Affaire Zeini : pourquoi ces contorsions sémantiques douteuses du Parquet Général ?

sémantiquesJusque-là, malgré que cette affaire ait remué les familles, les tribus, les réseaux sociaux, jamais nous n’avons dit un mot au sujet de ce drame car il n’y avait rien à dire pour un observateur n’ayant  accès ni aux procès-verbaux, ni aux photos de la police scientifique, ni à la version des avocats des deux parties. Jusque-là nous avons donc suivi l’affaire dans la presse pour ce qu’elle vaut… 

Le seul témoignage des parties ayant eu accès aux témoignages et connaissant une certaine version des faits, fut une conférence de presse organisée par les avocats du défunt qui mirent en lumière une somme significative d’éléments censés prouver des incohérences dans les témoignages des personnes impliquées dans cette douloureuse affaire.
Ensuite, comme tout le monde, nous avons appris dans la presse qu’un médecin légiste français est arrivé à Nouakchott bien après les faits,  soit plus ou moins un mois après l’enterrement du défunt pour faire une autopsie… Dès cet instant, sur internet sans qu’on sache à qui profite l’annonce, certains au fait état d’un miracle car contrairement à toute attente, après un mois sous terre sans cercueil selon le rite musulman, juste enveloppé dans un tissu, le corps n’était pas suffisamment décomposé pour être pris par morceaux.
Les autorités compétentes ont donc pu, paraît-il, transporter la dépouille sur un brancard. Ce miracle présumé fut interprété par les uns comme un signe du Ciel gardant le corps intact pour que justice soit rendue sans ombres après autopsie d’un corps non altéré par un séjour d’un mois sous terre. 

http://cridem.org/C_Info.php?article=686011
Première conclusion du rapport du médecin légiste selon le communiqué du parquet général publié intégralement par l’agence mauritanienne d’information hier : le rapport du médecin légiste français souligne « la difficulté de déterminer la cause de la mort en raison de l’état du corps au moment de l’autopsie. ». 

A partir de cette seule phrase déterminante, on peut prendre acte de deux vérités :

1- le corps était naturellement suffisamment altéré après un mois sous terre pour rendre difficile de déterminer la cause de la mort ; ce qui signifie que si l’autopsie avait été faite aux premières heures du drame ou dans les jours suivants après un séjour en chambre froide, la difficulté de déterminer la cause formelle de la mort eût été moindre.
2- Ainsi personne ne peut assurer que le séjour en terre n’ait pas altéré des éléments présumés déterminants permettant de souscrire sans réserve à la thèse selon laquelle la trace sur le cou, à cause de la pendaison, serait l’unique cause ayant pu entraîner la mort.
La formule « difficile de déterminer la cause de la mort » signifie-t-elle que la cause de la mort a pu être déterminée en surmontant cette difficulté ? Le médecin légiste français ne dit rien de tel en lisant ce qu’en rapporte malgré-lui le communiqué du parquet général, car ce n’est pas au médecin légiste de conclure l’enquête qui seule peut surmonter une difficulté établie sur la base d’un fait matériel en analysant la somme des éléments de l’enquête fondée sur plusieurs articulations dont la conclusion du médecin légiste n’est qu’un volet.
Si le médecin légiste avait été formel en indiquant «  qu’en absence de substances chimiques quelconques et en absence de toute autre trace sur le corps autopsié avant qu’il ne soit altéré par le séjour en terre sinon la trace sur le cou, seule la pendaison a pu être responsable de la mort » or le rapport du médecin légiste français tel qu’il est rapporté malgré-lui par le parquet général ne dit pas vraiment ça… Parmi les facteurs pouvant permettre de souscrire à la thèse de la pendaison seule comme source du décès, il manque le fait que le corps n’ait été pas altéré avant autopsie or ce fut partiellement le cas, d’où la difficulté insurmontable pour le médecin légiste de faire une conclusion formelle sans appel sur toutes les causes ayant pu déterminer la mort du jeune garçon et selon quel enchaînement…
Le rapport du médecin légiste français est donc incapable de dire de façon formelle que la pendaison est l’unique cause du décès or au moins un autre scénario est possible : 
 
