Avons nous perdu notre capacité d’indignation | Par Mouhamedou L. DIACK, cadre bancaire

procapec_logo_grisL’absence de réactions s’agissant de la disparition programmée de PROCAPEC, fleuron des structures de micro-finance, acteur important et incontournable de la lutte contre la pauvreté en Mauritanie, si elle ne surprend pas au regard du positionnement des différents acteurs, notamment les « experts institutionnels », du contexte pays (cadre institutionnel tatillon), de l’environnement social (absence de prise en compte de l’intérêt général), m’émeut et me contrarie fortement, lorsque je pense aux innombrables victimes, les membres clients du réseau et les bénéficiaires collatéraux.

Que sont devenus les acteurs du secteur, pilotes sans partage depuis deux décennies d’un secteur, qu’il avait finit par personnalisé pour ne pas dire privatisé, balayant d’un revers de main toutes idées novatrices contraires à leurs affirmations et certitudes motivés essentiellement par des intérêts personnels.

Loin des préoccupations des populations pauvres et vulnérables. Est ce le tarissement des ressources, la lassitude des PTF ou l’intrusion tonitruante des nouvelles institutions de microfinance dites « islamiques » qui ont monopolisés le « marché », faisant l’effet d’un repoussoir, pour qu’ils se taisent, laissant au seul et héroïque Dr THIAM (félicitation pour le titre) le courage factuel de manifester son indignation à travers une contribution dont je salue l’opportunité et approuve pour la conclusion générale.

Certes, si la vigueur de la contribution me semble en deçà de la gravité du sujet, elle à le mérite de sonner l’alarme, réveiller les consciences, se faire le porte voix des populations pauvres, informer sur l’institution leader, ses péripéties (voir les liens), enfin, reposer le débat inachevé sur la microfinance, ses structures de dissémination et sa finalité en Mauritanie. Et ce, malgré un très grand nombre de colloques, séminaires, ateliers, tables rondes aussi budgétivores les uns que les autres.

Cela m’amène à m’interroger « tout ça pour ça », fracassé le bateau amiral comme remède d’un problème suscité, entretenu. Alors que des remèdes existent pour sauver le soldat PROCAPEC.

La situation de PROCAPEC, rappelle la période 1995/2005, marquée par les conséquences de l’immixtion et de tripatouillages divers et variés « d’experts institutionnels » et de « politiques » dans les réseaux CAPEC (étatiques) en zones UEMOA et CEMAC ou 29 de ses structures furent placés sous administration provisoire (AP), en raison de pertes énormes, plongeant 1,4 million de membres/clients issus des populations pauvres et vulnérables dans le désespoir avec la perte de leur épargne.

Je ne reviens pas sur l’analyse factuelle et descriptive du dispositif PROCAPEC ni sur le renvoi utile par le Dr THIAM à différents liens (création, organisation, interventions, réactions, conflits, résultats, effets induits etc. etc.). Ces éléments et sources d’informations sont depuis fort longtemps dans le domaine public, connus et appréciés selon les sensibilités des acteurs et observateurs.

Pour cerner le débat, le Dr THIAM conviendra avec nous que la microfinance n’est pas seulement un dispositif ou modèle financier emprunté, mais le choix d’un mode de développement endogène qui emprunte simplement au système bancaire ses outils et ses mécanismes. La microfinance moderne trouve son fondement et sa justification dans le cadre d’une politique sociale solidaire clairement définie est assumée par les pouvoirs publics. C’est parce qu’il s‘agit d’un mécanisme éprouvé de lutte contre la pauvreté et l’exclusion ayant pour vocation de générer des revenus à travers l’exercice d’une activité productive durable, qui non seulement rend à la personne sa dignité et son utilité dans la société comme acteur de développement mais permet également son épanouissement.

C’est une insertion par l’économique et non une insertion sociale qui relève d’autres stratégies et mécanismes.

C’est, cette fonction et la finalité sous entendue qui a consacré le concept de la microfinance et son appropriation par les Etats, les institutions internationales (banque Mondiale 1989), PNUD (OMD), Sommet mondial sur le microcrédit de Washington (1997). Le BIT, dans sa déclaration sur l’emploi (1982) et la microfinance (292e session) à clarifié le concept sur la notion d’emploi durable et de génération de revenus par opposition au travail informel et précaire.

