A son procès, Cahuzac affirme que son compte suisse visait à financer Rocard

ancien ministre Jérôme CahuzacLe procès de l’ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, pour fraude fiscale et blanchiment s’est ouvert ce lundi. Depuis la barre du tribunal correctionnel de Paris où il a été appelé à se défendre, Jérôme Cahuzac a affirmé que son compte suisse avait été ouvert pour financer les activités politiques de du feu-Premier ministre Michel Rocard.

Lundi, à l’ouverture de son procès pour fraude fiscale à Paris, près de quatre ans après un retentissant scandale, l’ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac a lâché une bombe lundi : son premier compte ouvert en Suisse en 1992 a servi à « financer » le courant politique de Michel Rocard.

Le procès de l’ex-ministre fraudeur Jérôme Cahuzac reprend ce lundi

C’est la première fois qu’il affirme que ce compte, ouvert à la banque genevoise UBS par un intermédiaire, va servir « pendant sept mois, de novembre 1992 à mai 1993 » à un financement politique.

Les sommes virées sur le compte, au nom d’un avocat, n’étaient pas le fruit de son travail, mais constituaient le financement des activités politiques de Michel Rocard, a annoncé Jérôme Cahuzac à la barre. « La vie politique coûte cher », a déclaré Jérôme Cahuzac, expliquant qu’à l’époque, le financement occulte était « la règle ». L’ouverture de ce compte, «c’était du financement politique pour un homme dont j’espérais qu’il aurait un destin national », a-t-il ajouté.

Cependant « Michel Rocard ignorait tout », a certifié Jérôme Cahuzac. L’argent devait « servir à financer la campagne [des élections présidentielles] de 1995 », à laquelle Rocard était pressenti pour se présenter. L’ancien ministre de Budget a aussi déclaré à la barre : « Je ne voulais pas faire de mal à Michel Rocard, j’ai pris sur moi. »

L’ancien ministre de François Hollande a aussi affirmé avoir reçu deux virements sur ce compte un an après son ouverture, en 1993, de la part du laboratoire Pfizer. Et d’ajouter : «L’argent ne pouvait pas venir des comptes officiels du laboratoire. »

Redressement de 2,3 millions d’euros

Michel Rocard, décédé le 2 juillet dernier, a été ministre sous plusieurs gouvernements de François Mitterrand, avant d’être Premier ministre du président socialiste de 1988 à 1991. A l’époque, Jérôme Cahuzac avait travaillé au cabinet du ministre de la Santé, Claude Evin. Après la démission de Michel Rocard, en 1991, il l’a suivi, et travaillait pour lui, en plus de ses activités de conseil auprès des entreprises pharmaceutiques et de chirurgie esthétique.

Ouvert en 1992 à l’insu du fisc français, ce compte bancaire est à l’origine de la démission de l’ex-locataire de Bercy, en mars 2013. Le site d’information Mediapart avait révélé l’existence de ce compte, enregistrement à l’appui, ainsi que son transfert à Singapour en 2009, via des sociétés écrans établies au Panama et aux Seychelles. Jérôme Cahuzac avait d’abord nié en bloc posséder de tels placements, notamment devant l’Assemblée nationale, mais avait ensuite été contraint de quitter le gouvernement.

Le procès pour fraude fiscale et blanchiment de l’ancien ministre du Budget avait été ouvert en févier 2016, mais repoussé, suite à la Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) posée par la défense. Les avocats de Jérôme Cahuzac dénoncent depuis le début un acharnement contre leur client, mettant en avant sa volonté de régulariser sa situation aux yeux du fisc français. L’ancien ministre, qui comparaît aux côtés de son avocat, de son banquier suisse, et de son ex-femme a en effet déjà subi, avec cette dernière, un redressement fiscal de 2,3 millions d’euros. C’est cette « double peine » que les avocats de Jérôme Cahuzac avaient voulu contester avec la QPC.

RFI

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