Bilan de santé du président Mohamed Ould Abdel Aziz : Les Mauritaniens veulent tout savoir.


La situation politique et constitutionnelle en Mauritanie devient de jour en jour préoccupante. Depuis deux semaines, les Mauritaniens n’ont aucune nouvelle physique du président Mohamed Ould Abdel Aziz.


Ni photo, ni apparition télévisée, ni intervention vocale. Un black-out que les Mauritaniens veulent lever. Des voix de plus en plus pressantes commencent ainsi à se faire entendre, même au sein des propres partisans du pouvoir, pour en savoir plus l’état de santé du président et sa capacité à gouverner. Le bilan de santé de Mohamed Ould Abdel Aziz suscite aujourd’hui une vive curiosité.

Le président de l’Assemblée Nationale, Messaoud Ould Boulkheïr aurait réitéré son souhait de connaître le bilan de santé du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, hospitalisé en France depuis le 14 octobre 2012.

Cette exigence aurait été faite lors d’une réunion tenue lundi dernier par la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP), un regroupement de partis d’opposition dits « modérés » dont fait parti sa propre formation politique, l’Alliance populaire progressiste (APP), à côté du parti El Wiam de l’ancien ministre Boïdiel Ould Houmeïd et du parti Sawab d’obédience Baathiste que dirige Abdessalam Ould Horma.

Pourtant, le parti Sawab a été le premier à révéler l’information, avant d’être démenti par le conseiller du président Messaoud. Ce dernier semble ainsi être revenu sur cette requête, conscient sans doute que ses responsabilités, en tant qu’actuel premier responsable du pays, le lui exigent. En effet, les Mauritaniens n’ont plus aucune nouvelle de leur président depuis près de dix jours.

L’Etat de santé du Raïs, une préoccupation

L’absence physique prolongée du Chef de l’Etat suscite bien des inquiétudes légitimes. Si aujourd’hui le président Mohamed Ould Abdel Aziz était capable de se lever ou de parler, la communication officielle s’en serait emparée. Ses conseillers lui auraient suggéré de s’adresser au peuple pour le rassurer, ou accepter de se faire photographier ou d’être filmé pour taire les interrogations sur son état de santé. Si cela n’a pas été fait, c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz serait tout simplement impotent. Aussi, les demandes pressantes pour la publication de son bilan de santé deviennent de plus en plus pressantes.

Pour meubler ce vide laissé par l’absence physique du président Aziz, ses partisans développent d’autres formes de communication basées sur le leurre. Chaque jour qui passe vient avec ses lots de messages postés sous forme d’articles, qui soutiennent que la « santé du président s’améliore « , en fixant sans cesse des dates de retour toujours repoussés. Les médias officiels continuent de maintenir à la UNE de leurs principales éditions d’information, la longue liste de Chefs d’Etat qui lui auraient adressé des messages. Mais ce mensonge semble en avoir fatigué plus d’un.

Ainsi, la forte campagne de mobilisation initiée il y a quelques jours par le parti-Etat, l’UPR, semble s’être relâchée. Les populations ont fini par en avoir assez d’attendre indéfiniment des chimères. Les cadres du parti sans doute aussi.

Le silence des canaux officiels de communication en disent d’ailleurs longs sur la mauvaise santé de Mohamed Ould Abdel Aziz. Ne se sont-ils pas distingués, au lendemain de l’incident qui a failli lui coûter la vie, en le faisant voir et parler à la télévision publique, alors qu’il était allongé sur une civière en route vers la France ? Ne l’ont-ils pas contraint à une séance photo avec le ministre français de la Défense, alors qu’il était drapé dans une camisole d’hospitalisé à Percy, le regard vide ?

Depuis d’ailleurs cette photographie malencontreuse où l’on voyait un Mohamed Ould Abdel Aziz avachi, plus rien n’a jamais filtré. Aucune visite également n’a été autorisée depuis sa sortie de l’hôpital militaire de Percy. Alors que ses partisans soutiennent qu’il serait actuellement en convalescence à Nice, d’autres sources affirment qu’il s’est fait en réalité ré-hospitalisé dans une clinique privée.

D’ailleurs, la Coordination de l’opposition démocratique (COD), qui représente l’aile dite radicale de l’opposition par rapport à la CAP, s’apprête à descendre dès demain dans la rue, pour exiger l’application des clauses constitutionnelles prévues en cas de vacance du pouvoir. La demande qu’elle avait formulée pour la publication du bilan de santé du président de la République, est restée lettre morte.

Quelle transition après Aziz ?

En réalité, les sources les plus optimistes soutiennent que même s’il devait un jour se rétablir, Mohamed Ould Abdel Aziz en a au moins pour trois mois d’hospitalisation. Le pays peut-il supporter pendant tout ce temps une vacance du pouvoir ? Cette équation continue d’interpeller la classe politique et militaire, poussant certains analystes à poser l’éventualité d’une transition politique qui viendrait mettre fin au dilemme.

Ce qui est sûr, une transition militaire, type 6-6-2008 ne sera plus acceptée par les Mauritaniens. Ils l’ont fait comprendre aux militaires, après les rumeurs de coup d’Etat du samedi 27 octobre dernier. Les « Printemps arabes  » ont en effet prouvé que rien ne peut plus être imposé aux peuples.

Ne reste ainsi plus qu’une probable transition constitutionnelle, après constat de vacance du pouvoir sur la base d’un bilan de santé certifiant l’incapacité du président de la République à gouverner. Cette éventualité ouvrira les perspectives d’élections transparentes et libres.

Or ce scénario n’arrange ni les militaires qui veulent toujours contrôler la gestion politique et publique de l’Etat, ni la majorité qui n’existe en réalité qu’à travers la puissance du pouvoir en place. Que ce pouvoir disparaisse, elle disparaît avec lui.

Le scénario le plus probable actuellement est que les généraux gèrent le statu quo jusqu’au retour de Mohamed Ould Abdel Aziz, en priant qu’il puisse revenir au même niveau de santé qu’avant. Cela leur permettra de conserver leurs privilèges et à l’institution militaire de garder l’étrier sur le pouvoir politique. La majorité actuelle trouvera également largement son compte dans ce cas de figure. Sa survie en dépend. Reste l’opposition qui se battra certainement pour fausser le jeu. Mais aura-t-elle assez de pouvoir sur les masses pour renverser la tendance ?

 

Source:Cridem

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