La disparition programmée de PROCAPEC entraînera inévitablement au delà des pertes d’emplois, une accentuera et une sévérité accrue de la pauvreté dans les souches vulnérables et exposées que sont le milieu rural et les périphéries des zones urbaines. Elle posera d’une façon plus drastique, la problématique de l’emploi, qui demeure une question non résolue dans ce pays. Question non résolue disons nous, parce que l’Etat (quel qu’il soit) n’a pas vocation et n’est pas un créateur d’emplois, bien au contraire. Mais il peut, inconsciemment par des politiques maladroites et des stratégies inadaptées être un destructeur d’emplois (cas de la disparition de PROCAPEC), qui entraînent forcément la disparition de plusieurs milliers d’activités génératrices de revenus. Je renvoi à l’excellente contribution de l’analyste chercheur Mr Lehbib Ould Berdid, « Neutralité et voie de salut » (Cridem du 04/09/2016).

Je le cite « …quand un pays est prisonnier du cercle vicieux de la pauvreté et du sous emplois, il ne peut échapper à la violence sociale et à l’instabilité … » Cette contribution de haute facture remet au centre du débat la question d’une disparition programmée de PROCAPEC et les conséquences prévisibles sur l’emploi.

Volonté politique, création de PROCAPEC

Rectifions l’information (para.3) concernant la création de PROCAPEC. Le Dr THIAM, induit par l’explication officielle, commet une erreur. En fait de création, il y’a eu deux périodes non juxtaposées, dans la première phase, les Autorités Mauritaniennes prirent contact avec DID pour la création de CAPEC, afin de corriger trois échecs, le FIRVA, les dérives de l’ex BMD et l’inadaptation de l’ACMPE en raison du clonage avec le FIRVA (mêmes causes, mêmes effets) d’une part et faire siennes les suggérions des organisations internationales et les expériences réussies ailleurs d’autre part, en se dotant d’un mécanismes de lutte contre la pauvreté notamment en milieu rural et dans les poches de pauvreté des zones périphériques des grandes agglomérations.

Le groupe DID, déclina l’invitation et la requête au prétexte de l’impossibilité de création de CAPEC en Mauritanie, en raison de la faiblesse du marché (en fait refus d’investir). Plus tard, le groupe DID, fut relancé et retenu comme prestataire de service rémunéré (ressources du projet Etat, Coopération Canadienne, Banque Mondiale) avec pilotage BCM (ce fut la première grande erreur). Le groupe DID apportera une assistance technique (experts, outils et mécanismes) pour la mise en place du programme de création des CAPEC en Mauritanie et dans le même temps élargir son implantation en Afrique.

Malgré nos différentes réserves de l’époque, nous étions parmi ceux hors
« institutionnels » à magnifier l’apport technique de DID dans la mise en œuvre du projet PROCAPEC, qui fut sans aucun doute une réussite au bénéfice des populations et une grosse épine extraite des pieds de l’Etat dans sa politique de lutte contre la pauvreté.

Le réseau PROCAPEC a été un acteur majeur dans la dissémination de la microfinance, un outil efficient dans la lutte contre la pauvreté et ce, a travers la multitude de création d’activités génératrices de revenus et l’insertion des populations dans le processus de développement. Le réseau non seulement a servit de locomotive dans la chaîne de création d’IMFs, notamment en milieu rural et l’utilisation de ses outils techniques, mais également un membre important de l’APROMI le réseau mauritanien de microfinance, ne serait ce que par les débats que son existence a suscité et sa place dans les programmes d’appui.

