Tribune libre : Messoud Ould Boulkheir

messoud

Messoud Ould Boulkheir, président de l’alliance populaire progressiste (APP) président sortant de l’assemblée nationale mauritanienne, signe  cette tribune libre . Messoud Ould Boulkheir parle des derniers événements consécutisfs à la profanation présumée du Coran, de l’alternance au pouvoir, de lui-même…

Première partie

Alors que tous s’interrogent sur le devenir de la Mauritanie, aujourd’hui que les récentes émeutes sont venues perturber la sérénité du débat sur les élections présidentielles de 2014, ma contribution, c’est en tout cas ce que j’espère, dans un échange sur la situation politique du pays et sur son avenir me semble bien à propos, surtout qu’en général, en pareille circonstance, les regards se sont souvent focalisés sur ma modeste personne, des fois pour me disculper, mais souvent pour m’accabler, le tout faisant de moi, simplement et en vérité, un bouc émissaire par excellence, que n’ont jamais épargné les attaques.
La sévérité, la multiplicité, la diversité des formes et des origines des coups que j’ai dû subir, souvent sans broncher, doivent certainement faire penser que mon objectif, à travers cette tribune, est d’annoncer que l’heure des règlements de comptes a sonné.
Que chacun donc se rassure, car en ce qui me concerne, cette heure n’a pas sonné et ne sonnera même jamais pour les deux raisons suivantes:
La première raison est que les peuples, tous les peuples et toutes les opinions, parce qu’ils préfèrent la facilité de se bercer d’illusions pour continuer à espérer plutôt que de regarder la réalité en face, une réalité souvent déprimante et insoutenable, ont toujours créé leurs boucs émissaires pour les rendre responsables de l’impuissance collective et en faire les objets de leur vindicte.
La seconde raison est que la vitesse à laquelle sont survenus les derniers événements est inquiétante à plus d’un titre et ne saurait être considérée comme spontanée ou le simple fruit du hasard ; elle augure plutôt de lendemains très sombres qui m’interdisent de raviver des querelles de personnes, somme toute banales et maintenant dépassées, au moment où l’unité de tous s’impose pour réussir à conjurer ce complot et tous ceux qui suivront.
Mon objectif est donc, une fois de plus, de faire baisser la tension, de prêcher pour la réalisation de l’unité, de la sécurité, de la tranquillité, de la solidarité et de la cohésion des populations. Il est aussi de crier haut et fort mon indignation et ma totale réprobation des émeutes survenues dernièrement, d’affirmer qu’elles sont étrangères à nos habitudes, et qu’elles doivent donc être stoppées, une fois pour toutes, avec fermeté, loin de toute politique politicienne et de quelque autre considération que ce soit.
Bien évidemment, il n’est pas question de douter de la bonne volonté ou de la bonne foi de qui que ce soit et encore moins de sous-estimer les raisons de la colère des émeutiers, mon propos et mon souci étant de souligner avec insistance et de rappeler ce qui suit :
Il est tout à fait surprenant et incompréhensible que la dévotion unanime des mauritaniens à l’Islam, notre Religion commune et Sacrée, que la peur innée de la profanation du Saint Coran, que l’on se transmet de père en fils dans tout le pays, que la grande dévotion au Saint Prophète (Salut et Paix sur Lui) de même que le rôle éminemment privilégié que notre vaillant et pacifique peuple musulman a joué dans l’expansion de l’Islam tant au Nord qu’au Sud, il est surprenant et incompréhensible que tout cela se soit révélé insuffisant pour nous immuniser contre toute réaction génératrice de désordre et contre toute provocation, surtout si celle-ci est à caractère
« Je ne peux pas assister, sans réagir, à l’exploitation criminelle de l’innocence et de la crédulité des gens » religieux, susceptibles de mettre en péril la préservation des vies humaines et la sauvegarde des biens. C’est pourquoi je ne peux pas assister, sans réagir, à l’exploitation criminelle de l’innocence et de la crédulité des gens, pour les diriger vers des objectifs erronés, conçus par d’autres, tout à fait ignorants de nos us et coutumes et pour des sociétés tout aussi différentes de la nôtre.
Il convient par ailleurs de rappeler clairement et avec insistance qu’il est illusoire et tout à fait vain de prétendre assurer la tranquillité et la sécurité des gens, de même que la stabilité des Institutions en ignorant les revendications légitimes des populations, agressées quotidiennement dans leur chair par les morsures cruelles du Crime et de la Faim tandis que le double sentiment d’injustice et d’abandon hante leur esprit.
La situation actuelle du pays, contrairement à l’habitude, est perçue par le conscient collectif comme la conséquence directe de la mal gouvernance, du déficit de conscience nationale, de la résurgence quasi organisée du tribalisme, de l’ethnisme et du communautarisme, qui constituent le thermomètre infaillible du favoritisme et de l’exclusion qui engendrent les révoltes et les violences.
Il s’ajoute à cela le sentiment presque général que l’on semble s’acharner à saper l’honneur, la dignité, la notoriété et la valeur de tous les nationaux, sans exclusive, au point de considérer la société nette de tout symbole, de tout patriote, de toute référence religieuse ou judiciaire crédible, de tout citoyen sincèrement désintéressé.
Personne n’est crédible ou important ou digne de considération ou de respect. Cette vision exagérément dévalorisante fait de nous une société sans repères et sans critères de référence, où l’individu est évalué en fonction de ses bons ou mauvais rapports avec untel, de ses choix politiques ou idéologiques, voire de ses origines sociales.
Il est encore plus extraordinaire et plus surprenant de constater que ceci, qui n’est qu’une évaluation strictement subjective et personnelle, est arbitrairement imposé à l’opinion publique, en toute liberté et en toute impunité, par les médias, les animateurs et/ou les commentateurs des salons ce qui, en soit, porte gravement atteinte à notre religion, à notre classe politique, fragilise encore plus notre pays et compromet son avenir.
N’est-il pas choquant aussi que nos activités politiques ne s’évaluent désormais plus qu’en termes de pertes et de profits bassement mercantiles, et non en termes de préoccupations citoyennes du présent et du devenir du pays ?
C’est pourquoi il faut aussi dire et même crier haut et fort que garantir la paix sociale, sauvegarder les vies des personnes, sécuriser les biens, éviter les émeutes et leur cortège de violences, demande avant tout la prise de conscience réelle de toutes ces tares réelles qui constituent autant de dangers potentiels qui menacent le pays. Cela demande aussi la mise en œuvre urgente de toutes décisions susceptibles d’atténuer d’ores et déjà leurs ondes de choc, en attendant de les exorciser définitivement par l’avènement d’un véritable Etat de droit.

