Branle-bas de combat au sein de la Majorité

Alors que s’ouvrait, hier lundi, la deuxième session ordinaire du parlement mauritanien pour 2012-2013, le président Mohamed Ould Abdel Aziz md sneib-rimwebrecevait, la veille, sa majorité parlementaire au grand complet: une cinquantaine de députés auxquels ne manquaient que ceux d’Adil (restés dans le parti, du MPR et du RD) qui ont choisi de « rompre les rangs » après avoir tout essayé, disent-ils, de convaincre le pouvoir de changer.

Pour le restant de son quinquennat, qui court jusqu’au milieu de l’année 2014, le président Ould Abdel Aziz est donc rassuré : il dispose encore d’une majorité confortable pour mener à bien ses programmes et agir comme il l’a toujours fait, sans être inquiété par une opposition qui s’ingénie pourtant, de plus en plus, à lui mettre des bâtons dans les roues. Ce que d’ailleurs le secrétaire général du parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) et ministre de l’enseignement secondaire, Oumar Ould Matalla, a qualifié de « hamaletou el hatabi » (attiser le feu).

Dans les discussions qu’il a eu avec les députés de la Majorité, Ould Abdel Aziz a annoncé avoir accepté l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, sans la proposition portant sur la formation d’un gouvernement d’union nationale! Pour lui, c’est une sorte de « fixation » de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) sur un partage du pouvoir qu’il n’est pas prêt à lui accorder, même s’il ne s’agit que d’une courte période comme en 2009, juste à la veille de la Présidentielle qu’il avait pourtant remporté haut la main (52%) en ayant concédé à l’opposition les portefeuilles de l’Intérieur, des Finances, de la Communication et de la Défense. Reste à savoir maintenant si la COD va accepter de se lancer dans des élections où l’administration tout entière est entre les mains du pouvoir, se contentant seulement d’un rééquilibrage au sein de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), d’une révision de la liste électorale, de la présence d’observateurs nationaux et internationaux et des garanties qui lui seront données que le scrutin sera libre et transparent. Des présomptions de refus de s’engager, tête baissée, existent, si l’on se rappelle les propos du député et vice-président de l’UFP (Union des forces de progrès), Mohamed Moustapha Ould Bedredine: « On ne nous prendra pas une seconde fois après le « piège » de Dakar. Une façon de dire que les conditions de participation à tout scrutin à venir seront rudement négociées par une opposition qui joue en réalité son va-tout pour sortir de ce cycle d’éternelle perdante. L’atout de la COD, c’est sûr, prendrait le visage d’une hypothétique alliance avec la Coalition pour une alternance pacifique (CAP) qui, malgré la réponse positive donnée par la majorité à l’initiative de Messaoud, trouve beaucoup de choses à redire sur le dialogue qu’elle avait mené avec le pouvoir, en 2011, et sur la gestion du pays par l’actuel gouvernement.

Cette sortie de la CAP, à la veille de l’ouverture de la deuxième session parlementaire, pour dénoncer le retard pris dans l’application de certains points essentiels du dialogue avec le pouvoir, est vue, par bon nombre d’observateurs, comme une sorte de rééquilibrage des forces entre une majorité sûre de son fait et une CAP qui a compris, enfin, que l’option du « rahil » (départ) du président Aziz n’a aucune chance de réussir sans le passage par les urnes. A la sénégalaise donc, ce qui nécessite une certaine stratégie dont le point fort doit être la mobilisation des Mauritaniens autour de ce qui fait la faiblesse du pouvoir: sa gestion unilatérale des affaires du pays, son « à peu-prisme » et ses attaches militaires très poussées qui font douter de la nature démocratique du régime.

Le communiqué de la CAP publié dimanche, soit vingt-heures seulement avant le retour des « débats » parlementaires, renoue donc avec le discours qu’on a souvent entendu dans les meetings de la COD, si l’on met de côté la volonté de cette dernière de « dégager » Aziz, en suivant la voie tracée par le « printemps arabe » en Tunisie, en Egypte, au Yémen et en Libye. En revenant donc à de meilleurs sentiments, à une logique de l’alternance pacifique, la COD rejoint la CAP dans ses choix stratégiques. Surtout que la coalition politique à laquelle appartient l’Alliance populaire progressiste (APP), du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, Al Wiam de l’ancien ministre sous Taya et sous Sidi, Boidiel Ould Houmeid, et de Sawab, d’Abdessalam Ould Horma, vient de démentir les accusations de connivence avec le pouvoir, en critiquant le gouvernement qu’elle accuse d’avoir failli sur certains points essentiels du dialogue. Notamment ceux liés à la bonne gouvernance, à la professionnalisation de l’administration et à sa neutralité, ainsi que l’incompatibilité de certaines fonctions avec la pratique de la politique. La CAP dénonce également certaines pratiques « persistantes » comme le clientélisme politique, le non respect des textes et l’utilisation excessive des moyens de l’Etat à des fins politiques, « surtout qu’on est à la veille d’élections qu’on veut être consensuelles, transparentes et libres ».

Toutefois, la CAP persiste et signe en déclarant que le dialogue qu’elle a mené avec le pouvoir, en novembre 2011, a constitué une avancée remarquable dans plusieurs domaines, comme la consolidation de l’unité nationale, les droits de l’homme et le renforcement des institutions démocratiques. Il s’agit là d’une perche tendue au pouvoir, au président Aziz, pour ne pas se laisser entraîner, à nouveau, dans les méandres de la Bipolarité Pouvoir-Opposition, alors que la CAP – mais aussi la Convergence démocratique (CP) formée d’Adil, du MPR et du RD – ont tenté de jouer aux réconciliateurs, ce qui a permis, jusque-là, d’éviter le pire.

Sneiba Mohamed 

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