La campagne bat son vide…

Mouna mint  EnnasLa campagne électorale bat son vide. Son vide le bat. Surtout. Chaque jour. Chaque soir. C’est un peu une lutte entre le vide et le vide. La vacuité contre la vacuité. Un match nul. A tous les coups. Un match nul à tous les sens. Aussi. Le combat se fait entre des frères. Qui se réclament  du même père. Le père, lui, qui a perdu toute sensibilité paternelle – qui n’en a jamais eue très probablement- les observe, avec un mépris partagé équitablement entre tous. Mais, il les observe tout de même. Juste pour découvrir le gagnant parmi eux. Il sera son futur vrai fils. Les autres se répartiront entre demi-fils, à tiers-fils, à quart-fils…
Son vrai amour paternel, ou ce qui en tient lieu, il le garde quelque part, en lui, si bien protégé, enfermé jalousement, dans une gangue hermétique, qu’il n’ouvrira qu’à la dernière année de son second et ultime mandat. Il l’ouvrira, ce jour-là, en présence d’un expert constitutionnel. Et il distribuera ses amours à ses fils, ses fils devenus alors députés, sénateurs, maires, conseillers.
On entendra leurs cris d’allégresses et de joies, dans la haute et la basse chambre, dans les métropoles et dans les coins et recoins les plus improbables du pays. Fleuris des nouvelles amours présidentielles, ses fils, en législateurs, en représentants, majoritaires, de toutes les voix du peuple, devront, ce jour-là, rendre la monnaie au généreux de la dernière heure.
Un mandat. Un troisième mandat. Autant d’amours présidentielles, si généreusement réparties entre la marmaille vaut plus qu’un troisième mandat anticonstitutionnel. La présence de l’expert constitutionnel sert justement à l’évaluation des amours. Une évaluation traduisible constitutionnellement en mandat présidentiel supplémentaire. La joie sera bien présente pour réunir les deux chambres, dans l’allégresse la plus totale, afin d’amender la Constitution et introduire la nécessité d’un troisième mandat présidentiel.
C’est dire que du vide à tous les coups de la campagne en cours naîtra un grand vide national. Privé de l’énergie passionnel, ce vide restera, quatre années durant, en phase de reptation. Il rampera dans toutes les sphères publiques. Face, devant, sous et derrière l’exécutif. Il rampera derrière le wali le plus insignifiant, le général le plus falot, le hakem le plus évanescent. Il rampera, rampera, en bébé vide, qui aura  tété le vide, et se sera  nourri du vide et de la vacuité, durant sa prime et vide enfance. Il ne parlera point. Il acquiescera éternellement de sa petite tête vide jusqu’à sa cinquième année.
Le jour où la gangue sera ouverte, il se tiendra, débout, trébuchera quelque peu, puis se maintiendra, sautillant, sur les sièges du Parlement, des conseils municipaux, joyeux, gai, prononçant les premiers phonèmes du langage. De son langage encore balbutiant, rudimentaire, tentant une résurrection, une réédition après sa dernière mort, à la suite de sa victoire contre le vide, dont il ne s’en remettra jamais avant ce jour-là.
Ce jour-là, où il devra apprendre son  nom, pour la première fois. Le baptême, en compagnie de sa fratrie, la fête, en l’attente du choix du nom, le vrai nom, pour un bébé vide qui se lève et qui s’initie aux premiers sons de langage.
En assemblée constituante de la fratrie, le nom sera tout trouvé. L’expert constitutionnel, témoin de l’ouverture de la gangue des amours présidentielles, enfin partagées, prononcera un laïus pour l’occasion. ‘’ Vous êtes chère fratrie, députés, sénateurs, nés du vide. Quatre années durant, vous aviez porté ce nom, dans la reptation la plus humiliante, dans l’acquiescement le plus déshonorant. Vous aviez rampé. D’autres, comme vous, ont rampé, je pense à ces centaines de conseillers municipaux et maires qui ont rampé dans des conditions difficiles, entre monts et vals, devant et derrière les walis et les hakems, qu’ils soient remerciés, ici, de leur reptation. Aujourd’hui, vous vous êtes réunis en assemblée constituante pour amender la constitution afin d’intégrer la possibilité d’un troisième mandat à votre père de toujours. Vous n’êtes plus des bébés vides. Vous êtes désormais majeurs. Et vous portez désormais un nom. Un nom complet je veux dire : Un vide constitutionnel.”

Maurichronique:Mouna Mint Ennas

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