300.000 morts mauritaniens, voici les auteurs et les extraits du terrible Livre Blanc sur 1989…

carte 1989

J’en tremble encore. Comment un tel document a-t-il pu passer dans les oubliettes de l’histoire alors qu’il s’agit d’une sérieuse démonstration que les « événements de 1989 » entre le Sénégal et la Mauritanie qui firent 300.000 disparus mauritaniens selon les auteurs, fut non pas comme on le raconte depuis, un banal incident entre éleveurs qui aurait dégénéré mais un plan machiavélique sénégalais vivant à faire main basse sur les milliards détenus par les mauritaniens en liquide sans parler de tous leurs autres avoirs et régler de la sorte une crise politique, économique et sociale sénégalaise qui aurait pu emporter la république car atteignant même l’armée sénégalaise.

J’en tremble encore car quand on lit ce petit livre blanc on sent que c’est écrit par des gens très bien informés : on y trouve, déclarations des uns et des autres à l’appui, de quoi accréditer sérieusement la thèse des auteurs. J’en tremble encore car découvrant ensuite les auteurs, on comprend pourquoi l’essentiel tient la route même si on trouve ici et là une mauvaise foi partisane qui gâche tout et ne sert à rien. Cette mauvaise foi sous forme de mensonges par omission ou de lamentable propagande est celle de l’époque, celle du régime d’alors, mais ce vernis de mauvaise foi dans le livre blanc n’affecte pas la chronologie des faits ni la démonstration de la thèse des auteurs. C’est vraiment dommage. Les auteurs auraient pu s’en tenir aux faits, à la démonstration et aux intérêts en jeu mais c’était l’époque d’un régime médiocre en mille choses notamment en communication mais certainement pas en renseignements. 

Le plus terrible en lisant ce livre blanc, c’est qu’on sent que la Mauritanie a fait ce qu’il fallait pour rendre au Sénégal la monnaie de sa pièce sinon comment comprendre que les auteurs passent sur 300.000 morts mauritaniens sans parler des pertes financières pour finir par tendre la main aux sénégalais en fin de texte pour faire la paix des braves alors que  le sang n’a pas encore séché ? Qu’a fait la Mauritanie en retour ? Les auteurs n’en disent rien mais nous pouvons le savoir car nous savons ce qui s’est passé en Mauritanie.

J’en tremble encore car face à ces 300.000 morts mauritaniens présumés sans parler des victimes sénégalaises chez nous, les auteurs de ce livre blanc ont pas eu le courage d’écrire à visage découvert même si leurs noms circulent depuis le premier jour et il ne s’agit pas de n’importe qui : un ambassadeur, un premier conseiller, chargé d’affaire à Dakar, un conseiller à la présidence, un chargé de mission à la présidence qui eurent ensuite pour les plus modestes de sérieuses promotions ; les uns devenant plus tard ambassadeur ou ministre. 

Lesquels oseront démentir faire partie du restreint comité de rédaction 24 ans après les faits quand ils sont à ce jour les seuls à avoir dit ce qui se serait passé ? Vont-ils trahir les 300.000 morts mauritaniens que leurs chiffres avancent ? Sans eux, sans ce livre blanc, il ne resterait plus rien de cette affaire pour informer les générations présentes et futures. Pourquoi diable avoir publié « clandestinement » ce livre blanc non signé face à 300.000 morts de leurs concitoyens ? J’en tremble encore car face à ces 300.000 morts présumés, nos chercheurs indépendants qui passent leur temps à écrire des tartines sur des sujets vaseux que personne ne lit n’ont jamais fait une enquête complète et indépendante sur le sujet se contentant de commenter le livre blanc dans les salons. J’en tremble encore car cette affaire mérite des éclaircissements car on ne peut pas passer sur 300.000 morts comme ça.

Ce qui s’est passé en 1989, il y a maintenant 24 ans, mérite une enquête indépendante internationale car si comme les auteurs l’annoncent l’Etat sénégalais a favorisé ce génocide alors Abdou Diouf, actuellement président de l’O.I.F, devrait être traîné devant la cour pénale internationale et pas que lui tandis qu’il se la coule encore douce après une carrière entière sous les privilèges.

J’en tremble encore car en 1989, ma famille et moi faisions partie de ces rapatriés mauritaniens qui du jour au lendemain ont dû fuir le Sénégal même si nous n’étions pas fils de commerçants et que nous n’avons rien perdu dans cette affaire sinon une déchirure au cœur. J’avais 14 ans à l’époque où ce livre blanc fut publié et je ne découvre ce livre blanc qu’aujourd’hui. Nous sommes des centaines de milliers de mauritaniens sinon des millions, sans parler des sénégalais et du reste du monde, à ne pas savoir vraiment ce qui s’est passé. On nous raconte depuis trop longtemps que ce ne fut qu’une affaire banale d’éleveurs qui a mal tourné or ce livre blanc dit tout autre chose.

Ce que dit ce livre blanc ne peut être balayé d’un revers de main sous prétexte qu’on y trouve ici et là un peu de propagande et beaucoup de mensonges par omission en ce concerne ce que la Mauritanie a fait pour rendre au Sénégal la monnaie de sa pièce sanglante.

Quand on comprend la thèse des auteurs et qu’on sait avoir affaire à un régime mauritanien qui a lui-même pillé et détruit la Mauritanie et qui ce faisant n’en avait certainement pas tant que ça à cirer de ses citoyens, on comprend mieux pourquoi les auteurs à la fin du livre blanc tendent la main aux sénégalais comme pour leur dire : « vous nous avez fait beaucoup de mal mais vous avez perdu la partie car nous, maures, sommes encore là au pouvoir et la Mauritanie n’a pas tremblé ; pour le reste, vos Flam (Forces de Libération Africaines de Mauritanie) et autres anti-maures ne perdent rien pour attendre mais faisons comme si de rien n’était et serrons-nous la main en bons diplomates… »

On connaît la suite… aujourd’hui en 2013, les Flam après 20 ans d’exil sont de retour en Mauritanie laminés en genre et en nombre car actuellement, il n’existe plus en Mauritanie la moindre menace venant de ce côté-là or les auteurs du livre blanc dans leur démonstration rappellent que les Flam furent créés au Sénégal avec la bénédiction des faucons sénégalais pour déstabiliser la Mauritanie maure. Tout au long de la démonstration au-delà de l’affaire économique comme leitmotiv, il y aurait aussi la haine raciale qui, selon les auteurs du livre blanc, aurait fait que les sénégalais aient attaqué non seulement les maures mais tous ceux qui avaient une goutte de sang maure.

Faut-il ensuite s’étonner qu’en Mauritanie, sénégalais et certains négro-mauritaniens aient été ensuite lynchés, rapatriés et déportés ? Les auteurs du livre blanc accusent le Sénégal de mensonge quand ce dernier disait que la Mauritanie déportait ses concitoyens ; Depuis Sidioca et Aziz, l’Etat mauritanien reconnaît que le Sénégal avait raison et depuis peu les déportés sont rentrés au pays avec plus ou moins de bonheur.

Ce genre de contrevérités, on en trouve dans le volet propagande du livre blanc mais cela ne change en rien la chronologie des faits et les informations données par les auteurs pour justifier un génocide présumé programmé avec la complicité active du sommet de l’Etat sénégalais qui aurait mis de l’huile sur le feu. 
Ce livre blanc est important car ces auteurs ne sont pas n’importe qui. Il est temps qu’ils sortent de l’ombre et assument leurs propos. Il est temps que nos chercheurs indépendants disent leur mot sur ces informations. Il est temps qu’il ait un dialogue serein sur cette affaire qui n’aurait rien à envier au génocide rwandais  On devrait avec cette affaire pouvoir faire un documentaire comme celui des mille collines « tuez-les tous ! ».

Avant de rappeler les noms des auteurs du livre blanc, je tiens à dire ceci pour compléter ou tempérer leurs observations en ce qui concerne le comportement des douaniers et militaires sénégalais et avoir une pensée pour « les justes » comme disent les juifs, sénégalais et mauritaniens qui ont aidé, caché et protégé leurs frères sénégalais et mauritaniens dans cette terrible affaire :

En 1989, j’avais 14 ans, c’était d’ailleurs Avril, mois de mon anniversaire, quand dans un couloir du lycée Cours Sainte Marie de Hann, un ami libanais de mon âge vint me dire terrorisé qu’en ville on tuait au hasard les mauritaniens. Je m’en souviens car il y avait à côté de nous un jeune surveillant sénégalais qui m’a regardé avec un sourire terrible les yeux étincelant. Mes frères et moi sommes sortis de l’école pour monter dans un 4X4 Toyota conduit par notre chauffeur Sénégalais, MBaye, qui nous a dit de nous coucher tous derrière. Pour ceux qui connaissent Dakar, le chemin entre Hann et Fann résidence, traverse un certain nombre de quartiers populaires et ce n’est pas à côté…

Le chauffeur aurait pu nous livrer aux émeutiers. Il a risqué sa propre vie en roulant au milieu des pillards comme si de rien n’était avec couchés derrière des petits naars. De même dans notre quartier résidentiel, où la famille avait éteint toutes les lumières et mis des couvertures aux fenêtres, les sénégalais du quartier auraient pu venir nous chercher car tous savaient qu’il y avait là des mauritaniens depuis 11 ans…

Mieux, à l’aéroport quand nous sommes arrivés à bord d’un camion sénégalais escortés par des militaires français en civils qui sont partis sitôt arrivés à l’aéroport, les militaires sénégalais du camion voulaient qu’on descende là pour aller faire les formalités d’usage comme tout  le monde. On aurait alors peut-être vu les brimades dont parlent les auteurs du livre blanc. Dans le camion, certains militaires étaient sympas d’autres avaient des yeux étincelants à telle enseigne que l’une de mes sœurs tendit sa montre pour faire un cadeau qui fut refusé. 
C’est alors que vint un haut gradé sénégalais pour demander ce qui se passe avec ce camion. Quand mon père est descendu se présenter pour expliquer qu’on allait descendre tous, le haut gradé s’est écrié « comment ça ! Non ! Non ! ». Il donna des instructions et alors nous sommes entrés directement en camion à l’intérieur de l’aéroport quasiment au pied de l’avion : Air Maroc.

