B’ il a dit…

‘L’Appel de la forêt…’

– B’il a dit et redit des tas de choses. B’il dira et redira des tas d’autres choses. C’est devenu une tradition. Triadique tradition ministérielle, chaque jeudi, ou presque, pour dire et redire l’exégèse du conseil des ministres hebdomadaire.

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L’exégèse, puisque c’en est une. Car, les Mauritaniens n’ont pas compris, ou n’ont pas entendu de la bonne oreille les projets pharaoniques de la Mauritanie Nouvelle. C’est pourquoi, il devient impérieux de faire entendre ces projets. Afin qu’ils occupent toutes oreilles. Accaparent toutes les ouïes.

Et pour qu’enfin toutes les autres voix d’où qu’elles viennent s’évanouissent et se meurent de leur mauvaise mort. Les oreilles mauritaniennes ont entendu ces derniers temps, dans ce qu’elles ont entendu, des choses et des choses qu’elles en sont devenues tellement petites. Des oreilles miniatures, en quelque sorte, dignes de l’univers lilliputien.

Une triade de ministres, la symbolique aurait un sens peut-être, se démènent désormais après chaque conseil ministériel pour tenter de faire régénérer les oreilles de leurs compatriotes du nanisme soudain. Et pour cela on s’impose exégète de la philosophie présidentielle. Et, on dit et redit les projets titanesques allant de l’adduction d’eau puisée des entrailles du fleuve Sénégal, la faisant ruisseler entre monts et vals dans les hauteurs des régions du nord, à la création des villes toutes nouvelles que la Mauritanie Nouvelle, celle-là qui les aurait inventées.

De la réticence publique…

Les oreilles, il faut bien les gaver pour qu’elles poussent et grandissent. La dernière de la triade ministérielle porte sur les innombrables puits pétroliers découverts depuis bien longtemps. Mais, dissimulés. Tenus secrets. Cachés aux compatriotes. Une réticence publique, en somme, concertée visiblement qu’on décide enfin de dire dans ce qu’on dit. Mais, les médias publics n’allaient même pas rompre leur réticence. Pas un seul mot sur ces puits pétroliers. Heureusement que d’autres médias étaient de la partie. Elles sautaient sur le scoop, car c’en était un. Combien déjà huit puits, à Touadenni, en pleine mer et sur terre non loin de Nouakchott.

L’information sera publiée. Reprise par des médias étrangers. C’était fort. Très fort que les oreilles des compatriotes subissent une croissance spectaculaire et une ouïe bien fine. On y revient après quelques jours. On réajuste un peu, beaucoup même, pour dire que les médias avaient mal compris l’exégèse publique. Le pétrole n’est pas encore découvert. Mais, juste de la prospection. L’effet d’annonce avait mentionné, on s’en souvient, ‘’attaketoum’’ en arabe, la réticence, au sens premier du mot. On comprend bien que s’il ne s’agissait que de la prospection, il serait vain et inutile de s’appesantir sur l’aspect découverte, entourée du plus grand secret.

De l’eau qui fait des vagues…

B’il a dit et redit des tas de choses. B’il dira et redira des tas d’autres choses. On était de bonne foi, sans doute. On espérait susciter espoir. Mais, le canular était tellement grotesque que les oreilles des compatriotes sont revenues à un entendement descartien. On leur parle des brassées de l’or noir, des fontaines et d’ondes pures à Tiris, des villes où chaque miséreux possède une gîte, et, eux, les Mauritaniens, ils entendent autres choses. D’autres voix lointaines, très lointaines, comme si elles étaient les bruits des vagues d’un fleuve lointain, qui fait, dans ce qu’il fait, des vagues, bien au-delà du fleuve Sénégal. Ou le bruit du lac qui porte son nom. La Volta.

Tout cela est bien étrange. Des ministres, qui disent, dans ce qu’ils disent, des choses pour dire autres choses. Et des compatriotes, qui entendent, dans ce qu’ils entendent, des choses toutes différentes aux choses et aux autres choses dites sur les langues ministérielles. Mais, l’époque dit, visiblement, dans ce qu’elle dit, dire, redire et contredire. On s’active. Des émissaires en Afrique Noire pour tenter de faire taire les vagues de la Volta.

Un journaliste indépendant serait déjà en poste. Il connait les lieux. C’est un avantage. Il y’en a d’autres, peut-être. Avantages. Un député de la majorité. Un conseiller dans les hautes sphères. Des appels téléphoniques malveillants. Des demandes d’amitiés ridicules sur facebook. On recrute en Afrique. On essaie même de faire revenir des écrivains sur des textes qu’ils ont écrits il y a bien longtemps. Mais, monsieur google est intraitable. C’est un drame électronique pour la traçabilité. On s’emploie à calmer les angoisses républicaines. Il faut tout se permettre dans le vain espoir de faire passer l’éponge sur des inquiétudes provoquées par ‘’l’Appel de la forêt’’ africaine.

De Paris, l’Appel…

B’il a dit et redit des tas de choses. B’il dira et redira des tas d’autres choses. L’Appel de la forêt africaine fait bien oublier tous les appels. Y compris ceux des métropoles européennes. Même s’il faisait mal, l’appel de Paris, par exemple, sa douleur ne saurait dépasser la cheville à une angoisse africaine. Il allait partir, avec toutes ses angoisses, reprendre d’autres voies, enfantées par d’autres voies, on s’en souvient, des plus impossibles et des plus meurtrières, et ces voix inaudibles, ses voix qui résonnent encore et encore et toujours et refusent de se taire.

Il allait partir. Il était sur le point de partir. L’équipage était là. Les médecins de l’autre côté de la banlieue parisienne attendaient leur ancien client de marque. Le conseil de ministre de ce jeudi-là devait se bâcler. Mon l’envol pour Paris n’aura pas lieu. Quelqu’un de très proche s’était glissé dans le bureau ou la chambre du voyageur, fuyant l’appel de la forêt africaine vers l’appel du bois français, et on allait dire, dans ce qu’on pouvait dire, aux accompagnateurs que le vol est reporté.

Personne ne sait ce qu’aurait dit le très proche général de l’armée à son compagnon de route, de coud d’Etat et de biens d’autres choses. En tout cas, ce compagnon, dont l’intrusion a fait revenir son chef suprême sur sa décision de voyage, était déjà assez fréquent ces derniers temps, et ces derniers temps seulement, au côté de son ancien partenaire, nouveau chef suprême. Il vivait vraiment dans son monde. Son monde à lui.

Il fermait même son téléphone assez souvent pour qu’il ne soit pas dérangé dans ses envolées lyriques par son patron. Aujourd’hui, il est chroniquement avec lui. Dans son bureau au Palais. Dans sa demeure familiale. On pense que c’est un peu exagéré ses allées et venues du général. Et qu’elles dépassent un peu, les allées et venues, la préparation de la réorganisation de la grande muette.

B’…

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