« Une foison de « journalistes, de commentateurs politiques, d’intellectuels et de spécialistes »

Ce sont ces choses, toutes inquiétantes et révoltantes, qui m’obligent aujourd’hui, contrairement à mes habitudes, de parler aussi de moi-même, dans l’espoir que cette démarche sera saluée par une opinion très souvent induite en erreur par une foison de « journalistes, de commentateurs politiques, d’intellectuels et de spécialistes » qui m’ont souvent choisi comme thème de recherches et sujet d’exercice et n’ont eu de cesse de m’accabler injustement parce qu’ils me détestent, pensant par cela contribuer à auréoler l’image de ceux qu’ils adulent.
Contrairement à certains de mes pairs qui ont choisi la politique, je suis un administrateur civil de formation, c’est-à-dire un être fondamentalement imbu de la notion de la chose publique, car en quête permanente de l’intérêt général, de la résolution des conflits qui naissent entre les individus et entre les communautés, toujours soucieux de la sécurité des personnes et des biens, de même que de la paix et de la tranquillité dans la Cité.
J’ai obtenu ce diplôme à force d’application et de persévérance dans le travail, sans l’aide ou le soutien de qui que ce soit et seulement riche d’un C.E.P.E. et des enseignements du salut des éclaireurs, appris à l’âge de 14 ans au Collège de Rosso :

« 1) servir son pays
2) rendre service en toute occasion
3) obéir à la loi scoute étant la signification des trois doigts levés, alors que celle du pouce posé sur l’auriculaire est que le grand doit protéger le petit et le fort défendre le faible. »