Ensuite, 2 ans plus tard, alors que mon père n’a jamais quitté son poste malgré les relations diplomatiques rompues, je suis retourné à Dakar pour un an avec un passeport diplomatique comme c’était l’usage à l’époque pour les enfants de diplomates. A Dakar, je suis passé par le salon d’honneur sans aucun problème même avec les relations diplomatiques coupées officiellement entre les deux pays.
Voilà.

Les auteurs du livre blanc (ignorés de l’opinion publique et connus du tout-Nouakchott depuis l’époque) sont avec une marge d’erreur nulle :

1-Mohamed Moctar Ould Zamel, ambassadeur à Dakar à l’époque des événements

2-Mohamed Saïd Ould Hamody , futur ambassadeur aux USA

3-Alassane Nagaïdé chargé de mission à la présidence à l’époque

4-Bilal Ould Werzeg  chargé d’affaire à Dakar à l’époque, ensuite ministre

5-Hébetna Ould Sidi Haïba , conseiller à la présidence  à l’époque

Ce livre blanc non signé porte la mention « République Islamique de Mauritanie » publié « clandestinement » à quelques milliers d’exemplaires  ( – de 15.000 ) à l’époque en trois langues arabe, français et anglais.
( NB : mon père n’est en rien mêlé ni de près ni de loin à mes sources car je n’ai pas de discussion avec lui au sujet de ses activités professionnelles  présentes ou passées. C’est un haut fonctionnaire de la vieille école, silencieux comme une tombe.

Quant à l’authenticité de cette liste de rédacteurs, si monsieur Mohamed Saïd Ould Hamody nie être rédacteur de ce livre blanc ou qu’il retire à cette liste le moindre nom alors tout ce qui a été écrit dans ce livre blanc doit être pris pour zéro car à ma connaissance Mohamed Saïd Ould Hamody est l’homme le plus intouchable de cette liste ; ce livre blanc lui doit à n’en pas douter les passages les plus mesurés et les plus honnêtes, le reste étant un travail d’équipe. Je ne puis en dire plus.  )

Cela dit, pour ne pas lasser le lecteur et aller à l’essentiel. Nous ne reprendrons ici que l’introduction, la préparation psychologique, la chronologie des faits, les mobiles, dommages et préjudices et l’immunité diplomatique soit quasiment 80% du livre blanc dont voici le sommaire :

INTRODUCTION
Bref aperçu historique
-avant la colonisation
-la période coloniale
-l’indépendance nationale
LA CRISE
-Préparation psychologique
-Chronologie des faits
-Analyse événementielle
MOBILES ET CONSEQUENCES
-Les mobiles
-Dommages et préjudices
-Rapatriés et réfugiés
-Immunités diplomatiques

Conclusion
Annexes


I-INTRODUCTION 

La crise qui secoue actuellement les relations entre la Mauritanie et le Sénégal constitue un événement sans précédent dans l’histoire de la sous-région et revêt une extrême gravité pour les perspectives d’intégration et de développement de celle-ci. Elle ne résulte pas, comme s’évertue à l’accréditer la propagande officielle à Dakar, d’un simple incident de frontière, somme toute habituel et récurrent, toujours circonscrit à sa dimension locale en temps normal. L’ampleur du désastre subi par la communauté mauritanienne au Sénégal, le déferlement inouï de violences et d’exactions contre ses personnes et ses biens, la durée et la synchronisation de l’agression généralisée dont elle a été la cible sur l’ensemble du territoire sénégalais montrent à l’évidence qu’il s’agit bien d’une volonté délibérée, d’un plan prémédité et exécuté froidement.

Les observateurs avertis de la scène politique sénégalaise et les médias internationaux présents sur les lieux, au moment du drame, en ont porté témoignage direct, bouleversant. Aucun incident de frontière, si grave soit-il, ne peut justifier  ni expliquer l’explosion dévastatrice qui a ravagé l’existence de la communauté mauritanienne au Sénégal, si ancienne et si enracinée dans ce pays, et détruit brutalement, en l’espace de quelques jours, les fondements, qu’on croyait inébranlables, de la cohabitation, de la fraternité et de la symbiose inimitables entre les peuples mauritanien et sénégalais.

La gravité de la crise provoquée et gérée de façon consciente par le pouvoir en place du Sénégal, réside d’abord dans cette responsabilité directe et officielle et dans le caractère ouvertement raciste et xénophobe de la campagne de haine et de destruction qui a visé exclusivement les maures sans distinction, noirs et blancs mauritaniens, mais aussi sénégalais de souche maure. Elle réside également, non seulement dans la détérioration des rapports entre les deux états, mais surtout dans la cassure profonde entre les deux peuples qui risquent  de voir se substituer à leur exemplaire complémentarité une confrontation de sentiments et d’intérêts aux conséquences imprévisibles.

En effet, la Mauritanie et le Sénégal sont deux pays voisins dont les peuples ont construit un tissu dense de relations privilégiées  à travers l’histoire. Les liens géographiques, historiques et humains ont été sous-tendus par la communion dans la pratique fervente d’une même religion dont les grands animateurs ont toujours rayonné au-delà des frontières indépendamment de leur pays d’origine. Les échanges commerciaux, favorisés par une complémentarité économique féconde, ont beaucoup renforcé l’interpénétration entre les deux peuples.

La colonisation, qui a regroupé les deux pays dans un même ensemble, l’AOF, n’a en rien empêché le mouvement naturel de rapprochement qu’elle a, au contraire, accentué.
Avec les indépendances en 1960, les jeunes états, forts de ce capital de liens multiples qui unissaient profondément leurs peuples, se sont engagés dans une politique de coopération tendant à traduire dans les faits leur mutuelle solidarité.

Outre les nombreux accords bilatéraux, la Mauritanie et le Sénégal sont également engagés dans de nombreuses organisations sous-régionales, notamment l’OMVS, la CEAO, la CEDEAO, l’ANAD et le CILSS, etc. Elles œuvrent  aussi de concert avec les autres nations du globe, à la réalisation  des idéaux de l’humanité au sein de l’OUA, de l’OCI, du Mouvement des Non-Alignés, de l’ONU…

En sacrifiant ce précieux capital de relations, denses et fructueuses, patiemment tissées par les générations successives de mauritaniens et de sénégalais, au profit d’intérêts conjoncturels et de calculs politiques à courte vue, le gouvernement du Sénégal assume une redoutable responsabilité devant l’histoire et nos deux peuples auparavant si unis. Il croit trouver dans cette voie facile la solution aux blocages structurels et aux problèmes complexes  de la société et de l’économie sénégalaise, faute de pouvoir s’attaquer à leurs racines profondes. Il a, en conséquence, imaginé un plan qui, à ses yeux, devait détourner l’opinion publique intérieure vers un objectif extérieur, selon la recette éculée et méprisable du « bouc émissaire » qui ne peut être que l’Autre, l’Etranger.

La communauté mauritanienne, de part son importance  numérique ( 500.000 ), son dynamisme enviable, son impact culturel et son rôle économique, reconnus et appréciés, sa prospérité relative et surtout son origine ethnique était la victime toute désignée, la proie facile d’un pouvoir et de politiciens à court de thèmes mobilisateurs.

Le plan mis au point et savamment orchestré par les autorités sénégalaises dans le but de liquider  définitivement cette communauté – qui a tant apporté au Sénégal – s’est ingénié, par toutes sortes de moyens, à concentrer sur elle ses bas instincts , les frustrations, l’envie et la haine féroce de populations ruinées socialement et moralement par les effets d’une crise sans issue.

Le plus étonnant pour un observateur normal, mais qui l’est moins pour un connaisseur des mœurs politiques sénégalaises, c’est le cynisme avec lequel le pouvoir en place à Dakar, une fois son forfait monstrueux accompli, tenta de maquiller la vérité et d’occulter les faits réels en lançant une série d’accusations dénuées de tout fondement contre la Mauritanie et en posant des revendications irréalisables et trompeuses.

