Attaque de l’Amisom: une nouvelle étape dans la stratégie des shebabs en Somalie

somaliLes shebabs somaliens ont mené ce jeudi 9 juin une attaque éclair contre une base éthiopienne de l’Amisom, la force de l’Union africaine en Somalie. Il s’agit de la dernière en date après celles contre les contingents burundais, ougandais et kényans.

■ La suite logique de la stratégie des shebabs

Si par sa violence, cette attaque constitue une escalade dans le conflit en Somalie, elle est la suite logique de la stratégie suivie par les shebabs depuis qu’ils ont été chassés de Mogadiscio en 2011 : des attaques isolées, très violentes, destinées à surprendre, à détruire autant que possible, et surtout à démoraliser l’adversaire. Dépassés par la puissance de feu de l’armée éthiopienne, qui les a poussés hors de la capitale, les jihadistes frappent aujourd’hui la force africaine de maintien de la paix avec les moyens dont ils disposent et sur le territoire où ils circulent le plus facilement. Ce territoire, c’est surtout la brousse, l’arrière-pays somalien, qui est très difficile à contrôler, avec des savanes, des forêts et des montagnes, et peu de routes.

■ Les Ethiopiens, une cible particulière en Somalie

Les Ethiopiens ne sont pas très populaires dans le pays. Les deux peuples ont une longue histoire de rivalité, depuis la présence britannique notamment. En 1948, les administrateurs britanniques avaient octroyé la province de l’Ogaden à l’Ethiopie. Pour la reconquérir, en 1977, la Somalie avait même déclaré la guerre à l’Ethiopie, une guerre très meurtrière, perdue par la Somalie.

Depuis la prise de Mogadiscio par les islamistes en 2004, l’Ethiopie a ensuite tout fait pour les chasser du pouvoir. Y compris à travers une intervention militaire que beaucoup apparentent à une invasion, menée qui plus est par des soldats chrétiens. L’armée éthiopienne fournit aujourd’hui à l’Union africaine un contingent important et, dit-on avec euphémisme, « très efficace ». Les forces spéciales éthiopiennes quant à elles opèrent avec une relative liberté, et souvent avec une certaine brutalité.

■ Qui contrôle quoi en Somalie

Le gouvernement qui siège à Mogadiscio contrôle avec l’Amisom la capitale et ses alentours, les grands axes routiers, plusieurs villes côtières, notamment le port stratégique de Kismayo, et la zone frontalière avec le Kenya. Des milices claniques appuyées par les troupes éthiopiennes contrôlent, elles, la plus grande part de la zone frontalière avec l’Ethiopie, mais aussi la zone bordant la région semi-autonome du Puntland, au nord.

Les shebabs contrôlent quant à eux de nombreuses zones rurales, où ils se mélangent à la population. Ils y lèvent des impôts, mais assurent aussi un semblant d’ordre, en conformité avec la loi islamique intégriste qu’ils veulent imposer au reste du pays. Dans les campagnes, les troupes étrangères ne sont souvent pas les bienvenues. Les exactions et les bavures des soldats éthiopiens, notamment, alimentent le recrutement de nouveaux combattants shebabs.

Les jihadistes ont également des cellules dormantes dans les zones urbaines, évidemment à Mogadiscio, où se cachent leurs assassins, leurs espions ou leurs artificiers.

■ Un pouvoir fragilisé

C’est dans ce contexte que doit se tenir une élection présidentielle avant la fin de l’année. Dans ce pays structuré en clans et en sous-clans, un peu plus de 13 000 « grands électeurs » nommés par les chefs traditionnels devront nommer un Parlement qui à son tour nommera un président. L’exécutif actuel, déjà miné par des scandales de corruption et de favoritisme, est donc sur le départ.

Les jihadistes profitent de cette situation fragile, en multipliant les coups, même les plus minimes, contre un pouvoir déjà fragile, incapable de vaincre la menace islamiste. Un pouvoir qui a certes construit des routes et des hôpitaux, et rétabli un semblant de vie normale à Mogadiscio, mais qui est vu par beaucoup de Somaliens comme inféodé à des forces étrangères.

Source: Rfi

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