Arsenal-Bayern : Le paradoxe Lukas Podolski

Après avoir été simultanément incontournable avec l’Allemagne et remplaçant au Bayern, Lukas Podolski, à 27 ans, s’impose enfin dans un grand club à Arsenal, qui reçoit le Bayern Munich mardi soir (20h45) en 8e de finale aller de la Ligue des champions. Au moment où Poldi est en train de perdre sa place en sélection.

Été 2006. Fraîchement auréolé d’une troisième place à la Coupe du monde, dont il a été élu meilleur jeune du tournoi, Lukas Podolski s’engage avec le Bayern Munich. Une étape qui doit permettre à l’attaquant allemand de 21 ans de prendre une nouvelle dimension après trois ans passés à lutter contre la relégation ou pour la montée en Bundesliga avec Cologne. C’est un échec. S’il conserve son statut de titulaire avec la Mannschaft, Poldi n’est que remplaçant au Bayern où il ne parvient pas à s’imposer durant trois saisons avant de repartir à son point de départ, Cologne, en 2009. La question de savoir si cet élément incontournable de l’équipe d’Allemagne parviendra à briller dans un grand club commence alors à se poser.

 Podolski parle peu de cette expérience au Bayern. Avec la perspective de la confrontation face à Arsenal, il a cependant été un peu plus loquace à ce sujet. Sans voir nécessairement son passage bavarois comme un échec. « J’ai passé trois belles années au Bayern, avec beaucoup de souvenirs et je suis fier d’avoir joué pour ce club. J’espérais accomplir plus de choses, reconnaît-il, mais jouer pour le Bayern m’a quand même beaucoup aidé, dans ma vie en générale. C’est juste allé très vite« , dit-il dans les colonnes du Sun. L’échec de Podolski au Bayern reste en effet relatif. Jouer 106 matches et marquer 29 buts en trois saisons dans un club aussi prestigieux, ça reste très respectable. Mais l’ancien joueur de Cologne, recruté par le club bavarois pour pas moins de 10 millions d’euros, suscitait plus d’attentes que ça. « Il n’a pas mal joué mais il n’a pas percé. Il est arrivé très jeune, il y avait beaucoup de concurrence. Alors qu’il planait en même temps en sélection« , résume Polo, spécialiste du football allemand.

« La sélection ? Je sais comment ça marche »

Un peu plus de trois ans et demi plus tard, le paradoxe s’est quasiment inversé. Podolski a saisi la deuxième chance qui lui était offerte de prouver ses qualités dans une équipe prestigieuse. A Arsenal, où il a signé pour une somme estimée à environ 12 millions d’euros, l’international allemand s’est imposé comme un titulaire indiscutable. Et performant. En 37 matches toutes compétitions confondues, il a déjà inscrit 12 buts. Dont 8 en championnat, où son influence sur le rendement offensif des Gunners va bien au-delà de ses qualités de buteur. Avec 9 passes décisives, Poldi est le meilleur passeur de la Premier League à l’heure actuelle, à égalité avec Steven Gerrard et Juan Mata. Il exprime enfin son talent au plus haut niveau en club, au moment où l’éclosion d’une génération très talentueuse de jeunes joueurs allemands le pousse doucement mais sûrement sur le banc de touche de la Mannschäft.

 Podolski a appris à prendre les choses avec recul et philosophie. Ses 107 sélections et 44 buts avec l’équipe d’Allemagne inciteraient davantage à le considérer comme un joueur qui incarne le passé de la sélection plutôt que son avenir, alors que l’attaquant d’Arsenal n’a encore que 27 ans. Conscient de la concurrence à laquelle il est confronté en équipe d’Allemagne, emmenée notamment par Marco Reus et André Schuerrle, Poldi ne se focalise pas sur sa situation avec la Mannschaft. « Je fais mon autocritique, je sais que je ne réalise pas tout à la perfection, concède-t-il. Mais j’ai fait partie de cette équipe d’Allemagne durant près de 10 ans et j’ai joué plus de 100 matches avec elle. Je sais comment ça marche. Quand tu es écarté, tu deviens tout d’un coup le joueur sous pression qui doit craindre pour sa place. Sincèrement, je peux dire que je vis avec ça« , explique le Gunner.

Un footballeur de rue

 Poldi n’est pas du genre à se prendre la tête, et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles il n’a pas vraiment eu une carrière à la hauteur de son incroyable pied gauche. Au Bayern, sa jeunesse n’était pas un obstacle aux critiques concernant son implication mentale, sa volonté de se dépasser pour hausser son niveau de jeu. Il n’acceptait pas forcément les exigences du plus haut niveau, en partie parce qu’il ne semble pas totalement conscient des sacrifices que demande une carrière de footballeur. Il garde cette vision de footballeur de rue, et c’est d’ailleurs ainsi qu’il se caractérise encore aujourd’hui. « Quand tu arrives dans un club et qu’un coach te dit de passer le ballon là, manger ceci, boire cela… Un jeune devrait s’entraîner pour lui-même, jouer tous les jours et ne pas avoir trois coaches qui lui disent ce qu’il doit faire« , a-t-il notamment estimé dans les colonnes du Guardian.

Ce n’est pas totalement un hasard si Podoloski a dû attendre aussi tard pour s’imposer dans un grand club. Ce n’est pas non plus si surprenant que ce club soit Arsenal. « Il faut savoir que Wenger a toujours adoré Podolski. Et qu’aujourd’hui, Arsenal ne recrute pas vraiment des stars mais plutôt des seconds choix« , rappelle Polo, dont l’admiration pour Poldi n’empêche pas un certain scepticisme sur le fait qu’il franchisse réellement un palier au sein des Gunners. « Il n’a pas beaucoup évolué. Il défend peut-être un peu plus, mais il n’a pas progressé sur le plan technique. Ses choix ne sont pas toujours justes. Et il reste très discret dans les grands matchs. » Malgré une saison convaincante jusqu’ici à Arsenal, Podolski n’a pas effacé tous les doutes et les contradictions qui accompagnent sa carrière au moment où se profilent des retrouvailles face au Bayern qui s’annoncent corsées pour Poldi et son équipe. « Podolski n’était pas heureux à Munich. Il a payé pour apprendre. Lukas est un joueur de la rue, il adore le football. Il sera à 100% contre le Bayern, mais le temps risque de paraître long pour Arsenal », prédit Lothar Matthaüs. Il appartiendra à Podolski, qui n’est plus à une paradoxe près, de prouver le contraire.

Eurosport


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