Biram Dah Abeid : "Nous avons porté la contradiction aux auteurs de l’hégémonie en Mauritanie et déconstruit leurs procédés de contrôle et de neutralisation de la demande démocratique"…"

Biram DahAbeid.

Le Quotidien de Nouakchott : Vous êtes au terme d »une longue tournée aux État- Unis d’Amérique, qui vous a conduit dans plusieurs États, pouvez vous nous en faire le bilan?

Biram Ould Dah Abeid : Dieu merci, paix et salut sur l’Imam des prophètes ; je dirai, de prime abord, que ma visite aux USA, a débuté avec une double invitation, la première du Congrès, en vue de m’exprimer, le 24 juillet 2014, devant sa commission Tom Lantos, chargée des droits humains ; la seconde du Département d’État, dans le cadre du sommet dit : US-Africa Leaders Summit qui s’est déroulé du 4 au 8 aout 2014 à Washington.

Mon séjour s’est poursuivi par d’autres rencontres importantes et fructueuses dont l’une avec les représentants du Barreau des avocats Américains, une institution partenaire d’IRA-Mauritanie ; nous apprécions, hautement, son lobbying international contre la persistance et l’impunité des crimes de discriminations dans notre pays ;

j’ai également mené plusieurs réunions d’échanges notamment avec d’une part, l’honorable sénateur de Washington, Paul Strauss, un ami, et l’un des plus grands soutiens d’IRA aux USA ; ont suivi de longs entretiens avec les responsables du ministère fédéral du travail aux USA, un département vivement intéressé par l’expérience, les innovations et les diagnostics d’IRA en matière de lutte contre l’esclavage par ascendance, forcé et/ou moderne, la sous-traitance de la main d’œuvre, l’exploitation des mineurs…

Nous avons aussi saisi l’opportunité de jeter les bases et d’approfondir notre partenariat avec les organisations Américaines comme le NED, USAID, mais surtout Freedom House, Abolition Institute, Open Society et bien d’autres ; les médias américains ont continué de prêter une attention soutenue à la dynamique de notre organisation ; le prestigieux magazine The New Yorker, vient de réserver un dossier-reportage spécial à l’IRA et à son président ; il paraîtra en septembre prochain.

Je souligne aussi le geste de solidarité, à notre égard, venant de la ville de Philadelphia en Pennsylvanie, le maire et le jury de la ville, m’on ainsi octroyé la distinction Echos of Africa pour l’année 2014 ; je saisi l’occasion présente de rendre hommage à l’élite Afro-Américaine pour son soutien grandissant à la cause des populations noires victimes de l’esclavage et du racisme en Mauritanie.

Il est aussi important de noter l’hospitalité et l’encouragement massif et indéfectible de la diaspora mauritanienne aux USA; c’était pour moi un devoir de venir les écouter à Washington DC, à Baltimore, à New York , à Philadelphia, à Columbus et Bâton Rouge.

Le Quotidien de Nouakchott : En quoi cette tournée aura permis de faire avancer la cause que vous défendez en Mauritanie?

BDA :Il n’y a pas l’ombre d’un doute, ce voyage en Amérique est une victoire de plus qui s’ajoute à plusieurs succès diplomatiques de l’IRA ; et en dépit de la politique de déni par le système de domination pour contrecarrer notre crédit grandissant hors du pays, nos détracteurs au service du système, usent du mensonge, de la contrefaçon, du faux témoignage, des tripatouillages statistiques, en vue de continuer à abuser – la communauté internationale – sur l’état effectif des droits de l’Homme, de la démocratie, de la démographie, de l’économie et de la justice…Dorénavant, il faudra compter avec le contre-rapport d’IRA, ses données, ses constats et évaluations, sa perception de la gouvernance, de la violence terroriste et obscurantiste, de la corruption, sans omettre le spectre apocalyptique des atteintes à l’environnement.

Donc, grâce à davantage de notoriété et de reconnaissance internationale, notamment par des acteurs étatiques du rang de puissances mondiales, IRA marque, de plus près le gouvernement mauritanien ; notre organisation exerce, alors, pressions et contrepoids dans l’ensemble des domaines de la gouvernance.

QDN : Au cours de cette tournée, avez-vous rencontré des responsables politiques américains pour évoquer le cas de vos militants emprisonnés à Nouakchott?

BDA : Au cours de cette tournée américaine, j’ai exposé la situation très grave des droits humains en Mauritanie ; dans mes échanges, les camarades Cheikh Vall, Boubacar Yatma et Hanana Mboyrick furent cités comme détenus d’opinion qui purgent des peines à cause de leur engagement contre le racisme et l’esclavage, deux grands crimes institutionnalisés comme pratiques domestiques en Mauritanie, donc, à ce titre, tolérées et encouragés par l’État ;

j’ai aussi pu constater la solidarité de nos partenaires avec les membres d’IRA emprisonnés ; certains de nos interlocuteurs ont déjà entamé des démarches visant à accélérer la prise en charge des cas récurrents de détention arbitraire, d’intimidations et de harcèlement d’activistes, arrêtés lors de manifestations pacifiques.