C’est ainsi que ce pouvoir, qui pratique le racisme vis-à-vis de la communauté maure, accuse la Mauritanie de vouloir se débarrasser d’une composante négro-africaine de sa population, alors qu’elle n’a fait que rapatrier les ressortissants sénégalais résidant sur son sol national à la demande expresse et insistante de leurs autorités. Chacun sait que la couleur n’est pas un argument pertinent dans la société mauritanienne fortement métissée et pétrie des valeurs imprescriptibles de tolérance et d’égalité absolue entre les hommes qui constituent l’essence même de l’Islam et du Coran. C’est en réalité le pouvoir sénégalais qui a procédé au massacre et  à l’expulsion de milliers de mauritaniens de couleur noire mais de souche maure, tout en se drapant du voile vertueux, de la « défense des droits de l’homme » et de la démocratie  dont il prétend abusivement être la seule incarnation en Afrique !

Dans le même ordre d’idées, et pour brouiller les cartes et minimiser les conséquences incalculables du calvaire vécu par la communauté maure au Sénégal, le gouvernement sénégalais, contre toute attente, soulève la question des frontières entre les deux pays, au mépris du droit international consacré par la Charte de l’OUA et les accords de l’OMVS et du désir de paix et de stabilité qui prévaut dans le monde.
Face à l’épreuve douloureuse imposée à son peuple et à sa communauté résidant au Sénégal, la Mauritanie a préféré, au prix d’un effort extrême, garder son sang-froid, éviter d’aggraver une situation déjà catastrophique, préserver le maximum du capital de fraternité et de coopération accumulé par les deux peuples au cours des siècles, en un mot ne pas insulter l’avenir. Pendant longtemps, et en conformité avec cette exigence qui découle de ses options, du tempérament et de la morale de ses habitants, elle a soigneusement refusé de répondre aux injures, calomnies et fausses accusations que la majorité de la presse et de la classe politique sénégalaises a déversées sur son peuple et ses dirigeants sans la moindre retenue. Le discours du Chef de l’Etat à la Nation, faisant la genèse et le bilan des événements, a clairement situé les responsabilités et traduit la pondération, la hauteur de vue, l’esprit de tolérance et de responsabilité des positions de la Mauritanie.

C’est pour jeter toute la lumière sur la réalité et les vrais enjeux du différend sénégalo-mauritanien que le présent Livre Blanc est livré à l’appréciation de l’opinion publique internationale, afin qu’elle fasse la part des choses et découvre la vérité que le pouvoir sénégalais a vainement tenté de noyer dans un brouillard de paroles et de prétentions saugrenues, après avoir noyé la communauté mauritanienne résidant au Sénégal dans un bain de sang, endossant ainsi devant l’histoire la responsabilité d’un génocide honteux perpétré contre un peuple voisin et frère.

Ce document, qu’on aurait voulu à la fois plus exhaustif et le plus précis possible, donne un bref aperçu historique sur la Mauritanie, terre des hommes et des civilisations, et aborde la crise actuelle, ses causes et ses conséquences, ses perspectives aussi. Le souci de rendre toute la vérité et d’éclairer au maximum le lecteur – pour une compréhension réelle et profonde des événements – nous a amené à mettre sous ses yeux le film détaillé et la chronologie des faits dans leur déroulement implacable. La durée ( plus de 20 jours ) , le théâtre du drame subi par la communauté mauritanienne ( l’ensemble du territoire sénégalais )  et le rôle et les agissements des principaux acteurs ( autorités sénégalaises et lobby anti-mauritanien ) montrent de façon irréfutable et hallucinante le caractère prémédité, planifié et raciste de cette folie xénophobe sans précédent. L’image du Sénégal en sort ternie.

II-LA CRISE

1-Préparation psychologique

(…ndlr : après l’indépendance en 1960 ) Les nouveaux états du Sénégal et la Mauritanie vont, trois décennies durant, maintenir les excellentes relations du passé et contenir les contradictions inévitables entre voisins  et partenaires dans les limites maîtrisables, afin de préserver les acquis incomparables d’un millénaire de cohabitation. Mais un lobby anti-mauritanien haineux et irresponsable, s’organisait autour du «  Comité d’Initiative des Ressortissants du Fleuve ( C.I.R.F ) » et s’insinuait avec opportunisme tant dans les allées du pouvoir, à Dakar, que dans les rangs de son opposition.

A partie de Mai 1986 « la question de Mauritanie » devient, au Sénégal, un élément essentiel de politique intérieure, un thème favori des campagnes électorales. Les activités hostiles à la Mauritanie, et singulièrement aux maures en tant qu’ethnie, dépassèrent les mouvements conjoncturels d’humeurs pour revêtir la forme d’une campagne systématique, commanditée indirectement, puis directement par le pouvoir sénégalais.
Ainsi :

1 ) En dépit du devoir de réserve qu’impose le bon voisinage mais aussi l’imbrication d’intérêts, le pouvoir au Sénégal, s’immisçant de plus en plus dans les affaires intérieures de la Mauritanie, participa à la création des FLAM ( Forces de Libération Africaines de Mauritanie ; groupe raciste commandité par le Sénégal pour essayer de déstabiliser la Mauritanie en y suscitant la guerre civile ) par des éléments tant du pouvoir que de l’opposition sénégalaise.

Après la proclamation à Dakar de ce mouvement, les autorités  sénégalaises considéreront comme réfugiés politiques ses activistes les plus notoires, pour la plupart sénégalais, qu’ils aideront à se faire immatriculer auprès du Haut-Commissariat aux Réfugiés.

La presse privée et officielle sénégalaise leur offrira, en outre, une large tribune en popularisant leurs proclamations racistes et leurs menaces précises à l’encontre de la paix civile et de la cohabitation interethnique en Mauritanie.

2) cette même année 1986 se déclenche une franche campagne à coloration raciste caractérisée. Affiches publiques anti-mauritaniennes et articles de journaux hostiles deviennent monnaie courante dans la capitale sénégalaise. Cette campagne qui débaptisa la Mauritanie en « beydanie » ( beydane : Maure en hassaniya ; arabe parlé en Mauritanie ) et « naaritanie » ( Naar : Maure en wolof ; principale langue nationale au Sénégal  )etc.  versera son venin xénophobe  et raciste sur les paisibles commerçants maures installés au Sénégal, puis sur l’ensemble de leur communauté vers laquelle on essayera de détourner  les frustrations et les colères du peuple sénégalais. ( L’Ambassade de Mauritanie sera obligée de protester  en sa note verbale n 037/86 du 15 août 1986 auprès du Ministère  des Affaires Etrangères  du Sénégal après les brimades et les violences dont ont été victimes les marchands mauritaniens de bétail au forail de Dakar)

3 ) Malgré les rapports exemplaires qu’entretenaient des siècles des groupes socio-culturels de la sous-région, rapports qui excluaient préjugés et autres aberrations, un néologisme est créé au Sénégal en 1987 : « l’Apartheid beydane ». En un vain espoir de voir  coller cette étiquette à notre pays, le lobby anti-mauritanien au Sénégal utilisera tous ses canaux pour faire oublier le capital  acquis par la Mauritanie dans son opposition opiniâtre à la discrimination raciale et son engagement  décidé en faveur des luttes de libération du continent.
De plus en plus, par le biais de slogans faciles à vendre, le Sénégal choisit d’imaginer être investi , lui, d’une autre mission de « libération », celle de la « minorité  négro-mauritanienne opprimée en Mauritanie »

Ainsi donc, en créant une situation imaginaire en Mauritanie, le Sénégal s’arroge, par le même occasion, le droit abusif d’être porte-parole de protecteur d’une des composantes du peuple mauritanien.

4)  En 1987, le lobby anti-mauritanien trace les prémisses de son programme d’action lors d’une réunion tenue dans la maison familiale, à Thiès, du Ministre Cheikh Hamidou Kane. La présence de certains de ses ténors : Mountagha Tall, Ciré Ly, Dr. Hamet Bâ, etc… sera remarquée.

5) L’année 1988 sera consacrée à la mobilisation générale contre la Mauritanie, où « l’arbitraire et l’oppression serait la règle générale », et les mauritaniens, « coupables de tous les maux du Sénégal ».
Dès le 9 février 1988, à l’occasion d’une interview avec le Secrétaire Général du Parti ( sénégalais ) de Libération du peuple des assertions quasi-officielles sur « l’apartheid en Mauritanie » sont affirmées par le journaliste du « Soleil ».

Le 3 avril 1988, sous la conduite du Chef spirituel du lobby anti-mauritanien Thierno Mounghata Tall, une délégation des originaires de la vallée et reçue par le président Abdou Diouf.
La rencontre avait pour objet de demander au gouvernement sénégalais, entre autres doléances, de rendre aux pétitionnaires leurs droits prétendument « usurpés par la Mauritanie ».

Le 18 Juin 1988, une autre réunion sera tenue au Mausolée Seydou Nourou Tall, par le même Mountagha Tall, avec des cadres et ressortissants de la vallée, notamment des originaires de Podor et Matam.

Ont assisté également les responsables de trois regroupements :
-La Renaissance Culturelle Musulmane ( R.C.M)
-L’Association pour la solidarité Islamique ( A.S.I)
-L’Union Amicale des Ressortissants de la Vallée du Fleuve à Dakar ( U.A.R.F)

Cette réunion fait appel à la mobilisation générale et établit un plan détaillé contre la Mauritanie. Ce plan servira dans la suite des événements  et notamment  lors du génocide et du vandalisme anti-mauritaniens d’Avril et Mai 1989. Le lobby déclenchera à Matam le 18 Avril la spirale de violence qu’il encadrera à travers tout le territoire sénégalais.

