Ahmed Ould Daddah à El Emel Eljedid: «Nous ne continuerons pas dans un dialogue qui …

aod(1)…n’engendrera pas un gouvernement de consensus».

El Emel Eljedid: Quelle évaluation faites-vous de l’expérience du Forum de la démocratie et de l’unité ?

Ahmed Ould Daddah : L’idée du Forum de la démocratie et de l’unité repose sur l’élargissement de l’action politique. Avec la participation active des syndicats, des organisations de la société civile ou des personnalités indépendantes, étant entendu que l’action politique se limiterait à celle des partis politiques.

Les groupes initiateurs du Forum ont ainsi convenu du bien à ce que la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), composée de onze partis, s’élargisse à d’autres formations politiques et d’autres organisations de la société civile, syndicats et personnalités indépendantes.

Un renforcement de l’opposition, donc, quantitativement et qualitativement. C’est l’objectif que nous espérons avoir atteint.

- Dans sa dernière conférence de presse organisée à Nouadhibou, le président de la République a posé, comme conditions au dialogue entre le pouvoir et le forum, que les élections ne soient pas reportées et qu’aucun gouvernement de consensus ne soit formé. Quelle est votre position ?

Il me semble préférable – et c’est aussi de l’évidence – de ne poser aucune condition préalable ni ligne rouge, entre des parties prêtes au dialogue. Il y a l’autorité et ceux qui sont avec ; il y a le Forum : si la bonne foi est au rendez-vous, surtout du côté du pouvoir, ces deux parties doivent se réunir et étudier la formule qui permette d’entreprendre un dialogue ouvert, sans condition ni entrave, afin de sortir le pays du blocage et de la situation confuse où il se débat aujourd’hui. Un état de fait dont le pouvoir porte la principale responsabilité : n’a-t-il pas verrouillé toutes les voies devant tout ce qui peut sortir le pays de la crise ?

Ce pouvoir qui prétend être démocratique, est, en fait, dictatorial. S’il continue à s’entêter, aveugle, muet et sourd aux attentes des partis et des citoyens, la crise politique va perdurer et s’approfondir, entraînant une grave faillite économique. Car l’investissement n’est possible que dans un pays stable, fort de perspectives claires qui rassurent les investisseurs. Quant à réduire l’investissement à des opérations limitées au pillage de la ressource minière, dans d’opaques conditions, le plus probable est que l’intérêt du pays n’est pas assuré. Si tel était le cas, ces opérations seraient déclarées et transparentes.

La transparence, encore et toujours, c’est bien ça, l’objectif de ce dialogue ! Mais que peut-il en rester, lorsque le premier responsable du pouvoir déclare que l’élection ne sera pas reportée et qu’il n’y aura pas de gouvernement de consensus qui garantisse sa justesse et sa transparence ? Une telle attitude menace, directement, les efforts à solutionner la crise. Comment le premier responsable du pouvoir peut-il déclarer que l’élection ne dépassera pas les délais constitutionnels ? Est-ce qu’il respecte, lui-même, la Constitution ? Lui qui a reconnu, il y a quelques semaines, avoir conduit deux coups d’Etat, suspendu le Parlement et les conseils municipaux, pendant deux ans, par simple décret.

Preuve de grande ignorance ou faire-semblant d’ignorance – c’est le moins qu’on puisse dire – tant il est notoire que la durée du mandat parlementaire est constitutionnellement fixée ; n’a jamais été prolongée, au cours des cinquante-trois ans de notre Mauritanie, à une exception près, lors du régime civil, en 1965, et ce fut une loi constitutionnelle, émanant du Parlement, siégeant avant la fin de son mandat constitutionnel, qui décida, alors, du report de son renouvellement.

Mais ce qu’a fait le premier responsable du pouvoir actuel s’est résumé à prendre la décision – moi, j’appelle cela une décision – de reporter des élections, tout d’abord sous forme de décret, apocryphe du point de vue de la forme ; puis sous forme de loi constitutionnelle promulguée illégalement, puisqu’émanant d’un parlement dont le mandat constitutionnel avait expiré. Fallacieuse mesure, donc, puisque tout ce qui se fonde sur du faux est faux, comme c’est connu. Voilà pourquoi ce que le premier responsable du pouvoir actuel déclare, sur l’organisation d’élections dans les délais, ne peut être pris en considération.

- A quelle date voulez-vous que les élections soient reportées ?