Le champ d’observation et d’application de ces notions et de ces enseignements a été l’Administration du Territoriale où j’ai exercé depuis l’âge de 16 ans, débutant par le statut de « bénévole » en 1959 et terminant par celui d’administrateur civil , 20 ans après, en 1979.
Mon parcours professionnel m’a mis en contact direct avec la réalité brute du pays (la Terre,) qui bien qu’un, est multiple et de ses habitants (les Hommes) avec tout ce que cela implique de contrastes où opulence, humilité, simplicité, fraternité, égalité, solidarité et tolérance musulmanes cohabitent facilement avec extrême pauvreté, inégalités, esclavage, démagogie, injustice, racisme, marginalisation, individualisme et exclusion.
Ces notions et ces réalités qui occupent toutes mes pensées et se confondent avec le sang qui coule dans mes veines ont complètement inhibé en moi la recherche de l’intérêt personnel ou particulier pour ne laisser place qu’à l’intérêt général qui a toujours fondé mes principes et a été à la base de toutes mes prises de décisions ou positions politiques.
Aussi, ne suis-je en conflit personnel avec personne, de même que je ne suis l’ennemi de personne. Je n’ai par ailleurs le monopole d’aucune Cause, aussi importante soit-elle pour moi, pas plus que je ne cherche à imposer mes vues ou ma personne à qui que ce soit, tout en m’octroyant le droit de n’accepter le diktat de personne.

« Je suis un mauritanien de souche, fils et petit fils d’esclaves »

Je n’ai pour refuge et suis réellement à l’aise qu’en Mauritanie, ma patrie; je n’aime me vêtir qu’en habit traditionnel (la daraa et le seroual;) je n’aime pas manger à table et je ne passe mes vacances qu’en Mauritanie ; je n’ai jamais mêlé quelque étranger que ce soit aux problèmes internes de mon pays et jamais je n’ai été en quête de soutien extérieur pour les résoudre.
Je suis un mauritanien de souche, fils et petit fils d’esclaves ce qui est, à mes yeux, au lieu d’être pour moi un handicap insurmontable, comme l’auraient souhaité certains est, au contraire, mon premier stimulant, la source où je viens puiser fierté, énergie, courage, force et détermination, mais aussi patience et humilité.
J’ai souffert et très souvent subi les affres des privations, de l’humiliation, des railleries, de l’injustice, de la discrimination, de l’exclusion, de l’incompréhension, de l’ingratitude et de la trahison, tantôt du fait de la nature et tantôt du fait de mes compatriotes, mais j’ai toujours résolument poursuivi mon chemin, sans désespérer, sans me déshumaniser, sans haine, tout confiant en Allah, en les principes qui me guident, en les objectifs que je vise et, bien sûr, tout à fait confiant en moi-même.
Les pures et nobles ambitions que je nourris pour mon pays et pour mon peuple, tout mon peuple, ne trouvent à être freinées ou tempérées que par la précaution que je prends à toujours veiller à ne jamais les compromettre par une quelconque action ou prise de position susceptible de constituer une menace pour l’unité nationale ou pour la paix et la cohésion sociales.
C’est pour toutes ces raisons que la discussion, le dialogue, la concertation, les concessions, le donner et le recevoir, sans préjudice des revendications, des protestations et même parfois de l’agitation pacifique constituent, à mon avis, la « panoplie » du politicien accompli, soucieux de réaliser de grandes choses qui servent et qui durent.
Je suis donc très loin de cette folle envie « du paraître,» synonyme de nos jours de course effrénée pour occuper une haute et parfois très haute fonction politique ou administrative, parce que cela n’a jamais été un objectif pour moi bien que mon C.V. n’en soit pas vide pour autant.
Je ne suis ni envieux, ni jaloux et je ne suis jamais en compétition qu’avec moi-même, habité que je suis, en permanence, par la crainte maladive, de ne pas réussir à me surpasser dans l’accomplissement de ce que je juge Bien et Juste. Très souvent, j’ai accepté de faire profil bas pour avantager et donner ses chances à mon prochain, qu’il soit ami, collègue, voisin ou simplement compagnon occasionnel de voyage. J’ai toujours été prompt à appuyer et à soutenir ce auquel je crois, même s’il est avancé par un adversaire.
J’aime mon pays à la folie et rien ne me blesse plus que de le voir à la traîne, sur le plan institutionnel ou simplement de l’équipement, par rapport à certains autres pays proches ou lointains car, comme eux, il a un peuple, une histoire, une civilisation et une culture et, parfois plus qu’eux, il dispose d’importantes et diverses ressources (minérales, halieutiques, agricoles, une main d’œuvre bon marché, etc.)
C’est pourquoi je n’arrête pas de me dire que le changement est à portée de main. Il suffit pour nos Décideurs et pour nous, Cadres, de nous en convaincre, de le vouloir intensément, de nous y impliquer théoriquement et pratiquement pour entraîner derrière nous tout le peuple qui n’attend que cela.

