Afghanistan: torture et mauvais traitements en baisse dans les prisons

Des détenus soupçonnés être des talibansRFI: Les tortures et mauvais traitements envers les détenus liés au conflit afghan sont en baisse en 2013-2014 par rapport aux deux années précédentes, a indiqué l’ONU dans un rapport publié mercredi 25 février.

Sur 790 détenus interrogés par l’ONU, 278 (35%) ont dit avoir subi des tortures ou des mauvais traitements de la part des forces de sécurité afghanes, soit une baisse de 14% en comparaison avec le précédent rapport publié en janvier 2013.

« Nombreuses sont les tortures à intervenir au moment de l’arrestation des personnes et au cours des interrogatoires. Ce sont vraiment les moments les plus sensibles de la détention », explique Cécile Pouilly, porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCR). Entretien.

RFI : Que dit ce rapport, en résumé ?

Cécile Pouilly : Ce rapport explique que depuis le décret présidentiel de février 2013, la situation s’est améliorée en termes de recours à la torture en détention, mais qu’il reste énormément à faire car encore un tiers des détenus continuent de subir des tortures ou des mauvais traitements en Afghanistan à ce jour.

Vous évoquez des progrès avec notamment une baisse de ces actes de torture en milieu carcéral. Comment expliquez-vous cette baisse ?

Elle est due notamment à l’action du gouvernement. On a parlé de ce décret présidentiel et de sa mise en œuvre. Il y a eu des visites d’inspection dans les lieux de détention, une formation pour proposer des techniques interrogatoires alternatives et toute une batterie de mesures qui ont été mises en œuvre. Cela ne suffit pas ; d’ailleurs il y a un nouveau plan gouvernemental destiné à éliminer la torture. Et il faut notamment que les personnes responsables de ces tortures, les personnes qui aussi les réclament ou les soutiennent, soient traduites en justice.

Quels sont les actes de torture les plus fréquents ? Dans quels cadres se produisent-ils ?

Nombreuses sont les tortures à intervenir au moment de l’arrestation des personnes et au cours des interrogatoires. Ce sont vraiment les moments les plus sensibles de la détention. Ces tortures ont lieu dans de nombreux lieux de détention qui sont sous la direction de l’Autorité nationale de la sécurité, de la police nationale, de la police locale et de l’armée. Ce qui se passe, c’est que les détenus – le plus souvent des membres supposés des talibans ou des personnes suspectées d’être opposées au gouvernement – sont soumis à des peines, des souffrances sévères afin d’obtenir des confessions ou des informations. On a détaillé dans ce rapport plus de seize méthodes de tortures et de mauvais traitements, ce qui inclut le fait de frapper les gens avec des câbles ou des bâtons, les suspendre, des chocs électriques ou aussi le fait d’asphyxier les gens.

Dans ce rapport, vous évoquez aussi l’existence en Afghanistan de centres de détention secrets ?

En effet, nous avons reçu des rapports qui font état de lieux de détention non officiels, alternatifs, sous l’autorité de personnes des autorités afghanes dans plusieurs régions. Et c’est pour cela que nous demandons au gouvernement d’intervenir rapidement, d’identifier ces lieux et évidemment de les fermer.

Vous parlez d’informations crédibles. Les enquêteurs ont-ils pu avoir accès à ces centres ? Ne sont-ce que des informations ?
Ce sont des informations. Ils n’ont pas eu accès à ces centres. Mais ils ont corroboré des informations par diverses sources. Le rapport se base non seulement sur des interviews avec des personnes qui ont été détenues – ce sont des personnes détenues en lien avec le conflit en cours en Afghanistan -, mais également avec le personnel de la sécurité, de la police, des autorités judiciaires… Ces différentes sources d’informations nous ont permis de documenter la situation et de fournir cet aperçu de la situation de la torture en détention en Afghanistan.