Il est nécessaire de situer le cadre et le contexte historique pour une meilleure compréhension des conséquences de la disparition de PROCAPEC. En amont de la création de PROCAPEC, trois structures de microfinance formelles bénéficiant de subventions étaient déjà opérationnelles : ACMPE (Etat), IDM (UE), APME (Pnud), avec certaines insuffisances certes (jeunesse de l’outil et de ses mécanismes, absences de techniciens nationaux formés, de référentiels de gestion etc.) qui intervenaient déjà en faveur de différentes cibles pauvres, sans oublier l’apport important de la GTZ en faveur d’un corps de métiers spécifiques : les artisans. Ainsi dés le début de la décennie 90, le secteur microfinancier en Mauritanie était actif sans avoir un cadre légal et l’avantage de l’absence d’immixtion de « fonctionnaires et autres politiques ».

C’est sous l’impulsion intense et un plaidoyer convaincant des structures de microfinance de cette période que fut introduite dans la loi bancaire 94-011, au titre X les articles 43 à 48 faisant référence à l’exercice de l’activité de crédit par des institutions à caractère légal spécial, non habilitées à collecter l’épargne publique. Ces institutions doivent être agrées (article 44) par la BCM et doivent établir annuellement des états financiers.

L’évolution vers une réglementation spécifique pour les institutions de microfinance était expressément incluse dans l’article 46. Ainsi, avec la création de nouvelles IMFs sous le régime de la loi sur les coopératives et l’existence du réseau mauritanien de microfinance (APROMI) crée en 1996, l’Etat mauritanien faisait foi à la requête des opérateurs de la microfinance en promulguant la loi 98/08 du 28 janvier 1998 relative aux IMFs et les instructions d’application. Cela avec l’appui et le soutien sans faille d’un précurseur dont l’histoire retiendra le nom : Mr Abdessalam Ould Md SALLAH, qui malheureusement n’est jamais cité ni par les experts encore moins par les historiens de la microfinance. Nous voulons lui témoigner notre reconnaissance, celle des associations et celle de milliers de membres/clients des IMFs.

Les réussites relatives de cette période étaient dues essentiellement à l’absence d’immixtion des fonctionnaires et des politiques. Cette éviction ouvrira plus tard les voies de l’intrusion des « politiques et autres experts institutionnels », en fait les représailles par une fonctionnarisation du système, caractéristique observée dans maints pays en voie de développement ou l’Etat (politiques et fonctionnaires) veut s’occuper de tout et qui souvent décline vers les dérives et le clientélisme.

Ainsi, la fermeture des CAPEC et, par voie de conséquence du réseau PROCAPEC apparaîtra comme une régression ou un tsunami social. Pour mesurer l’étendue de la régression dans la lutte contre la pauvreté, l’exclusion et le recul de la microfinance dans ce pays, je voudrais rappeler quelques étapes clés et des faits significatifs sur l’apport de la Mauritanie dans la microfinance nationale, régionale et continentale :

(i) un des premiers pays du continent à avoir une politique et des structures d’appui dédiées à la microfinance (décennies 80/90),

(ii) un des dix premiers pays du continent à avoir un réseau d’IMF structuré et fonctionnel, avant bien de pays (Mali, Sénégal, Maroc, Tunisie…) cités aujourd’hui en exemple,

(iii) à avoir une structure de microfinance opérationnelle et performante (IDM) comparée aux grandes structures sous régionales de l’époque ACEP (Sénégal), Cafo Jiginew, Jemini (Mali) par les experts et les Partenaires Financiers Internationaux (PFI),

(iv) que le modèle Mauritanien a servit de laboratoire pour des structures, spécialistes et étudiants du nord (Etats Unis, Grande Bretagne, France) et du Sud (Cote d’Ivoire, Madagascar, Sénégal, Guinée etc.) venus étudier le modèle mauritanien, également objet d’une présentation atelier a Abidjan, Tananarive, Sanaa etc.

(v) que les structures mauritaniennes étaient non seulement reconnues et écoutés dans le continent (Présidence de commission lors de la réunion préparatoire zone Afrique du Sommet du Microcrédit) mais aussi initiatrice de la création de réseaux africains de microfinance (MAIN), de microentreprise (RAMPE).

(vi) Elles ont pris une part active dans l’introduction de la microfinance au sein de l’Université de Nouakchott avec la création du Club de Gestion dont sont issus certains experts mauritanien de la microfinance,

(vii) Elles ont conçues, initiées, organisées dés le milieu de la décennie 90, les forums du partenariat, de la MPME et de la microfinance en Mauritanie.