« Convaincre les sceptiques que l’alternance pacifique au pouvoir est un objectif et qu’elle est possible »

Je souhaite que tous les protagonistes politiques, appréhendent l’ampleur des défis qu’affronte le pays ; je veux qu’ils prennent conscience de l’entièreté de leur responsabilité dans sa construction, encore à ses débuts, et qu’ils comprennent que l’archaïsme et la fragilité de ses structures l’exposent, plus facilement que d’autres, à l’instabilité et à la violence dévastatrice.
Je veux, pour conjurer le sort, ajouter mes efforts à ceux qui souhaitent gagner ce pari de la construction de la Mauritanie ; pour la sortir de cette mauvaise passe, il est vital que sa stabilité soit assurée car sans stabilité, il n’y a pas de pays et sans perspectives claires pour un pays, il n’y a pas d’espoir.
C’est pour ces deux raisons qu’il est urgent de donner des signaux suffisamment forts pour convaincre les sceptiques que l’alternance pacifique au pouvoir est un objectif et qu’elle est possible.
Il est aussi possible de faire naître chez le père de famille, l’espoir qu’en sortant de chez lui le matin, il gagnera de quoi nourrir ses enfants et qu’il aura une opportunité de travail permanent ou temporaire.
Il faut que naisse chez tous les citoyens l’espoir d’assister à la réhabilitation de l’Ecole, de bénéficier d’une bonne couverture sanitaire, de disposer enfin de l’eau potable, du développement rapide d’une infrastructure complète de voies et moyens de communications.
Il est aussi urgent et salutaire de donner à espérer au justiciable, que justice lui sera rendue, à l’administré, que son cas sera diligenté avec sérieux, et à l’étudiant que son diplôme lui assurera un emploi conséquent.
Il faut protéger et encourager le monde en charge de la Communication et de la Presse en lui créant les conditions optimales de travail pour que l’accroc d’internet, le lecteur du journal, l’auditeur de radio et le téléspectateur soient en droit d’en exiger le maximum de respect, ce respect qui implique obligatoirement la vérité, l’objectivité et l’impartialité, qui fondent la crédibilité et la réussite.

Messoud Ould Boulkheir
Président de l’APP

Deuxième partie.

« Je n’ai jamais renoncé à l’une quelconque de mes convictions ».

Il est vital pour le pays qu’intervienne au plus vite la réhabilitation de la Police Nationale dans son rôle éminemment premier de maintien de l’ordre et de la sécurité publics, rôle qu’aucune autre Institution ne saura assumer mieux qu’elle, sans préjudice de la création parallèle, si nécessaire, d’un autre Corps dont les missions viendraient la compléter au lieu de la concurrencer ou de s’y substituer.
Les modes de recrutements, de sélections, d’affectations, de promotions normales ou exceptionnelles de la Police, de la Gendarmerie, de la Garde et de l’Armée Nationales doivent toujours respecter les mêmes normes et canaux professionnels et concerner indistinctement tous les nationaux.
Je n’ai jamais renoncé à l’une quelconque de mes convictions et je brandis toujours très haut tous les slogans pour lesquels j’ai consacré jusqu’ici ma vie d’adolescent, celle d’adulte et, maintenant, celle du troisième âge, toujours soucieux et préoccupé par la stabilité, la sécurité, l’unité et la paix sociale du pays.
Je n’ai donc jamais renoncé à ma lutte pacifique contre l’esclavage par conviction d’abord et ensuite parce que je suis conscient qu’il n’existe pas pour le pays de danger plus grand et plus imminent que celui pouvant être causé par la non résolution sérieuse et définitive de ce phénomène.
C’est donc à cause de cette intime conviction que je mets en garde tous les protagonistes (du citoyen lambda au Président de la république, sans oublier les Ministres, les Acteurs Politiques de tous bords et de la Société Civile, les Magistrats, les Gouverneurs, les Préfets, les Chefs d’Arrondissement, les Commissaires de Police, les Commandants des brigades de Gendarmerie et de la Garde, les Antiesclavagistes) contre une mauvaise perception de ce problème et surtout contre toute tentative inconsidérée de l’instrumentaliser dans un sens (le réduire à un banal slogan politique) ou dans l’autre (s’amuser à encourager la révolte des victimes, ) ce qui en ferait un tsunami dans un cas comme dans l’autre.
C’est un problème très sérieux qu’il faut prendre à bras le corps et cesser de penser que des formules grandiloquentes ou des traitements superficiels et occasionnels suffisent à le résoudre, de même qu’il faut cesser de privilégier la surenchère, pour ceux qui seraient tentés de jouer avec ce feu là.

