Après l’opposition, des partisans de Morsi se mobilisent massivement

Alors que l’opposition égyptienne dénonce une dérive autoritariste de Mohamed Morsi, des dizaines de milliers d’Égyptiens manifestent dans plusieurs villes du pays pour soutenir son décret lui octroyant des pouvoirs exceptionnels.


Plus de 50.000 personnes se sont rassemblées samedi au Caire pour exprimer leur soutien au président Mohamed Morsi, cible de vives critiques depuis qu’il a élargi par décret le champ de ses prérogatives la semaine passée.

Cette démonstration des partisans du chef de l’Etat face à une contestation laïque qui a pris une tournure violente intervient quelques heures avant que ne lui soit présenté le projet de nouvelle constitution.

Le texte a été approuvé, vendredi après 19 heures de débats, par l’Assemblée constituante dominée par les islamistes. Il devrait être remis à Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, samedi à 19h00 (17h00 GMT).

Le nouveau président égyptien devrait alors annoncer la date à laquelle aura lieu le référendum destiné à ratifier le projet de loi fondamentale et lui donner un caractère institutionnel dans un délai de 15 jours.

« Le peuple veut l’application de la loi de Dieu », scandaient les manifestants, brandissant des drapeaux et réunis près du campus de l’université du Caire.

La confrérie des Frères musulmans, formation politique la mieux organisée du pays, et ses alliés salafistes du parti Al Nour s’estiment en mesure de mobiliser suffisamment d’électeurs pour remporter le référendum.

Les islamistes, qui ont renoncé à se réunir place Tahrir pour éviter toute confrontation, souhaitent faire des rassemblements de samedi une démonstration de force après la mobilisation des manifestants anti-Morsi ces derniers jours.

Plusieurs milliers d’Egyptiens ont en effet une nouvelle fois participé vendredi à des manifestations au Caire, à Alexandrie et dans plusieurs autres villes dans le Delta du Nil et le long du canal de Suez.

« Le peuple veut la chute du régime », ont scandé les manifestants rassemblés place Tahrir, symbole de la révolution qui a renversé Hosni Moubarak en février 2011.

Les tensions entre la population et le nouveau chef de l’Etat sont montées d’un cran le 22 novembre dernier avec la publication d’un décret qui élargit les prérogatives de Mohamed Morsi.

Ce décret empêche toute contestation des décisions présidentielles dans l’attente de l’élection d’un nouveau parlement, ce qui ne devrait pas intervenir avant mi-2013.

Le président égyptien, qui insiste sur le caractère temporaire du décret, affirme que le texte ne vise pas à concentrer les pouvoirs mais au contraire à les déléguer et éviter une politisation de l’appareil judiciaire.

« Pas de place pour la dictature »

Deux personnes ont été tuées et plusieurs centaines d’autres blessées lors des manifestations organisées par les forces de l’opposition qui accusent Morsi de se comporter en dictateur.

Dans une allocution télévisée jeudi soir, le chef de l’Etat a assuré qu’il n’y avait pas « de place pour la dictature. »

Le projet de constitution, qui compte 234 articles, maintient les « principes de la charia », la loi islamique, comme source principale de la législation, ce qui était déjà le cas sous Moubarak mais ce que refuse le camp laïque.

Les adversaires du chef de l’Etat critiquent cette précipitation dans l’adoption d’une constitution qu’ils jugent prise en otage par les Frères musulmans et leurs alliés.

La nouvelle constitution égyptienne stipule que le chef de l’Etat ne peut effectuer plus de deux mandats de quatre ans.

Le texte prévoit également une supervision par les civils de l’institution militaire, mais encore trop timide pour les détracteurs du projet. Pour déclarer la guerre, le chef de l’Etat devra, en plus d’obtenir l’aval du Parlement, demander l’avis du Conseil national de défense.

Outre la contestation de la rue, Mohamed Morsi doit composer avec une fronde de la magistrature qui soupçonne le chef de l’Etat de vouloir remettre en cause l’indépendance de la justice.

Les critiques adressées par les juges ont été accueillies vertement par les Frères musulmans, cibles des tribunaux d’exception et victimes de condamnations arbitraires sous le règne de Moubarak.

Les islamistes rappellent que de nombreux magistrats encore en poste aujourd’hui ont été désignés sous l’ancien régime. « Morsi, vas-y nettoie l’appareil judiciaire, nous te soutenons », ont lancé les manifestants.

Source : France24

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