De pays membre du groupe leader, nous sommes actuellement dans le peloton arrière pour avoir nous-mêmes initiés le processus d’autodestruction de l’outil d’appui aux populations pauvres. En réalité, l’étiolement progressif du secteur microfinancier prend naissance avec le départ de Monsieur Abdessalam Ould Md SALAH, ardent défenseur de la vulgarisation de la microfinance, du non immixtion de l’Etat dans le processus de création et de gestion des IMFs par le renforcement des associations et organisations non gouvernementale. Cet excellent visionnaire avait retenu de son passage au Plan, l’absolue nécessité de se projeter au delà des politiques dites de « filets sociaux » si l’on voulait appuyer et soutenir l’insertion des populations pauvres et les exclus du développement de manière durable.

Dans les grandes rencontres, de Nouakchott, Abidjan et Washington il a toujours privilégié l’implication et la participation des associations au détriment des structures étatiques et fonctionnaires de l’Etat. Depuis son départ, la microfinance comme les associations payent le prix élevé avec l’arrivée des rentiers accaparant tout à leur seul profit.

Parlons chiffres, l’apport de PROCAPEC

Empruntons à l’Institut d’Emission ses conclusions sur l’apport du dispositif PROCAPEC. Dans son rapport annuel 2012, repris dans le document de stratégie nationale de la microfinance (SNMF 2015/2019) validé par le MEFPTIC.

Le juge arbitre nous renseigne que :

a. en 2010 la clientèle des IMFs agréées totalise 207 000 membres/clients dont 164 000 pour le seul réseau PROCAPEC et 25 000 pour le réseau UNCACEM.

b. La participation des femmes dans le secteur est estimée à 70%.

c. Les crédits distribués en 2012 atteignent 14,8 milliards d’Ouguiyas, montants sont essentiellement octroyés par l’UNCACEM (88%) et les CAPEC (4%).

d. Le montant de l’épargne collectée s’élève à 5 milliards dont respectivement 85% pour la CAPEC, 7% pour l’UNCACEM, et 4% pour les autres IMF.

Le rapport conclut :

a. la stagnation des encours de crédit et d’épargne entre 2010 et 2012 est due au ralentissement des activités des CAPEC, dans une phase de restructuration (?) et que le réseau des PROCAPEC est passé de 850 employés à un peu plus de 400 (sic)

b. en 10 ans le nombre de clients a été multiplié par 15 (vitalité du secteur) malgré sa relative jeunesse, et à mettre en corrélation avec le besoin de services financiers par les pauvres qui représente plus de 40% de la population (environ 1,5 million).

Le constat BCM, corrobore les conclusions d’un expert indépendant de haut niveau dont la rigueur n’est pas remise en cause ni par ses pairs ni par la communauté des acteurs de la microfinance.

« Les 10 premières années, peuvent se résumer à une gestion administrative de ce réseau, sans réelle prise de risques, mais sans véritable capacité de développement. Le dynamisme commercial impulsé par son second dirigeant a boosté les données économiques du réseau, lui permettant d’engranger des résultats très significatifs en matière de sociétariat, d’épargne, d’encours de crédits, de nombre de CAPEC, d’emplois, mais sans que cela ne se traduise par des résultats financiers. Depuis son départ on assiste à la décadence de ce réseau dans tous les domaines analysés. Ce qui fait craindre pour l’avenir des CAPEC et de PROCAPEC. »

En d’autres termes, PROCAPEC a répondu a sa mission premiére, se substituer progressivement à la politique des filets sociaux et l’atteinte des étapes assignées. D’abord, un dispositif solidement implanté sur le socle d’une organisation efficiente. Le résultat financier n’étant pas l’objectif prioritaire. Seul l’équilibre financier au terme de la première phase était recherché.