« Il faut là aussi cesser de considérer la cohabitation comme un problème banal, très facilement surmontable par le nombre »
Le rétablissement des équilibres entre Arabes et négro-Africains doit être recherché grâce à une législation appropriée et engagée, qui d’une part, spécifie les particularismes insurmontables et définit les droits imprescriptibles qui s’y attachent et qui, d’autre part, invente un compromis politique et organisationnel qui convainc chacun, dans le respect des différences, qu’il est citoyen d’un Etat indivisible, dans lequel il jouira pleinement dorénavant de tous ses droits, non seulement culturels, mais également politiques, économiques et sociaux.
Il faut là aussi cesser de considérer la cohabitation comme un problème banal, très facilement surmontable par le nombre, ce qui n’est pas un critère défendable en démocratie et encore moins quand il s’agit de culture et de civilisation, de même qu’il faut accepter qu’il y a des limites à tout, y compris aux revendications des minorités.
En effet, aucune majorité ni aucun groupe ne devrait prétendre à l’exclusivité de l’appartenance ou à la liberté de mener à sa guise ce qui est une propriété collective (Pouvoir, Pays, Religion) pas plus que la minorité devrait se croire libre de revendiquer ce qui est défendu, interdit.

« L’unité nationale, actuellement plus aléatoire que jamais. »

Rechercher le juste équilibre est le problème de tous et celui de chacun. Ceci est aussi la constance qui doit caractériser les rapports ou la cohabitation politique entre la Majorité et l’Opposition, qui tout en jouant chacune son rôle à plein temps et en usant chacune des pouvoirs constitutionnels qui lui sont conférés, ne doivent cependant jamais oublier que leur espace d’évolution est commun et qu’elles ne sont pas libres d’y agir, chacune à sa guise.
J’ai la totale certitude, pour ma part, que le combat le plus noble, le plus utile et le plus urgent qu’il revient à chaque patriote de mener aujourd’hui, sans hésitation aucune, est celui de l’unité nationale, actuellement plus aléatoire que jamais.

La compréhension, l’entente, la solidarité et la fraternité doivent être les mesures qui rythment, au quotidien, la marche de ceux, (peuples et communautés) que le hasard de l’histoire et l’arbitraire de la nature ont conduits et condamnés à vivre ensemble.
Comprendre cela et ne rien ménager pour le concrétiser est le Devoir premier et permanent de tout responsable politique soucieux de graver son nom au Panthéon des Hommes d’Etat.

« La surprenante, rapide et insolente éclosion d’une minorité de nouveaux riches à la faveur du clientélisme politique, du népotisme, du racisme, du tribalisme et de l’exclusion »

