Arrestations, danger pour la démocratie


Le pouvoir vient d’arrêter 20 professeurs, parmi une centaine, qui manifestent depuis plusieurs mois, dans les locaux du ministère d’Etat chargé de l’Education. Des enseignants qui protestent, en toute légalité, estiment-ils, contre des affectations arbitraires, pour « raison de grève »,  l’année dernière.

Cela rappelle ce qui s’était passé tout le long de 2011, à Nouakchott, Aleg, Maghta-Lahjar et Aioun, Atar. Quand les étudiants avaient manifesté contre la fermeture de l’Institut supérieur des études et recherches islamiques (Iseri) ou écrit des graffitis à la veille de la visite du président dans ces villes. Si les arrestations reprennent au rythme de 2010-2011, elles risquent de recréer une situation remettant en cause, sérieusement, la propagande du pouvoir vantant le caractère non répressif du régime.

Car trop souvent, on entend les médias officiels gloser sur l’Etat de droit. Qu’ils présentent comme une forme achevée de gouvernement en Mauritanien et non comme un système en gestation et loin d’être conforme à la théorie. Quelques définitions liées au concept, mais surtout des pratiques de plus en plus nombreuses, permettent cependant de voir combien est grand l’écart qui existe aujourd’hui entre la théorie et la pratique. Et, en fait, vue cet écart – on pourrait même parler de dérive. Dans le cas de la Mauritanie et de bon nombre de pays africains, ne s’agirait-il pas plutôt des disfonctionnements dans un Etat qui n’arrive pas encore à faire de la « mise à niveau » démocratique la priorité de ses priorités ?

Le respect des lois et la stabilité fondent ce que l’on appelle communément l’Etat de droit. Une propédeutique bien huilée en fixe les règles depuis que Montesquieu, et avant lui Aristote, avait établi « l’Esprit des lois » de la République : Le but de la vie en société est l’apport à chacun de ses membres d’avantages comme la sécurité, la solidarité, etc. Mais une vie en société n’est possible que si ses membres acceptent de respecter des lois ; exemples : respect de la propriété d’autrui, droit du travail. Les lois de la société doivent être connues de tous, donc écrites.

Pour que les citoyens aient confiance dans les lois et qu’ils aient le temps de prendre leurs dispositions pour les appliquer, les lois doivent aussi être stables, c’est-à-dire ne pas changer à tout bout de champ. Ce qui est loin d’être le cas, même en France, pays que bon nombre de pays africains, comme la Mauritanie, prennent pour exemple de leur démocratie.

Ce respect des lois par le peuple ne peut se concevoir que de deux manières : Avec un régime autoritaire, où les citoyens respectent les lois que parce qu’ils ont peur. Ici, on n’a pas besoin d’un dessin pour comprendre que la plupart des Etats africains et arabes sont dans cette catégorie. Même si l’ambiguïté des « démocraties » actuelles saute aux yeux. L’autre manière, repose sur un postulat, jamais réalisé, celui d’un consensus populaire, où les citoyens respectent les lois et l’organisation des pouvoirs publics parce qu’ils y trouvent leur intérêt. Dans cette forme IDEALE de gouvernance politique, c’est l’Etat lui-même qui est très souvent pris en défaut. Une telle situation se produit lorsque le pays procure aux citoyens des avantages comme la sécurité (des biens et des personnes) ; des services publics, et une économie leur permettant de gagner leur vie. Ici, l’on constate aisément ce qui fait, en réalité, la différence entre les démocraties occidentales, arrivées à un stade de quasi maturité après trois siècles d’évolution, et les « modèles » africains et arabes qui peinent encore à cadrer la théorie avec la pratique.

Ce qui fait surtout défaut, dans ce cadre, c’est que les Etats « démocratiques » africains comme la Mauritanie n’adaptent de la gouvernance universaliste que ce qui arrange leur pérennité. Prompt à mettre en branle les services de sécurité pour éviter les troubles à l’ordre public, le gouvernement doit, aussi, respecter les citoyens, c’est-à-dire qu’il reconnaisse l’existence de droits de l’Homme et qu’il gouverne conformément aux règles de l’Etat de droit.

Sneiba

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