Anniversaire de l’Ouguiya: De quoi pavoiser?

Ouguiya-100 de 1973
Annoncé en grande pompes, le 40e anniversaire de la création de l’Ouguiya célébrée ce mardi 18 juin au Centre International des Conférences de Nouakchott, et au-delà de la poudre aux yeux et de l’écran de fumée déployés par le Gouverneur Ould Raiss, est pourtant l’occasion pour les mauritaniens de faire le point sur ce qu’est devenue cette monnaie qui avait, tant fait la fierté des mauritaniens.

Malmenée par des années de mauvaise gestion, notre ouguiya nationale est devenue une véritable monnaie de singe.

Lorsque Feu le président Moktar Ould Daddah prend la décision de la création de l’ouguiya, en août 1972, la monnaie est mise en circulation le 29 juin 1973, quelques mois seulement avant le fameux grand choc pétrolier.

A l’époque, la Libye appuie la décision mauritanienne du retrait de la zone franc, en mettant à sa disposition une contre-valeur de 70 millions de dollars pour assurer le fonds de stabilisation que la France leur avait refusée, craignant sans doute qu’ils ne fassent des émules au sein des ex colonies de l’hexagone. Cette décision de création aura pourtant une conséquence directe sur ces ex colonies, le transfert du siège de la BCEAO de Paris à Dakar et de celui de la BEAC à Yaoundé.

En 1973, il fallait donner 5000 FCFA pour obtenir 1000 ouguiyas, aujourd’hui il faut 3000 ouguiyas pour obtenir les mêmes 5000 FCFA. Ce sont pourtant des vérités que la BCM prend grand soin de ne pas mettre en avant. Ainsi sur le site de la BCM alors que l’historique du taux d’intérêt remonte à 1964 celui du taux de change s’arrête pudiquement à mars 2010 pour toutes les monnaies et à 2008 pour le dollars et l’euro.

Pourtant rien que depuis 2008, notre ouguiya nationale, sous les coups de boutoir de la mauvaise gestion et du clientélisme a poursuivi sa dépréciation vertigineuse face aux principales devises étrangères, avec un niveau de dépréciation record de 25% face à l’euro depuis 2008. Cette dépréciation continue de l’ouguiya se poursuit dans l’indifférence coupable de la Banque Centrale dont pourtant la stabilité de la monnaie est l’une des missions fondamentales.

Aucune mesure encore moins une stratégie visant à juguler cette perte de terrain de la monnaie nationale n’a jusqu’ici été prise par les autorités monétaires qui sont surtout occupées à s’enrichir en jouant sur le taux de change au marché parallèle. Nous avons l’habitude de nous comparer à nos voisins or sur ce plan nous n’avons guère fière mine.

En effet au Maroc voisin depuis plus de dix ans le cours de l’euro oscille entre 10,4 et 10,8 dirhams alors que nos voisins du sud gardent un CFA qui reste stable entre 650 et 656 FCFA pour un euro depuis au moins une dizaine d’année. Pour nous, en Août 2008, 4 euros ne valaient guère plus que 1000 ouguiyas sur le marché, mais en mars 2013, ces mêmes 1000 UM s’échangent contre 2,60 euros seulement!

Soit une baisse conséquente de l’ordre de 25% de notre monnaie nationale. Plus concrètement ça veut dire que face à nos voisins du nord et du Sud, notre patrimoine à tous a perdu le quart de sa valeur nominale.

De son côté, le dollar grimpe aussi. Un dollar américain s’échangeait en 2008, contre 260 ouguiyas. Aujourd’hui, il vaut jusqu’à 310 ouguiyas sur le marché. Un record jusqu’ici jamais égalé avant l’arrivée de Sid’Ahmed Ould Raiss aux commandes de la BCM. C’est à se demander s’il ne valait pas mieux, tout simplement revenir à la zone CFA.

Il va sans dire que cette dépréciation impacte toutes les importations du pays notamment, les denrées de première nécessité, les produits manufacturés, les hydrocarbures les biens d’équipement etc. Selon des analystes, trois raisons pourraient expliquer cette dépréciation continue de l’ouguiya sur le marché.

Elle se justifierait soit par une récession économique, soit par un important déficit commercial, soit aussi par l’émission en grande quantité de monnaie par la Banque centrale de Mauritanie. Mais d’autres considérations tout aussi pernicieuse comme le déficit de la Balance des paiements ou encore la fuite de devises vers l’étranger, pourraient aussi expliquer cette dépréciation continue de l’ouguiya.

Mais quelle qu’en soient les raisons, il est inadmissible que malgré l’embellie enregistrée ces trois dernières années dans les cours du fer et de l’or dont les royalties ont bien contribué à «amortir » les effets pervers de la crise financière mondiale, on es t encore réduit à tenter désespérément de sauver notre monnaie nationale et partant notre pouvoir d’achat.

Au lieu de retrousser leur manche et de s’attaquer avec volontarisme à ce véritable problème national, notre gouverneur de la BCM et ses acolytes, rivalisent d’ « ingéniosité » pour faire des effets d’annonce dont le seul objectif est de détourner l’attention des problèmes réels de la BCM. Exemple : « résultats de la BCM largement positifs pour la deuxième années consécutives »

Pourtant selon des sources proches du Ministère des Finances, les bénéfices réalisés par la BCM au titre de l’année 2012 seraient loin de relever d’une performance de celle-ci de la même manière que ceux affichés au 31.12.2011/ Même si en 2011 il y avait au moins une certaine logique, si l’on laisse de côté le bénéficiaire réel de la remise c’est-à-dire l’Etat mauritanien.

Ce tour de passepasse a été possible par le truchement d’un « traitement » sans effet sur les obligations du pays en ce sens qu’on s’est limité à transférer, probablement sans son accord, la dette du Koweït sur l’Etat pour que l’institut d’émission fasse des reprises de provisions portant sur des montant très élevés.

Résultat: au lieu des pertes importantes qu’il devait réaliser aussi bien d’ailleurs en 2011 qu’en 2012, ce sont des bénéfices sans signification sauf un effet d’annonce, très recherchés par les temps qui courent et tendant malheureusement vers le ridicule en se posant en personne indispensable et apte à conserver son poste.

Mais si on veut vraiment parler performances de la BCM pourquoi ne pas parler de l’explosion des frais généraux à laquelle on a assisté ces deux dernières années seulement ? Pourquoi ne pas parler des avantages inouïes concédés au gouverneur et à certain de ses proches au détriment des autres cadres de la BCM qui continuent à végéter ? Ce sont là les véritables problèmes pour lesquels on aimerait voir la Banque centrale de Mauritanie communiquer et s’ouvrir d’avantage.

B.C.

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