Mais parler du problème de l’esclavage et de la cohabitation de communautés différentes et les caractériser de volcans dormants susceptibles de se réveiller à l’improviste et de semer le chaos et la désolation, ce n’est ni omettre, ni minimiser les craintes tout aussi imminentes que dévastatrices, que provoque la poursuite de la gestion calamiteuse de l’économie, incarnée par la grande et très visible injustice qui préside à la répartition et à la distribution des ressources nationales.
En effet, les nombreux et fructueux investissements dont tout le monde parle, ne semblent pas profiter à l’ensemble des citoyens, pas plus que l’Etat lui-même ne semble en tirer, à ce que l’on dit, le meilleur parti pour le pays. La progression du chômage, le faible niveau des salaires, la montée effrénée des prix, y compris ceux des produits d’utilisation courante, sont des indicateurs qui ne trompent pas.
Quand il s’ajoute à cela l’absence quasi-totale d’infrastructures et d’équipement collectifs de base concernant l’eau potable, l’éducation, la santé et l’habitat, il y a de quoi s’inquiéter sérieusement, surtout quand il est observé par ailleurs la surprenante, rapide et insolente éclosion d’une minorité de nouveaux riches à la faveur du clientélisme politique, du népotisme, du racisme, du tribalisme et de l’exclusion et la progression inexorable et tout aussi rapide de la pauvreté et de la misère.
Il s’agit donc de rester sur ses gardes et de se rappeler qu’il est de nos jours assez fréquent d’entendre parler des émeutes… du… ou pour …le pain. D’aucuns me présentent tantôt comme un comploteur, tantôt comme une marionnette au service du pouvoir, tantôt comme un malhonnête corrompu, tantôt comme un traitre, tantôt comme l’ennemi mortel de la COD, tantôt comme le défenseur acharné du président Mohamed ould Abdel Aziz et me considèrent, pour toutes ces raisons, responsable en grande partie de tout ce qui arrive de pire au pays.
La fréquence et la facilité relative de mes contacts avec le Président font croire et même parfois affirmer à certains autres que j’ai une grande influence sur lui, qui aurait permis, si je l’avais voulu, de tout régler. Je me contenterai de répondre à propos de toutes ces accusations et supputations que mes ambitions pour mes compatriotes, pour mon pays et pour moi-même me tiennent à des lieues de distance de ces qualificatifs désobligeants que je ne souhaite voir collés à l’image de personne.
Mes rapports avec tous ceux qui me connaissent, qu’ils soient empereurs, rois, princes, présidents ou des personnes simples et anonymes sont exactement identiques, en ce sens qu’ils sont toujours, en ce qui me concerne, courtois, respectueux, directs et francs, ce qui conduit parfois certains de mes interlocuteurs à me juger arrogant, maladroit, indélicat, voire téméraire.
Il n’est donc pas dans mes habitudes de mentir, de feindre, ou de me rabaisser à poignarder quiconque dans le dos, parce que j’ai toujours osé dire à mon interlocuteur, quel qu’il soit, les yeux dans les yeux, ce que je pense. Je suis certainement, malgré les nombreuses hautes fonctions que j’ai occupées, celui que l’on ne croise presque jamais dans les salons des sommités nationales ou étrangères, où se fomentent et s’élaborent, à ce qu’il semble, tous les complots et toutes les stratégies.

La proximité des puissants ne m’a jamais emballé.

Je suis suffisamment rebelle pour entretenir des rapports durables avec qui que ce soit, capable de porter sur moi un regard irrespectueux, ou susceptible de me considérer en subalterne, inférieur ou courtisan. Je garde depuis toujours les mêmes amis, d’enfance, d’école, de bureau, humbles et naturels.
En politique je fais toujours ce qui sert objectivement les objectifs que je veux atteindre ou, pour le moins, ne m’en éloigne pas plus que de raison. C’est cela qui m’a amené à nouer le contact avec le Président Aziz, a déterminé mon rejet du Printemps Arabe, mon option pour le Dialogue, a été à l’origine de mon Initiative « La Mauritanie d’abord », m’a conduit à participer aux élections Législatives et Municipales et à accepter qu’elles se déroulement jusqu’au bout, avec ma participation et l’acceptation de tous les résultats proclamés par une CENI en laquelle je n’ai pourtant aucune confiance. C’est cela aussi qui déterminera ma position, s’agissant de la conduite à tenir face aux prochaines élections présidentielles.

