Brakna: Quand l’UPR divise

Des indépendances à ce jour, la wilaya du Brakna a constitué une forteresse imprenable du pouvoir. Les cadres de ses cinq départements ont toujours rivalisé, à qui mieux mieux, pour démontrer, par tous les moyens, qu’ils servaient, plus que tout autre, les politiques et les orientations des systèmes en place. Aujourd’hui encore, quelques vieux pontes du Parti du Peuple Mauritanien manoeuvrent contre quelques jeunes aux dents longues qui essaient de se faire une place au soleil au sein de l’Union Pour la République.
Les alliances de toutes natures ne sont pas de trop, pour ne pas paraître impopulaire, aux yeux de ceux qui détiennent les cordons des postes administratifs juteux et autres parachutages à des promotions, avec la seule garantie de faire des pieds et des mains à prouver une allégeance, sans faille, et une adhésion, inconditionnelle, aux choix et orientations du président Mohamed ould Abdel Aziz. C’est pourquoi, dans tout le Brakna, chaque phase du processus de renouvellement des instances de l’UPR fut particulièrement difficile et laborieuse.
A Aleg, par exemple, les alliances les plus contrenature ont été scellées. Avec cette obsession de cacher la moindre impopularité et/ou la faiblesse de quelque ” gros ” responsables, ministres parfois. Les résultats de la section du département central dont le secrétaire général, les responsables des femmes et des jeunes sont issus du groupe Be’Cha’ir, opposé à celui du ministre de l’Économie et des finances (auquel est venu se greffer Ould Oudaa qui n’a pu voler de ses propres ailes), ont démontré la fragilité de ce dernier, bien qu’il ait essayé, par tous les moyens, de limiter les dégâts. Mais l’argent ne semble pas toujours suffire à colmater les brèches d’une situation politique perturbée par la combativité d’autres groupes résolus à ne jamais baisser les bras, devant la propension du groupe des ministres à ” tout avaler “. Les compromis sont on ne peut plus clairs. Soutenu par son groupe ministériel, le jeune Mohamed ould Ahmed Challa ambitionne rien de moins que devenir le candidat de l’UPR aux prochaines municipales.
Le ministre de l’Équipement a déjà placé l’un de ses hommes, Mohamed Vall ould M’Bareck, à la sous-section d’Aleg et compte présenter son jeune frère à la députation. Avec la décision de l’UPR de donner la fédération à un négro-africain de la Vallée, les calculs du tonitruant ministre des Finances sont tombés à l’eau. D’autant plus que la suppression du Sénat ne laisse plus, à Aleg, que deux postes électifs (les deux députés) en plus de la vingtaine de mairies de la moughataa sur lesquels tous les yeux sont rivés. Les localités de Cheggar, Male, Bouhdida, Agchorguitt, Dielwar, Lemden et certains ensembles d’Aleg sont à couteaux tirés, entre généraux, ministres et hauts responsables interposés, pour obtenir une ” part ” ou ” se faire taire “, par une promotion d’un des leurs à une haute fonction. Les choses se présentent presque de la même façon dans les autres départements. Le puissant ministre Ould Diay n’a pas que des amis à Magta Lahjar. Son candidat, à la fédération de l’UPR au Brakna, doit être particulièrement déçu. Avec la décision du pouvoir de donner le poste aux ” kwars “, l’intrusion du ministre dans tous les rouages de la région n’a, finalement, servi qu’à de semer davantage la zizanie entre les groupes politiques locaux. À Boghé, les deux ministres (Défense, Commerce et tourisme) – respectivement : Diallo Mamadou Bathia et Khadjettou mint M’Bareck Vall – n’ont pas réussi à rassembler les tendances de l’UPR. Celle des anciens généraux (Ndiaga Dieng et Dia) qui leur sont particulièrement hostiles a eu son mot à dire, aussi bien dans le processus des adhésions qu’en celui du choix des candidats du parti aux prochaines élections.
Les deux camps qui se sont partagés les instances du parti ont échangé, au cours des dernières semaines, des joutes verbales particulièrement virulentes et sans concession. À M’Bagne et Bababé, les manoeuvres continuent, tout aussi impitoyables. C’est donc partout pareil : chacun veut soit garder son poste, soit assurer son ascension. Avec toujours, comme on l’a dit tantôt, le même leitmotiv, depuis plus de trente ans : l’allégeance inconditionnelle au parti/État ; unique garantie pour l’un ou l’autre terme de l’alternative.
Dans cette histoire, les populations locales sont les dindons de la farce dont usent et abusent une bande de ” politicards “, le temps d’une réforme du parti, d’une visite du Président ou d’une campagne électorale. Ces ” responsables ” deviennent, alors, ” plus près que la main à sa bouche “, pour ensuite disparaître et abandonner les populations à leurs occupations et problèmes.
Les commissions que l’UPR a dépêchées, pour ” consulter ” ses bases sur le choix de ses candidats aux prochaines élections régionales, communales et législatives n’apporteront rien de nouveau, puisque ces commissions sont généralement elles-mêmes ” choisies “, par compromission partisane à la source, afin de mettre en oeuvre un agenda prémédité par quelques personnalités civiles et militaires influentes restées à Nouakchott. Résultat : juste un reflet de la société traditionnelle et féodale mauritanienne, avec 90% de candidats issus des milieux de vieux patriarches, notables et chefs de tribus, de leurs fils, cousins et autres marabouts, agrémentés de quelques autres individus parachutés, pour amuser la galerie.
EL KORY SNEIBA

 

Source: Le calame

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