En effet, le conclave du lobby va décider ce 18 juin :

a)La création « de comités de vigilance » et « d’auto-défense » qui seront le motif agressif de la crise de 1989 ;

b)La mise sur pied d’un Comité de suivi de l’Aménagement du fleuve composé de 10 membres ( 2 représentants par département ). Ce comité dirigé par le Dr Hamet Bâ aura pour unique tâche de culpabiliser tout sénégalais qui parlerait d’un véritable aménagement des terres de la vallée au profit de tous les sénégalais et pour le développement de tout le Sénégal ( voir les articles du Dr Bâ et d’autres membres du Comité dans Sud-hebdo du 1er décembre 1988)

c)Par contre, quand il s’agira de la crise entre la Mauritanie, qui défendait l’électrification à partir de Manantali, de toute la vallée, et le Sénégal, qui s’y opposait, le comité de suivi adoptera un profil bas sur cette question essentielle ( aveuglement raciste oblige )

d)Est-il étonnant, dès lors, que par cette veillée d’armes et dans cette atmosphère entretenue de haine et de xénophobie, les agressions corporelles contre les boutiquiers maures se multiplient. On comptera six cas de morts ( voir liste en annexe 9 ) et des dizaines de blessés graves en cette seule année.
Pour éviter des actes de représailles anti-sénégalais par l’exploitation de l’émotivité populaire par des provocateurs ou des extrémistes, le gouvernement mauritanien a préféré faire une rétention des informations sur ces crimes, se limitant à en avertir les seuls proches parents des victimes. Le gouvernement mauritanien a cependant attiré et , à plusieurs reprises, l’attention du Sénégal sur : « la gravité de la situation et l’extrême mansuétude dont jouissent les coupables qui n’ont jamais été arrêtés, encore moins jugés ».

e)En juillet et Août , Douanes et police sénégalaises rivalisent d’ardeur pour rançonner ouvertement aux postes-frontières  les passagers qu’ils dépouillent de leur argent et valeurs et les soumettent à des vexations et brimades. Par exemple, le Secrétaire Général de l’OMVS, de nationalité mauritanienne, détenteur d’un passeport diplomatique et d’une carte diplomatique délivrée à Dakar est  refoulé au poste-frontière de Rosso Sénégal. Tandis que le commerçant mauritanien Hamed Dieng, victime des douaniers sénégalais, est admis pendant dix jours en réanimation à l’hôpital de Saint-Louis. Il faudra d’énergiques protestations de nos autorités diplomatiques et consulaires à Dakar pour mettre un terme à ce racket semi-officiel.

f)Par un subtil artifice, les attaques contre les commerçants maures sont inaugurés par le quotidien officiel dakarois « Le Soleil », le 18 Août 1988, en une nouvelle littéraire où le journal lance en pâture à ses lecteurs une image stéréotypée méprisable du maure – commerçant, véritable sangsue de la famille sénégalaise qu’il exploite, terrorise et , à la limite, traumatise…

g) En Septembre, Octobre 1988,  Le Soleil et la presse privée font chorus pour dénoncer « les méfaits des camélidés mauritaniens », par des images  et une terminologie qui ne laissent aucun doute sur le dessein inavoué de la campagne : imposer l’image de « ce maure qui vit de la sueur du pauvre sénégalais et qui menace de transformer la terre de Taranga en un désert avec ses dromadaires ! 

La Mauritanie ne prétendait pas s’opposer à la décision souveraine du Sénégal de faire rapatrier le cheptel camélidé mauritanien et… de ne pas respecter ses propres engagements pris dans le cadre d’accords bilatéraux sur le transhumance. Elle se croyait en droit de demander un délai raisonnable pour organiser le rapatriement ordonné de son cheptel.

Et, alors qu’un délégation de l’Association des Eleveurs de Mauritanie et un groupe de vétérinaires devaient venir au Sénégal, à  la suite du Président de cette Association dépêché en urgence à Dakar, pour s’acquitter de cette mission , ( lettre n 17/88 du 2.11.88 du Consul Général de Mauritanie à Dakar ) : le Sénégal passa outre et choisit le jour anniversaire de notre Indépendance Nationale, le 28 novembre 1988 pour déclencher son « opération coup de poing ». L’accusé de réception du Ministère chargé des Ressources Animales, destinataire de la lettre sus-visée, arrivera le 1er décembre 1988 seulement après le déclenchement de l’opération de rapatriement des dromadaires !

Médias officiels et autres se serviront de l’événement créé pour s’adonner aux campagnes insidieuses contre « les maures » et aux caricatures infamantes.
Le ministre délégué aux Ressources Animales du Sénégal affirmera que : « des éleveurs mauritaniens seraient venus lui dire que notre pays avait empêché le bétail ( ovins-caprins) mauritanien en 1988 de traverser la frontière à l’occasion de la Tabaski ( El Aïd El Kébir )

Le même ministre évoque par ailleurs «  l’engagement non tenu par le gouvernement  mauritanien d’octroyer des licences aux thoniers sénégalais et « …des tracasseries de la police mauritanienne à l’égard des pêcheurs sénégalais en Mauritanie ! »

L’année décisive 1989.

Avec la nouvelle année, et dès le 1er Janvier, les autorités sénégalaises, en violation ouverte des accords  et traités sur la circulation des hommes et des biens signés entre les deux pays par accords bilatéraux ou multilatéraux ( CEAO, CEDEAO, notamment) interdisent, unilatéralement et sans préavis, l’accès au Sénégal à nos produits industriels.

Les explications données à cette occasion , par leur embarras, leur imprécision, leurs contradictions, illustrent à souhait combien cette mesure inamicale, unilatérale ( au regard d’engagements contractuels) était difficilement justifiable.

Ainsi :
-Le Ministre délégué à l’Economie et aux finances déclare dans « Le Soleil », le 17 janvier, que par cette mesure ( le refus d’accès des produits mauritaniens au Sénégal ) : « …le gouvernement cherch…la compréhension mutuelle pour que les sénégalais qui travaillent en Mauritanie jouissent des mêmes conditions que les mauritaniens qui exercent dans notre pays… ».

-Son collègue du commerce tantôt évoque « le problème des pêcheurs sénégalais à Kaédi… » ; affirme, tantôt, qu’à sa connaissance «…pas d’instructions données pour l’interdiction d’accès au Sénégal  de produits mauritaniens » ; tantôt, en marge d’une réunion des AOP hors du Sénégal, il revendique la décision de son gouvernement, en assurant que les raisons seront données « le moment venu, au gouvernement mauritanien ».

-Le Directeur Général des Douanes du Sénégal ( Soleil du 27 janvier 1989 parle lui, « d’une note de service relative au contrôle sanitaire et de salubrité ».
Il ajoute dans la rubrique « fraude et drogue » du Journal, que le Sénégal a agi (ou réagi) en vertu de son droit à la réciprocité : « Les produits sénégalais n’entrent plus en Mauritanie », ( ce qui était également faux)
Il précise enfin, nouvel argument fallacieux, qu’on assiste à une « baisse de 51% des exportations sénégalaises vers la Mauritanie entre 1986 et 1987 ». En même temps, « les exportations mauritaniennes pour la même période ont augmenté de 223,2% ».

Malgré le déséquilibre persistant en faveur du Sénégal ( 6 Milliards 700 millions de Francs CFA contre 368 Millions 600 Mille francs CFA) qu’il reconnaît lui-même, le gouvernement sénégalais s’arroge ainsi des droits exorbitants que nous signalons sans commentaires supplémentaires.

-Le 24 Janvier 1989, et comme par hasard, le quotidien officieux dakarois « Le Soleil » consacrait un retentissant  articles aux « boutiquiers maures ». L’auteur y faisait miroiter aux yeux des envieux que ces « maures » rapatrient chaque année 20 Milliards de FCFA. Egalement l’auteur  suggérait la nécessité d’assurer la relève par les « nationaux ».

-M. Ciré Ly, Président de l’’Association Sociale Islamique » (ASI) écrira, auparavant, le 21 Décembre 1987, dans le même « Soleil », un article aux accents dramatiquement « prophétiques » : « On frémit, annonce M. LY, à l’idée que, à coup de représailles, de vendetta et de surenchère, toute la population beydane flottante ou incrustée dans l’économie sénégalaise ne soit renvoyée à ses dunes de sable… »

Mr Ly, qui écrit bien « beydane » et non «  mauritanienne » sait bien de quoi il parle.

Membre influent du lobby anti-mauritanien, il s’activera  moins de quinze mois plus tard à exaucer sa prophétie , son vœu ou son œuvre…

Autre « prophétie », celle de SOPI du 31 Mars 1989

Dans sa rubrique « Pêle-mêle » le journal assure qu’une réunion s’est tenue, le 29 Mars, à 17heures à Grand Yoff autour de Mamadou Diop ( officier supérieur de réserve, Monsieur Mamadou Diop est responsable du service d’ordre et des comités du parti socialiste au pouvoir au Sénégal), maire de Dakar, pour « préparer » une opération de sabotage dans différents marchés de Dakar, le lundi 3 Avril 1989 au soir. Le journal ajoute que des « bandes de Nervis, enrôlés à 2500FCFA par jour dans les brigades de comités d’actions » seraient chargés de la besogne.