« Je prends Allah et tous mes compatriotes à témoin que j’accorde volontiers mon pardon à tous ceux qui m’ont offensé ! »

Quant à ma supposée influence sur le Président, j’avoue que si j’ai appris à le connaître suffisamment, c’est pour me convaincre que je n’ai sur lui aucune influence de nature à lui faire accepter mes idées en substitution des siennes, quand bien même nous prétendons tous deux être mus par les intérêts majeurs du pays et nourrir pour lui les plus nobles ambitions qui soient, mais chacun à sa manière et en fonction de son ressenti propre.
Aussi, qu’il soit bien entendu que je ne suis l’inconditionnel de personne, mon éloignement ou mon rapprochement de tel décideur ou de tel responsable étant toujours dicté par mon souci permanent d’intérêt public ou général.
C’est ainsi que je suis, depuis que je me connais, depuis toujours. Toute autre image de moi est une fabrication grossière et mensongère et donc diffamatoire et attentatoire à mon honneur et à ma dignité, ce qui ne devrait en aucun cas se traduire par mon refus de pardonner à tous ceux, très nombreux, qui ont trouvé un exutoire dans mon offense et ma calomnie.
Je prends Allah et tous mes compatriotes à témoin que j’accorde volontiers mon pardon à tous ceux qui m’ont offensé !
Comme j’ai eu à l’affirmer en d’autres nombreuses occasions, mon amour pour mon pays, ma haine viscérale de tout ce qui peut porter atteinte à son honneur, à sa dignité ou léser ses intérêts, n’est en aucun cas synonyme de rejet ou de haine de l’autre. Je suis tout à la fois un militant du panafricanisme, du panarabisme et, par voie de conséquence, un ardent défenseur de l’intégration Arabo-Africaine.
Mon souhait est que cette intégration soit fondée sur l’intérêt mutuel, le respect des différences, de l’honneur, de la dignité, des valeurs culturelles et de civilisation des peuples et des races, des uns et des autres, l’égalité et qu’elle engendre une prise de conscience collective de la nécessité de s’affranchir de l’hégémonie, d’où qu’elle vienne.
J’affirme tout aussi clairement et fermement je ne rejette, ni ne hais, ni ne suis opposé à l’Occident et encore moins à la France. Cela n’exclut cependant pas que je puisse avoir des rapports conflictuels avec certains de leurs représentants. Mais de tels rapports, strictement personnels, ne sont pas de nature à influencer négativement mon jugement quant à l’utilité et à la nécessité pour mon pays d’avoir une coopération et des relations, mutuellement avantageuses, avec ses partenaires en développement de tous les Continents. Toutefois, pour importantes et utiles que soient ces relations, elles devraient toujours être fondées sur le respect mutuel et la réciprocité dans le traitement.
J’adhère tout à fait à l’ouverture du pays aux investissements étrangers avec tout ce que cela implique comme garanties légales, judiciaires et politiques, mais je suis contre l’exploitation abusive de nos ressources sans contrepartie conséquente pour le pays. Chaque fois que cela sera possible, la mauritanisation des emplois devra être une obligation à laquelle aucun investisseur ne devra déroger.
Mon objectif en ouvrant cette tribune, j’espère que tout le monde l’a maintenant compris est, comme à l’accoutumée, de me faire l’écho, par déformation professionnelle, du sentiment profond de grande injustice, de peur du lendemain chaque jour plus difficile à maîtriser et d’abandon, qui habite mes concitoyens, quelque soit leur différence, ou leur diversité, ou leur ancrage politique ou leur origine sociale ; c’est ce que je sens sourdre au plus profond de chacun et ce que laisse transparaître son intimité. C’est aussi ce que cache chaque sourire et exprime chaque compliment ; c’est la mélodie de chaque musique et le refrain de chaque chanson.
C’est enfin la cause première des lamentations, des grimaces de douleur et des pleurs.

Messoud Ould Boulkheir

Troisième et dernière partie.

