Bombardements de Raqqa par l’armée syrienne : « Les civils sont plus touchés que l’EI »

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Pendant 72 heures, entre le 25 et le 27 novembre, l’armée régulière syrienne a intensément bombardé Raqqa, bastion de l’organisation État islamique (EI). Ces raids sont les plus meurtriers qu’ait connus la ville au cours de ces trois dernières années. Officiellement, ces frappes aériennes visaient les positions de l’organisation jihadiste mais au vu des dégâts matériels et humains dans les zones civiles, certains s’interrogent sur la stratégie du régime.

Après un raid aérien le 25 novembre 2014 sur la place du musée national syrien. Source: Page facebook. Raqqa is Being slaughtered Silently.

Au cours des 25, 26 et 27 novembre, des bombardements de l’aviation syrienne ont à nouveau frappé Raqqa, ville du nord de la Syrie, sous contrôle total de l’État islamique depuis janvier 2014. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) basé à Londres, 95 personnes auraient trouvé la mort lors de ces frappes aériennes. Cinquante d’entre elles seraient des civils, a affirmé l’OSDH tout en précisant ne pas être en mesure de déterminer si les autres victimes étaient, ou non, des membres de l’EI. Mais le bilan serait en réalité beaucoup plus lourd. Selon le réseau d’activistes syriens opposé à l’EI, plus de 200 personnes seraient mortes au cours de ces trois jours, et une centaine d’autres grièvement blessées. « Raqqa est massacré en silence », affirment ces activistes. La grande majorité des victimes seraient des civils. Une information confirmée par un membre de l’EI dans la ville, qui assure que les jihadistes ne déploreraient que trois morts dans leurs rangs.

Le minaret de la mosquée historique Al-Hinni après le raid aérien du 25 novembre 2014.  Source: Page facebook. Raqqa is Being slaughtered Silently

France 24 a rassemblé sur une carte les positions connues des combattants de l’EI dans la ville et les zones bombardées entre les 25 et 27 novembre par les avions de l’armée syrienne. Sur cette période de trois jours, l’armée de Bachar al-Assad a non seulement visé de nombreuses zones civiles qui n’accueillent pas de positions jihadistes expliquent des habitants, mais n’a pas touché les positions connues de l’organisation dans la ville.

Carte indiquant les lieux bombardés les 25, 26 et 27 novembre 2014 et les positions connues de l’organisation de l’État islamique.

Contributeurs

« Ils n’ont bombardé que des zones habitées, les quartiers populaires, très pauvres »

Notre observateur à Raqqa, Abou Mostafa (pseudonyme), a échappé aux bombardements. Il témoigne.

Le régime a commencé à bombarder la ville à 14 heures. L’aviation a bombardé les zones habitées. Elle a d’abord frappé le nord de Raqqa, puis la zone industrielle à l’est de la ville. Le régime a ensuite bombardé le centre-ville à plusieurs endroits, notamment là où se trouvent la mosquée historique Al-Hinni et le musée national, un quartier populaire et très commerçant. Enfin, ils ont bombardé la gare Poulman où se trouve les bureaux de poste.Moi j’étais chez moi. Par chance, le quartier où je me trouvais n’a pas été bombardé. Lorsque les bombardements ont pris fin, je suis sorti dans la rue. Le sol était jonché de corps. J’ai pu reconnaître certains de mes amis. Il y a eu plus de 200 morts à Raqqa. Un véritable massacre ! À ce stade, seuls 70 personnes ont pu être identifiées. Les autres sont en piteux état et ne sont même pas reconnaissables. Malgré la faiblesse de leurs capacités à Raqqa, les services médicaux et ambulanciers ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour sauver des vies. Des membres de l’État islamique les ont d’ailleurs aidés à transporter les corps. Ceux qui n’aidaient pas nous surveillaient. Ils nous interdisaient de filmer et de prendre des photos. Ils ont des organes de presse officiels, comme « AAMAQ « .

Le régime s’est vengé de l’EI qui a publié une vidéo de l’exécution de 18 officiers de l’armée syrienne. Nous nous attendions à une réponse mais elle a été encore plus féroce que nous l’imaginions. Ils n’ont bombardé que dans les zones habitées, les quartiers populaires, très pauvres. Le régime n’a pas bombardé les positions de l’EI. Le palais du gouverneur [où sont établies des troupes de l’EI, NDLR], par exemple. Un bâtiment qui fait plus de 200 mètres carrés. Le régime aurait pu le prendre pour cible. Il ne l’a pas fait ! À chaque fois, le régime choisit de bombarder les zones habitées, et tue des dizaines de personnes.

Bombardement à Raqqa le 25 novembre 2014. Source.

Contrairement au régime, la coalition internationale, elle, ne frappe pas les zones civiles. Elle frappe toujours avec précision les positions de l’État islamique. [Des victimes civiles sont toutefois a déplorer dans ces frappes de la coalition, NDLR]. Les habitants à Raqqa sont habitués aux bombardements et ils font bien la différence entre ceux du régime et ceux de la coalition. Ils reconnaissent les avions de la coalition au bruit de leur moteur et la vitesse à laquelle ils volent. Ils sont plus rapides et plus bruyants que ceux de l’armée syrienne mais les habitants en ont moins peur. En fait, quand on entend arriver les avions du régime, les gens courent vers les positions de l’État islamique. Ils savent qu’ils trouveront là les zones les plus sûres. [Une autre source connaissant la zone de Raqqa explique qu’il s’agit maintenant d’une blague qui circule entre les habitants, mais basé sur un constat réel que les positions connues de l’EI sont moins frappées que certaines zones civiles, NDLR].

Raid aérien à Raqqa le 25 novembre 2014. Source.

La plupart du temps, les habitants sont pris de court. Ils ont à peine 30 secondes entre le moment où ils entendent l’aviation s’approcher et le premier bombardement. Ils essaient alors de trouver refuge où ils peuvent. S’ils sont chez eux, ils descendent dans la cave. S’ils sont dans la rue, ils essaient de rejoindre un abri. Mais rien ne les protège vraiment de ces frappes aléatoires.

Faible capacité de ciblage et logique de « punition collective »

Un membre de l’organisation de l’État islamique avec qui nous avons pu parler nous a confirmé que lors de ces deux derniers bombardements, aucun de leurs postes n’avait été touché par les frappes aériennes, sans pour autant nous préciser où se trouvent ces positions. Il considère que le régime a frappé de façon délibérée des zones habitées et commerçantes « pour causer le plus de dégâts matériels et humains ». Il dément cependant que leurs postes ne soient pas des objectifs pour l’aviation de l’armée régulière. « Le régime ne cesse de vouloir [géo]localiser nos postes et nos bases, des espions posent, ou tout du moins, essaient de poser des traceurs pour guider les raids de l’aviation, jusqu’à présent sans succès. »

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