Appel à investissement pour la promotion et la protection de notre héritage culturel

Entreprise et Patrimoine Est-ce une association économiquement viable ?

Il peut sembler à priori que l’entreprise et le Patrimoine sont deux espaces antinomiques, aux objectifs irréconciliables.

– Entreprise « étymologiquement, entre sens, est « une unité économique de production de biens » préoccupée par « le chiffre d’affaires », « les coûts de revient », « les prix de vente » et surtout par « les bénéfices ». A cet égard, l’entreprise est un monstre froid, insensible, calculateur, mû par in immense ego matérialiste.

– Patrimoine « veut dire lui, entre autres significations,« Le bien commun d’une collectivité, d’un groupe humain considéré comme héritage transmis par les ancêtres » .

En considérant le seul patrimoine culturel, objet de notre sujet aujourd’hui, il est un élément légué, précieux, sacré même, parfait symbole d’identité, d’une valeur inestimable, même si elle n’est pas toujours monnayable, mais ne constituant pas souvent un attrait pour l’investissement. Pourtant on assiste depuis une bonne décennie à une nouvelle lecture en raison du changement d’attitude à l’égard du patrimoine culturel.

La Banque Mondiale, la Banque Islamique, le fonds Monétaire International et d’autres institutions financières notoires mettent de plus en plus l’accent sur l’importance de la dimension culturelle et identitaire de l’homme comme agent déterminant dans le développement équilibré et surtout durable.

Conséquemment, les banques et les entreprises investissent à tous de bras (en plus des châteaux, tableaux et bijoux) dans les maisons d’édition, les studios de films ou disques, les conservatoires, troupes de théâtres et groupes de musique. L’UNESCO et d’autres institutions à vocation culturelle, en écho, soulignent maintenant « la valeur comptable de la culture », dépassant ainsi la seule et étroite dimension esthétique des objets culturels .

C’est en particulier vrai pour les industries culturelles, c’est-à-dire, la « fabrication et diffusion en série de produits qui véhiculent des idées, des messages, des symboles, des options, des informations, des valeurs morales et esthétiques ». Cela va du livre, au boubou fabriqués en séries en passant par les tapis, nattes, figurines, etc.. En effet la culture, de plus en plus, compte et rapporte.

I. Patrimoine mauritanien, Qu’est ce que c’est ?

Notre patrimoine culturel national est d’une grande richesse qualitative et d’une grande variété. Mis en valeur il peut être un outil de lutte efficiente pour le bien-être des populations dépendant de lui et générer, en même temps des profits certains pour ceux qui prennent le risque, qui n’en est vraiment par un, de s’y investir. Il peut être classé en deux grandes divisions.

1) Un patrimoine traditionnel, tangible et intangible

a) Le tangible concerne: – L’architecture saharo – soudanienne : – Les manuscrits – L’artisanat (cuirs, bois, métaux, poterie, vannerie, laines, etc.) – Les vestiges d’objets et armes de la préhistoire – Les paysages culturels

b) L’intangible concerne : – Les méthodes d’enseignement scholastique – La poésie – Les sciences humaines et scientifiques et les techniques traditionnelles – Les musiques et chorégraphies – Les arts ludiques (jeux), etc.

2) Un patrimoine moderne

a) Les industries culturelles – Livres, tapis et vanneries

b) Les manifestations culturelles – Théâtre et concerts

c) La peinture, la calligraphie, la miniaturisation des objets.

II Investir

1) Raison : Investir pour la promotion et la protection de cet héritage culturel présente des intérêts indéniables.

– Intérêt moral : Assumer ses responsabilités envers la communauté nationale et en cette ère de mondialisation stérilisante, préserver son héritage, ses racines, son identité pour soi- même et pour les générations à venir de mauritaniens.

– Intérêt social : Contribuer réellement à la lutte contre la pauvreté par des actions de mise en valeur du patrimoine qui créent des emplois dignes et utiles à de larges franges de la population (diplômés des mahadras et de cursus arabes de l’université, artisans, bouchers, communautés vivant sur les lieux concernés par les sites, écrivains, artistes amateurs ou traditionnels, etc.)

– Intérêt esthétiques : mettre en exergue pour la fierté nationale des mauritaniens, la qualité esthétique de notre patrimoine, en manuscrits, en tradition poétiques et musicales, en architecture, en paysages épigraphiques, etc. tout en préservant de l’oubli (la mémoire intangible) et de la détérioration (la mémoire intangible). – Intérêt économique : Mise en valeur de richesses culturelles qui peuvent générer des bénéfices directs ou indirects comme support d’un tourisme culturel géré correctement.