Retenons que la création de PROCAPEC, correspondait à une période ou le débat entre l’école « subventioniste » animée par les ONGs et l’école dite de « rentabilité financière » prônée par les véhicules financiers (institutions financières et bancaires) était au centre de toutes les rencontres sur la microfinance à travers le continent. A savoir, soit un système bancaire hybride de seconde catégorie soit la perpétuation des filets sociaux comme solution d’appui de la lutte contre la pauvreté. Une autre école dite de la troisième voie, dont nous faisions partie était en voie d’émergence sur le continent, consistant à un mix, c’est-à-dire une institution financière adossée à une ong (cas de IDM)

Bien que le débat soit toujours d’actualité, l’histoire a donné raison aux tenants de la troisième voie (Tunisie, Maroc, Yémen, Cote d’Ivoire, Sénégal etc.)

Nous pensions avec d’autres que le débat n’était pas bien posé, la pérennisation des dispositifs microfinancier selon notre conviction est qu’il fallait coupler le volet financier (microcrédit) qui a vocation à être équilibré sur le moyen terme long (productivité, efficience et rentabilité) et le volet de l’appui (nécessaire et indispensable à l’atteinte de l’équilibre financier) devant être subventionné (considéré comme un service public social), de façon dégressive sur le long terme. Cette subvention prenant fin lorsque la ligne de performance financière de l’unité de production financée ((la MPME)) croisse la ligne de subvention qui dés lors s’éteint et disparaît de ce fait.

En réalité, s’agissant du réseau PROCAPEC la parenthèse (rapport BCM) après la période de consolidation nous semble avoir brisé le processus de développement du réseau qui devrait être mis en chantier à partir de l’exercice 2008/2009, correspondant au début de la période de spécialisation par la séparation des différents métiers a savoir : le financement (mobilisation de ressources, produits et services financiers), l’appui sous toutes ses formes (structures décentralisées, membres/clients et unités d’appuis décentralisées), les produits dérivés (services et produits financiers et non financiers, cas de la commercialisation des cartes téléphoniques).

Les perturbations liées a cette période, nous semble être un des facteurs des turbulences négatives du réseau.

L’analyse des conséquences de l’information d’Atlas Infos, sur la suppression d’une partie du personnel, de façon plus claire de la disparition programmée du réseau PROCAPEC donne froid dans le dos, dans la mesure où le nombre de CAPEC restant du fait de cette réduction du personnel amène naturellement à la fermeture d’autres CAPEC, réduisant le réseau a quelques caisses (CAPEC) urbaines symboliques qui seront elles aussi progressivement fermées puisqu’elles seront dans l’impossibilité de couvrir les différentes charges d’exploitation ou d’être dans l’incapacité de fournir des services de qualités, dans les deux cas le résultat est le même.

Revenons au rapport BCM, si l’on exclut du tableau l’UNCACEM qui en réalité ne concerne que de façon marginale les populations rurales pauvres, le dispositif étant exclusivement orientée vers l’agro-industrie, ce sont les populations paysannes pauvres et vulnérables dont le devenir est intimement lié aux appuis de PROCAPEC (avec ses imperfections) qui supporteront les conséquences de ce qui pourrait être considéré comme une catastrophe, sauf qu’elle ne sera pas naturelle.

Ce ne seront pas les IMFs périphériques encore trop faibles (4%) selon le rapport BCM avec un impact limité malgré l’ampleur de leurs appuis et efforts qui pourront servir de relais ou de substitution pour amortir la chute. Retenons pour nous en convaincre, qu’une famille moyenne en Mauritanie se compose de cinq personnes. Si nous retenons un taux de perdition de 60% (hypothèse basse) de laissés pour compte, nous approchons le chiffre de 500.000 personnes (a rapprocher aux 40% de pauvres de la population) dont l’essentiel des revenus ou une part complémentaire importante provient de l’activité microfinance. Ne parlons même pas des effets induits (boutiques AMEL, habitat sociaux).

Peut on faire fit de la détresse des pauvres et décider d’un revers de main la disparition d’une structure qui selon le Dr THIAM « a mis en place 51 caisses, mobilise 10 milliards d’UM d’épargne et un encours crédit de 884 Millions d’UM (données 2010) ».