QDN : Cette tournée intervient le lendemain des élections présidentielles auxquelles vous avez participé, à posteriori que pensez vous de ce scrutin et de ses résultats?

BDA : Le scrutin a été une inauguration réussie de la phase électorale de notre processus d’émancipation ; la participation au vote fut l’une des séquences expérimentale de la lutte du courant abolitionniste que je dirige, un courant dont l’un des principaux objectif est la prise et l’exercice du pouvoir en Mauritanie. En effet, la force de la candidature et son discours novateur, énergique et tranchant, engendraient l’engouement des larges franges de citoyens mauritaniens;

les populations, abusées depuis toujours, par une classe politique qui cultive le statut quo et reproduit toujours les mêmes préceptes, ont répondu massivement à notre appel ; beaucoup de mauritaniens ont perçu le potentiel de changement que comporte la subversion envers et contre l’entente sectaire et tribale ; celle-ci abrège la compétition pour le pouvoir en des querelles de personnes et la confine entre les tendances d’une même école, celle d’une gouvernance fondée sur la discrimination, la préférence de naissance, les préjugés ethniques, l’obscurantisme et l’esclavage ;

or, le scrutin a démontré la supériorité morale et idéologique et la visibilité du courant abolitionniste, en comparaison des lignes de propagande basées sur les concessions à la censure et au chantage établi : nous avons porté la contradiction aux auteurs de l’hégémonie en Mauritanie et déconstruit leurs procédés de contrôle et de neutralisation de la demande démocratique; nous avons outrepassé les barrières qui enfermaient la pensée et le discours dans des limites du tabou ;

ces bornes de dissuasion assuraient, jusqu’ici, l’inviolabilité des justifications de l’injustice ; elles reconduisaient, sans cesse, un sursis perpétuel, au bénéfice des vecteurs d’inégalités grâce à l’occultation de celles-ci. C’est cet ordre d’enfermement des esprits que nous avons ébranlé, le temps d’une campagne électorale.

D’autre part, la consultation électorale, par le spectacle retentissant de sa faillite, démontre l’incapacité de la minorité arabo-berbère dominante en Mauritanie, à respecter les règles du jeu démocratique. La soif de démocratie, d’équité économique, sociale et culturelle, grandit au sein des populations noires, hratin et des fractions humbles parmi les maures ; de ce fait, elle constitue un péril terrifiant pour le système ; ainsi sommes nous perçus, par les diverses instances de décision, au sein des corporations tribales où la compétition pour le pouvoir restait confinée, en vase clos.

Le bloc réactionnaire – religieux, imams et érudits, notables tribaux, hommes d’affaires – a ouvertement adopté des positions d’intolérance à toute cohabitation avec le courant naturel et populaire en ascension qui représente le renouveau social, religieux et politique ;

lors de ce vote, je représentais un tel courant en face des candidats redondants dont la cécité s’avère suicidaire : en effet, il est une posture irréaliste et intenable – même dans le court et moyen terme – de vouloir éradiquer IRA par l’excommunication religieuse, la marginalisation statutaire et la privation matérielle ; enfin, le scrutin a consacré le discrédit total de ce que le chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz et ses laudateurs, appellent « institutions démocratiques et élections transparentes ».

QDN : Une certaine opposition critique cette participation en disant qu »elle a contribué à crédibiliser un scrutin biaisé et le pouvoir critique votre discours qu »il juge extrémiste. Où vous situez vous aujourd »hui par rapport à ces deux camps?

BDA : Tout d’abord, je voudrais rappeler que ces clubs d’intérêts et de notables, qui se définissent « opposition », souscrivent, de fait, à l’existence de Biram Dah Abeid et d’IRA; donc, comment une personne et un courant réputés résiduels, peuvent-ils crédibiliser un camp ou discréditer un autre ? Ces personnes bien nées qui dirigent ce qui s’appelle l’opposition, doivent savoir ignorer des gens comme nous ; ainsi le dicte le code d’honneur de leurs rangs sociaux. Même si la plupart n’y sont parvenus, nous leur offrons l’opportunité de se ressaisir.

