Autonomie ou décentralisation ? Méfions-nous des vecteurs rampants de la division

Moctar Ould Teiss - rimweb.netJ’ai observé, depuis le retour au pays de Samba Thiam et de son groupe, la distillation à petites doses d’idées visant à débattre de la vie ensemble de nos différentes composantes culturelles. Ces nouvelles revendications semblent mettre en avant l’aspiration de ce groupe à une forme d’autonomie des wilayas situées le long du fleuve.

Si, en tant que citoyen attaché aux valeurs de la démocratie et du débat, je me réjouis du retour sur le territoire national de tous ceux qui ont cru bon de s’exiler, ou ont été exilés par le passé, je n’entends pas cautionner ou laisser prospérer sans les combattre les idées dont le caractère nocif pourrait menacer les fondements même de notre société. Toutes les explications réitérées au fur et à mesure par les initiateurs de ces idées n’ont fait qu’accentuer mon appréhension et mon inquiétude face au déroulement de ce qui m’apparait comme un vecteur dangereux de division.

Derrière l’éventail des propositions, développées davantage par Amadou Mody Thiam, de son lointain Ohio (USA), on devine aisément que l’objectif est de tordre le coup à l’Etat unitaire. Une approche quelque peu confuse, panachant l’autonomie personnelle à celle territoriale et s’évertuant à nous présenter des « réflexions » académiques comme la solution miracle à tous nos maux.

Que proposent-ils ? Un système judiciaire propre, une police propre, un exécutif et un législatif propres, un régime de surveillance international (prélude sans doute à une reconnaissance internationale) et le tout couronné d’un « système de discrimination positive » en faveur de la « future nouvelle minorité » (en somme les arabes originaires des régions du fleuve).

Ces idées, entendues ici ou là, ciblent clairement la forme d’Etat dans lequel nous vivons depuis l’indépendance, ainsi que les principes sur lesquels il est fondé. Subséquemment elles ne manqueront pas de battre en brèche le principe de l’unité nationale en lui opposant une alternative porteuse de communautarisme et de ghettoïsation. Or, pour tout citoyen soucieux de l’évolution apaisée de notre société et de son meilleur cadre de gouvernance, le principe à ne jamais transgresser doit être l’Etat unitaire et ses corollaires tels que l’intégrité du territoire ou la sacralité de l’Islam. Et, ici le paradoxe n’est qu’apparent, le principe de l’Etat unitaire nous est d’autant plus vital que nous connaissons justement une réalité culturelle composite, laquelle peut nous exposer à des tiraillements centrifuges… que seul l’Etat unitaire est en mesure de mieux contrôler.

Dès lors, pour nous autres populations de la Vallée du fleuve, le choix ne se pose guère. L’option de l’Etat unitaire n’est pas négociable. En revanche, ce que nous pouvons discuter, améliorer et renforcer c’est la décentralisation même de cet Etat. En Mauritanie, les communes, qui sont un formidable étage de délibération et d’apprentissage de la démocratie locale, ont été créées dans les zones urbaines comme dans les zones rurales depuis presque trois décennies.

Au Gorgol, par exemple, cet étage communal reflète bien la diversité des cultures et les maires des nombreuses communes de cette wilaya se recrutent parmi toutes les composantes culturelles de notre société. Il est évident que le principe de subsidiarité, qui est la base de toute décentralisation, ira croissant à mesure que les capacités des collectivités locales se renforceront. Les wilayas étant sociologiquement différentes, chacune développera son cachet et apposera son empreinte sur son devenir économique et social.  L’essentiel est de parvenir à un développement régional équilibré et durable au bénéfice des populations.

Pour le moment,  il s’agit d’une étape de décentralisation enrichissante qui connait certes ses faiblesses et ses dysfonctionnements. Mais qui permet d’accumuler une expérience dans la gestion de proximité pouvant, à terme, appuyer puis suppléer l’Etat dans certains domaines. Il est tout aussi indispensable, le moment venu d’approfondir cette décentralisation vers plus de responsabilité de la wilaya et de la moughataa. Je pense notamment à l’émergence de la wilaya comme entité politique (conseils régionaux élus) et non plus seulement comme outil administratif et déconcentré. De nombreuses formules existent mais dans le strict périmètre de l’Etat unitaire décentralisé. Il va sans dire qu’une telle évolution ne peut être envisagée que si nous maitrisons bien l’étape communale actuelle.

Sans doute percevra-t-on dans la démarche de ce groupe l’amorce d’une seconde erreur qui pourrait lui être fatale. Sa première fut d’opposer à certains de nos traumatismes une ligne politique des plus extrêmes. Les dividendes politiques de ce long combat d’exil parlent d’eux-mêmes. Il n’est pas judicieux, à l’aube d’une tentative d’ancrage dans la vie politique et démocratique nationale, de camper dans les confins idéologiques de cet espace. Parce que les mêmes causes produiront inéluctablement les mêmes effets.

Nous sommes tous dépositaires de l’histoire de nos terroirs respectifs mais aussi et plus que cela des intérêts de la Mauritanie, notre Patrie à tous. L’aimer c’est la protéger et la préserver des mille et un dangers intérieurs ou extérieurs qui la guettent à l’instar des sociétés de ce siècle. Je souhaite que notre personnel politique, et cela vaut en particulier pour les nouveaux venus, puisse sincèrement s’élever au-dessus des contingences et des petits calculs politiques pour animer une vie politique respectueuse de nos valeurs à tous.

Moctar Ould Teiss

Cadre à la SOMELEC

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