Une actualisation comparative aux données des exercices 2011 à 2015 soulignerait davantage l’impact négatif d’une pareille décision. Autant, j’ai été en son temps un des critiques et fervent opposant du parti pris de l’Etat en faveur de PROCAPEC par rapport aux autres IMFs (l’essentiel des appuis publics et/ou des PTF (BAD, PNUD, Coopération bilatérale) étant orienté vers le réseau PROCAPEC, autant aujourd’hui, je m’indigne, m’élève et certainement les membres/clients avec, de la disparition programmée PROCAPEC.

Je partage la supplication et l’indignation du Dr THIAM, je le cite :

« Qu’importe le pourquoi et le commun des événements qui lui ont coûté son crédit, l’important c’est sa redynamisation afin de lui faire revenir la place qui lui ait dévolue pour la laisser continuer à créer ses emplois tout en donnant un nouveau souffle au développement de la micro entreprise.

C’est justement ça qui lui avais permis d’être l’un des leviers de développement de notre pays en pleine croissance (6,4%). Pourquoi allons-nous donc accepter de laisser une institution de cette ampleur qui contribue efficacement à l’offre de financement à une frange de notre population démunie sans garantie, s’effondrer lentement. »

En réalité, l’on s’attendait à un ambitieux programme de redressement « technique », sans interférence ou immixtion du « politique », d’autant plus qu’il existe maintenant d’éminents spécialistes, managers et techniciens de la microfinance de haut niveau dans ce pays et non à une procédure de liquidation.

Il n’existe nulle expérience ou le sabordage du réseau leader a été la solution de sortie de crise. Bien au contraire partout, les pouvoirs publics ont mis en œuvre des ressources et compétences pour sauver l’outil. Nous inaugurons une première.

Des propositions de sortie de crise du Dr THIAM

Le Dr THIAM, acteur important du secteur eu égard a son parcours, ses interventions ne nous édifie pas sur les causes et conséquences, ce faisant, il laisse dans l’expectative et les supputations acteurs et bénéficiaires qui n’ont qu’une vision superficielle du réseau et des enjeux, ou simplement ne mesure t’il pas les conséquences d’une telle information. Il en est de même de la multitude d’acteurs devenus aphones. Les sous-entendus de la décision de l’Institut d’Emission n’annoncent aucune mesure de relance ou solution de sortie de crise de cet acteur important de la microfinance.

Au delà du Dr THIAM, aucune voix ne s’est élevée pour défendre la survie du réseau. Le silence assourdissant du réseau mauritanien de microfinance APROMI, naguère combatif et pièce essentielle du dispositif microfinancier pour la vulgarisation, la dissémination et la consolidation des acquis dont PROCAPEC est membre fondateur.

Egalement, nous constatons qu’aucun expert ou membre du Comité technique d’elaboration, ni du Comité de l’actualisation de la stratégie nationale de microfinance SNMF 2015/2019 ne se soit élevé pour dire son indignation, souligné et manifester son désaccord à l’image du Dr THIAM de la disparition programmée de PROCAPEC après avoir dressé des lauriers au réseau, avalisant sans critique les données du rapport BCM.

« L’encours net de crédits distribués par les institutions de microfinance est de 15,4 milliards d’ouguiyas en 2013, soit une hausse de 4% par rapport à 2012. Cette évolution positive est essentiellement due à l’augmentation de l’encours net de crédits au niveau des CAPEC (Caisse Populaire d’Epargne et de Crédit) et de l’UNCACEM (Union Nationale des Coopératives Agricoles pour le Crédit et l’Epargne en Mauritanie) ».

« L’épargne collectée s’élève à 6,3 milliards d’ouguiyas, dont 87% au niveau des CAPEC »

Question ? Croyez t’ils au document rédigé, corrigé ou actualisé. Réponse, j’en doute, au regard des erreurs, complaisances et condamnations foncièrement injustes et intellectuellement inacceptables (comment vouloir justifier que tout a été parfait et le pays se trouve en queue de peloton).

Pour rappel, en quelques années, PROCAPEC est passé de 850 employés à 210 si l’on tient compte des suites de l’exécution de la réduction du personnel. Si cela ne signifie t’il pas un enterrement programmé, quel est le sens de cette décapitation par touches successives. Le Dr THIAM suggère trois propositions clés (i) la réduction des charges à hauteur de 30%, (ii) la création de centrales d’achat et in fine (iii) la recherche de capitaux pour les micro-projets.

