Autosatisfaction et auto-éloges

Philipp AlstonJe n’arrive pas à comprendre les raisons pour lesquelles nous nous trouvons plus que parfait . Par conséquent, les causes de notre allergie viscérale à la critique dépassent l’entendement. Notre autosatisfaction maladive et nos auto-éloges, mensongers et à l’autruche mimés dépassent l’imaginable. Nous ne voulons entendre que ce que nous voulons au’on dise de nous, faisant fi du réel. Un penchant négationniste difficilement explicable et mondialement singulier. Un incompréhensible déni du vécu.

C’est pourquoi je m’efforce, vainement, de trouver des explications plausibles à toute la cacophonie, aussi officielle qu’officieuse, à laquelle se donnent les « organisations et activistes des droits de l’homme » mauritaniens, soutenus en cela et Boostés par les acolytes et sbires du Pouvoir, à la suite de ce qu’ils appellent « le rapport du rapporteur spécial des nations unies .. ».

Ce que j’ai lu, et partagé partiellement, n’est qu’une « déclaration au sujet du rapport qui, lui, sera présenté en juin 2017 au conseil des droits de l’Homme« . Ils auraient donc intérêts, ces  »perroquets des droits », à ménager leur monture, car le débat jusqu’à juin risque d’être éprouvant. Ensuite, nous ignorons ce que nous réserve le vrai document. Ce qui est diffusé jusque-là n’est qu’un avant-gout d’un rapport assez documenté et fourni.

En outre, le « fameux rapporteur » dont il est question, Monsieur Philipp Alston, Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme,  n’est pas venu en inopiné ou Catimini. Il dit expressément, tout au début de sa déclaration, qu’il était venu « sur invitation du gouvernement mauritanien » .

Ce dernier et ses acolytes pensaient-ils que leur illustre invité allait se transformer en leur porte-paroles ? Ou bien c’est notre daltonisme et notre sens surélevé de l’autosatisfaction qui nous ont aveuglés pour nous faire croire que celui qui viendrait, indépendamment de sa stature et de son haut sens de professionnalisme, présenterait, de facto, une situation mirobolante et une image mirifique de ce pays qu’on appelle la Mauritanie?

Le Monsieur a, sans doute, peu nuancé ses termes en ce qui concerne « la non ethniquement inclusivité » de la croissance (future SCAPP) ainsi qu’un constat discutable sur l’exclusion quasi (systémique et systématique de certaines franges de la population, voire des communautés entières, sans oublier la déploration de l’absence d’une approche ethno-communautariste dans les politiques de développement. Mais, globalement, je trouve qu’il est est resté assez objectif et raisonnablement équilibré sur ses constats.

Par exemple, quand il parle du TajMahal de DarelBarka  « L’école est un bâtiment impressionnant, dominant comme un Taj Mahal jaune, au milieu d’un très pauvre village dans une zone désertique qui n’est pas particulièrement peuplée. Elle faisait clairement l’objet d’une grande fierté pour Tadamounaussi bien que pour les autorités locales et était équipé de bureaux impressionnants pour les administrateurs et des salles de classe avec des nouvelles rangées de pupitres et de vastes tableaux.

Elle a été construite à un coût de 84 millions d’Ouguiyas. Le contraste avec d’autres écoles que j’ai visités qui étaient extrêmement surpeuplés, largement sous-effectif, dépourvu de tout approvisionnement en eau potable, et dans certains cas dépourvus des toilettes fonctionnelles, ne pouvait pas avoir été plus dramatique et notoire. Mes interlocuteurs mont assuré qu’elle était sur une échelle inconnue même à Nouakchott.

Mais il n’est pas du tout clair si une telle école grandiose est viable sur des points clés tels que la disponibilité des enseignants, l’argent nécessaire à l’entretien, et la possibilité d’assurer des fournitures et des toilettes d’eau adéquates », il ne fait que mettre en exergue l’absence d’harmonie entre ce coûteux (84 MUM) et son environnement et le risque que le relais ne soit pas assuré (enseignants, entretiens, etc..,), ainsi que la dichotomie comparativement avec d’autres infrastructures, surtout si ce luxe insolent côtoie l’extrême pauvreté.

L’amère réalité aujourd’hui dans notre pays, par les « Tarakoumats » et autres, est que ce qui n’est pas à faire est à refaire. Je n’ai pas le temps ici d’en évoquer les raisons. Mais tout le monde fait semblant de ne pas le savoir. Notre légendaire faible semblant, comme dirait Mbareck Beyrouck.

Nous ne pouvant pas être seulement ce que nous pensons que nous sommes ou disons que nous sommes devenus. Notre réalité est  aussi, et surtout, comment les autres nous voient, nous jugent et/ou pensent de nous. Il nous reste du chemin à faire. Et quel chemin  !

Nous sommes pas du tout irréprochables. Nous avons certainement des qualités mais inévitablement des défauts. Nous gagnerions en crédibilité si nous mettions à contribution nos qualités pour résorber les tares qui alourdissent la liste de nos insuffisances.

Nous gagnerions en crédibilité si nous parlions concomitamment de ce qui va à merveille, de ce qui va moins bien, et nous nous mettions autour d’une table pour débattre, franchement et sans tabous, de ce qui ne va pas du tout.

Mobiliser toutes les Tv, radios, activistes ( officiels ou officieux) n’altérerait nullement ni la crédibilité des constats du rapporteur de l’ONU, ni le crédit dont jouirait cet éminent rapporteur, rompu aux méthodes onusiennes, ayant fait, paraît-il, un parcours lumineux au HCR.

Ne valait-il pas mieux débattre, en interne, de nos multiples problèmes pour leur ébaucher des solutions consensuelles, au lieu de nous évertuer à diaboliser tout celui qui ne partagerait pas nos « vues » ou « visions » ou démontrer par des absurdités ( et non l’absurde) que tout celui qui ne parle pas comme nous est est bougre-menteur.

La Mauritanie est là. Regardons-là sans lunettes. Touchons-là sans gants de velours. Parlons à ses populations du terroir, en laissant de côté « nos tiroirs ». Nous aurons une image représentative, peu reluisante, voire stressante, de notre chère patrie. Mais elle demeurera la nôtre. Nous devons l’assumer telle quelle, malgré les frustrations, les souffrances, les injustices, les amertumes, les vexations, les humiliations et .., j’en oublie, délibérément.

Ou bien, serai-je carrément décalé ? Y aurait-il Homme et homme ? Même si c’es aberrant, tout, pourtant, prête à le penser.

C’est sans doute le langage mirobolant, les images mirifiques que nous nous complaisons à diffuser de nous, qui ont donné, à Monsieur Le Rapporteur Onusien, l’impression d’avoir débarqué sur une autre planète ou galaxie. C’est ça la Mauritanie, se serait-il demandé, j’imagine, que me décrivent les « services publics » (sociétés anonymes) de « l’information-propagande » du Président-fondateur (de l’UPRds) ?

Source: Debellahi

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