Projection du film : « Pourquoi pas nous ? » de Médina. I. Ndiaye

soutienRimweb: Le 9 janvier dernier, à l’Institut Français de Mauritanie (IFM) s’est tenue la 1e projection  du court métrage de  Medina N’Diaye, photographe, et créatrice de bijoux. Un film qui revient sur  le parcours de Fatou Niang footballeuse au club « Camara »  et qui explique le quotidien de « femmes joueuses de foot qui rêvent de concilier foot, familles et société dans une parfaite harmonie » confie Médina Ndiaye, également amoureuse du foot. Une occasion pour cette réalisatrice de plaider : « la société ne nous reconnaît pas comme footballeuses, alors nous existons mais sous estimés », elle qui a réalisé cette production sur fonds propre. Elle espère en faire un long métrage, en cas de soutien.

Awa Seydou Traoré

Interview exclusive de Birame Dah Abeid, président de l’IRA : « Mon rôle se joue en Mauritanie, pas ailleurs, que je sois en liberté ou en prison »

abeid« Certains segments du pouvoir cherchent à m’éliminer physiquement. Mon rôle côtoie le risque. Je vis avec le risque. Pour mon combat, ma vie n’est qu’un modeste sacrifice. »
Après une absence de près de huit mois et une campagne internationale en Afrique, aux Etats-Unis et en Europe pour dénoncer ce qu’il considère être « la situation catastrophique des droits de l’homme en Mauritanie, notamment l’esclavage, la discrimination et le racisme », Birame Dah Abeid, président du mouvement Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) s’apprête à rentrer en Mauritanie. Ce sera le 15 janvier 2017 par le bac de Rosso.
Une date et un lieu symbolique, car c’est à Rosso, le 15 janvier 2015, qu’il a été condamné à 2 ans de prison fermes par le tribunal régional, en compagnie de son vice-président Brahim Bilal Ramadan et Djiby Sow, président de Kawtal, après une Caravane contre l’esclavage agricole. Il nous a accordé cette interview exclusive, à quelques jours d’un retour à haut risque que l’opinion nationale et internationale va suivre avec la plus grande attention.

En dehors d’un certain symbolisme, pourquoi avez-vous décidé de revenir en Mauritanie maintenant à cette date précise, au moment où beaucoup pense que vous risquez d’être arrêté dès votre arrivée ?

Je vous remercie pour cette interview qui arrive à point nommé. Je n’ai jamais dit que j’ai quitté la Mauritanie pour ne jamais y revenir. J’ai quitté la Mauritanie au lendemain de ma libération de prison pour recevoir le Prix Heroes pour la lutte contre l’esclavage et la traite des personnes que le Département d’Etat américain, par le biais de John Kerry, devait me remettre à moi et à mon vice-président Brahim Bilal Ramadan qui m’accompagnait.
C’est en ce moment que nous avions appris l’arrestation de 13 membres du bureau exécutif de l’IRA, suite à une manifestation manigancée par le pouvoir et ses tentatives forcenées de décapiter notre mouvement. Cela, en utilisant tous les moyens, la torture, l’instrumentalisation de la justice et des médias publics et privés. Suite à la mise en place d’un comité de crise que nous avons créé d’urgence pour faire face à cette énième agression, des discussions se sont engagées entre les membres. J’avais opté pour un retour immédiat au pays, mais j’ai été mis en minorité par la majorité qui a opté pour une contre-offensive et une stratégie de riposte à partir de l’extérieur.
Riposte à travers tous les leviers de la communauté internationale, ONGs, missions diplomatiques, organismes internationaux, Etats démocratiques, mais aussi médias internationaux du monde libre et différentes organisations des droits de l’homme en Afrique, en Europe, en Amérique, en Asie, mais aussi en Australie.
Sur un autre front non moins important, il fallait mobiliser la logistique, d’abord au profit des détenus (nourriture, bien-être) mais aussi au profit de leurs familles et aux militants du mouvement, sauvagement torturés et blessés par les forces de l’ordre. Nous avons dû subvenir à leurs soins et à la prise en charge des familles des prisonniers, mais aussi des prisonniers eux-mêmes. Tout cela, nous l’avons mobilisé à partir de l’extérieur.
J’avais dit à mes amis que le jour où l’enquête sur l’affaire « Edebaye Bouamatou » sera clôturée par le pouvoir judiciaire inféodé au pouvoir politique mauritanien, et que je serais cité comme accusé, je débarquerais à Nouakchott. C’était la décision sur laquelle le Comité de crise a trouvé le consensus. J’ai initié et dirigé l’offensive à partir de l’extérieur, avec la présidente Coumba Kane, Bakary Tandian, Sikam Sy et Abidine Merzough. Nous avons commencé à mettre en place notre dispositif d’attaque pour déconstruire les mensonges du gouvernement mauritanien sur une prétendue orchestration de la violence par IRA à « Edebaye Bouamatou ».
Moi-même j’ai présidé aux contacts et à la coordination avec la société civile et politique mauritanienne, avec le barreau. Ce qui a abouti à la constitution d’un front large et compact au niveau national contre les mensonges du gouvernement à propos de cette affaire. Cette action a été renforcée par la grande mobilisation que nous avons pu drainer sur le plan international, englobant les grands Etats démocratiques du monde, les organisations internationales, les Nations Unies, les Etats Unis, l’Union européenne, la Commission africaine des droits de l’Homme, mais également les ONG internationales des droits de l’homme, ainsi que les médias internationaux.
J’ai continué sur une tournée internationale très réussie, et très médiatisée y compris sur le plan national. C’était une bataille rangée entre nous et le gouvernement mauritanien, une bataille diplomatique dans laquelle le pouvoir a subi des défaites retentissantes et cuisantes. Les revers qu’il a subis en Afrique, que nous sillonnions pour la première fois, pour prêcher la cause des victimes d’esclavage, de racisme et du manque de démocratie en Mauritanie. Nous avons aussi réussi à obtenir de la Commission africaine des droits de l’homme, durant sa session d’octobre 2016 à Banjul, une condamnation de la Mauritanie, pour la première fois, sur les pratiques de l’esclavage et la connivence du pouvoir mauritanien avec les criminels de l’esclavage.
Nous avons également réussi à obtenir la condamnation inédite et lourde de conséquences pour la Mauritanie, quand les sept rapporteurs des Nations Unies, dans une position commune, ont condamné la Mauritanie et lui ont demandé des comptes à propos des pratiques des pouvoirs judiciaires et policiers contre les détenus d’IRA et contre le mouvement. Nous avons aussi obtenu la même condamnation de tous les gouvernements du monde, de l’Afrique à l’Amérique du Nord en passant par l’Europe. Il s’agit de victoires sans précédent de l’IRA, victoires que j’ai personnellement dirigé et coordonné avec mes amis ainsi que les partenaires du mouvement.
A la fin de cette mission hautement réussie, j’ai décidé le 17 décembre passé, lors d’une conférence de presse de clôture à Paris, de rentrer au pays. Cette rentrée est symbolique bien sûr, car il y a beaucoup de menaces qui fusent de la Mauritanie à mon égard, promesses qui, s’ils ne proviennent pas du pouvoir, viennent de milieux qui lui sont très proches. Des menaces sensées faire peur à Birame de ne pas rentrer au pays. Mais mon rôle et ma place sont en Mauritanie, que je sois libre ou en prison. Mon rôle, je le joue en Mauritanie, pas ailleurs, je l’ai toujours dit. J’ai terminé ma mission, j’ai clôturé ma tournée et rempli le mandat qui m’a été délégué par le Comité de crise de IRA au lendemain de l’emprisonnement de nos camarades. Maintenant, je rentre au pays.
Avant de venir, ceux qui veulent préparer pour Birame ce qu’ils prétendent préparer, eh bien, je suis sur le chemin de retour. Le 15 janvier 2017 le matin, je quitterais Rosso Sénégal pour rejoindre par le Bac, Rosso Mauritanie, le plus naturellement du monde.
Je saisis cette occasion pour dire à tous les militants, de rester vigilants, de ne pas céder à la provocation, de rester attaché à l’action pacifique, légale et reconnue par la Constitution mauritanienne. Je les adjoins d’être attentifs à l’infiltration de la part de personnes de mauvaise foi, pour pousser des militants non avertis à la violence. N’acceptez pas les infiltrations et le détournement de notre action pacifique. J’invite aussi tous les observateurs, toutes les ONG et tous les partis politiques mauritaniens, à observer ce processus de retour, pour pouvoir témoigner.

Ne craignez-vous pas pour votre vie ? L’assassinat politique est en vogue de nos jours. Un suicide maquillé ou un meurtre commandité, n’est pas à exclure. Vous n’avez pas peur ?

Des rumeurs me sont déjà parvenues, qu’il y a une faction du pouvoir dominant, fraction politique et sécuritaire, qui milite pour une élimination physique, maquillée, comme vous l’avez nommé. J’en ai déjà fait part à certaines personnes représentatives d’institutions internes et externes à la Mauritanie. Ceci est une grosse aventure, une aventure diabolique vers laquelle tire le segment le plus dangereux des groupes au pouvoir. Néanmoins, je pense qu’il y a un minimum de responsabilité qu’on peut escompter de la part des autres segments de ce même pouvoir. Je pense aussi que les uns et les autres ne manqueront pas de réaliser les conséquences extrêmement graves pour l’avenir, l’existence et l’unité de ce pays en cas de pareille action. Quant à moi, je suis dans mon rôle et ce dernier n’a jamais été exempt de risques. Mon rôle côtoie le risque. Mon devoir est de jouer ce rôle jusqu’au bout, avec le maximum de précaution pour la vie et la sécurité des citoyens mauritaniens, pour la paix entre les citoyens mauritaniens, et par de-là la Mauritanie, pour la paix dans le monde. Pour cet engagement, ma vie n’est qu’un modeste sacrifice.

