Candidature de Birame: Un pavé dans la mare

Ira-Biram-epouse 28-01-2014Birame Ould Dah Ould Abeïd, président de l’association anti-esclavagiste IRA, a décidé de se porter candidat à la présidentielle en vue. Il passe, sans transition, de l’humanitaire au politique. Et se présente comme le défenseur des sans voix. Une candidature qui risque de brouiller beaucoup de cartes.

Il y a une semaine, mardi dernier, Birame Ould Dah Ould Abeïd a annoncé son intention de se porter candidat à la magistrature suprême. Il a annoncé sa décision lors d’une cérémonie, haut en couleurs, organisée à la place ‘’La Case’’, une salle de fête située dans un quartier chic de la capitale Nouakchott.

Loin des quartiers précaires, où habitent la majorité de ses fans, il a invité tout le monde politique, la presse et la société civile pour assister à sa mue en politique.

Très peu de politiques avaient répondu à l’invitation. Normal, explique l’un de ses soutiens, car, dit-il, le président de l’IRA ne ménage pas une classe politique qui ne s’est jamais soucié de poser les véritables problèmes du pays et de la société.

Pourtant, le discours développé par Birame, très enthousiaste ce jour là, était plutôt rassurant et franchement modéré. Il tranche complètement avec les ‘’dénonciations et accusations qu’il distribuait à tout vent’’, rapporte un invité. Se positionnant comme l’adversaire de Ould Abdel Aziz – le président des pauvres, Ould Dah a dit qu’il sera le président des riches.

Plus que cela, il a expliqué que personne, qu’il soit riche ou pauvre, ne sera spolié sous son règne ni opprimé. Un clin d’œil aux riches, en grande partie des maures blancs, qui ne piffent pas Birame, le révolté qui dénonce, à sa manière parfois rigoureuse, ‘’extrémiste’’ aux yeux de ses détracteurs, les injustices dont sont victimes les gens de sa communauté.

« Plusieurs milieux et groupes de mauritaniens dans les centres urbains, le monde rural ou au sein de la diaspora m’ont proposé d’être candidat à l’élection présidentielle. J’ai décidé d’accepter que mon nom incarne la volonté commune de changement pour un total respect des droits fondamentaux de chacun. J’entends aussi revivifier l’espoir éclipsé depuis des décennies, dans une alternative citoyenne, temporelle et humaniste », a affirmé Ould Dah. Il poursuit « J’ai décidé d’accepter au nom de la poursuite qualitative du combat pour la cohésion nationale et le rassemblement de toutes les forces positives pour le changement ».

La fin du combat ?

Birame Ould Dah est bien sûr le premier candidat déclaré à la présidentielle qui doit se tenir au mois de juin prochain. Ce jeune descendant de Haratine s’est jusqu’ici investi uniquement dans le champ humanitaire en vue de l’émancipation des Haratines. Contrairement aux pères fondateurs de la cause des anciens esclaves, Ould Dah a inauguré une nouvelle forme de combat basée sur l’action directe.

On le voyait souvent organiser des sit-in devant les commissariats de police, aux ministères, devant la primature, ou envoyer ses hommes attaquer telle famille ou telle maison en vue d’attirer l’attention sur un cas d’esclavage. Bref, il a réussi à poser le problème de l’esclavage en de nouveaux termes qui ont vraiment modifié l’appréhension de la question par les autorités et ont carrément fait évoluer la cause.

Son audace est allé plus loin que cela en s’attaquant aux livres du Fiqh islamique qui, selon lui, faisaient l’apologie de l’esclavage. C’était le célèbre autodafé qui a provoqué un tollé de protestation dans le pays et a valu à son auteur et certains de ses proches compagnons un séjour assez long en prison.

Mais il sort renforcé de cette aventure. Surtout que ses détracteurs n’ont pas réussi à le faire condamner en justice et le gouvernement ne tenait pas particulièrement à le sanctionner. Il avait tout simplement accompagné la foule sans conviction.

A partir de là, il poursuit son action avec un peu plus de hardiesse et de fermeté. Ses efforts seront même récompensés par le prix des droits de l’homme qui lui a été décerné par les Nations Unis en 2013. Auréolé de cette distinction internationale, Biram décide de se lancer en politique en se présentant à la prochaine présidentielle. Ce n’est pas sa première incursion dans la politique. Avant cela, il tenta, en vain, de lancer sa propre formation politique.

Même s’il est encore tôt pour juger la candidature du leader haratine Birame, on peut dire tout de même qu’il a pris un gros risque. Surtout qu’il ne sera plus jamais jugé en tant que combattant des droits de l’homme, une cause noble, mais plutôt entant que simple homme politique poussé, comme les autres hommes politiques qu’il ne cessait de vilipender, par des ambitions personnelles plus que toute autre considération.

Ould Bladi

Source : RMI Biladi

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