– L’essentiel, pour moi, ne réside pas dans une date donnée mais, s’il y a consensus –et je ne pense pas qu’il y en ait – entre le gouvernement et l’opposition, il est nécessaire et évident que ce report respecte diverses étapes dont chacune a ses exigences, en termes de temps : reprise du recensement électoral, ce qui implique le temps qu’il faut pour recouvrer les papiers d’état-civil que beaucoup de citoyens n’ont pas encore, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays ; organisation précise et consensuelle du scrutin, ce qui implique un certain nombre d’accords, sur le nombre de bureaux et la désignation de leurs superviseurs, par exemple, ou sur l’administration qui va gérer l’opération : walis, hakems, chefs d’arrondissement, commission électorale nationale indépendante et autres…

Chaque mesure demande un temps déterminé et c’est seulement sur la base de l’évaluation de l’ensemble qu’on peut déterminer la date de l’élection présidentielle… si, bien sûr, ce que nous recherchons, c’est une élection juste et transparente qui permette de sortir le pays de la crise et du blocage où il se trouve actuellement ! Mais s’il s’agit, tout bêtement, d’une pure opération de forme, oh combien, alors, cette nuit ressemblera à la précédente !

- Peut-il donc y avoir dialogue, alors que les pouvoirs refusent le report des élections et la formation d’un gouvernement de consensus ?

– Je ne pense pas que le RFD réfléchisse, une seule minute, à continuer dans un dialogue qui ne permette pas l’organisation d’un scrutin transparent, supervisé par un gouvernement consensuel, doté de mécanismes transparents et clairs assurant la participation de tous les acteurs politiques. Tout ce qui a été dit sur ce sujet, par les représentants du pouvoir actuel, nous paraît poudre aux yeux, ni plus ni moins. C’est mépriser l’esprit des gens et de leur fidélité, non seulement, à leurs objectifs et à leur lutte mais, aussi, aux intérêts du pays.

- En cas de dialogue, certains parlent de la dissolution de l’actuel Parlement…

– Ce Parlement a été élu de façon unilatérale et douteuse. Tout le monde le sait. Aussi bien les proches du pouvoir, ses sympathisants et même ceux qui ont participé au scrutin. Tous considèrent que ces élections sont les plus mauvaises que le pays ait connues, en termes de transparence et de justesse. Les partis qui ont participé à ces élections se sont rendus compte, après coup, qu’elles n’ont été ni justes ni transparentes et n’ont permis que de «mouiller davantage l’argile ».

- Quelle évaluation faites-vous de la situation actuelle du pays ?

– Le pays est, comme on dit, en stand-by. Incapable d’avancer puisque son énergie politique est hors-jeu. Son énergie économique est en panne, malgré l’importance de ses ressources tant pastorales et agricoles, que maritimes et minières. Un pays dont les habitants ne dépassent pas quatre millions de personnes et dont le peuple est pauvre, malgré toutes ces richesses. Nous résumons sa situation en cette devise : « Un pays riche, un peuple pauvre». Pauvre dans son pain quotidien, pauvre dans son éducation, pauvre dans sa santé, pauvre dans sa sécurité dans ses maisons et dans ses rues, et Allah sait combien la réputation de son gouvernement est mauvaise, dans les pays avoisinants comme dans les lointains.

Que personne ne vienne donc nous dire que ce sont ses mérites qui ont placé Mohamed Ould Abdel Aziz à la présidence de l’Union Africaine ! Non, il en est devenu président parce que cette présidence devait revenir à l’Afrique du Nord. Selon les textes de l’organisation panafricaine qui fait tourner cette présidence entre les zones du continent. Faute de prétendants, il en est devenu président par défaut : le Maroc, en dehors de l’UA, depuis plusieurs années ; le président algérien – à qui nous souhaitons prompte et complète guérison – dans une situation sanitaire qui ne lui permet pas d’assumer cette responsabilité ; chacun connaît les conditions internes de la Libye, bref : il ne restait plus que la Mauritanie.

Cela dit, il est certain que les crises africaines sont nombreuses, multiformes et difficiles à régler. Je doute fort que sous la présidence d’Ould Abdel Aziz, ces problèmes trouvent des solutions convenables. Les plus proches de nous sont ceux de la zone du Sahel, puis la République du Mali avec laquelle nous avons une frontière ouverte de plus de deux mille kilomètres, impossible à contrôler, sauf à travers une coopération régionale. Je ne suis pas assuré que cette coopération ait atteint un niveau qui puisse garantir la sécurité et la stabilité, dans la zone ouest-africaine.

Propos recueillis par El Houssein Ould Mahand
Traduits par Sneiba El Kory

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