Bananes de Mauritanie : Dans un avenir proche, les mauritaniens ne mangeront que les bananes produites chez eux (Aboubacry Ly )…


GDM (grands domaines de Mauritanie), affiliés au Groupe Français « Compagnie fruitière » exploite la banane sur 42 hectares, au bord du fleuve Sénégal, à Thiambene aux environs de Rosso Mauritanie. Dans cette localité distante de Nouakchott de plus de 200 kilomètres, GDM produit 1000 tonnes de bananes par an.

GDm_Ly_gdm_9180 L’objectif est de porter cette production à 8000 tonnes par an pour satisfaire entièrement le marché intérieur. Pour atteindre cet objectif, la société GDM compte sur Aboubacry Ly, un partenaire mauritanien.

Le 30 décembre dernier, a Thiambene Monsieur Ly, qui est devenu président du conseil d’administration de GDM, en compagnie du ministre mauritanien du développement rural, a assisté au lancement officiel de son partenariat avec GDM. Plus de deux mois après ce lancement, nous avons rencontré Aboubacry Ly. Entretien.

Cridem : Le 30 décembre, vous étiez a Thiambene (Rosso), en présence du ministre mauritanien du développement rural, pour le lancement de votre partenariat avec Grands Domaines de Mauritanie (GDM) comment ce partenariat a évolué depuis lors.

AL : En deux mois, nous avons mis en œuvre ce que nous avions annoncé. Nous avons entamé notre programme de modernisation de la plantation, d’assainissement et de rationalisation de la gestion du personnel. Jusqu’en décembre, nous passions par un GIE pour recruter le personnel. Nous avons mis fin à ce contrat GIE. Et depuis le deux janvier, nous recrutons directement le personnel de la plantation avec une ferme volonté de mauritaniser les emplois

Cridem : Justement par rapport a cette mauritanisation, vous en êtes ou ?

AL : Concrètement des la fin du mois de janvier, nous sommes passés, de 70% d’emplois étrangers a 50%. Aujourd’hui, 100% des emplois de GDM sont détenus par des mauritaniens. Nous avons, pour y arriver, du mettre en place un programme de formation soutenu.

Cridem : GDM a pour objectif environ 600 emplois…

AL : Les 600 sont des emplois supplémentaires par rapport aux 100 emplois existant actuellement. C’est pour cette raison que nous avons décidé d’ouvrir d’ici à la fin de l’année un centre de formation dédié sur le site GDM sur la plantation. Ce centre va nous permettre de former et de transférer les compétences requises, en fonction de notre plan de développement qui vise à recruter environ 600 personne d’ici 2017.

Le centre va former des ouvriers agricoles spécialisés pour les besoins de la banane. Le personnel recruté, passera d’abord par le centre de formation. C’est un centre de formation dédié au site. Plus tard, rien n’empêchera de nouer des partenariats avec l’ENFVA de Kaédi ou le centre national de recherche agronomique pour avoir des passerelles.

Actuellement une centaine d’employés travaille sur 42 hectares. 42 hectares en cours de modernisation pour améliorer le rendement. IL y a en effet deux phases. Une phase de stabilisation, d’amélioration de ce qui existe pour avoir une base saine a partir de laquelle on pourra engager la deuxième phase qui est celle de l’extension avec 250 hectares supplémentaires et environ 600 emplois.

Depuis décembre, nous avons modernisé le système de récolte par régime. Le nouveau système permet d’améliorer la qualité des régimes récoltés tout en augmentant la productivité.

Cridem : Par rapport a l’augmentation des rendements, est ce que ca se concrétise ?

AL : Nous avons entamé la modernisation pour augmenter les rendements en commençant par la replantation de huit hectares. C’est un processus long. Les résultats ne sont pas immédiats. Notre objectif en 2013, c’est d’augmenter de manière significative les rendements avant de passer à la phase suivante.

Cridem : Au cours du lancement de votre partenariat avec GDM, vous aviez dit que les mauritaniens consomment parfois des bananes de chez eux sans le savoir, n’y a-t-il donc pas un problème de visibilité, de commercialisation ?

AL : Concrètement, nous avons traduit en arabe nos cartons et les marques visibles de la banane mauritanienne. A partir de la prochaine campagne, la banane mauritanienne sera plus visible. Nous comptons également engager un programme de marketing, et de communication pour mettre en valeur les qualités de la banane mauritanienne face aux marques concurrentes que l’on trouve sur le marché mauritanien. La banane mauritanienne représente actuellement 15% du marché.

