Battre le fer de la corruption puisqu’il est chaud

corruption - uniforme
Un réalisateur de film sénégalais , en panne d’inspiration,  aurait certainement trouvé une idée originale avec l’affaire de la drogue qui secoue présentement la police nationale et, au delà, perturbe la sérénité au sommet de l’État. Tous les ingrédients sont réunis pour une production cinématographique hollywoodienne à la sauce locale où corruption de  fonctionnaires,  complicité d’élus de la république, mensonge médiatique,  jeu de pouvoirs et guéguerre entre  hauts gradés de la police  pourraient s’imbriquer  dans une intrigue palpitante  avec  une fin plus qu’inattendue.

C’est en effet  le comble des surprises de voir ceux qui sont censés  protéger la population des affres de la drogue se transformer en  véritables narcotrafiquants.  Et le peuple se trouve ainsi une nouvelle fois  floué, désabusé et berné par les manquements éthiques de son élite.  À nouveau, il ne lui reste d’autre choix que de  se morfondre  dans  l’acceptation sage et fataliste d’une situation qui le dépasse et l’afflige. Sage parce que  l’idée qu’il se fait de ses représentants se confirme encore qu’ils sont tous pareils. C’est bonnet blanc, blanc bonnet. Fataliste, car il ne s’explique pas  cette trahison continue qu’elle subit sans raison véritable.

En attendant la fin de l’enquête qui, nous l’espérons bien,  saura déterminer en toute transparence la responsabilité des uns et des autres dans ce scandale rocambolesque, on peut déjà s’interroger sur le mariage qui parait quasi impossible, sous nos cieux,  entre l’exercice du pouvoir et l’incarnation d’une probité morale sans faille.

corruption 1Ils ne seraient surement pas nombreux ceux qui ont la charge d’une  administration publique où coule à flots des espèces sonnantes et trébuchantes et qui se privent délibérément de s’en servir.  Dans l’exercice de leur fonction, l’intégrité et la probité morale de beaucoup se noient aussitôt dans les méandres de la corruption et des détournements en tout genre  lorsque  de l’argent est en jeu dans  la fonction juteuse occupée.  La nature profonde des uns et des autres se révèle aussitôt alors parce qu’il y a du magot à brasser.  Nonobstant la belle carrière professionnelle de certains et  leur  riche parcours académique, d’aucuns se laissent facilement enivrer par les effluves sataniques des liasses et perdent ainsi toute faculté de jugement moral. Lord Acton avait certainement raison de dire : le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. Celui qui s’y incruste risque de s’y salir.

Plus grave encore est la manifestation d’une forme de  déni  devant le bien commun.  Une fois installé aux commandes, le premier des reflexes qui caresse l’esprit est que nos soucis d’argent sont terminés, comme disait un ancien ministre qui a toujours du mal à éclairer la lanterne des Sénégalais sur son immense fortune acquise soudainement. Et nous sommes  encore  très nombreux  à nous demander comment des personnes nommées pour servir leurs concitoyens dans un des pays les pauvres du monde se permettent de  détourner  des milliards. Vous rendez-vous compte?  On ne parle pas de milliers ou de millions, mais bien de milliards de francs subtilisés sous le nez et la barbe des pauvres contribuables.

Se pourrait-il qu’il existe une administration publique dépouillée de toute magouille ou corruption? Cela rentre quasiment dans l’ordre de l’impossible.

Qu’il y ait  des brebis galeuses dans le troupeau, tel est la composition naturelle de tout groupement social. Que la politique attire des éléments mus simplement par leurs intérêts personnels, cela est tout aussi compréhensible. Mais ce que le peuple ne tolère pas, c’est lorsque  la corruption et  les détournements de fonds s’érigent en système. C’est-à-dire  qu’ils  ne soient plus le fait de quelques personnes ou d’un tout petit  groupe, mais qu’ils s’implantent  systématiquement dans toutes les sphères de l’appareil d’État et dénature, par voie de conséquence, les institutions publiques.

Lorsque ceux qui nous gouvernent ne pensent qu’à se remplir les poches illégalement, il ne faut donc pas s’attendre à grand-chose de la part du simple citoyen. Pour ce dernier, corrompre ou se laisser corrompre ne serait  qu’un simple geste faisant partie de son quotidien.

Justement, la traque des biens mal acquis ainsi que la création d’institutions comme l’Office national anti-corruption (OFNAC) atteindraient certainement leurs objectifs de lutte  contre les détournements de deniers publics et la corruption si et seulement si elles ne visent pas un groupuscule tout  en épargnant certains individus. Comment croire à la bonne foi de nos autorités lorsqu’on se refugie derrière le recouvrement de 35 milliards, comme l’atteste la ministre de la justice,  pour absoudre les coupables de leurs péchés? Qui se résout à rembourser une partie du butin volé admet de facto qu’il est un voleur. La logique voudrait alors qu’il soit tout de même entendu, jugé et puni. C’est de cette façon que l’on prêche par l’exemple. Laisser ces vautours à l’air libre sans aucune conséquence répressive, c’est vraiment minimiser l’ampleur de leur forfait  avec l’envoi d’un message clair qu’ils pourraient répéter leur coup lorsqu’ils reviendront au pouvoir un jour.

Une éventualité à ne pas exclure.

Lamine Niang

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