Aicha Vergez, inspectrice générale de l’Etat


« Le secteur privé et celui de la société civile sont pires que le secteur public».
L’inspectrice générale de l’Etat, Mme Aicha Vergez n’est pas allée du dos de la cuillère, accusant, mardi sur les ondes de Radio Saharamédias, les secteurs privés et de la société civile de pratiquer une gabegie pire encore que celle observée dans le secteur public. Un secteur où les autorités ont fait récupérer plus de 4 milliards d’ouguiyas subtilisés par les responsables de gestion au sein de l’Administration.

Pour être pire que l’Administration publique, il faut vraiment être irrécupérable. Pourtant, Mme Aicha Vergez, patronne des limiers de l’IGE, estime que la pratique des secteurs privés et de la société civile sont sans commune mesure avec la mauvaise gestion au sein de l’Administration publique.

Mme Aicha Vergez se fonde sur un « rythme de vie » insoutenable de certaines Ongs mais aussi sur ce qu’elle indexe comme détournements de fonds obtenus par les organisations pour le compte des populations mais finalement réutilisés à d’autres fins.

Un effet dissuasif

Cependant, la patronne de l’IGE précise que la tendance aux détournements a été découragée par les contrôles inopinés effectués par son institution notamment auprès de grandes sociétés et projets qui manipulent l’argent public.

Elle explique cette tendance par l’effet dissuasif des sanctions au point que les administrations font appel, en cas de doute sur les procédures, aux services de contrôles de gestion pour éviter des démêlées ultérieures. Mme Vergez souligne dans ce cadre que la mise en place d’une « politique rigoureuse » en matière de contrôle de gestion des deniers publics explique aujourd’hui que le budget d’investissement qui correspondrait à 60% du budget général, non seulement, serait mieux géré et protégé mais il permettrait ainsi à l’Etat d’envisager de financer sur ses propres comptes de grands projet structurants.

Elle croit savoir également qu’au-delà de l’aspect de préservation de deniers publics pécuniaires, beaucoup de pratiques d’iniquité et de mauvaise gestion en liaison avec l’acquisition de biens matériels se serait estompé avec la fin des commandes injustifiées de véhicules notamment qui engloutissaient, chaque année, des centaines de millions d’ouguiyas et pas toujours pour les besoins de l’efficacité du travail de l’Administration.

Une seule exception et tout s’écroule !

Si Mme Vergez estime qu’il faut rendre à la politique du président Aziz le mérite d’avoir su imposer une telle volonté, elle soutient, par ailleurs, qu’une telle politique de mettre hors d’état de nuire les détourneurs, ne fait aucune différence entre les administrateurs qu’ils soient de l’Opposition ou du Pouvoir. «Le contrôle de gestion ne fait aucune différence entre les responsables et personne n’est à l’abri de sanctions, en cas de mauvaise gestion » martèle l’Inspecteur générale pour exorciser l’accusation de «règlements de comptes politiques » avec certains opposants.

Ce bilan dressé par la patronne de l’IGE se confond, semble-t-il, avec une stratégie à court terme. Mais que la stratégie nationale, adoptée en 2010, escompte renforcer les capacités de contrôle et favorise aussi la meilleure imbrication des efforts des institutions publiques de contrôles comme l’Ige, la Cour des Comptes et les inspections sectorielles.

C’est dans ce cadre que Mme Vergz situe les besoins de contrôle de gestion des secteurs public et de la société civile qui, à ses yeux, seraient plus gangrenés par les détournements de deniers. Pourtant, si l’on peut être d’accord avec l’Inspectrice générale de l’Etat sur les besoins de coercition contre ceux qu’on appelle communément les « moufcidines», le manque de transparence dans plusieurs affaires récentes installe le doute sur cette politique « mains propres » que l’Etat voudrait mener pour faire respecter la chose public. La mise en place des commissions sectorielles des marchés publics est parfois sans effet sur cette recherche de transparence promise.

Pire encore l’attribution de certains projets notamment celui de la centrale duale de Nouakchott et bien d’autres encore sape cette image que les autorités veulent donner en matière de transparence de gestion.

N’a-t-on pas vu des membres de commissions sectorielles démissionner pour « convenances personnelles», comprenez lassés d’une présence symbolique dans des commissions où rien ne marche comme il se doit. Certaines de ces commissions sont aussi truffées de recrutement ne correspondant en rien à la composition régulière.

Mieux encore, et sur un autre registre qui trahit la dualité comportementale, certains responsables révoqués pour mauvaise gestion présumée sont revenus par la grande porte de l’Administration. Ils occupent de hautes fonctions après avoir été épinglés. Là transparait nettement, contrairement à ce que argue l’inspection générale de l’Etat, le népotisme et le favoritisme politiques.

Tant que ces exceptions sont tolérées, pour ne pas dire protégées, l’on a toujours l’impression que le contrôle de gestion des deniers publics se fait «à la tête du client». Enfin quel rôle pour la Justice quand des responsables mis en prison, accusés de détournements, retrouvent subitement la liberté sans aucun procès, ni de non lieu? L’histoire récente est jonchée de tels exemples. Alors faut-il croire qu’il y a un contrôle et une inspection à deux vitesses?

Jedna Deida

Source : le quotidien de Nouakchott

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