Ici, j’aimerai savoir si Ahmed Daddah et Messaoud Boulkheir, en obtenant respectivement 3 et 4%, lors des élections de 2003, ont crédibilisé ou discrédité la dictature de Ould Taya? La même interrogation s’adresse à Mohamed Ould Maouloud, qui décrochait, en 2007, 4% des voix ; N’oublions, non plus, de mentionner le 3% de ceux qui se nomment « islamistes », dans le but d’abuser les musulmans et de nuire à l’Islam.

Enfin, convoquons le score, en 2009, de Ely Ould Mohamed Vall, officier supérieur, richissime et ancien chef de l’État ; ses 3%d’alors représentent-ils l’exemple pour cette opposition et mes 9%, l’infamie ;

En vertu de quelle perversion, les 9% de BDA, arrachés sans fraude ni moyens financiers et malgré l’hostilité de toutes les élites, par l’effort et l’abnégation des populations humbles et militantes, seraient-ils moins avouables que les pourcentages cités là-haut ?

A propos d’extrémisme, laissez-moi sourire ; ce n’est pas mon discours qui suscite la discorde mais bien l’attitude sectaire du pouvoir et de tous les milieux intéressés au maintien de la domination ; par leur rétivité agressive à toute réforme et leur refus d’envisager la perspective de la rupture sans violence, ils alimentent la frustration grandissante et le désir d’en découdre ;

leur conduite se singularise par l’irresponsabilité, le défaut de vision et de générosité et un jusqu’au-boutisme très lourd de dangers pour le pays si il n’est révisé, à temps ; je suis ici et ne compte aller en exil ;

j’ai bien lu et entendu les appels pressants et récurent des partis comme APP, EL WIAM et les gesticulation des aboyeurs autour de Mohmed Ould Abdel Aziz, quand il réclament des châtiments et davantage d’interdiction et de prohibition contre BDA et IRA ; j’ai entendu le FNDU et la COD son ancêtre, se lamenter que l’honneur du Maure (avec grand M) ne pourrait être restauré tant que Mohamed Ould Abdel Aziz, n’aura puni, de manière exemplaire, BDA, le profanateur de prétendus livres sacrés;

Ahmed Daddah lui même, versa des larmes de crocodile, sur les écrans des télévisions, pour dire toute sa tristesse que Aziz n’ait assez sévi contre moi; eh bien, devant tous ces malades aigris, sans responsabilité, sans vergogne, ni discernement, je réitère que mon discours, jugé « extrémiste » par eux, ne variera. Je réaffirme toute ma fierté d’avoir eu la bénédiction de Dieu qui m’a permis d’incinérer leur idolâtrie jahélite et esclavagiste et d’en sortir encore plus fort, primé et connu ;

Tout dernièrement, j’ai appris que Mohamed Ould Abdel Aziz a promis de consacrer son mandat, neuf encore, à éradiquer le courant sectaire et raciste dont il nous impute la direction. Nous l’attendons de pied ferme, ici en Mauritanie ; j’ajoute que le racisme et l’idéologie esclavagiste, gangrènent le pouvoir de Aziz. Lui-même est bel et bien responsable et comptable de la persistance de la corruption qui sévit dans le pays et y bénéficie d’une impunité à toute épreuve.

QDN : Quel avenir voyez vous pour la Mauritanie et pour le mouvement abolitionniste, ne croyez vous pas que les querelles de chapelles avec notamment l »APP desservent la cause?

BDA : Malheureusement, l’avenir de la Mauritanie risque d’être hypothéqué par le jusqu’au-boutisme des groupes dominants et leur attachement aux privilèges ; le profit illicite qu’ils en tirent les a rendus dépendants d’une économie de l’iniquité, devenue quasi-vitale dans leur existence.

Je doute de leur aptitude à la flexibilité, quant ils tardent tant à ignorer le commandement manifeste de l’histoire, c’est-à-dire l’impératif de l’égalité, comme fondement de la paix. Oui, cette élite sur-privilégiée, doit apprendre, dès à présent, que la décapitation infligée aux mouvements noirs pendant les années 1989-91 représente une option ultra-délicate si l’on envisage de l’appliquer au mouvement abolitionniste.

L’avenir d’une Mauritanie réconciliée et juste réside, également, dans le maniement de la variable religieuse ; à contre-courant de la barbarie et de l’inhumanité à l’œuvre dans certaines expéditions d’obédience fanatique, mes compatriotes gagneraient à mieux faire entendre et voir, un Islam d’optimisme terrestre, de tolérance, de pardon, d’écoute et d’ouverture à l’Autre, loin des tentations du Takfir, du Jihad armé et du châtiment physique.

Nous n’avons pas d’autres priorités et ne souhaitons dépenser du temps et des moyens – fort précieux, compte tenu de notre mission – dans de vaines querelles avec telle personnalité ou tel « partillon ».

Propos recueillis aux USA par MSS

Source : Le Quotidien de Nouakchott

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