8 mars : L’AFCF dresse un tableau peu reluisant de la situation socio-économique des femmes

Aminetou_Mint_El_Moctar_0_2L’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF) a célébré, ce 8 mars, à l’instar du monde entier, la journée internationale de la femme. Cette fois, l’Afcf est sortie de l’ordinaire.
En lieu et place des dénonciations sur les violences faites aux femmes, c’est une conférence débat sur la situation socio-économique à laquelle les femmes mauritaniennes sont confrontées.
Cette année 2016, l’AFCF a fêté le 8 mars dans un contexte tout à fait particulier marqué par une situation économique difficile « mal gérée au niveau national avec un impact négatif sur les droits des femmes et la vie des ménages » souligne Mme Aminetou Mint Ely, sa présidente au cours d’une conférence débat organisée pour la circonstance.
La présidente a cité entres autres problèmes des femmes, la recrudescence de la violence, la délinquance juvénile des femmes, le taux élevé des divorces passant de 49% les années passées à 52% selon les estimations des institutions compétentes et ce, en l’absence des statistiques fiables.
En outre, poursuit la présidente de l’AFCF, « le panier de la ménagère est vide, déficitaire, les femmes n’arrivent plus à satisfaire leurs besoins de subsistance».
Mieux, le problème de l’accès des femmes à un emploi décent corolaire du recrutement continu des femmes par l’Arabie Saoudite à cause de cette crise économique. Aminetou Mint Ely a salué à cette occasion, le rôle que jouent les femmes et leur combat qu’elles mènent au quotidien pour l’émancipation et la promotion de leurs droits. « Ces résultats, a-t-elle dit, nous les avons obtenus et arrachés aux prix d’âpres luttes ».
Toutefois, la présidente de l’AFCF a reconnu quelques avancées ou efforts fournis par l’Etat mauritanien notamment à travers l’adoption d’un cadre juridique sur les violences qui prévoit des peines et ce, malgré des insuffisances. Tout comme l’Etat a institué le 6 mars comme la journée nationale de l’esclavage désormais considéré comme un crime contre l’humanité à travers une loi. Ces acquis selon Aminetou sont le fruit de longues luttes des Ong nationales protégeant « les femmes esclaves qui subissent beaucoup de sévices ».
L’amnistie accordée aux femmes doit être élargie aux mineurs. Elle a cité le cas de la fille Oumoukheiry Mint Sidi d’Aïoun dans le dossier 53-2009 qui croupit depuis 12 ans en prison pour une affaire de meurtre et qu’elle souhaite voir bénéficier d’une grâce présidentielle. Elle a également soutenu que les femmes mauritaniennes ne veulent pas que « cette journée soit organisée pour la consommation extérieure, encore moins un cadre juridique pour la même cause » a-t-elle martelé.

Une femme doublement victime …

Pour sa part, Mme Salimata Sy, est revenue sur l’impact de la crise économique sur le panier de la ménagère qui touche toutes les communautés et toutes les régions. « C’est vraiment regrettable qu’on parle aujourd’hui de crise » dit-elle. « L’égalité économique est un mirage pour nous » poursuit-elle. « La femme mauritanienne est doublement victime parce qu’elle n’arrive pas à promouvoir la culture intellectuelle parce qu’elle fait face à la marmite », a-t-elle soutenu.
« En Mauritanie, la femme est la plus concernée par le quotidien de la famille » dit-elle avant de souligner qu’il est difficile pour certaines familles mauritaniennes d’avoir une marmite sur le feu dans la journée. Sur le plan sanitaire, les femmes accouchent sur des charrettes, et des avortements sont souvent dus à la malnutrition, note-t-elle. Autrement dit, cela est la conséquence de la pauvreté de cette couche. Au plan économique, les femmes bien qu’actives, « sont confinées dans de petites structures, des micro-finances notamment au niveau rural voire urbain ». Dans les marchés et autres artères de la ville, « ce sont les femmes qui font le commerce de détails. Une façon de dire que la femme est exposée et vulnérable ».

Quels défis pour atteindre l’égalité des sexes en 2030 ?

A cette question, Mme Aminetou indique qu’il faut que la femme mauritanienne participe dans la conception des projets économiques, dans la programmation, l’exécution et le suivi-évaluation. Il faut selon elle que la femme soit impliquée dans tout le processus de développement économique. Déplorant le retard de la Mauritanie sur ce plan par rapport aux autres pays de la sous région voire au niveau international, Mme Aminetou a soutenu qu’il faut « rehausser le niveau scolaire des femmes, maintenir les filles à l’école et leur accorder des opportunités ».
Il faut également l’accès aux bourses pour les femmes. Sur le plan politique, il faut selon Aminetou « renforcer la participation et l’implication des femmes dans les sphères de décisions ». Elle a toutefois déploré une vieille revendication qui n’arrive pas à être satisfaite, celle de l’accès des femmes à la justice.
«Il faut que les femmes soient promues au grade supérieur » dit-elle. La formation n’est pas en reste. «Les femmes doivent bénéficier des formations professionnelles spécialisées, développer l’entreprenariat féminin, ouvrir des opportunités de financements avec l’accès aux grands prêts bancaires, l’accès à la propriété foncière entre autres ». Toutefois, Aminetou à pointer un doigt accusateur aux effets négatifs de la société traditionnelle avec les mariages précoces, les discours dans les mosquées qui relèguent les femmes aux rôles primitifs dans les foyers : la femme doit rester la fidèle gardienne du foyer. Pour ce faire, les femmes réclament leur implication dans tous les processus économiques.
Mme Salimata Sy a également mis l’accent sur le soubassement des mentalités. Le mariage précoce, la garderie des enfants toujours dédiée aux femmes. Et malheureusement, l’Etat n’a pas pensé à mettre en place des structures spécialisées pour aider la femme à participer ou contribuer au développement. Le pourcentage des femmes dans sa participation au développement reste toujours faible. « Il faut donc une réelle implication de la femme sur tous les plans » soutient-elle. Cette journée a été mise à profit par l’AFCF pour lancer un projet sur les mutilations génitales féminines (MGF) afin d’amener les décideurs à instituer une loi contre ce phénomène. Ce projet, a dit Mme Salimata Sy, concerne les MGF et les mariages précoces et sera realisé en Mauritanie en partenariat avec l’Ong « Equality Now » et au Bénin sur financement de COMIC RELIEF.

I.Badiane

Source : Journal Tahalil

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