Cridem : Vous avez comme objectif aussi de satisfaire à 100% la demande intérieure en banane. A quel horizon cet objectif est fixé ?

AL : Selon toute vraisemblance, on va pouvoir atteindre cet objectif d’ici 05 à 06 ans avec une production annuelle de 9 à 10.000 tonnes de bananes produites en Mauritanie.

Cridem : Vous êtes mauritaniens, expatriés en Europe depuis plusieurs années. Vous êtes revenus chez vous pour investir dans l’agriculture, un secteur qui n’attire d’ailleurs pas beaucoup de capitaux privés. Quels sont les contraintes, les difficultés ?

AL : GDM est une entreprise qui a acquis un savoir faire certain dans la production de fruits et légumes et dans l’encadrement de petits planteurs. Mais pour qu’elle puisse se développer davantage, il faut d’abord améliorer et stabiliser les conditions de son exploitation. C’est ce à quoi je vais m’employer dans un premier temps. Mon objectif et d’améliorer les performances de GDM sur le plan technique, c’est possible. Nous travaillons sur les rendements, nous avons déjà en deux mois ’amélioré les systèmes de récolte. Certains périmètres sont en cours de replantation.

Nous comptons également mettre en œuvre un programme de recherche-développement, et de transfert de technologie pour soutenir notre développement de manière autonome et adaptée à la Mauritanie. C’est dans ce cadre d’ailleurs que s’intègre notre projet de centre de formation. Un projet de partenariat est en cours d’élaboration avec le ministère du développement rural. A terme il permettra d’intégrer le développement de GDM dans une stratégie nationale de filière permettant d’assurer l’autosuffisance de la banane.

Ce que nous voulons, c’est contribuer à développer une filière nationale permettant de produire une banane mauritanienne de même qualité que celle qui est importée aujourd’hui et en quantité suffisante. Pour y arriver, nous devons maîtriser, améliorer, et développer toutes les techniques, et tous les savoir faire liés à la production de la banane.

Cridem : Outre la banane, avez-vous d’autre projets. Au Sénégal par exemple, la production d’oignons le long de la vallée du fleuve est tellement importantes qu’il ya parfois des problèmes d’écoulement.

AL : Tant que la filière ne sera pas maîtrisée de bout en bout (production, conservation, stockage, logistique et distribution) les surplus de production par rapport à la demande ne pourront être ni écoulés ni valorisés, alors qu’à d’autres moments il faudra en importer faute de production suffisante.

Il est donc nécessaire de maîtriser la filière tout entière. C’est tout l’intérêt du plan national de développement de l’élevage et de l’agriculture que le ministère du développement rural est entrain de mettre en œuvre, et qui nous intéresse dans le cadre de GDM. C’est une démarché par filière qui consiste à apporter une réponse globale qui va de la production, au conditionnement, au stockage, au transport, à la distribution.

Pour nous La banane est une première étape. Il s’agit d’abord de consolider quelque chose qui existe depuis 10 ans avec un investisseur qui apporte un « plus » considérable sur le plan technique et logistique. Notre stratégie de développement consiste à consolider et à faire de GDM un point de départ pour développer ensuite d’autres filières.

De ce point de vue, je souhaiterais développer dans un deuxième temps, en partant toujours de la demande, des céréales, et des fruits et légumes. La compagnie fruitière et mois, avons une démarche progressive, avec des réalisations concrètes et tangibles mesurables par étape.

Pour favoriser les investissements de manière durable, il faut certes la disponibilité des capitaux, mais il faut également le savoir faire, et la volonté des hommes, et leurs compétences. C’est une marmite à trois pieds : le capital, le savoir faire et les hommes. C’est cet équilibre à trois qui constitue la clef du succès.

Propos recueillis par Khalilou Diagana

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Qui est Aboubacry Ly ?

« M. Ly, né à Djeol en 1952, est parti à l’âge de 18 ans faire ses études supérieures à Paris. Au terme d’une brillante carrière universitaire à l’Université Paris 7 et à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, il obtient un diplôme d’études approfondies en Informatique (DEA), et un diplôme de docteur en anthropologie, avec la mention très bien.

