A Son Excellence Mohammed Ould Abdel Aziz Président de la République Islamique de Mauritanie

Moctar Kamara

Coordinateur de «la Marche en Souvenir des Victimes africaines de l’Esclavage, du Trafic des Esclaves et des Victimes africaines de Violences racistes  à Berlin.

Postfach 87 01 35

13161 Berlin

                                                                                                          Berlin, le 03.01.2015

A Son Excellence Mohammed Ould Abdel Aziz

Président de la République Islamique de Mauritanie  par la voie diplomatique (courrier électronique et postale)

SEM Mouhamed Mahmoud Brahim Khlil, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République Islamique de Mauritanie en RFA

 Kommandantenstraße 80

10117 Berlin

Objet: Demande de libération du Prix des Droits de l’Homme de l’ONU 2013, Mr Biram Dah Abeid et ses compagnons

 Excellence Monsieur le Président,

Je sais que vous recevez chaque jour des milliers de lettres ouvertes, et que pour cette raison vous, n’en prenez certainement pas connaissance.
C’est pourquoi je vous écris cette lettre en passant aussi par la voie diplomatique, dans l’espoir que vous en prendrez connaissance

 L’arrestation du lauréat du Prix des Droits de l’Homme des Nations Unies 2013, Mr Biram Dah Abeid et de ses compagnons pour avoir manifesté pacifiquement contre, « l’esclavage foncier » nuit sérieusement à l’image de la Mauritanie et ce, quels que soient les chefs d’inculpations invoquées par la justice mauritanienne.

La privation de liberté pour les défenseurs des droits de l’homme pour leur combat ne fait, à mon humble avis que renforcer l’idée selon laquelle leurs revendications sont justifiées.

C’est ainsi que je comprends l’unanimité (tous les groupes parlementaires) qui s’est faite autour de la motion du Parlement européen du 18.12.2014 condamnant les pratiques esclavagistes en Mauritanie et demandant la libération immédiate de Biram Dah Abeid et ses compagnons.

Après ce qu’on appelle pudiquement « le passif humanitaire » en RIM (la déportation et le massacre de plusieurs centaines de négros mauritaniens par le régime du Colonel Ould Taya) qui n’est toujours pas réglé, l’arrestation des militants Haratines de l’IRA, combattant pacifiquement pour l’éradication de l’esclavage jette le discrédit sur la Mauritanie et sur vous en tant que Président en exercice de l’union africaine.

Si l’esclavage n’existe pas en RIM, thématiser cette pratique (qui officiellement n’existe pas) ne peut porter atteinte à l’unité nationale de la RIM.

 Si Mr Biram Dah Abeid se plaint de la monopolisation du pouvoir par „la composante maure » de la population, et que cela n’est pas vrai, alors une réponse à ses questions s’impose : « Il y a 35 ministres, et 30 arabo-berbères parmi eux ; il y a 54 préfets, et 52 parmi eux sont arabo-berbères ; il y a 13 gouverneurs, 12 parmi eux sont des arabo-berbères. A quoi tient cette discrimination, ce racisme d’état, érigé en système ? Sont-ils plus nombreux ? Non. Sont-ils plus compétents ? Non. Sont-ils plus moraux ? Non. Pourquoi cela ?»

Le sentiment d’injustice éprouvée par une grande frange de la composante négro-africaine de la Mauritanie (Haratines, Soninke, Peule, Wolof, Bamabara) et le sentiment que rien n’est fait pour y remédier accentue cette frustration et met sérieusement en danger l’unité nationale de la RIM dont vous êtes le garant en tant que Chef de l’Etat.

La revendication d’une autonomie pour le sud du pays exprimée récemment par un parti politique mauritanien est à mon avis une sonnette d’alarme qu’il faut sérieusement prendre en considération.

Je salue au passage votre initiative courageuse d’initier des prêches contre « les séquelles de l’esclavage » dans les mosquées mauritaniennes.
En effet, à côté de l’arsenal juridique (loi criminalisant l’esclavage en RIM), l’esclavage et ses séquelles doivent être aussi combattus sur le plan idéologique par une pédagogie appropriée (les manuels scolaires, les interprétations religieuses qui le soutiennent et la jurisprudence islamique jusqu’ici en vigueur en RIM, les médias…).