2) Genres possibles : Les investissements culturels peuvent s’orienter vers trois catégories de produits réparties en fonction du temps imparti :

2.1. Une catégorie à long terme (18 à 36 mois) : 2.1.1. Un conservatoire de musiques, théâtre et chorégraphie comprenant : – Un auditorium (concerts et autres spectacles) ; – Des studios d’enregistrement audio et vidéo et CD – ROM – Un laboratoire de recherche ; – Un petit musée

2.1.2. Une maison de l’artisanat et des métiers traditionnels comprenant : – Une ou plusieurs salles d’exposition ; – Un office pour les brevets et les droits ; – Une école de métiers ; – Un musée.; 2.1.3. Une maison de livres comprenant : – Une unité de reprographie de manuscrits (calligraphies, Xerox) et de traitement ; – Un atelier de reliure et d’enluminures ; – Un centre de stage d’écriture.

2.2 Une catégorie à moyen terme (6 à 18 mois) :

2.2.1. Un centre de promotion de l’artisanat utilitaire (Tentes, tapis, nattes, coffrets, vêtements, teints, etc.) 2.2.2. Un centre national de documentation (Documents écrits, filmés, photographies, archivistiques, etc.).

2.2.3. Une radio culturelle privée diffusant en ondes moyennes et couvrant la Mauritanie et les pays voisins par les Maures, les pulaars,et les Soninkés.

2.2.4. La mise en place d’une chaîne de musée privée par wilaya et dans les villes anciennes et certains sites historiques.

2.2.5. La mise en valeur des sites épigraphiques par l’érection des villages et campements touristiques et syndicats d’initiative.

2.3 Une catégorie à court terme (3 à 6 mois): 2.3.1. Investir dans le théâtre amateur (Drames et comédies) en s’appuyant sur les troupes existantes mais en recrutant des metteurs en scène nationaux et mettant en scène l’héritage culturel ancien et le contexte national actuel. 2.3.2. Investir dans la production des trésors de musique et la mythologie des composantes socioculturelles du pays en contes et légendes.

3) Préalables: Une mise en valeur du patrimoine suppose toute une panoplie de mesures d’incitations fiscales et de protection législative à l’endroit d’un domaine mal expérimenté. 3.1. Sur le plan interne deux genres d’action sont prioritaires : – Instituer l’ISBN pour tout document imprimé – Édicter des lois protégeant les droits d’auteurs, la propriété intellectuelle, les droits de reproduction et les marques déposées, etc. –

Promulguer un code spécial de l’investissement culturel prévoyant des incitations fiscales pouvant attirer les possesseurs des capitaux.

3.2. Sur le plan externe: Signer ou ratifier les instruments internationaux sur les biens culturels, les droits d’auteurs, les droits de reproduction et les marques déposées, etc.

Conclusion: Je citerai pour conclure M. James D. Wolfensohn, Président du Groupe de la Banque Mondiale à la conférence tenue à Florence en octobre 1999 sous le thème « la culture compte ». « … En ces temps de mondialisation, avec tous ses avantages, les pauvres sont les plus vulnérables de voir leurs traditions, relations, savoir et capacités ignorées ou déviées et, expérimentant le développement avec un grand sentiment de traumatisme, peiné et désordre social.

Leur culture – valeurs, relations sociales, liens de réciprocités, expression créative et savoir – peut-être parmi les plus efficientes richesses et parmi les plus ignorées et dévastées par les programmes de développement. Alors que si nous faisons attention, les pauvres peuvent – être fiers de leur identité et héritage et bâtir sur ces bases pour mieux enrichir leurs vies ». Ce n’est sans doute pas par altruisme pur et amour gratuit du pauvre que M. Wolfensohn, né avec une cuillère d’or à la bouche et président de la puissante Banque Mondiale, défend les droits de l’héritage du pauvre. Seul le réalisme et l’instinct de survie justifient à priori cet élan de compassion.

A notre tour de savoir qu’atténuer les traumatismes des plus démunis, leur redonner l’espoir par des programmes qui améliorent leurs conditions de vie en leur donnant en même temps un sentiment de dignité par la prise en compte de leur héritage pour satisfaire leurs besoins, et leurs rêves est une entreprise prioritaire pour tous. Ces démunis seront comme les nantis soucieux, non seulement de ne pas détruire le toit commun, c’est-à-dire, nos quiétudes, nos biens, notre bien – être et à la limite nos vies, mais seront enclins de les protéger.

Un investissement dans le vaste champ de nos trésors culturels permet justement d’arracher de larges franges de nos populations et dans pratiquement toutes les régions à la grande misère. Il offre en même temps au promoteur bonne conscience justifiée, et la sécurité des corps et des biens et une rémunération correcte de son effort financier.

Nouakchott le 5 novembre 2002
29 Chaaban 1423
Mohamed Saîd Ould Hamody

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