Après son DEA obtenu en 1979, il est aussitôt recruté en qualité d’ingénieur par l’une des plus grandes entreprises informatiques française de l’époque, GFI-SERTI. Il va faire dans cette grande entreprise, leader dans son domaine, une longue carrière dans le métier de conception et de développement de logiciels, et dans celui du conseil en entreprise et dans l’administration publique.

Au cours de sa carrière passée dans ce groupe qui comptait plusieurs milliers d’ingénieurs, Il a conduit avec succès d’importantes opérations de conception et d’intégration de système d’information, d’élaboration de schémas directeur stratégiques, de planification et de conduite de changement pour de grands groupes tels que les pétroles BP, les industries automobiles Renault, ou la banque Lazare, et pour des administrations publiques tels que le Ministère des Finances, le Centre National d’Enseignement à Distance, la Bibliothèque Nationale ou l’Office Nationale de Diffusion Artistique.

Au cours de la période 1981-82, il est envoyé en mission à Dakar où il va séjourner deux ans en qualité de coopérant pour informatiser le chantier naval de Dakar-Marine qui venait d’être fusionné avec la DCAN de la marine française, le nouvel ensemble ainsi constitué représentant alors plus de 1000 m de quai de réparation, un dock flottant de 250000 tonnes, et un effectif de 2000 personnes. Il réalise la mission avec succès, assure le transfert de compétence et met en place une Direction Informatique autonome qui prend sa relève.

Un an après son retour à Paris, sur un financement conjoint de l’OCDE et d’USAID, le Club du Sahel lui confie une mission d’expertise et de renforcement de capacités pour le CILSS et AGRHYMET.Il effectue dans ce cadre, au cours des années 82-84, de fréquents déplacements qui vont lui permettre de découvrir les dures réalités du processus de désertification auquel sont confrontés les pays membres du CILSS.

C’est ainsi qu’il effectue un bref séjour à Nouakchott en 1984dans le cadre du projet de stabilisation des dunes qui entourent la capitale, plus connu sous le nom de « ceinture de verte de».

A l’issue de la mission il met en place, en collaboration avec une équipe d’experts pluridisciplinaire (environnement, agrométéorologie,…) un réseau de bases de données (INSAH/AGRHYMET), et des outils de pilotage et detableaux de bord permettant un meilleur suivi de l’inventaire, de l’exploitation et de la protection des ressources végétales de la région, et ce tout en améliorant l’accessibilité des données issues des prévisions hydrologiques du centre régional AGRHYMET. Il s’agissait là de l’une des toutes premières expériences d’architectures hybrides avec les premières générations des micros ordinateurs Apple.

Au bout de sept ans de carrière en SSII (société de service et d’ingénierie informatique), M. Ly décidée 1986, dans l’environnement très sélectif et ultra compétitif des TICs, de se lancer dans l’entrepreneuriat en créant sa propre société, à l’âge de34 ans. Les premiers clients qui vont recourir aux prestations de la jeune entreprise dénommée Méta-Concept sont les Pétroles BP, EDF, JOHNSON France, l’Université Paris 12.

La plus part d’entre eux sont des anciens clients de GFI qui sont restés fidèles à M. Ly par attachement au professionnalisme et à la qualité de service dont il avait fait preuves pendant les années passées chez GFI.

En l’espace de 3 ans l’entreprise a su consolider sa position et se diversifier en élargissant son marché au secteur de l’édition du livre. En 1989 les éditions Albin Michel entrent dans le capital de la société permettant ainsi à Méta-Concept de soutenir un effort continu en Recherche et Développement, en partenariat avec Oracle, IBM et Microsoft. En 1992 Méta-Concept est l’une des premières PME éditeur de logiciels à devenir membre de SYNTEC INFORMATIQUE alors réservé à un cercle fermé des grandes entreprises tel que GFI.

En 1995 Méta-Concept met sur le marché français un catalogue de logiciels métiers et une plateforme d’intégration (SIGNE© et PIONIX©) qui lui valent d’acquérir un statut d’entreprise innovante reconnu par le Ministère de la Recherche Scientifique. Parmi les clients de Méta-Concept on compte la plus part des grands noms de l’édition française : Flammarion, Le Seuil, Les Presses Universitaires de France, Odile Jacob, l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (dont M. Ly est ancien élève).