Tant de devins assurément ne présageaient rien de bon pour les maures du Sénégal.

La suite des événements devient alors presque logique !

Arguant de la démocratie et de la liberté  d’expression les ennemis de l’amitié et de la fraternité sénégalo-mauritanienne avaient  préparé la masse des citoyens sénégalais à tout possible débordement malsain par la culture persistante de l’intolérance et de la xénophobie à l’encontre de la communauté maure.

En ce début d’Avril 1989 tous les éléments d’une explosion anti-mauritanienne étaient réunis en raison de :

-la très longue et acharnée préparation psychologique du peuple sénégalais contre la Mauritanie et les mauritaniens ( les maures en particulier ) ;
- la faiblesse d’un gouvernement contesté qui cherche, par tous les moyens, à consolider, ou seulement maintenir, une autorité minée par un conjoncture politique, économique et sociale particulièrement défavorable.
- le lobby anti-mauritanien ( le Comité d’Initiative des Originaires de la Vallée, l’ « Action Sociale  islamique », le Comité  de Suivi de l’Aménagement de la Vallée etc…) se caractérisant par le chauvinisme, le racisme et la haine, cherchait tout prétexte pour porter préjudice à la Mauritanie, même au prix d’une cassure définitive entre elle et le Sénégal.
-l’activisme des groupes politiques enivrés par leur démagogie et jouant de la surenchère facile
-le désarroi d’une jeunesse désœuvrée, moralement désorientée, économiquement désespérée et prête à s’enrôler dans n’importe quelle aventure.

2-Chronologie des faits

-Jeudi 30 Mars : Des groupes de Sénégalais arrivent par barques du village de Diawara ( Préfecture Bakel-Sénégal ), traversent le fleuve et razzient des centaines de têtes de moutons en Mauritanie.

-Samedi 1er Avril : Le Préfet de Sélibaby ( Mauritanie ) saisit son collègue de Bakel ( Sénégal) et demande la restitution du cheptel.

-Mercredi 5 Avril : Le Préfet de Bakel annonce que le bétail mauritanien a été consommé « malheureusement » à l’occasion des festivités du 4 Avril ( Fête nationale du Sénégal).

-Vendredi 7 Avril : Arrivé de France le 5 Avril, le fils du chef de village de Diawara, M Moussa Sakho organise un meeting où il prône une expédition punitive contre le village traditionnellement ennemi de Sunko ( rive droite mauritanienne).

-Dimanche 9 Avril : Le groupe d’agriculteurs soninkés sénégalais de Diawara, conduit par M.Moussa Sakho attaque en territoire mauritanien, les habitants peulhs de Sunko ( Préfecture de Sélibaby). Deux assaillants sénégalais sont tués ( dont le chef du groupe) par des chevrotines tirées d’un fusil de chasse de calibre 12 ( arme usuelle chez les éleveurs et paysans de la région), 13 autres sont portés disparus.

-Lundi 10 avril : Les autorités mauritaniennes de Sélibaby remettent au Préfet de Bakel les dépouillent mortelles des deux victimes. Les « 13 »disparus ( en fait gardés prisonniers par les éleveurs)  sont entendus par les enquêteurs mauritaniens, puis remis plus tard au Sénégal.

- ce même 10 Avril : Des émeutes éclatent à 13 heures à Bakel et une campagne systématique de molestage est  montée contre les mauritaniens d’ethnie maure ( noirs et blancs ) dont les biens sont pillés.

-Mardi 11 Avril : Un journal Dakarois fait un compte rendu fantaisiste de l’incident du 9 avril en titrant à la une : «  Diawara, l’armée mauritanienne tire sur les populations : 2 morts, 15 blessés, 18 otages et 7 disparus !!. »

Mercredi 12 Avril : Les médias officiels sénégalais diffusent une information plus équilibrée sur le nombre des morts et sur les « disparus », en précisant que l’incident a opposé «  des éleveurs et des agriculteurs ».

-Le même jour : « Monsieur André Sonko, Ministre de l’Intérieur sénégalais, se rend à Nouakchott où il est accueilli par son homologue le Colonel Djibril Ould Abdallahi, et reçu par le Chef de l’Etat.
Les deux ministres conviennent de la composition et de la mission d’une commission administrative mixte d’enquête.

-Samedi 15 Avril : Le Ministre sénégalais de l’Intérieur se rend à Diawara pour ( selon les propres termes du quotidien gouvernemental « Le Soleil ») «  manifester  sa solidarité avec les populations de Diawara, victimes, le 9 Avril, d’une agression sauvage de gardes forestiers mauritaniens » ( seconde réécriture de l’événement par le quotidien national sénégalais).

A  Diawara, le Ministre sénégalais prononce son « trop c’est trop » et ajoute : « Le Président Abdou Diouf est un pacifique et non pacifiste » ( un pacifiste est, d’après le Larousse français «  celui qui préconise la recherche de la paix par la négociation ». Nous  sommes édifiés !) Le ton annoncé par Le Soleil est donc officiellement lancé par M. Sanko.

-Lundi 17 Avril : Pillage des boutiquiers maures à Matam et à Ourossogui ( deux villes jumelles de la vallée)

-Mardi 18 avril : Des incidents éclatent à Matam où les maures mauritaniens attaqués par la foule dirigée par les « groupes d’auto-défense » du lobby anti-mauritanien se défendent. Le Soleil titre le lendemain ( et à la une) : « Maures contre Pulars à Matam ».

Le même jour : Notre ambassadeur à Dakar rencontre le Ministre sénégalais de l’Intérieur et lui demande de prendre «  des mesures adéquates de protection de notre communauté au Sénégal ». Le Colonel Djibril Ould Abdallahi, Ministre mauritanien de l’Intérieur se rend à Dakar pour présenter ses condoléances pour les morts sénégalais de l’incident. Il réitère à son homologue sénégalais la demande de la Mauritanie de mise en place d’un plan global de sécurisation de la communauté mauritanienne.

-Mercredi 19 Avril : Le Ministre mauritanien, à l’occasion d’une audience avec le Président Abdou Diouf, souligne nos préoccupations et exprime son inquiétude pour les groupes mobiles qui, à Dakar et dans la vallée, semblent diriger une opération organisée contre les vies et les biens de nos compatriotes.

Le même jour : La convocation de la commission mixte d’enquête pour le 22 Avril est annoncée dans un communiqué conjoint où chacun des deux gouvernements s’engage à protéger la communauté de l’autre vivant sur son territoire. ( voir annexe 6 ).

-Jeudi 20 Avril ; Dans toute région du Cap-Vert, des attroupements sont visibles à maints endroits et des rançons sont exigées des commerçants mauritaniens.

-Vendredi 21 Avril : Des incidents éclatent à Dakar avec le début du pillage.

-Samedi 22 Avril : L’Ambassadeur de Mauritanie à Dakar essaye de joindre le Ministre de l’Intérieur sénégalais qui serait « absent  de Dakar ». Le Directeur de Cabinet du Ministre des Affaires Etrangères, plus tard, assure que « les mesures de sécurité seront prises ». Pourtant ce jour-là, le vandalisme contre la colonie mauritanienne se répand dans tout Dakar.

-Dimanche 23 Avril : Le mouvement s’accentue à Dakar ( où l’émeute occupe la rue ) et s’étend à Thiès, M’Bour, Kaolack, Ziguinchor, et à toutes les villes de la rive gauche ( la sénégalaise)  du fleuve.
L’Ambassade  et le Consulat de Mauritanie sont parmi les cibles des émeutiers. « Le Monde »( Paris) du 24 Avril note : « L’Ambassade  de Mauritanie n’a pas été épargnée par la fièvre xénophobe du week-end… »
L’Ambassadeur ne pourra joindre ni le Ministre des Affaires Etrangères par intérim, ni celui de l’Intérieur, ni le Directeur de la Sûreté, ni l’officier supérieur de liaison avec l’Ambassade.

A 14H20, notre représentant arrivera à informer directement le Président Diouf.

-Lundi 24 Avril : Le Ministre de l’Intérieur sénégalais s’enhardit à condamner les actes de vandalisme au Sénégal.

Le même jour : Des incidents légers éclatent à Nouakchott dans l’après-midi, vite réprimés par les Forces de l’ordre.
Le pillage  de nos biens et le molestage de nos nationaux s’étend à tout le Sénégal.

-Mardi 25 Avril : Pillage, vandalisme et lynchage de mauritaniens au Sénégal, notamment dans le Cap-Vert, et la Vallée.

Le même jour : Incidents à Nouadhibou et à Nouakchott où les sénégalais sont lynchés.
Le déploiement des détachements armés et le tir à balles réelles permettent de maîtriser la situation dans les plus grandes villes mauritaniennes en début d’après-midi.
Dans le reste du pays, aucun incident n’est signalé. Plus de 200 personnes sont arrêtées au cours de ces événements à Nouadhibou et à Nouakchott.
Le Ministre mauritanien de l’Intérieur, des Postes et Télécommunications, dans un discours radio-télévisé, condamne fermement les émeutes de Nouakchott et de Nouadhibou  et annonce l’instauration du couvre-feu. ( voir annexe 7 ).