Pour résumer, la diminution concrètement est de 14% par rapport à il y a deux ans et il reste encore beaucoup à faire. Il y a des progrès notables et c’est dû à ces décrets du gouvernement afghan pour empêcher la torture.
On voit une politique du gouvernement pour éliminer la torture. En revanche, ce qui manque, c’est clairement le fait de traduire en justice les gens qui torturent et les gens qui ordonnent la torture. Il y a un seul cas d’une personne poursuivie pour avoir perpétré la torture depuis 2010. Tant qu’il y aura l’impunité, les tortures vont continuer même si l’on forme les gens à ne pas y avoir recours. Il faut à un moment donné que les gens qui commettent ces crimes, car la torture est un crime très grave pour lequel il ne peut y avoir aucune justification, il faut que ces personnes soient traduites en justice. Ce que le rapport montre également, c’est que lorsque l’on parle avec de nombreux membres de la sécurité de la police afghane, ils vous disent qu’ils considèrent la torture comme un outil utile et approprié pour obtenir de l’information. Il faut vraiment changer les mentalités. Il faut aussi s’assurer que les autorités judiciaires cessent d’utiliser les confessions obtenues sous la torture pour poursuivre les personnes qui ont confessé sous la torture.

Sur cette période de deux ans, il y a eu entre-temps des élections en Afghanistan. Un nouveau gouvernement a été élu. Quelles sont vos attentes vis-à-vis de ce nouveau gouvernement ? Quelles mesures peut-il prendre pour améliorer le sort des prisonniers ?

Il y tout un tas de mesures qui ont été annoncées par ce nouveau gouvernement, notamment des mesures législatives, des mesures éducatives , de prévention, d’aides aux victimes également et de suivi de la mise en œuvre du plan national pour éradiquer la torture. Bien sûr nous espérons que le gouvernement va poursuivre en ce sens, et qu’on insiste aussi sur le fait d’arrêter de traduire en justice les personnes coupables parce que la formation ne peut pas suffire. Il faut que les personnes responsables paient pour les crimes qu’elles commettent.

Peut-on parler d’un rapport en demi-teinte?

On a un rapport qui offre une image un peu contrastée, avec à la fois des éléments positifs, et en même temps une image un peu sombre dans le sens où un tiers des détenus interrogés disent être torturés. On espère vraiment que cette nouvelle administration va poursuivre en ce sens afin que l’on éradique la torture des lieux de détention en Afghanistan.

Le gouvernement afghan reconnaît qu’il y a un problème lié à la torture. Il s’engage à lutter contre le phénomène, mais il juge le rapport « trompeur sur le plan statistique ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Je ne suis pas porte-parole du gouvernement afghan. Les interviews ont été faites auprès de 790 détenus pendant vingt-deux mois. C’est une étude quand même assez approfondie. On a également pu s’entretenir avec des autorités afghanes, qu’il s’agisse d’autorités de la sécurité, de la police ou de l’appareil judiciaire. Donc il s’agit d’une étude approfondie avec des éléments qui ont été corroborés par de nombreuses sources d’information. Maintenant, il faut surtout se féliciter du fait que le gouvernement reconnaisse qu’il y a un problème et mette en avant sa volonté d’agir. Nous encourageons bien sûr le gouvernement afghan à aller de l’avant et à s’assurer que ce plan national soit le plus rapidement possible mis en œuvre.

Pensez-vous que le départ des troupes internationales puisse changer la donne, en bien ou en pire, sur le sort des talibans ou prisonniers dans les geôles afghanes ?

Je ne peux pas spéculer sur ce genre de questions. La seule chose que je peux vous dire, c’est que le rapport mentionne les forces internationales et il leur demande de bien s’assurer que lorsque les détenus sont transférés aux autorités afghanes, ils ne risquent pas de subir des tortures. Le rapport mentionne notamment qu’une vingtaine de détenus sur 71 qui ont été interviewées, qui ont été transférées par les forces internationales vers des lieux de détention sous contrôle afghan, disent avoir subi des tortures. Il faut vraiment que la vigilance des forces internationales qui sont encore sur place soit renforcée pour éviter d’exposer ces personnes à des mauvais traitements ou à des tortures.

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