Boydiel Ould Houmeid : Président du parti El Wiam, dans une interview exclusive

Boidjel

Le Calame : Le peuple burkinabé vient de chasser son président qui s’apprêtait à tripatouiller, pour la énième fois, la Constitution de son pays. Que vous inspire cette situation ?

Boydiel Ould Houmeid : Le peuple burkinabé a été courageux et n’a pas accepté la modification de l’article 37 de sa Constitution ; pour cela, les burkinabés méritent d’être félicités. Quant à l’inspiration, elle ne m’apporte rien de nouveau, car je sais que chaque peuple agit selon son niveau de conscience et ses ambitions pour son pays.

 - Ce qui vient de se passer dans ce pays pourrait-il se produire en Mauritanie si le président Mohamed Ould Abdel Aziz, réélu pour un dernier mandat, est poussé par sa Majorité mécanique à l’Assemblée nationale et au Sénat à supprimer l’article 27 de la Constitution qui lui interdit un 3ème mandat ?

 - Comme je l’ai dit plus haut, chaque peuple agit selon sa prise de conscience et son degré d’engagement. Ensuite, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a dit à plusieurs reprises qu’il ne modifiera pas la Constitution et il a prêté serment en répétant cet article de la Constitution. Pourquoi voulez-vous qu’il en soit autrement ?

- Que vous inspire la sortie de l’UPR qui a salué, à travers un communiqué, la victoire du peuple burkinabé ?

L’UPR est le parti au pouvoir. Il exprime ses positions comme il l’entend.

- Depuis la fin de la dernière présidentielle, vous vous êtes muré dans un long silence. L’avez-vous mis à profit pour tirer les enseignements de cette échéance à laquelle vous étiez candidat ?

-Mon silence a peut-être été long et il y a deux raisons à cela ; la première c’est qu’après tant d’activités politiques et d’échéances électorales suivant un rythme intense, il était nécessaire de prendre un peu de repos ; la seconde raison est que j’ai perdu, de façon tragique, ma fille que j’adorais. Elle n’avait que trente ans, elle avait fait de brillantes études en médecine et achevait sa dernière année de spécialisation en cardiologie. Qu’Allah l’accueille en son Saint Paradis.

Ceci dit, les enseignements de ces élections ont été tirés par le parti dès le lendemain du scrutin et il a décidé de poursuivre son combat conformément aux objectifs et à la ligne politique qu’il s’est tracés.

 -Aujourd’hui, la rentrée politique oblige, vous décidez de rompre ce silence, dans une atmosphère politique caractérisée toujours par une méfiance réciproque entre le pouvoir et l’Opposition (FNDU). A votre avis, quel est le principal obstacle au dialogue entre l’opposition et la majorité ?

-Le silence, je l’ai interrompu sous votre insistance. Quant à l’obstacle au dialogue, je n’en vois pas, il suffit que toutes les parties se retrouvent autour d’une table. Le principal obstacle n’est autre que le Cheytane (le diable, NDLR).

-Depuis quelque temps bruissent des rumeurs sur une possibilité de voir l’opposition et la majorité renouer les fils du dialogue. En avez-vous été saisi ? Si oui, qu’en pensez-vous ?

-J’ai été contacté par le Premier ministre, la volonté du gouvernement est d’organiser les élections sénatoriales en commençant par prendre une loi organique pour fixer les échéances et renouveler les groupes A et B, le groupe C devant bénéficier d’une prorogation afin de permettre au Sénat de retrouver sa cadence normale.

-Maintenant que toutes les échéances électorales, excepté le renouvellement du tiers du Sénat sont derrière nous, sur quoi pourrait porter un dialogue entre les deux camps ? Pensez-vous comme certains que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz pourrait dissoudre l’Assemblée nationale et convoquer des élections municipales et législatives vers la fin de 2015 ?

- La vie politique ne s’arrête pas après des élections, et c’est en période de paix qu’on prépare la guerre, dit-on. C’est le meilleur moment pour dialoguer et trouver un consensus sur les prochaines échéances. Je ne connais pas les intentions de Président Mohamed Ould Abdel Aziz quant à la dissolution ou non de l’Assemblée nationale, mais je ne vois pas les raisons qui vont l’amener à dissoudre une Assemblée nationale où il dispose d’une majorité très confortable. Sauf s’il y a un dialogue d’où sortiront des conclusions consensuelles et constructives nécessitant la dissolution de l’Assemblée, là, peut-être que le Président pourrait envisager la dissolution de l’Assemblée nationale.

