Beaucoup d’enrôlés(recensés)peu de candidats au retrait de la carte nationale d’identité, pourquoi ?

C’est en 2009 que le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, avait pris la décision d’introduire l’usage des technologies de la biométrie dans la conception des documents d’identité (carte nationale d’identité, passeport, permis de conduire…).

Ainsi, un projet de décret fixant les modalités de mise en place et de fonctionnement d’un projet « de fiabilisation et de sécurisation des documents d’identification nationaux » fût adopté. La firme française Morpho, filiale du groupe Safran, qui a gagné le marché s’est vu confié la mise en place, dans un délai de huit (8) mois, d’un système national de production et de sécurisation des documents nationaux d’identification d’un coût de 18 millions d’euros.

La conclusion de ce contrat avait été signée, rappelons-le, dimanche 11 juillet à Nouakchott par Mohamed Ould Boilil, ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, et Jean Paul Jainsky, président directeur général du groupe Safran Morpho.

Ce système se fonde sur une base mère liant les données biographiques aux données biométriques, et vise précisément à doter la Mauritanie d’une base de données permettant une gestion sécurisée de l’ensemble des titres d’identification et la fiabilisation de son système national d’état civil.

Que dire de cela à la lumière de ce qui se passe sur le terrain dans l’enregistrement biométrique des populations qui ne savent plus à quel saint se vouer. Et pour cause : Entre 1994 et 2000, des projets de refonte de l’état civil avec l’appui financier de la France, avaient permis de collecter des données statistiques à travers le Recensement Administratif National à Vocation d’Etat Civil appelé RANVEC, mené en septembre 1998 sur l’ensemble du territoire national. Cette action, clamait t-on ici et là, avait aussi permis d’élaborer un fichier électoral sécurisé.

Mais pour cela, combien d’étapes avaient été franchies avant de mettre sur pied un embryon d’état civil ? Quatre ans (4) ! Douze ans après, retour à la case départ avec l’annonce d’un nouveau recensement incluant cette fois la technologie biométrique. Laquelle a fait l’objet d’un bras de fer très dur opposant deux services du ministère de l’intérieur, à savoir : l’état civil et le projet de carte nationale d’identité.

Si la police a eu finalement gain de cause pour ce qui est du partenaire, la société française SAGEM Morpho qui a gagné le marché d’appel d’offre de fiabilisation et de sécurisation des documents nationaux d’état-civil, par contre, elle a perdu le contrôle du projet carte d’identité qu’elle gérait.

Plus grave encore, le projet a fermé et son fichier national transféré à l’Agence Nationale du Registre des Populations et des Titres Sécurisés (ANRPTS) créée en lieu et place de l’Office Nationale d’Etat Civil (Onec). D’ailleurs cette éventualité, les responsables du projet de la CNI la voyaient venir, quand décision avait été prise déjà par le ministère de l’intérieur et de la décentralisation, de suspendre la confection et le renouvellement des cartes nationales d’identités. Aujourd’hui le projet n’existe plus et son personnel a été remercié.

Et pourtant de son démarrage effectif le 17 octobre 2000, jusqu’en janvier 2009, le projet CNI a réussit la prouesse de produire 1. 685.320 cartes nationales d’identité pour un objectif à atteindre fixé à 1.800.000 cartes à produire. Quelque soit ses insuffisances, le projet était une référence dans la sous région puisque beaucoup de pays qui nourrissaient la même ambition que la notre se sont bousculés à Nouakchott pour s’inspirer de l’expérience mauritanienne en la matière. Seul ombre au tableau, le projet fonctionnait toujours avec un matériel vétuste.

Quant à l’Agence Nationale pour le Registre des Population et des Titres Sécurisés (ANRPTS), elle indique qu’à la date du 3 janvier 2013, elle a enrôlé 1.966.668 mauritaniens. Si elle se garde d’avancer des chiffres sur le taux réel de retrait des cartes d’identité, bien qu’elle le reconnaît à demi-mot, c’est parce que tout simplement l’échec est patent. Parce que ce retrait se fait contre le paiement de 1000 ouguiyas. Or le projet CNI qui a été enterré délivrait gratuitement aux populations cette pièce.

Sans doute que l’ANRPTS dira la main sur le cœur que c’est la faute au parlement (Assemblée nationale et Sénat réunis) puisque c’est eux en définitive qui ont fixé la taxe. De toute façon il ne sert à rien de rejeter la responsabilité sur le parlement. Le mal est fait déjà et peu importe le responsable. Ce prix est hors de portée des populations démunies et rien ne les obligera à consacrer 1000 ouguiyas de leur maigre bourse, si tentées qu’elles en aient, pour retirer une carte d’identité.

Moussa Diop

Source : Le Quotidien de Nouakchott

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