Les Mauritaniens sont inquiets et impatients d’être rassurés sur l’avenir de notre pays, sur sa sécurité, son unité, sa cohésion sociale, sa solidarité, sa stabilité politique et son bien-être économique, qui sont la condition sine qua none de sa stabilité et donc de sa survie.
Ils s’attendent à voir des signaux qui ne laissent plus aucun doute chez eux sur la détermination des décideurs à sortir cette fois des sentiers battus et à prendre en charge l’ensemble de leurs préoccupations qui sont de deux ordres :
La première préoccupation doit nécessairement consister à l’activation ou à la prise d’une nouvelle série de mesures législatives et réglementaires visant à contenir les velléités de plus en plus affichées et incitant à exacerber et à glorifier les différences, parce que le pays n’est pas totalement immunisé contre les dérives identitaires et/ou communautaires, ou contre celles de l’extrémisme confessionnel, ou encore celles des médias et de la politique.
Bien évidemment, il ne s’agit ni de restreindre les libertés et encore moins de museler les médias, mais la priorité revient de droit à la sauvegarde de l’unité, de la cohésion sociale et de la paix civile du pays, notre propriété commune.
La seconde préoccupation, quant à elle, consiste à rapidement entreprendre d’étouffer, si cela est encore possible, le malaise ou plus exactement la colère grandissante des populations par une autre série de mesures correctives du mal être économique et social où les sentiments d’injustice, d’inégalité, de favoritisme, de marginalisation et d’exclusion dominent.
Ces priorités, parce qu’elles sont multiformes, compliquées et controversées perdraient leur intensité passionnelle et gagneraient en rapidité, facilité et efficacité de solutions si elles étaient prises ou proposées dans un environnement politique favorable parce qu’apaisé, dépassionné et dépersonnalisé lui aussi.
Cette démarche sera d’autant plus opportune que nous sommes déjà entrés de plein pied dans un calendrier électoral d’une importance capitale parce qu’il déterminera sûrement, en Bien, ce je souhaite, ou en Mal, qu’à Dieu ne plaise, l’avenir de la démocratie et même l’existence du pays.
Les Responsables et les Acteurs politiques de la Majorité et de l’Opposition sont solennellement conviés par le peuple mauritanien qui se meurt à assumer leur Devoir de patriotes qui leur impose d’apporter la preuve de leur Volonté, de leur Sincérité et de leur Détermination à faire prévaloir l’intérêt suprême du pays sur toutes autres considérations.
Pour cela il leur est fait obligation d’accepter d’aller les uns vers les autres, de s’écouter et d’accéder à des concessions salutaires mutuelles, le Devoir patriotique des Responsables de la Société Civile, des Médias et des Personnes ressources (religieuses et intellectuelles) étant de les y encourager ouvertement.

o 1 – Comme premier signe concret d’apaisement, il est souhaitable que le Monsieur le Président de la République, dès que se terminent les contacts avec Monsieur le Premier Ministre, actuellement en cours, accepte de recevoir directement, en présence de celui-ci, tous les Présidents des partis représentés à la nouvelle Assemblée Nationale ou ayant été représentés dans la précédente.

o 2 – Cette rencontre scellera la nouvelle atmosphère d’apaisement et de rapprochement et un signal fort des bonnes intentions de chacun de même que l’occasion pour le Président de la République de donner Mandat à son Premier Ministre de discuter des modalités d’organisation des prochaines élections présidentielles et des propositions de garanties aptes à faciliter et à encourager la participation de tous et en particulier celle des partis boycottiste des dernières élections

o 3 – la notification de la fin de sa mission à la CENI et son remplacement (selon des modalités à convenir d’accord parties) par une Institution plus compétente, plus honnête et plus soucieuse de l’intérêt national.

o 4 – l’acceptation consensuelle du recul indispensable desdites élections pour permettre la mise en œuvre de l’ensemble des mesures à prendre.

o 5 – Toutes autres propositions visant à améliorer la liberté, la transparence et la neutralité du scrutin sont souhaitables et seront les bienvenues.

« Je ne revendique ni l’innocence de l’agneau, ni la férocité du loup »

Le second objectif, celui-là plus dérisoire, a été d’essayer de me faire mieux connaître, à ceux qui le souhaitent vraiment. Je suis comme toute créature humaine , parce que créé à l’image de la nature, balloté entre le meilleur et le pire, le beau et le laid, le chaud et le froid, le loup et l’agneau, les doux rêves et les horribles cauchemars.
Si tout de go j’affirme à ceux qui pourraient en douter que je ne revendique ni l’innocence de l’agneau, ni la férocité du loup, je me suis, tout au long de mon existence adulte efforcé d’incarner le berger, celui qui aspire et parfois réussit à insuffler un minimum d’équilibre, de raison et d’humanité pour rendre le rêve possible dans une nature que continuent de hanter toutes sortes de démons.
J’espère y être parvenu pour vous avoir convaincu de …qui je suis en vérité.

Messoud Ould Boulkheir
Président de l’APP
Source : Le Quotidien de Nouakchott

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge