combler tous les vides juridiques se rapportant aux nouveaux défis sécuritaires. C’est dans la mise en œuvre pratique de ces dispositions coercitives que la loi cède à la puissance de la machine politique. Aussi le principe de la rétroactivité de la loi doit être un élément fondamental pour mettre en examen tous ces prévaricateurs qui contrôlent le système politico-financier du pays à la faveur de tous les changements institutionnels.

Les tentatives faites jusque-là se sont avérées sans succès à cause des motivations frisant des règlements de compte politiques. Tous les scandales, toutes les présumés affaires de gabegie se sont termines par des non lieu, des libertés provisoires des condamnations avec sursis. Combien de dossiers liés à la drogue, au terrorisme, à des abus de biens sociaux restent pendants devant la justice ?

A quoi assimiler toutes ces propriétés immobilières, ces actions en banques, ces sociétés appartenant à d’anciens ou nouveaux dignitaires du système, ces chantiers qui jaillissent sans arrêt attribués eux aussi à la nouvelle bourgeoisie politique ou militaire ?

La législation en la matière vient d’être renforcée d’un concept judiciaire mettant en exergue « l’enrichissement sans cause » dont les auteurs sont exposés à des poursuites judiciaires dès lors où ils sont « incapables d’en justifier la provenance ».

Que de têtes vont tomber si on applique la loi sans exception ? Ce ne sera pas le pauvre vendeur de cartes téléphoniques qui répondra le premier devant le juge mais bien le grand prévaricateur ayant ruiné le trésor public ou encore un puissant trafiquant de la cocaïne qui peut faire trembler tous les lobbies et qui n’a pas d’inquiétudes à se faire en cas de scandale.

Après avoir voté des lois criminalisant l’esclavage, créé un haut conseil de la Fatwas, les mauritaniens ne cessent d’être servis par toutes sortes de lois destinées plus à orner l’édifice d’un Etat de droit que d’appliquer la justice sans complaisance. Quel mauritanien se fait-il d’illusions sur l’enrichissement illicite des hauts cadres de l’Etat d’hier et d’aujourd’hui à partir du patrimoine public ?

Si des exceptions existent c’est juste pour confirmer la règle selon laquelle, se servir de l’Etat passe avant toute chose dans un pays où un court séjour à la tête d’une institution publique suffit par donner de l’embonpoint au plus maigrichon. Voter les lois est une chose, les appliquer en est une autre !

Cheikh Tidiane Dia

Source : Le Rénovateur Quotidien

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