Je vous prie de bien vouloir me permettre de noter que conformément à la déclaration de la « Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée » des Nations Unies à Durban en Afrique du Sud (31 août 2001 au 07 septembre 2001), les victimes et leurs représentants doivent être associes aux efforts de luttes contre l’esclavage et ses séquelles.
Les « bonnes initiatives » du gouvernement de la RIM qui n’associent pas les victimes et leurs représentant ne sont pas conformes à la recommandation de la conférence de Durban.

Afin qu’aucun doute ne subsiste sur votre volonté de lutter contre l’esclavage et ses séquelles, vous serais reconnaissant d’organiser une conférence nationale sur la lutte contre l’esclavage et ses séquelles en y associant bien sûr l’IRA et toutes les organisations de la société civile interessées par cette question.

Les méthodes répressives contre l’IRA et son Président n’ont fait qu’accentuer l’Aura de Biram Dah Abeid et de son organisation.
Biram Dah Abeid et son Organisation l’IRA sont devenus des acteurs incontournables de la lutte contre l’esclavage et ses séquelles en RIM.
De par les différentes distinctions obtenues par Biram Dah Abeid sur le plan international au gré de ses arrestations et libérations par le gouvernement mauritanien ( Prix des Droits de l’Homme de l’ONU, Front Line Award for Human Rights Defenders at Risk 2013, Prix des Droits de l’Homme de la ville de Weimar 2011 en Allemagne, nominations pour le Prix Sakharow de l’Union européenne, et pour le Prix Nobel de la Paix) , arrêter Biram Dah Abeid et ses compagnons pour des chefs d’inculpations aussi légers (appartenance à un mouvement non reconnue, Rébellion et trouble à l’ordre public) nuisent à l’image de la RIM.

Que la Mauritanie soit considérée comme le pays avec le taux le plus élevé au monde par rapport à l’esclavage selon le rapport de « Global Slavery Index 2014″, réalisé par la Walk Free Foundation n’est guère réjouissant.

Il est à mon humble avis, plus que nécessaire de privilégier le dialogue.
Nul ne sait en effet où peut mener la confrontation par rapport à des sujets aussi sensibles.

Mr Biram Bah Abeid est cette année l’invité d’honneur de «la Marche en Souvenir des Victimes africaines de l’Esclavage, du Trafic des Esclaves et des Victimes africaines de violences racistes» que nous organisons pour la 9eme fois à Berlin le 28.02.2015.

Vous pourrez comprendre Excellence que l’organisation que je dirige ne peux lutter contre les conséquences de la traite des noirs en genéral  ( Traite transsaharienne et transatlantique) en Europe et garder le silence sur la pratique de l’Esclavage dans un pays africain.

C’est à ce titre que je viens d’écrire aux parlementaires allemands et au ministre des affaires étrangères de la RFA pour les prier au nom de l’article 1 de la constitution allemande et de l’article 19 de la Charte des Nations Unies de condamner les violations flagrante de la liberté d’expression et d’association que constituent l’arrestation de militants des droits de l’homme pour avoir manifesté contre la politique «d’esclavage foncier  em RIM» et la condamanation à mort de Mr Ould Mkheitr pour delit d’opinion.

Je salue les mesures courageuses prises par votre gouvernement comme l’institution d’un tribunal spécial contre les crimes esclavagistes et l’agence Tadamoun pour l’intégration des anciens esclaves.

A mon humble avis ces mesures seraient plus efficaces, si elles étaient accompagnées par les organisations de la société civile dont l’IRA, que je vous prie au passage de reconnaître comme ONG militant pour les droits de l’Homme.

Je vous serais très reconnaissant de prendre toutes les mesures nécessaires pour libérer le lauréat du prix des Nations Unis pour les droits de l’homme 2013 Mr Biram Dah Abeid et ses compagnons, et d’engager le dialogue avec eux pour éradiquer le fléau de l’esclavage qui est considéré comme un crime contre l’humanité par la communauté internationale (Déclaration de Durban).

Je vous saurai aussi gré d’user de tout votre pouvoir pour éviter l’exécution de Mr ould Mkeitir, défenseur de la couche marginalisée des forgerons en RIM,qui de par son repentir mérite le pardon conformément à la législation islamique.

Dans l’espoir que cette lettre vous parviendra, veuillez agréez Excellence Mr le Président l’expression de ma très haute considération.

Moctar Kamara

Coordinateur de «la Marche en Souvenir des Victimes africaines de l’Esclavage, du Trafic des Esclaves et des Victimes africaines de Violences racistes  à Berlin.

Coordinateur du projet d’édification du Monument Africain de Berlin

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