La première surprise est la faiblesse de la proposition qui émane d’un grand spécialiste de la microfinance, mais elle a le mérite d’exister. Celle-ci n’est étayée ou sous tendue ni par un indispensable diagnostic préalable du réseau ni par une analyse critique des insuffisances du management, qui simplement rappelé. S’y ajoute pour adoucir les éventuels courroux, l’indication au paragraphe III d’un taux de recouvrement de 98% sans préciser la période à laquelle elle se rapporte, omettant de signaler qu’une telle performance ferait pâlir d’envie n’importe quelle IMF à travers le monde.

Analysons les trois étapes de la proposition.

Le taux de réduction de 30%

L’indication de ce taux suscite naturellement une autre interrogation, sur quels critères est retenu le taux de réduction des charges de 30%, subsidiairement sur quelle nature de charges s’applique le taux. Si c’est la reprise d’une proposition, il faut la citer, dans le cas contraire pourquoi pas 15, 25, 40 ou 50%. Cela ajoute la confusion à la confusion. Naturellement des charges devraient être compressées, des économies d’échelles recherchées, des aménagements introduites. La voilure devra certes être retaillée, sans pour autant réduire le volume des cales. L’ensemble de ces mesures ne devront pas avoir pour effet une réduction de l’efficacité opérationnelle. Je suggérerai plutôt une analyse par grappes, qui tient compte de chaque structure décentralisée, direction comprise.

Le réseau PROCAPEC ne part pas de rien, il a un vécu, une histoire, des outils, des réalisations, des compétences, de la documentation (rapports, évaluations) disponibles et les lignes de crêtes connues. Le réseau PROCAPEC a-t-il des difficultés de ressources, d’accroissement exponentiel de charges (fixes ou variables), d’efficacité du management, d’administration et/ou de supervision des structures décentralisées (membres élus), de compétences professionnelles et techniques (personnel), du SIG (procédures, outils et supports obsolètes) ou la croissance n’a pu être maîtrisée etc. etc. La contribution ne nous édifie pas sur ces différents aspects.

S’agissant de la Centrale d’achats, son absence ou sa présence ne me semble pas de nature à impacter négativement et de façon durable les performances du réseau, à moins que les volumes concernent de très grosses quantités, cela ne ferait pas bouger les lignes. Néanmoins toutes actions de redressements devront tenir compte des niches d’efficacité.

Sur le point III, des capitaux à long terme pour financer pas seulement les petits projets est une condition sine qua none évidente et ne peut être source de difficultés pour une grande institution à plus forte raison un Etat. Qui peut croire que notre pays n’est pas en mesure de mobiliser seul quelques centaines de millions d’ouguiya, nous avons en mémoire l’exemple d’acquisition d’une banque commerciale. C’est une question de volonté politique. Si par extraordinaire l’Etat n’y parvenait seul, un recours auprès de la coopération internationale bi ou multilatérale ou une souscription nationale en dernier recours y pallierait aisément. Ou alors en dernière analyse si aucune des suggestions n’est réalisable, il faudra alors envisager la rétrocession du réseau PROCAPEC aux IMF (une première en microfinance, mais pas en milieu bancaire) à travers l’APROMI pour une ouguiya symbolique, l’Etat prenant en charge le passif (modalités devant faire l’objet d’études).

Il me semble qu’il faut rechercher ailleurs, les maux dont souffre le réseau PROCAPEC, certains sont connus, le premier est relatif à son cadre institutionnel (tutelles). Dans tous les pays ou l’Institut d’Emission ou un démembrement de l’Etat est tuteur institutionnel (de fait ou de droit, juge et partie) le dispositif a connu un fiasco et s’est effondré avec comme conséquences reculs et dommages pour les membres/clients et le développement (un pays de l’Afrique du nord en subit les conséquences). D’une manière générale en Mauritanie l’ancrage institutionnelle de la microfinance et de PROCAPEC à toujours fait partie des problèmes et non des solutions.