-Au lendemain de la proclamation des résultats de la Présidentielle, vous aviez lancé un appel au dialogue entre les acteurs de la classe politique du pays. Quel rôle pourrait jouer le président Boydiel pour rapprocher les différents camps ?

-Au lendemain des élections présidentielles, j’ai effectivement fait un appel pour un dialogue, parce que tout simplement nous avons mis à exécution les résultats du dialogue précédent et  nous avons pu relever ses points forts et ses points faibles. C’est donc le moment de se retrouver dans le cadre d’un nouveau dialogue pour corriger les faiblesses constatées. Ceci a toujours été notre point de vue. C’est comme l’exemple du train, quand il démarre il ne peut s’arrêter qu’à la prochaine station. Maintenant il est à l’arrêt et c’est le moment d’embarquer tous ceux qui veulent bien voyager pour un nouveau départ.

Quant au rôle que peut jouer le président Boydiel pour rapprocher les points de vue, je pense et j’espère que ce rôle sera positif, dans la mesure où mes relations personnelles sont bonnes avec toutes les parties en présence.

- Quels sont justement vos rapports avec le FNDU ?

-Mes relations personnelles avec les membres du FNDU sont bonnes et les relations politiques n’existent pas.

-Tirant les conclusions de la présidentielle, vous aviez laissé entendre que certains de vos militants qui ont choisi de voter pour votre adversaire Mohamed Ould Abdel Aziz devraient répondre de leur acte devant les instances du parti. Où en est ce dossier ? Et comment se porte El Wiam aujourd’hui ?

-Les instances du parti vont se réunir et discuteront de la question ; elles prendront les mesures adéquates. Maintenant que le temps est passé, je me réjouis personnellement que le parti n’ait pas agi au moment où les esprits étaient encore chauds.

En ce qui concerne le second aspect de votre question, je peux vous dire qu’El Wiam se porte bien.

-Dans son discours d’investiture, le Président Aziz a réitéré sa détermination à éradiquer la gabegie. Au vu des résultats de son premier mandat dans cette croisade, pensez-vous qu’il est sur la bonne voie ?

-Avez-vous vu un chef d’Etat qui ne déclare pas qu’il lutte contre la gabegie ? J’espère pour lui et pour la Mauritanie qu’il arrivera à relever le défi. Ainsi, il aura réussi une partie de son programme.

- Dans le même discours, il a menacé de s’en prendre aux tenants des « discours communautaristes » et sectaires ? Qu’est-ce qui, à votre avis, est à l’origine de ces discours ? Est-ce la bonne réponse ?

-En fait, nous avons assisté, avant, pendant et après la campagne électorale à des discussions et à des actes sectaires et communautaristes. De mon point de vue personnel, tout ce qui divise et affaiblit la Nation doit être combattu avec la dernière énergie, sans oublier le tribalisme.

 -Le FPC, ancien FLAM, a proposé une autonomie comme solution à la question de la cohabitation. Que pensez-vous de cette proposition ?

-L’autonomie dans quelles zones ou quelles régions ? Il ne faut pas décider à la place des peuples. Il faut demander leur avis par referendum, parce que je suis sûr qu’aucune région du pays ne veut d’une autonomie. Toutefois, je pense qu’on peut renforcer la décentralisation, en créant des organes délibérants à tous les niveaux, régional, départemental et local (Arrondissement).

-L’hivernage de cette année a été très mauvais et le gouvernement n’a annoncé pour l’instant aucune mesure pour y faire face. Comprenez-vous son silence ?

-Effectivement, cette année l’hivernage a été très mauvais. La période de soudure sera particulièrement longue et donc très dure, aussi bien pour les agriculteurs que pour les éleveurs. L’action pour y remédier doit être rapide. Le gouvernement ne doit pas être insensible à cette situation. On parle d’un Comité interministériel ou de commissions spécialisées. En tout cas, le silence ne peut durer plus longtemps.

Propos recueillis par Dalay Lam

Source : Lecalame

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