C’est ainsi que Méta-Concept a su acquérir en dix ans une position de leader, et devenir un partenaire industriel incontournable, à un moment où les grands éditeurs parisiens sont confrontés dans leurs métiers à des mutations profondes face aux évolutions imposées par les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, et plus particulièrement l’avènement du numérique. A la même époque, fort de son succès dans le monde du livre, Monsieur Ly entreprend de diversifier ses activités en direction de l’Afrique en choisissant le secteur de l’agriculture.

A cet effet il met en œuvre en 1996 un ambitieux programme de R&D en collaboration avec Air Liquide (N° 1 mondial des gaz alimentaires), Multivac (industriel allemand de premier plan dans le domaine des machines de thermoscellage et d’operculée) et AGRUNORD (distributeur français de fruits et légumes à Rungis).

Le programme est mené avec l’appui de l’INRA et de CIRAD(Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement)dans lequel Mr Ly animait par ailleurs un séminaire destiné à des élèves ingénieurs et à des étudiants en Master. L’objectif du programme financé sur fonds propres : concevoir des solutions de conservation et de préservation de fruits et légumes de contre saison ,adaptés au pays du Sahel dans des contextes dépourvus de chaînes de logistiques et de froid en continu. Au bout de 2 ans, le programme de R&D est couronné de succès.

Méta-Concept met au point un procédé dénommé Nouveau Frais© qui permet de conserver par exemple l’haricot vert naturellement frais avec un DLC (délai limite de consommation) de 4 semaines, en gardant toutes les qualités organoleptiques du produit. Le procédé respecte les normes et les standards européens, notamment pour la grande et moyenne distribution. Aujourd’hui M. Ly est dépositaire du brevet Nouveau Frais depuis 2000, avec des applications étendues à la mangue et à l’ananas. L’exploitation commerciale du procédé est assurée par AGRICONCEPT International.

En 2009, l’Union Economique et monétaire Ouest Africaine confie à Méta-Concept la conception d’une bibliothèque virtuelle et d’un espace numérique de travail mutualisé au profit de l’ensemble des institutions de l’enseignement supérieur et de la recherche au sein des 8 pays membres. L’architecture cible sera déployée en SaaS/Cloud Computing et couvrir une trentaine d’universités et près de 500.000 usagers: étudiants, enseignants et chercheurs.

Le projet s’inscrit dans un vaste programme de modernisation des structures de l’enseignement supérieur et de la recherche, et de renforcement des capacités de mise en œuvre de la reforme LMD engagée depuis quelques années. Grâce à un recours mutualisé aux TICE, les services offerts permettront d’améliorer les performances et la qualité de l’enseignement, et d’accroître les capacités d’absorption de la massification.

Ce travail a valu à Méta-Concept et à son président Abou Bacry Ly les félicitations publiques du Président de la Commission de l’UEMOA lors des signatures, le 11 février 2011 à Paris, de la convention d’exécution au terme de laquelle l’UEMOA a mandaté l’UNESCO la mise en œuvre du projet dans les 8 pays membres.

Aujourd’hui l’ensemble des activités de conseil et d’expertise est regroupé au sein d’une structure à part dénommée Méta-Concept International et ayant pour vocation le développement des marchés maghrébin et africain. Méta-Concept étant recentré sur le marché français de l’édition. A un moment où certains envisageraient de prendre une retraite méritée, M. Ly a décidé de revenir vivre en Mauritanie et de s’engager dans la production agricole.

Le Chef de l’Etat à qui il s’en est ouvert l’a vivement encouragé et appuyé dans la mise en œuvre de cette démarche, comme il l’a fait en direction de toute la diaspora mauritanienne désireuse de s’investir dans le développement du pays.

C’est dans ce contexte que la Compagnie Fruitière, Groupe français de premier plan, et Monsieur Ly ont conclu un partenariat pour faire de GDM un fer de lance pour le développement en Mauritanie d’un pôle d’activité agricole intégré pour satisfaire la demande intérieure et le marché de l’export en couvrant la production, la transformation, la logistique et la commercialisation, à l’exemple de GDS au Sénégal où le groupe emploie 2500 personnes à Saint-Louis et produits 10000 tonnes de fruits et légumes par an. C’est ainsi que M. Ly est entré dans le capital de GDM et en est devenu le président. »

Source : Cridem

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