-Mercredi 26 Avril : Pillage des dernières boutiques encore non « visitées » à Dakar et le nombre de réfugiés s’accroît à la Grande Mosquée de Dakar.
Retour de Paris à 23H40 de M Jean Collin, Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence. Ce retour va peser lourd dans la suite des événements.

-Jeudi 27 Avril : L’Ambassadeur de Mauritanie est convoqué à 19H30 pour recevoir une note verbale de protestation du Ministère sénégalais des Affaires Etrangères.
Un violent communiqué du gouvernement sénégalais est diffusé à 20H30 à la radio et à la télévision dramatisant les événements de Nouakchott et de Nouadhibou. Les tueries de masse de nos compatriotes commencent.

-Vendredi 28 Avril : ce « Vendredi de l’horreur » : ( comme l’appellent ceux qui ont vécu ce cauchemar ) est l’occasion pour la population de faire une chasse aux personnes d’ethnie maure, mauritanienne ou sénégalaises qui sont massacrées jusque dans les maisons, les mosquées…
Le correspondant de l’Agence Reuter a dénombré le 30 Avril dans un seul hôpital, Le Dantec, de Dakar « …trente-huit morts dont deux bébés, le crâne écrasé… »
Le Président Abdou Diouf  prononce un discours où il rapporte et « officialise » des déclarations fantaisistes de sénégalais rapatriés de Mauritanie.
La même nuit, les sirènes de pompiers  se feront entendre dans tout Dakar.
L’état d’urgence et le couvre-feu sont décrétés à Dakar.

-Samedi 29 Avril : Presque plus de boutiques à piller, mais les tueries recommencent de plus belle à Dakar, Touba, Kaolack, sur le fleuve et jusqu’aux villages les plus reculés. Les éleveurs mauritaniens sont attaqués en pleine brousse. « Autorités », « Forces de l’Ordre » et population se disputent leur bétail.
Des actes de sadisme sont signalés : mutilations et autres atrocités, notamment les viols, massacres de femmes et d’enfants, etc ;..

-Dimanche 30 Avril :au Mardi 2 Mai : plus de maures à massacrer dans la rue, ni de biens à piller. On racle domiciles et boutiques dont sont arrachés portes, fenêtres, plomberie, ampoules, etc…
Les derniers mauritaniens qui ont pu être rapatriés par le pont aérien spécial rentrent. Mais il manque à l’appel près de 300 mille autres.

-Dimanche 7 Mai : important discours du Chef de l’Etat mauritanien où il annonce notamment : la volonté ferme de faire respecter l’ordre sur tout le territoire national ( avertissement aux fauteurs de troubles) mais aussi de défendre sans faiblesse les droits et intérêts de ses compatriotes en particulier par :
-L’exigence de restitution immédiate des sommes d’argent liquide saisies ou confisquées sur / aux mauritaniens ;
-La nécessité d’une juste indemnisation des biens spoliés : patrimoine mobilier, immobilier, marchandises et autres valeurs appartenant aux nationaux mauritaniens.
Le Chef de l’Etat a adressé à cette occasion ses condoléances aux familles de toutes les victimes, mauritaniennes et sénégalaises.

-Mardi 9 Mai : Les familles des diplomates mauritaniens au Sénégal quittant Dakar seront l’objet d’une fouille systématique en présence de plusieurs épouses d’Ambassadeurs arabes et africains. Malgré la présence du représentant officiel du Ministre sénégalais des Affaires étrangères, les douaniers font preuve de grossièreté et d’indélicatesse.

-Samedi 13 Mai : Autour de MM Cheikh Hamidoune Kane et Thierno Mountagha Tall, des cadres de la vallée du fleuve adoptent une résolution violente où ils s’opposent à « toute conciliation avec la Mauritanie, telle que préconisée par le Mali » et demandent l’arrêt de tout échange entre la Mauritanie et le Sénégal.

-Mardi 23 Mai : Rappel pour consultation à Nouakchott de l’Ambassadeur mauritanien au Sénégal. Il sera fouillé et se verra refuser le salon d’honneur en présence des chefs de missions diplomatiques arabes et africains et d’un conseiller du Ministre sénégalais des Affaires étrangères. !

-Du Samedi 3 au Lundi 5 juin : rencontre au Mali ( dite Bamako II ) entre les Ministres  des Affaires étrangères  et de l’Intérieur du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal. Un accord minimal est atteint.

-Mardi 27 juin : 10 pêcheurs sénégalais arraisonnés avec leurs barques dans les eaux territoriales mauritaniennes sont libérés sur intervention du Président Moussa Traoré.

-Mercredi 28 Juin : Réunion à Rosso des Ministres de l’Intérieur du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal pour appliquer l’accord minimal de Bamako. 

Ce texte décisif échouera en raison des manœuvres dilatoires sénégalaises.

-Jeudi 13 Juillet : A Paris, le Président Abdou Diouf fait des déclarations fantaisistes sur les prétendues expulsions, par la Mauritanie , de ses nationaux.
Cette déclaration fait monter la tension et inquiète de nombreux  sénégalais restés en Mauritanie qui choisissent de rentrer chez eux.

-Jeudi 20 Juillet : Dans une lettre au Conseil de Sécurité, le Sénégal estime que « la médiation malienne a échoué ».

-Jeudi 27 Juillet : L’OUA, à Addis-Abeba, adopte une résolution ( mettant en exergue la non-immixtion dans les affaires intérieures , le respect des droits de l’homme et le respect des frontières au moment des indépendances) sur le conflit mauritano-sénégalais et désigne une commission devant assister le Président Moubarak, nouveau Président en exercice de l’Organisation, dans une nouvelle mission de médiation.

-Dimanche 6 Août : une « Union d’Entraide et de Développement des Femmes de la Vallée du Fleuve Sénégal » est créée à Dakar.
La Présidente en est Mme Oumou Salimata Tall, fille de Thierno Mountagha Tall et épouse de M.Datt, directeur de la revue «  Action Islamique » affiliée au lobby anti-mauritanien.
Nouveau maillon de ce même lobby que cette Union !

-Mercredi 16 Août : Arrivée d’une mission d’exploration égyptienne dans le cadre de la médiation.
Publication le même jour par l’Ambassadeur du Sénégal à Nouakchott, d’un tract violent contre les Ministres mauritaniens et la politique du pays, sous forme de note verbale.

-Jeudi 21 Août : La Mauritanie déclare l’Ambassadeur  du Sénégal « persona non grata ».
Le même jour Dakar rompt ses relations diplomatiques avec Nouakchott.

-Mardi 22 Août : L’Ambassadeur du Sénégal quitte Nouakchott avec les honneurs, salué par les membres du corps diplomatique et le protocole  du Ministère des Affaires Etrangères.
La même soirée, les diplomates mauritaniens et sénégalais sont transférés par le bac du Trarza à Rosso.
Les diplomates mauritaniens, en plus des vexations et des humiliations subies au poste-frontalier de Rosso Sénégal, verront leur argent confisqué. Seules de fortes pressions obligent les douaniers à leur restituer la somme saisie.

III-MOBILES ET CONSEQUENCES

1-MOBILES :
La responsabilité de l’Etat sénégalais étant évidente, on ne peut que s’interroger sur les mobiles qui l’ont poussé à déclencher une catastrophe.
Le Sénégal connaît depuis plus de deux ans une situation particulièrement difficile :
-Crise scolaire : année blanche en 1988 ; grève dans l’enseignement supérieur et secondaire…
-Crise sociale : chômage endémique, compression et suppression d’emplois, grèves cycliques…
-Crise économique : fermeture d’usines, faillite des banques, baisse de la production dans la pêche, recul des exportations…
-Crise politique : révolte, élections contestées, institutions mises en cause, affrontements permanents entre forces de l’ordre et manifestants…
Pour sortir de cette situation, ou du moins se donner du répit, le Gouvernement de Dakar a provoqué le différend mauritano-sénégalais pour les objectifs suivants :

1-Sur le plan politique :

-créer un abcès de fixation extérieur pour détourner la colère populaire qui menaçait quotidiennement le régime.
- Susciter un consensus national autour du pouvoir face à un danger extérieur imaginaire en exacerbant le sentiment nationaliste.
-Eloigner et occuper une armée qui commençait à faire parler d’elle après les remous consécutifs aux sanctions prises contre certains officiers supérieurs , dont l’ancien Chef d’Etat-Major , le Général J.Tavares Da Souza.
Créer à tout prix des conditions propices à la tenue du Sommet de la Francophonie qui ne pouvait se tenir dans un climat de tension extrême sur le plan intérieur.
-Affaiblir une opposition de plus en plus vindicative, en tentant de la marginaliser et de la diviser pour en récupérer une partie.
-Favoriser une résurrection du parti au pouvoir qui, usé par les querelles internes et la démobilisation de sa base, n’était plus que l’ombre de lui-même.
-sauver l’année scolaire menacée par la grève des enseignants face au spectre d’une seconde année blanche.

