Mauritanie : ces lignes de faille qui continuent d’entraver le progrès

Mauritanie-economie-aziz« Où arrive la caravane qui se hâte arrive la caravane qui marche lentement », dit un proverbe maure.

Pour autant, en Mauritanie, un peu d’empressement ne nuirait pas. Car malgré les réussites affichées ces dix dernières années, le pays reste soumis à des lignes de fracture encore vives qui entravent sa marche vers le progrès.

La principale d’entre elles est identitaire et ressurgit à intervalles réguliers. Le nom même du pays en porte les germes. Il renvoie à l’antique « territoire des Maures ». Or la population mauritanienne ne se limite pas aux descendants des tribus arabo-berbères qui, venues du Sahara ou du Moyen-Orient, s’y sont installées au fil des siècles. Si leurs idiomes ont le statut de langues nationales, les communautés dites négro-mauritaniennes (Halpulaars, Soninkés et Wolofs) stigmatisent de longue date un mode de gouvernance où les ressources et les postes à responsabilité seraient accaparés par les Beïdanes (« les Blancs ») en vertu d’un apartheid non écrit.

Depuis son premier coup d’État, en 1978, l’armée a planté sa tente au palais présidentiel

La seconde fracture est culturelle. Au sein de la société maure traditionnelle, la subdivision en castes a accouché d’un anachronisme régulièrement vilipendé par les ONG et les médias internationaux : la persistance d’un esclavage domestique qui touche encore 4 % de la population. Bien qu’arabophones, les « Maures noirs » sont durablement cantonnés dans la cave, sans espoir de s’asseoir un jour à la table de la salle à manger. Nés pour servir, ils ont fini par constituer un mouvement abolitionniste qui n’est pas sans rappeler le mouvement américain pour les droits civiques.

Troisième traumatisme : l’accaparement du pouvoir par les militaires. Depuis son premier coup d’État, en 1978, l’armée a planté sa tente au palais présidentiel. Le seul civil à accéder à la magistrature suprême en près de quarante ans, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, n’aura dirigé le pays que seize mois avant d’être renversé par un putsch. Si son tombeur, l’actuel président Mohamed Ould Abdelaziz, après deux élections au suffrage universel, est parvenu à faire oublier à la communauté internationale son passé de général putschiste, la classe politique mauritanienne s’est quant à elle refusée ces dernières années à prendre part à une vie politique qu’elle estime biaisée par la mainmise d’un clan qui s’appuie sur les casernes – quitte à pratiquer une stérile politique de la chaise vide.

Du chemin parcouru

Bien sûr, la Mauritanie d’« Aziz » a fait du chemin depuis les années de braise où les crispations identitaires pouvaient donner lieu à une répression sanglante. Les indicateurs économiques sont encourageants, diverses réformes traduisent une embellie démocratique et certaines mains tendues à l’opposition ou au mouvement négro-mauritanien ont donné l’impression d’un volontarisme assumé pour que l’« unité nationale » et la « diversité culturelle » vantées par le régime ne restent pas une vitrine meublée de bonnes intentions.

L’actualité des derniers mois – emprisonnement d’un militant de la lutte antiesclavage, non-homologation d’un parti politique de la mouvance négro-mauritanienne, refus obstiné de l’opposition de s’asseoir à la table du chef de l’État… – laisse toutefois craindre un raidissement entre le président et ses détracteurs, chacun accusant son inter-locuteur des pires turpitudes.

Réélu en juin 2014, Ould Abdelaziz se donnera-t-il les moyens de réduire les fractures héritées de l’Histoire, afin de réconcilier la société mauritanienne avec elle-même ? Dans le cas contraire, les Mauritaniens « de second rang » continueront d’attendre qu’arrive à bon port, lentement mais sûrement, la caravane de leur Mandela.

Mehdi Ba

Source : JeuneAfrique

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