vu que le jeune s’est déplacé chez la fille, peut-être dans un état second de passion, de nervosité ou juste répondant à un traquenard présumé, il aurait pu par exemple être étouffé accidentellement par un bras puissant derrière lui pour le neutraliser à savoir un domestique fidèle à la famille ou n’importe qui drapé dans son boubou de sorte que même si le jeune avait mis ses mains pour détendre ce bras, il n’ait pas pu avoir sous les ongles courts d’un homme des morceaux de peau alors il est possible qu’il ait été ensuite mal pendu comme il a été retrouvé selon l’expression officielle « pendaison incomplète » pour faire croire à un suicide matériellement difficile.
Face à la possibilité d’un ou plusieurs scénarios suivant la fertilité de la nature criminelle qui n’est jamais en manque d’imagination, seule la bonne foi, le respect du bon sens allié d’une enquête méticuleuse impartiale ne laissant place à aucun autre scénario que la conclusion du parquet général peut rendre justice à toutes les parties concernées.
Partant de là examinons la contorsion sémantique du parquet général qui ne peut être que douteuse car on peut se demander pourquoi s’exprime-t-il comme un avocat qui plaide et non comme un juge compétent qui conclut. Certainement les séquelles de procédés hérités des régimes militaires précédents dont il ne reste que ce genre de lapsus administratif, involontaire par nature…
D’abord,  le parquet général fait dire au rapport du médecin légiste français ce qu’il n’a pas dit car il se sert de la phrase «  sur la base de l’autopsie »  au milieu de son argumentaire encadrant l’exclusion d’une cause extérieure ayant pu entraîner la mort et comme pour noyer le procédé vu que le parquet général ne peut pas non plus faire complètement fi des  précautions sémantiques du médecin légiste français, le parquet le cite à la fin comme un bémol non déterminant à signaler comme une usurpation de cachet pour parfaire la rhétorique du parquet général.
« Un rapport faisant état des résultats de l’expertise a été élaboré sur la base des examens et analyses de laboratoire. Il conclut de façon absolue que la mort n’est pas due à des poisons et a écarté, sur la base de l’autopsie, une cause liée à une violence extérieure à laquelle le défunt aurait été exposée en l’absence de toute trace de nature à causer la mort, exception de celle liée à la pendaison par le noeud qui a été trouvé sur place, tout en soulignant la difficulté de déterminer la cause de la mort en raison de l’état du corps au moment de l’autopsie. » 
Ensuite fort du rapport français à propos des preuves disponibles après le séjour sous terre qui a pu peut-être en corrompre d’autres, au lieu, comme nous l’avons fait, d’imaginer le moindre scénario plausible pouvant justifier que le jeune ait été retrouvé mal pendu, le parquet général estime que l’absence d’autres preuves disponibles est la preuve que la seule conclusion possible est que le jeune se soit lui-même pendu sinon, tenez-vous bien, dans le cas contraire, il se serait laissé faire.
« Le rapport établit qu’il n’y a pas d’élément matériel qui rend impossible l’auto pendaison. Et même si par hypothèse l’on accepte que la pendaison était le fait d’autrui, cela montre que le défunt ne s’est pas défendu et les a laissé faire.. » 

Le parquet général peut-il dire en combien de temps quelqu’un perd connaissance quand il est étranglé par surprise par derrière par une ou deux mains puissantes ? Peut-il être certain, contrairement à ce que pensent les avocats de la défense, que les dépositions des parties prenantes sont de nature à lever tout soupçon sur le déroulement des faits que retient le parquet général ?
Apparemment oui sauf que,  élément accablant l’impartialité du parquet général au moins dans son dernier communiqué,  le parquet général pour montrer sa bonne foi présumée et son engagement à faire toute la lumière sur cette affaire en respectant le droit, il nomme dans son communiqué uniquement la famille du défunt présentée comme n’ayant pas fait le nécessaire juridiquement…
« Bien que les parents du défunt n’aient présenté au parquet aucune demande de reprise de l’enquête, et n’ont pas exercé leur droit de se constituer partie civile devant le juge d’instruction afin de demander la reprise de l’enquête, le parquet général a décidé de reprendre l’enquête conformément aux instructions écrites du ministre de la justice. »
Pourtant, à part « les parties prenantes » englobant la famille du défunt, jamais un mot n’a été dit dans ce communiqué à propos de l’autre famille dont la fille est accusée de tous les maux par la partie adverse conférence de presse à l’appui or dans une enquête il y a non seulement des preuves matérielles mais il y a aussi des preuves immatérielles notamment la crédibilité de chacun déterminée à partir de la nature des dépositions surtout quand le collectif de défense du défunt dénonce publiquement des incohérences suffisamment inquiétantes pour accepter de faire venir un arbitre étranger notamment un médecin légiste français qui n’a pu dire que ce qu’il a pu constater et dont les dires ont été manifestement orchestrés de sorte à souscrire formellement à la conclusion du parquet général.

Ainsi dans son communiqué final pour classer l’affaire, le parquet général a fait état de tous les éléments qui ont été fournis au médecin légiste français mais le parquet général ne dit pas un mot sur la nature des dépositions après les faits, la procédure suivie concernant les parties prenantes dénoncée par les avocats de la partie adverse or en absence de preuve médicale formelle excluant de façon nette et précise toute possibilité d’action extérieure et ce à cause du séjour en terre du corps, un œil judiciaire vigilant et honnête sur le déroulé des événements tels que rapportés par toutes les personnes impliquées reste l’unique façon de rendre justice.

Ainsi, jusque-là la famille du défunt attendait du rapport du médecin légiste français une conclusion formelle quant à l’absence d’action extérieure ayant pu entraîner la mort de leur fils.
Hélas pour tout le monde, rien dans le rapport du médecin légiste français ne peut motiver pareille conclusion formelle. Au moins a-t-il pu établir que la décomposition commencée du corps n’a pas empêché d’être sûr d’une chose : c’est que le défunt n’a pas été drogué.
L’accusation de suicide en islam est pire que tout car le coran dit (sourate 4 verset 29,30) « Et ne vous tuez pas vous-mêmes. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. Et quiconque commet cela, par excès et par iniquité, Nous le jetterons au Feu, voilà qui est facile pour Allah. » 
De là que chacun doit maîtriser ses mots et non se lancer dans des contorsions sémantiques douteuses pour aboutir à une conclusion présentée comme mathématique alors qu’elle est discutable sur le fond et la forme.
Il arrive qu’une affaire soit compliquée et que la justice ne puisse pas dire formellement ce qui s’est passé mais à défaut de démasquer le criminel présumé, il faut se garder d’ajouter formellement le suicide à l’énigme…
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