2-Sur le plan financier :

-Confiscation d’importantes sommes d’argent liquide, que les mauritaniens détenaient sur eux :
La majeure partie des commerçants détaillants et artisans mauritaniens n’ont généralement pas de compte en banque. En les chassant dans une atmosphère de panique et de terreur, le gouvernement sénégalais escomptait pouvoir  récupérer plusieurs centaines de milliards de francs CFA. Cette manne devait renflouer les caisses de l’Etat, très essoufflées.

-La confiscation des biens meubles et immeubles, qui constitueront , en plus du fonds de commerce, le capital de départ de la génération de commerçants que l’Etat sénégalais entendait substituer aux maures.
-Rétablir la liquidité du système bancaire en injectant de sommes d’argent confisquées. Le manque de liquidité est, comme chacun le sait, l’un des maux dont souffrent les banques sénégalaises qui généralement n’arrivent pas à honorer les chèques de leurs clients.
-Créer une épargne interne, par les bénéfices que les futurs commerçants sénégalais, qui prendraient la place des mauritaniens, pourraient dégager.

3-Sur le plan social :

-Donner des emplois aux centaines de milliers de chômeurs sénégalais, en priorité les cadres. Pour ce faire, il fallait renvoyer cinq cents mille mauritaniens pour leur substituer les sénégalais, qui, en bénéficiant de cette opération, devaient normalement apporter leur appui au régime qu’ils décriaient jusque-là.
Si en contrepartie la Mauritanie renvoyait la colonie sénégalaise  que Dakar croyait 30 fois moins nombreuse, l’opération présentait toujours un solde « bénéficiaire »

-Amorcer  la mainmise des nationaux sur l’activité économique en commençant par le plus simple : la distribution  et le commerce de détail. En cas de succès, la même méthode sera appliquée aux autres étrangers qui exercent des activités économiques au Sénégal.

Tels sont les principaux objectifs que le Gouvernement du Sénégal s’est fixés en déclenchant la dramatique crise qui a été évoquée ci-dessus. On peut légitimement se demander si la réalisation de ces objectifs peut justifier les dures épreuves qui ont été imposées  à des centaines de milliers d’hommes et de femmes innocents, mauritaniens et sénégalais. Il est certes normal qu’un Etat souhaite « nationaliser » son économie.

 Tout est dans la méthode et les moyens utilisés. Un Etat qui se respecte ne peut fouler aux pieds dans ses rapports avec les autres certains principes sacrés pour la communauté internationale.

3-Dommages et préjudices :

Les événements qui ont été décrits ci-dessus montrent l’étendue du drame qui a été imposé au peuple mauritanien, mais aussi, et en conséquence, au peuple sénégalais.
Si ceux qui à Dakar ont prémédité l’opération avaient pu imaginer l’étendue des dégâts, ils auraient , peut-être, renoncé à leur projet.
Même si les conséquences de la crise sont par certains aspects incalculables, on peut sans prétendre être exhaustif , en évoquer quelques-unes : 

-Des milliers de familles endeuillées  par la perte des leurs, victimes innocentes dont le seul crime est d’avoir fait confiance à un pays où par leur travail, ils contribuaient au développement économique.  On ne peut que signaler le cas de ceux qui seront marqués pour toute la vie par les exactions infligées à leurs proches devant leurs propres yeux.
Pour ces familles, la plaie est trop profonde, l’irréparable a été commis et seul le temps peut aider au dépassement.

-des centaines de milliers de personnes ruinées et déplacées par la seule volonté des autorités sénégalaises. On se souvient que dans son adresse du 28 Avril 1989, le Président Diouf avait annoncé sa décision de demander le rapatriement des sénégalais vivant en Mauritanie et décidé le renvoi chez eux des mauritaniens résidant en Sénégal.

-Une cassure brutale entre deux peuples qui ont accumulé à travers l’histoire un immense capital de relations de fraternité, de solidarité, de coopération, et de bon voisinage. Deux pays voisins condamnés à vivre ensemble dressés l’un contre l’autre.

- Certes les sénégalais rapatriés de Mauritanie ont subi de grands préjudices dans la mesure où, du jour au lendemain, ils se sont trouvés contraints de quitter un pays où ils gagnaient paisiblement leur vie. Ouvriers et techniciens pour la plupart, salariés ou artisans, leurs pertes ne peuvent en aucun cas être comparables à celles de la communauté mauritanienne qui vivait au Sénégal.

Connus à travers le monde, en Afrique de l’Ouest en particulier, pour leur honnêteté, le respect des lois et le goût de l’effort, les émigrés mauritaniens ont toujours apporté, dans la discrétion, leur contribution à l’essor économique du pays d’accueil. La communauté mauritanienne qui vivait au Sénégal avait réussi  au fil des ans à s’implanter à travers tout le territoire sénégalais, jouant ainsi un rôle essentiel dans plusieurs secteurs  de l’économie et particulièrement la distribution. Si le commerce de détail et celui du bétail étaient le quasi-monopole des mauritaniens, ils étaient présents aussi dans d’autres secteurs tels que l’import-export, la bijouterie, la restauration , l’immobilier etc…

Niant cette réalité, pourtant reconnue par tous les observateurs, le gouvernement sénégalais qui a renvoyé les mauritaniens pour s’emparer de leur fortune , s’empressa de minimiser les pertes subies par cette communauté florissante. 

Il reconnaît toutefois l’existence de quelques milliers de boutiques « …laissées vacantes par les mauritaniens au Sénégal ». Cette estimation qui ne tient pas compte de celles que des sénégalais se sont appropriée, ni de celles récupérées par les responsables de l’administration,  de la police et de la gendarmerie, est bien en deçà de la réalité qui se situe aux environs de 200.000 unités.

Au risque de se ridiculiser, le gouvernement sénégalais va jusqu’à affirmer que les commerces tenus par les mauritaniens n’étaient que des points de vente où les grossistes sénégalais déposaient leurs marchandises. Etrange pays où l’on peut pratiquer un commerce florissant sans détenir de capital propre ! L’argumentation du Gouvernement de Dakar ne s’arrête pas là. Pour lui, le commerçant mauritanien recevait en dépôt l’épargne des ménages sénégalais. A suivre ce raisonnement, le Sénégal serait un pays où il n’existe ni caisse d’épargne, ni banques de dépôts, ni opportunités d’investissement.

Autre affirmation gratuite des autorités sénégalaises : « les familles sénégalaises déposaient en chaque début de mois auprès des boutiquiers maures des sommes destinées à être dépensées quotidiennement ». Cet argument est de toute évidence non fondé , car ce sont plutôt les commerçants mauritaniens qui accordaient des facilités  à leurs clients sénégalais. Ce n’est certainement pas un hasard si l’un des premiers actes des pillards a toujours consisté en la destruction des documents pouvant attester de l’existence des créances contractées auprès des commerçants mauritaniens : chèques sans provisions, reconnaissance de dette, pièces d’identité, cartes professionnelles etc… Par ailleurs, il est de notoriété publique que les ménages sénégalais qui ont les moyens de s’approvisionner sans s’endetter s’adressent plutôt aux épiceries et aux supermarchés.

L’essentiel des clients de nos compatriotes est constitué par les ménages qui, en raison de la faiblesse et de la fluidité de leur pouvoir d’achat, ne pouvaient acheter qu’au détail ou s’approvisionner à crédit  en attendant la fin de mois. C’est d’ailleurs parce qu’il n’a pas pris cette réalité en considération que le gouvernement sénégalais enregistra un cuisant échec après qu’il ait lancé, à grands frais, les magasins témoins de la Sonadis et d’autres points de vente tenus par les sénégalais. C’était la première tentative visant à substituer des nationaux aux boutiquiers mauritaniens.

Si les commerçants mauritaniens avaient des relations avec les industriels et grossistes sénégalais – le contraire aurait été impensable – il faut cependant remarquer que ce sont les importateurs mauritaniens  installés au Sénégal qui constituent les principaux fournisseurs de leurs compatriotes détaillants. De ces opérateurs économiques mauritaniens qui avaient chacun un volume d’affaires qui ne se chiffrait qu’en milliards de francs CFA, le Gouvernement  sénégalais ne souffle mot. Même si leur situation n’était pas aussi dominante dans leur secteur que celle de leurs compatriotes dans le domaine du détail, les pertes subies par les importateurs et les grossistes mauritaniens opérant au Sénégal ne peuvent en aucun cas être occultés.