A l’encrage institutionnel s’ajoute l’absence d’une réelle volonté politique affirmée et continue. La microfinance connait une évolution en dents de scie, devenant un mirage impossible à atteindre. Depuis plus d’une décennie nous tâtonnons, sans vision ni objectifs. La question de la finalité, la microfinance pourquoi faire, au delà des incantations reste encore sans réponse.

Feu mon ancien PDG (qu’il repose en paix) dont j’ai eu l’immense privilège d’être un proche collaborateur, banquier hors pair dont le sens inné de la prise de risque lui avait valut l’admiration des puristes et autres spécialistes de la chose bancaire et à contrario la raillerie des fourbes, me répéter souvent que « lorsque le politique s’approche de la banque, la banqueroute sen rapproche et la performance s’en éloigne ». Je reviendrai un jour sur les enseignements de ce bâtisseur, capitaine d’industrie et homme d’exception.

Le second défi de PROCAPEC à été la forte immixtion du politique, marquant fortement l’évolution et les orientations de la structure, qui d’enjeux socioéconomiques est devenu enjeux politiques. S’il est vrai que le management du dispositif a été marqué par deux fortes personnalités compétentes, de là à introduire, selon le Dr THIAM l’idée que l’abus de certains (qui ?) à fait perdre la crédibilité de l’institution sans souligner l’absence de vision et d’orientation des tutelles me semble être une appréciation et un jugement hasardeux.

Il faudra nécessairement déconnecté ultérieurement dans un futur immédiat, le politique et la fonctionnarisation de la gestion, exclure les différents lobbys et donner au manager général, de réelles et concrètes responsabilités pour éviter les répétitions de l’histoire.

Nous partageons les analyses du Dr THIAM et de P. Robert sur les managers successifs du réseau et nous allons plus loin. Monsieur Ahmed BOUCHEYBA a géré de façon sage et prudente la phase post création, création et mise en œuvre, deux atouts majeurs lui ont servis de leviers : (i) technicien affirmé de la banque et (ii) cadre supérieur de l’institut d’Emission. Il avait analysé les conditions et leçons de l’échec du FIRVA, retenu l’expérience d’IDM et compris très vite que la microfinance n’était ni la banque commerciale encore moins une institution d’insertion sociale, mais un dispositif et des mécanismes au service d’un développement autocentré utilisant les instruments financiers bancaires et dont la finalité était de participer à la création de revenus durable à travers l’exercice d’une activité (emploi).

Son second atout et non des moindres a été la distance critique avec l’Institut d’Emission. En effet, cadre supérieur, faisant partie de la nomenclature, il était absout d’attaques, d’intimidation et d’immixtion. A ces atouts s’est ajouté de façon secrète, le soutien du Président de la République de l’époque (son pare feu). Sa réussite repose sur ce triptyque (compétence, membre de la nomenclature BCM, soutien au plus haut niveau) sous tendu par un management performant.

Le développement et la consolidation ont été l’œuvre d’un grand technicien de la microfinance doublé d’un manager visionnaire. Issu du sérail avec une très bonne expérience des systèmes financiers, Monsieur Ahmed. KHATTRY a transformé l’essai, multipliant et développant les points de services, les produits et services financiers, rationalisant l’appareil de production et les indispensables procédures. Il a incontestablement donné une âme et ses lettres de noblesse au dispositif, faisant de PROCAPEC l’un des meilleurs réseaux de la sous région.

Sans nul doute, la gestion de la microfinance n’est pas un exercice aisé, il se fait durant la phase d’ascension sur les crêtes non exempt d’insuffisances ou d’erreurs, qui en dernière analyse constituent par les corrections et les réajustements l’escalier vers l’efficience.

N’étant pas un établissement bancaire, la microfinance ne peut être une œuvre achevée, elle est toujours à parfaire par la recherche du difficile équilibre entre une offre de services et de produits financiers devant toujours être adaptée ou renouvelée en adéquation avec la demande des membres/clients. En fait la réduction des coûts et des charges avec des produits et services financiers toujours plus innovants et des coûts accessible et populaire.

Mouhamedou L. DIACK

Cadre bancaire 1970-1993

Consultant international

Source : Mouhamedou L. DIACK

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge