Autour d’un thé

Sneiba_Kory_25_01Le Calame : En Mauritanie, la parole est reine. Ce n’est pas qui ne dit mot consent. C’est qui ne dit mot n’est rien. La rumeur et l’informel font bon ménage. C’est bien ici qu’autrefois, du temps, aime à dire mon ami Alioune Sow, l’avenant patron en chef de la cuisine du journal, du temps, vous dira-t-il, où les ânes avaient encore des cornes, un vieil homme se glissa au fond d’un puits, après avoir pris le soin de s’assurer que personne ne l’avait vu, pour, vous allez rire, déguster un pou qu’il avait déniché dans sa blanche chevelure. De retour au campement, le vieillard trouva que la nouvelle s’y était déjà répandue aux quatre coins.
Ici, ne te fatigue pas, tout se sait ; ou par celle-là, ou par celle-ci. Les petites combines, avec n’importe qui, du chef d’arrondissement de Fassala, de Touil ou de Lekcheb se racontent aussitôt à Nouakchott.
Les indélicatesses de l’instituteur de la petite école de Galb Ejmel, à quelques dizaines de kilomètres au sud-ouest d’Oualata – à ne pas confondre avec Elb Ejmel, près d’Aleg – sont un secret de polichinelle pour les quatre tentes dressées à quelques encablures de Touajil. Les mesures individuelles, prises en conseil des ministres, sont connues la veille.
Certains connaissent bien à qui est revenue chaque ouguiya des trente millions que la Cour des Comptes réclame à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Ce n’est pas pour rien que la première parole d’un mauritanien BCBG est « Echtari ? ». On vous a dit. Il paraît. Qu’est-ce que tu as entendu ? Mon père, ma mère, mon frère… ensuite, une rumeur, une histoire, une extravagance. Trop parler, en Mauritanie, ne gâte rien.
C’est ne rien dire qui gâte tout. Il faut « ouvrir ». Avoir l’information. La rapporter. La colporter même. Mettre son nez partout. Etre le troisième des deux. Etre une « ville » d’information, comme qui dirait. Au point de tout savoir. Les femmes secrètes des responsables, dans les gazras. Leurs commissionnaires. Le nombre et les effectifs de leurs troupeaux. Leur lieu de transhumance. Les immatriculations de leurs voitures.
Qui a donné qui à qui ? Qui a étranglé qui, dans son bureau ? Quelles femmes ont trompé quels maris ? Avec qui ? Où ? Pourquoi ? La provenance des mobiliers des maisons et ses prix. Le secret des nominations. Quels civils ? Quels militaires ? Les mariages ? Sont-ils de raison ou de désamour ? Qui est gendre de qui ? Pourquoi, après presque un mois de grève à la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM), le directeur général n’a pas été relevé ?
Qui le couvre ? De quelle confiance jouit-il ? Pourquoi les cheveux de certains responsables, surtout de l’UPR, sont tout noirs, alors qu’à leur âge, ils devraient avoir un ou deux cheveux blancs ou tendant vers la blancheur ? Pourquoi le siège de l’UPR n’est-il pas loin de celui de la Mauritanienne (TV nationale) ? Pourquoi y a-t-il deux oppositions ? Une souple. Une rigide. Une bombe. Une bouffée de sauvetage. Tout circule.
Les langues tournent. Et il y a une chose qui se dit en Mauritanie : tout ce qui se dit est fondé sur quelque chose. Pas de fumée sans feu. L’histoire de cet ancien haut fonctionnaire retraité qui propose ses services, dans les travées d’un ministère de souveraineté occupé par son beau-fils, serait, comme nous sommes, assis comme ça !
Les trois cent douze terrains de Soukouk que vendent, comme des petits pains, les samsaras, appartiendraient, racontent les gens, aux affaires, très nombreuses, d’une très grande dame de cette république. Pour les rapprocher du goudron, afin de les valoriser, le plan officiel a été tripatouillé.
La rumeur (fondée sur du béton) raconte qu’un ancien propriétaire d’un de ses lots s’est noué la tête, lorsqu’il découvrit que son terrain avait décidé de se déplacer à plusieurs centaines de mètres à l’ouest du goudron, alors qu’il était à cinquante mètres à l’est de celui-ci ! Les légendaires colères du Président.
Ses diatribes, publiques, contre ses ministres. Les oreilles spécialisées du colportage étaient bien là, bien accrochées au mur de la grande salle du conseil, pour tout entendre : oui, il y aura bien le dialogue. Pas de lignes rouges. Aucune. Y a rien entre nous et l’opposition. Si vous voulez devenir opposant, rien ne vous en empêche. Astaghfiroullahi. Astaghfiroullahi.

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