Le Sénégal a, de tout temps, été approvisionné en bétail à partir de la Mauritanie, et cette activité était principalement contrôlée par les mauritaniens. En plus des éleveurs qui pratiquaient la transhumance au Sénégal en vertu des accords liant les deux pays, des centaines de milliers de têtes de moutons et de bovidés étaient chaque année exportées sur pieds vers le Sénégal par des mauritaniens qui l’écoulaient au fur et à mesure et en fonction des occasions ( moisson de l’arachide, fête religieuses…)

Bien qu’il ait donné son accord de principe, au cours de la médiation malienne pour le rapatriement réciproque du bétail, le gouvernement sénégalais a usé de subterfuges pour ne pas exécuter cette décision. Cela n’a pas étonné les observateurs présents à Dakar qui savent que dans cette période de grande incertitude, le régime sénégalais ne pouvait prendre le risque de priver les sénégalais des moutons mauritaniens qu’ils avaient l’habitude d’immoler à l’occasion de la Tabaski ( Id-El-Adha ou fête musulmane du sacrifice).
Le mouton de Tabaski est tellement important que le Chef de l’Etat sénégalais était obligé de dépêcher en Mauritanie, chaque année, son Ministre chargé des ressources animales pour assurer le ravitaillement  du marché à la veille de la fête.
Le bétail mauritanien en pâturage dans les campagnes a été, pour l’essentiel, récupéré par les autorités administratives et les forces de l’ordre, et l’argument « vandalisme » ne pouvant être évoqué, il n’y avait aucun obstacle à sa restitution si ce n’est la volonté du gouvernement sénégalais de le confisquer.

Les artisans mauritaniens étaient présents en grand nombre au Sénégal, en particulier les orfèvres installés dans des concentrations urbaines et les centres touristiques. Ces artisans, qui se comptaient par milliers et travaillaient avec un capital propre, avaient monté des points d’exposition et de vente qui ne tarissaient pas de visiteurs tant sénégalais qu’étrangers. «  la cour des maures », sise à l’Avenue Blaise Diagne, véritable village de l’artisanat mauritanien, était tellement célèbre qu’elle était devenue un passage obligé pour tout touriste arrivant à Dakar.
Cette activité qui a contribué à l’essor du tourisme sénégalais ne peut être passée sous silence et les préjudices subis par ces honnêtes travailleurs ne peuvent qu’être réparés.

Le monopole du commerce du bétail a amené les mauritaniens à contrôler deux activités intimement liées à ce secteur : la boucherie et la « dibiterie ».
Sur toute l’étendue du territoire sénégalais, les mauritaniens détenaient des milliers de boucheries où venaient s’approvisionner les ménages à moyen et faible revenus.  Cette activité dont le volume est important eu égard au capital financier qu’elle nécessite ne peut être négligée du fait de son apport dans la distribution et l’alimentation des populations.
On désigne, au Sénégal, sous le vocable «  dibiterie »les restaurants populaires où l’on peut acheter du méchoui et des grillades. Ces points de vente, dont l’activité est centrée autour de la viande consommée sur place ou emportée, les mauritaniens en avaient installé des milliers  dans les quartiers populaires, les gares routières et sur les principaux axes.

La communauté mauritanienne, qui – rappelons-le était relativement florissante , n’a jamais pensé que le gouvernement  sénégalais  aurait un jour l’idée de la renvoyer. Confiante la solidité des liens, qui depuis des siècles unissent les deux peuples, elle s’est lancée dans l’investissement immobilier à travers tout le Sénégal.
C’est ainsi que les mauritaniens ont acquis des immeubles , tant à Dakar que dans les autres villes du Sénégal, mais également des maisons d’habitations, des terrains non bâtis ou à usage agricole dans toutes les régions du pays. Ce patrimoine immobilier honnêtement acquis et dont les titres de propriété existent , est une réalité que personne ne peut nier, même si ceux qui en sont les propriétaires ont été obligés de les abandonner.

Cinq cent mille mauritaniens constituaient au Sénégal un groupe relativement nanti et détenaient des biens meubles ( mobiliers, ustensiles, bijoux, effets personnels etc…) qui ont été soit emportés par les pillards, soit confisqués par les autorités. Les scènes de racket dont ont été victimes les mauritaniens sont trop connues pour être reprises ici. Mentionnons tout de même deux témoignages d’observateurs indépendants : un journaliste du journal LE Monde du 3 Mai notait : « Ils ( les mauritaniens) pénètrent dans le pavillon ( de l’aéroport de Dakar), passent le contrôle douanier et perdent le peu qui leur reste… et ressortent les mains vides… » tandis qu’on pouvait lire dans le quotidien de Paris du 2 Mai 1989 le passage suivant : « un hold-up organisé, qui fait douter que le gouvernement sénégalais de Dakar conserve les moyens de reprendre le contrôle de la situation ».

Devant ce comportement inqualifiable, la presse internationale ne pouvait que réagir et certaines missions diplomatiques avaient mené des démarches  pour qu’un traitement  plus humain soit réservé aux rapatriés mauritaniens. Cela n’eut aucun effet, les hautes autorités sénégalaises avaient décidé que le mauritanien ne devait rien emporter. Inutile dès lors d’évoquer le sort des milliers de véhicules mauritaniens que les officiels sénégalais  se sont appropriés et des containers de marchandises destinés à la Mauritanie qui se trouvaient en transit au port de Dakar.

Il va de soi que , plus que tous ces biens, meubles et immeubles, l’argent liquide  est ce qui attirait le plus l’attention des forces de sécurité et des douaniers sénégalais. Malheur au ressortissant mauritanien qui ne détenait pas une somme sur lui au moment de la fouille car il était présumé avoir caché son argent  ailleurs et ne pouvait que subir la colère des sénégalais. Malgré les dizaines de milliards qu’elles ont confisquées, les autorités sénégalaises ne sont pas satisfaites du butin.

Le Directeur Général des Douanes sénégalaises l’exprimera à sa façon en accusant le Consul de Mauritanie de trafic de devises et en demandant officiellement à « l’Ambassade de Mauritanie de lui restituer les sommes confiées par les ressortissants mauritaniens ».

Pire encore, tous les comptes bancaires appartenant à des mauritaniens sont saisis, y compris ceux de l’Ambassade., des diplomates et des fonctionnaires internationaux qui sont pourtant couverts par les conventions diplomatiques ou les accords de siège.

Comme on le constate, les préjudices causés à la colonie mauritanienne qui vivait au Sénégal sont énormes  et peuvent  en aucun cas être niés. Ils ne peuvent être passés sous silence et devront un jour être examinés pour qu’une juste indemnisation soit apportée aux victimes.

Les sénégalais rapatriés , quant à eux, ont pu confier la majeure partie de leur argent  et de leurs biens à certaines ambassades étrangères  et à l’Eglise de Nouakchott , tandis que le reste de leurs biens ( véhicules, effets personnels, etc…) est répertorié et placé sous bonne garde par l’Etat. Le gouvernement mauritanien est prêt  à restituer  tous ces biens à leurs ayant droits dès qu’un juste règlement aura été trouvé.

4-Les immunités diplomatiques 

Tout au long de la crise, le Sénégal n’a cessé de mentionner les entraves opposées d’après lui par la Mauritanie au travail de son ambassade à Nouakchott.
Mais ici encore les réalités contredisent le discours sénégalais :

-Qui a violé en permanence la valise diplomatique de l’Ambassadeur de Mauritanie à Dakar, déchirée avec une remarquable régularité par la police et la douane à la recherche , semble-t-il, de sommes d’argents ?
-Qui a « oublié » de protéger les domiciles de l’ensemble de la communauté diplomatique et consulaire de Mauritanie à Dakar ainsi que ceux des fonctionnaires internationaux de nationalité mauritanienne ?
-Qui a fait disparaître le 23 Avril, le jour qu’il en avait le plus besoin, la protection de l’Ambassadeur précédemment accordée en raison des menaces précises contre lui ?
-Qui a fouillé outrageusement les épouses des diplomates mauritaniens quittant Dakar le 9 Mai 1989, éventrant leurs valises et leurs bagages à mains et les soumettant à une humiliante fouille corporelle ?
-Qui a fouillé notre Ambassadeur à son départ de Dakar le 23 Mai 1989, l’a expulsé du salon d’honneur en présence de plusieurs ambassadeurs arabes et africains ?
-Qui, dans la nuit du 22 au 23 Août 1989, au dernier poste-frontière, a subtilisé les sommes d’argent transportées sur eux, pour  leurs besoins personnels, par nos diplomates rentrant après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays ?

Le gouvernement sénégalais, qui a empêché les diplomates mauritaniens de récupérer les sommes déposées dans leurs comptes bancaires ) Dakar, tenait à les dépouiller de tout ce qu’ils avaient sur eux, malgré l’accord convenu entre les deux pays qui stipulait que les diplomates étaient autorisés à emporter tous leurs biens et qu’ils ne seraient pas fouillés.

-Qui a bloqué, après cette rupture, les comptes de l’Ambassade et ceux de l’ensemble des personnels diplomatiques et consulaires dans les banques de Dakar ?

Par contre la Mauritanie n’a jamais usé de ces pratiques jurant avec les conventions internationales et la courtoisie.
-La valise diplomatique de l’Ambassade du Sénégal à Nouakchott n’a jamais été violée.
- L’Ambassadeur du Sénégal a quitté Nouakchott le 22 Août au soir par le salon d’honneur, salué par plusieurs chefs de missions diplomatiques et par deux hauts fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères.
-L’Ambassade du Sénégal et l’ensemble de son personnel ont pu retirer, le 22 Août, tous leurs avoirs déposés dans un banque de Nouakchott.
-Enfin, à la traversée de Rosso et malgré les conditions indignes infligées aux diplomates mauritaniens à Rosso Sénégal, aucun diplomate sénégalais, la même soirée, n’a eu son immunité violée, ni son argent subtilisé.


Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge