AFRIQUE :: Terrorisme et migrants : Le coût humain du nouveau désordre mondial :: AFRICA

Thierry_Amougou080714300On parle très souvent de la communauté internationale comme d’une entité homogène dont l’intérêt supérieur serait la promotion d’un monde plus prospère, plus juste, plus stable et plus humain. Cette image idyllique a été battue en brèche de 1945 à 1990 où, par Guerre Froide interposée, les mains des USA et de l’URSS ont fait des millions de morts en tirant les ficelles des conflits opposant leurs pays satellites. Sans hyper puissance unanimement établie comme gendarme d’un monde unipolaire après la chute du Mur en 1989, la communauté internationale a vu sa structure conglomérale se renforcer via un écheveau d’intérêts de plus en plus divergents entre grandes puissances, malgré le triomphe idéologique d’un néolibéralisme économique lui-même en crise. Crise multidimensionnelle dont les différentes dimensions configurent les aspects saillants du nouveau désordre mondial.

* L’asphyxie des peuples par le néolibéralisme, les « bombes démocratiques » occidentales et le droit d’ingérence à géométrie variable

La dimension économique de celui-ci n’est pas seulement une globalisation financière qui a multiplié et disséminé les risques après avoir promis de les domestiquer, mais aussi une politique d’ajustement structurel qui, après avoir détruit les Etats du Sud et approfondi la pauvreté des populations, se renie actuellement avec une force aussi élevée que celle avec laquelle elle s’imposa au monde pauvre dans les années 1980. Cette dynamique de l’ajustement structurel continue de tuer de nombreux Africains de nos jours car la faiblesse et les retards logistiques qu’accusent de nombreuses armées africaines face aux groupes terroristes ont pour cause les coupes claires imposées depuis trois décennies par les instances financières internationales à leurs dépenses militaires : autant c’est l’affaiblissement des Etats Africains par (dé)tricotage de leurs fonctions régaliennes qui a affaibli leur forces armées, autant c’est la mise à l’écart de cet Etat dans les politiques de développement qui a entraîné une explosion de la pauvreté, terreau fertile du terrorisme international et de l’immigration clandestine.

La dimension politique du nouveau désordre mondial est liée au fait que la démocratie a cessé d’être une rupture sociopolitique de longue période et endogène à un peuple malgré des périodes de reflux des libertés qu’il peut connaître, pour devenir soit, un emballage cadeau du néolibéralisme économique implémenté aux pays du Sud par l’ajustement structurel, soit un régime politique qu’on impose via des tapis de bombes sur les dictatures. En conséquence, l’Afrique a été bien reçu le néolibéralisme économique comme camisole de force mais son emballage démocratique s’est révélé un simple appendice cosmétique dans un continent où les dictatures se sont renforcées en libéralisant le champ économique afin d’avoir pour alliées les institutions financières internationales. De même, l’Irak et la Libye ont bien croupi sous un tapis de bombes des USA et de l’OTAN sans voire poindre la démocratie promise au bout du déluge de feu. Pis, les Etats libyen et Irakien ont rendu l’âme pour laisser la place, non à un Etat démocratique, mais à un

Etat islamique, fruit des « bombes démocratiques » des grandes puissances obéissant au droit d’ingérence.

Le renforcement des dictatures africaines par la démocratie balistique de l’ajustement structurel (multipartisme, élections, libéralisation du champ économique) n’est pas étranger au fait que le ventre de la Méditerranée grouille de nos jours des carcasses de milliers de migrants clandestins africains qui ne peuvent profiter des fruits de la croissance de leur continent. Cela pousse à relativiser le discours dithyrambique sur la croissance africaine depuis l’an 2000. Une Afrique en croissance ne signifie pas que les Africains ordinaires en profitent mais que l’Afrique est devenue l’endroit où les multinationales et leurs relais locaux font des profits de plus en plus plantureux. Il en serait autrement que des Africains ordinaires ne monteraient pas dans des cales de bateaux fantômes où ils perdent la vie comme au 15ème siècle pendant le commerce triangulaire.

La dimension géopolitique du nouveau désordre mondial allie à la fois les conséquences d’une politique inconséquente du droit d’ingérence en Libye et en Irak que celles d’une politique de non ingérence en Syrie suite à la neutralisation des grandes puissances aux intérêts divergents dans ce pays. Autant l’ingérence mal pensée et illégale fait de l’Afrique le ventre moue du terrorisme et insécurise aujourd’hui le Sahel, l’Afrique centrale et l’Afrique du Nord via une déstabilisation d’une Lybie désormais aux mains des groupes islamistes qui ravitaillent le reste du continent en armes, autant une non ingérence guidée par la neutralisation entre grandes puissances est responsable de l’hécatombe syrien.

Le moins que l’on puisse dire au regard des millions de morts du terrorisme et de l’immigration clandestine est que ce sont les peuples et les pays pauvres qui supportent le plus grand coût humain du nouveau désordre mondial. Aux milliers d’hommes, de femmes et d’enfants appauvris par les ajustements structurels et les dictatures au Sud, s’ajoutent aujourd’hui des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants persécutés par l’Etat islamique, fille de « la démocratie par les bombes ». Ceux des Syriens, des Africains du sud du Sahara et des Libyens qui veulent échapper à ce triste sort prennent la route de l’immigration clandestine vers l’Eldorado Européen. 800 d’entre eux sont morts ce dimanche 19/04/2015, 400 en octobre 2013, 3000 en 2014 et 1650 depuis 2015. La liste risque encore de s’allonger dans une Méditerranée qui devient « le cimetière attitré » du nouveau désordre mondial.

* Que peut-on et doit-on faire face à l’humanité en péril ?

Une réponse lapidaire serait de demander à ceux qui ont promis la démocratie par les bombes et le développement par l’asphyxie néolibérale des peuples d’assumer les coûts humains de leurs bilans en en supportant la charge d’ajustement humanitaire que cela exige.

Les institutions financières internationales dans le cas de l’ajustement structurel, Bush fils dans le cas de l’Irak, Nicolas Sarkozy, Bernard-Henri Lévy, Barack Obama et l’OTAN dans le cas de la Libye devraient alors trouver des solutions réparatrices au chaos dont ils sont les auteurs. Ce serait une façon de mettre ces acteurs devant leur responsabilité et de l’assumer jusqu’au

bout en reconnaissant, non seulement que leur bombes sont moins efficaces que les anciennes dictatures libyenne et irakienne dans la lutte contre les Islamistes, mais aussi dans la lutte contre la pauvreté et l’immigration clandestine. Avant « la démocratie par les bombes » il y avait Saddam Hussein comme rempart contre les islamistes en Irak, aujourd’hui c’est l’Etat islamique qui y règne. Avant « la démocratie par les bombes », il y avait Kadhafi comme interlocuteur de l’Europe dans la lutte contre l’immigration clandestine, actuellement c’est une kyrielle de mouvements djihadistes qui sert de terreau fertile aux passeurs et sans autorité politique suprême et crédible à laquelle s’adresser.

Le renforcement de la surveillance de ses eaux territoriales et la chasse tous azimuts aux passeurs, choix que vient de faire l’UE, revient à s’attaquer aux symptômes alors les structures causales qui expliquent la situation actuelle rentent intactes. En dehors des mesurettes de court terme dont le but est de pallier au plus pressé, les seules issues sont la stabilisation à moyen et long terme de l’Etat Libyen, de l’Etat irakien, de la Syrie et la sortie d’une idéologie néolibérale qui se préoccupe plus de la bonne santé des marchés que du bien-être des hommes. Chantier complexe et titanesque s’il en est car si les bombes détruisent facilement, reconstruire est une œuvre plus difficile et il n’est pas certain que le nouveau désordre mondial ne soit pas un ordre qui arrange certains acteurs performants du village global.

Source: Amer

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