A Reggio, les migrants rescapés accueillis dans la confusion

2015-04-15T145823Z_1509083464_GF10000060077_RTRMADP_3_ITALY-MIGRANTS-PALERMO_0Les autorités italiennes peinent à répondre à l’urgence humanitaire. Des centaines de migrants rescapés sont arrivés ces derniers jours à Reggio Calabria. Dans cette ville du Sud de l’Italie confrontée à l’afflux de migrants, les autorités sont dépassées, et l’accueil des migrants n’a pu être assuré que par la mobilisation des bénévoles d’associations caritatives.

 Des centaines de bateaux qui prennent la mer aux départs des côtes libyennes. Des migrants qui se lancent dans une traversée au péril de leur vie, des milliers d’entre eux qui débarquent sur les côtes italiennes. Le scénario se répète, et la situation s’aggrave depuis plusieurs mois. Dans le Sud de l’Italie, les autorités et les garde-côtes italiens, en première ligne, sont dépassés. C’est le cas, notamment, à Reggio Calabria.

Dans cette cité de la côte Sud de l’Italie, 678 réfugiés sont arrivés mardi 14 avril. Dimanche, 600 autres avaient déjà débarqué. Or, à Reggio, il n’y a pas de « centre d’accueil », comme l’on nomme les centres de rétention en Italie. Certains des migrants ont trouvé refuge dans un gymnase. L’association caritative, Nuovo solidarietà (Nouvelles solidarités), a permis d’aider à apporter une solution en mettant à disposition une ancienne école transformée en centre socioculturel située à Saliche, à quelques kilomètres au nord de Reggio. Ce sont les bénévoles qui ont pris en charge les migrants à leur arrivée, en collaboration avec les ONG et la mairie, rapporte notre envoyée spéciale à Reggio Calabria, Juliette Gheerbrant.

Une situation chaotique

Les bénévoles, équipés de masques et de gants, témoignent de l’état de santé précaire des migrants. Beaucoup souffrent de la gale, sont porteurs de parasites comme des poux. Dans certaines structures d’accueil, notamment le centre provisoire qui les reçoit, il n’y a de douche et seulement deux toilettes alors que 350 personnes sont accueillies à cet endroit.

D’après la préfecture, tous les rescapés du naufrage ont été envoyés dans le nord de l’Italie. Mais ils sont encore nombreux, dans le centre de fortune mis en place à Reggio. Aucune confirmation sur le pays d’origine des réfugiés. On sait par contre que le camp accueil beaucoup d’Erythréens, de Somaliens, dont la plupart sont de jeunes adolescents. L’entrée du site a été interdite aux journalistes et sur place, la tension est palpable. Les représentants de l’ONG Save The Children, qui prennent en charge les migrants rescapés du naufrage, se refusent sur place à tout commentaire.

Un bénévole de l’association Nuevo a confirmé à RFI que la situation à Reggio était « compliquée ». « La ville n’a jamais été prête. Il y a d’autres endroits en Calabre ou il y a des centres, à Crotoné ou ailleurs. La ville tend la main à ces personnes, elle leur fait un accueil important, mais ça ne peut pas être définitif » explique pour sa part Giuseppe, un habitant de Reggio, âgé de 46 ans, qui travaille dans le secteur du tourisme. « Malheureusement c’est une situation que l’on vit tous les jours désormais » se désole ce bénévole. Mais pour lui, « C’est l’Europe qui doit agir. Ce n’est plus possible que ces pauvres gens meurent pour avoir un futur », d’autant, accuse-t-il, que « des gens font un vrai business avec ces pauvres réfugiés. Ils les font mourir ou les maltraitent. Il y a de l’argent en jeu. Un voyage comme celui-là coûte entre 1500 et 4000 dollars. C’est un vrai business d’un bout à l’autre. »

L’Union européenne interpelée par les ONG et le gouvernement italien

L’Italie a d’ailleurs formellement demandé ce jeudi l’intervention directe de l’Union européenne. « La surveillance et les secours en mer pèsent à 90% sur nos épaules : là-dessus nous n’avons pas obtenu de réponse adéquate de l’Union européenne », a déclaré Paolo Gentiloni, ministre italien des Affaires étrangères, qui pointe un autre « problème délicat » dans une interview accordée au Corriere della Sera. « Le secours en mer implique de savoir où les personnes secourues doivent être envoyées. Dans le port le plus proche ? Dans le pays de provenance du bateau qui les récupère ? L’UE doit répondre avec clarté », enjoint le ministre italien.

Un appel qui fait écho aux organisations de défense des droits de l’homme qui interpellent l’Union européenne. Human Rights Watch accuse ainsi la politique migratoire de l’Union européenne de s’appuyer sur une « rhétorique humanitaire » mais de ne répondre que par « des traitements inhumains ». De son côté, Amnesty International pointe l’insistance dont avait fait preuve l’Union européenne pour abandonner l’opération Mare Nostrum, qui « avait permis de sauver en un an plus de 170.000 vies à la dérive en Méditerranée » pour la remplacer par Triton, « pour surveiller les traversées, mais sans l’objectif de porter secours ». Pour l’ONG, « ce nouveau naufrage montre bien à quel point le refus assumé des dirigeants européens de porter secours en Méditerranée se mesure en vies humaines. »

Source: RfI
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