Attentats de Paris : les enquêteurs sur la piste belgo-marocaine

Abdelhamid Abaaoud1Abdelhamid Abaaoud, les frères Abdeslam, Tarik Chadlioui, Bilal Hadfi … Au lendemain des attentats parisiens du 13 novembre, l’existence d’une filière belgo-marocaine émerge.

Le premier de ces hommes a d’ailleurs choisi deux noms de guerre en référence à ses deux cultures : « Abou Omar Soussi » renvoie à ses racines familiales, à la région du Souss, dans le sud du Maroc. « Abou Omar Al Baljiki », autre sobriquet, renvoie, lui, au pays qui a accueilli sa famille au milieu des années 1970. À cette époque, d’un village aux environs de Taroudant (à l’est d’Agadir), son père Omar émigre en Belgique pour travailler dans les mines. Il s’installe à Bruxelles, ouvre un commerce et fonde une famille qui compte six enfants. Parmi eux, Abdelhamid, l ‘un des cerveaux des attentats de Paris (et d’au moins quatre autres déjoués ces derniers mois en France et en Belgique), abattu par un sniper du Raid le 18 novembre à Saint-Denis, en banlieue parisienne.

Du « garçon sympa, cool et un peu déconneur » …

Rien pourtant ne prédestinait ce Belgo-Marocain, né à Bruxelles le 8 octobre 1987, immigré de deuxième génération, à devenir l’un des terroristes les plus recherchés du monde. Quand il partait en vacances au Maroc avec ses parents – à la fin des années 1990 et au début des années 2000 -, il faisait presque partie des nantis qui ont toutes les raisons d’aimer la vie. Lui-même confiait qu’il roulait des mécaniques au bled.

« On tractait des quads, des jet-skis ou des remorques remplies de cadeaux quand nous partions en vacances au Maroc », peut-on l’entendre raconter, au volant d’un pick-up, dans une vidéo qui (re)fait le buzz sur la Toile. Cet enregistrement, révélé en mars 2014, montrait déjà le nouveau visage d’Abdelhamid : le véhicule qu’il conduit tracte en fait des cadavres de murtad (« impies ») jusqu’à une fosse commune perdue dans un champ syrien aux mains de l’EI.

« Quand j’ai vu sa photo dans les journaux, j’ai eu du mal à reconnaître le garçon sympa, cool et un peu déconneur qui a participé pendant deux ans à l’animation de notre classe », raconte un ancien camarade d’école, dans un article du site belge SudInfo. C’était l’époque où Abdelhamid Abaaoud était un élève particulièrement dissipé qui fréquentait le collège Saint-Pierre, un établissement prestigieux situé à Uccle, banlieue chic de Bruxelles.

… au robot-tueur de l’EI

Le père Abaaoud nourrissait de grands espoirs pour son rejeton et ne pouvait s’imaginer que celui-ci puisse se transformer en « fou d’Allah ». La rue devient sa mosquée, où il côtoie des imams radicaux. « Je me suis demandé tous les jours pour quelle raison il s’était radicalisé à ce point […]. Pourquoi au nom de Dieu voudrait-il tuer des Belges innocents ? Notre famille doit tout à ce pays », déclarait le patriarche dans les colonnes du quotidien belge Het Laatste Nieuws, en janvier, quand il découvre que son fils est impliqué dans la fusillade de Verviers, tragique événement survenu au lendemain de l’attaque de l’Hyper Cacher en France.

Les auteurs de ces deux attentats terroristes étaient en contact direct avec Abdelhamid Abaaoud. Des « faits d’armes » qui ont valu au soldat Abou Omar Soussi de prendre du galon au sein de l’EI. Il pose pour la couverture de Dabiq, le magazine de propagande de Daesh dans lequel il nargue la police belge en confiant qu’il s’était fait contrôler au moment où il préparait ces attaques. Il disparaît des écrans radars en 2014, alors que l’EI fait une fausse annonce de sa mort.

En fait, il circulait librement en Europe, entre Athènes (où il avait monté une filière de faux passeports syriens), Bruxelles et Paris. En bon recruteur, il renforce les rangs des « robots tueurs » de Daesh. Il n’a d’ailleurs pas hésité à enlever son propre frère Younès, qui n’avait que 13 ans, quelques mois seulement après avoir rallié la Syrie, fin 2013, pour en faire un enfant-soldat.

Un recruteur au sein de la communauté belgo-marocaine

Autres recrues célèbres d’Abou Omar Al Baljiki : le Marocain Ayoub El Khazzani, qui a voulu vider les chargeurs d’une kalachnikov à bord d’un train Thalys (qui reliait Amsterdam et Paris) en août, ou encore les deux frères Abdeslam, dont l’un a activé sa ceinture explosive à Paris le 13 novembre. Amis d’enfance, l’un d’eux et Abdelhamid ont été condamnés entre 2010 et 2011 pour des délits de droit commun. Abaaoud a certainement embrigadé aussi Bilal Hadfi, un français d’origine marocaine qui résidait en Belgique, l’un des kamikazes du Stade de France.

En juillet, Abou Omar Al Baljiki a été condamné par contumace à vingt ans de prison par un tribunal belge qui a traité l’affaire de la filiale de recrutement de jihadistes en Syrie. Son père, qui espère toujours ramener son plus jeune fils à la maison, s’était porté partie civile.

La capacité d’embrigadement et d’organisation d’Abaaoud s’est encore vérifiée le 18 novembre, lorsque sa cousine maternelle, Hasna Aït Boulahcen, 26 ans, lui a vraisemblablement prêté assistance avant de se faire tuer lors de l’assaut mené à Saint-Denis. Il avait constitué une véritable katiba entre Paris et Bruxelles. Il n’a fait que son « travail », en tant qu’« émir d’une phalange à Dir Ezzour, en Syrie, chargé du recrutement de combattants européens et binationaux devant être déployés en dehors de cette zone pour le compte de l’EI », selon une source proche des renseignements marocains. Le faisceau des enquêteurs belges et français se tourne aussi vers Tarik Chadlioui (ou Tarik Ibn Ali).

Né au Maroc et naturalisé belge, ce « prédicateur de la haine » installé à Anvers aurait recruté un autre kamikaze du 13 novembre, Ismaël Omar Mostefaï (un Français de 29 ans aux racines algériennes), lors de prêches dans des mosquées parisiennes. Chadlioui a en fait mis en place un mécanisme de recrutement bien rodé. Des fonds collectés dans des mosquées belges et hollandaises sont censés financer des organismes humanitaires, principalement hollandais – comme World Wide Relief – pour lesquels il s’est rendu en Syrie, notamment fin 2013. L’argent profite in fine à des groupes jihadistes locaux, permettant d’enrôler et d’envoyer des convertis faire le jihad.

Fahd Iraqi   Michael Pauron

 

Source: Jeune Afrique

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