Au cas où vous ne serez pas inquiété et que vous rejoindrez Nouakchott en toute quiétude, comment comptez-vous vous y prendre pour remobiliser des troupes longtemps démobilisées par votre longue absence ?

Je ne pense pas que nos troupes aient été à un quelconque moment démobilisées. Je crois que les troupes sont toujours mobilisées et ont toujours démontré leurs capacités à persévérer dans leurs contestations populaires, légales et pacifiques face à l’arbitraire en Mauritanie. Durant l’incarcération de nos camarades à nos jours, il y a eu des manifestations pacifiques, de nombreuses personnes, femmes et jeunes, dont les pieds et les bras ont été brisés par les forces de l’ordre ; il y a les photos qui circulent sur les réseaux sociaux, sur les interfaces des sites d’information, sur ceux des organisations nationales et internationales des droits de l’homme. Les images montrent la poursuite des manifestations par les militants d’IRA et les répressions féroces auxquelles ils font face.
Il y a cette violence indicible qui se déchaîne chaque fois que nos militants manifestent pacifiquement. La plus récente il y a deux jours devant le ministère de la justice. Il y a eu passage à tabac et agressions injustifiés de militants, certains ont été conduits dans des cachots et torturés par la police mauritanienne. Cette option est une vieille option qui ne nous poussera pas à la violence.
Moi je vais retourner au pays et ce sera les retrouvailles avec les militants. Nos actions se poursuivront avec les yeux rivés vers le bagne de Bir-Moghreïn où sont encore incarcérés nos militants, Moussa Birame, Abdallahi Diop et Abdallahi Maatala Saleck.
D’autre part, quand je rentrerai au pays, j’ai une plateforme de propositions pour le sursaut national, un plan de sauvetage du pays que je vais proposer à des membres de la société civile et politique mauritanienne représentative de ceux qui sont au pouvoir, mais aussi de ceux qui sont dans l’opposition. Le contenu de cette plateforme est le fruit de beaucoup de réflexion et d’échanges avec plusieurs personnes attachées à l’unité et à la paix dans ce pays, mais aussi à l’alternance pacifique et paisible du pouvoir en Mauritanie. Ce contenu sera divulgué aux médias quand les conditions le permettront et selon la réaction et l’intérêt qu’il suscitera auprès des parties concernées.

Le pouvoir n’est-il pas parvenu à vous détourner de votre combat contre l’esclavage en vous mobilisant de façon quasi-permanente autour de manifestations pour la libération de dirigeants ou de militants emprisonnés ?

Je pense que le ciblage de plus en plus grossier, à la fois systématique, récurrent et continue de l’IRA, est une preuve suffisante de l’impact très certain et fort du mouvement aussi bien au niveau national qu’international. Il est le résultat du très fort déploiement diplomatique de l’IRA sur le plan international. Ce qui lui a permis de remporter les différents duels contre le pouvoir. L’impact de l’IRA est aussi celui d’avoir remporté tous ses procès contre le pouvoir. Il n’y a pas un seul procès, parmi les nombreux procès intentés contre le mouvement depuis sa naissance, où le pouvoir mauritanien est sorti victorieux, malgré l’inféodation du pouvoir judiciaire et son instrumentalisation.
Ce qui a permis à IRA de démontrer sa supériorité morale sur le pouvoir, sa capacité de résistance et celle de ses militants. Il est très rare que des membres du mouvement sortent de prison, en faisant allégeance au pouvoir ou en se soumettant à lui. Ils en sortent souvent encore plus engagés et plus déterminés dans leur combat, avec le moral intact et toujours debout, malgré les sévices et les brimades. Cette ténacité est rare dans notre paysage politique. Ténacité face à la peur et à la corruption.
Ces batailles judiciaires pour la décapitation ou la démobilisation du mouvement IRA, que le pouvoir nous assigne à longueur d’année, c’est le pouvoir qui y perd sa légitimité, sa crédibilité et tout simplement sa face. Ces emprisonnements de militants et dirigeants d’IRA sont pour nous de grandes tribunes de plaidoyer pour dénoncer les grands maux dont souffre la Mauritanie et qui ont pour noms, l’esclavage, le racisme, l’exclusion, la discrimination, la gabegie, etc.

Que pensez-vous de la reconnaissance par le pouvoir du parti de Daoud Ould Ahmed Aîcha et celui de Saad Ould Louleïd ?

Cette reconnaissance est un non évènement. Elle va dans le sens de l’agitation qu’orchestre le pouvoir pour désinformer l’opinion. Le régime insinue que l’avènement de l’IRA Mauritanie, qu’il considère comme une organisation extrémiste et sectaire, a suscité d’autres extrémismes. Mais l’extrémisme et le racisme sont les instruments de domination du pouvoir. Nous, nous luttons justement contre ce racisme institutionnalisé et mortel, qui traverse et gangrène toutes les institutions civiles, militaires et sécuritaires du pays, y compris les institutions financières, religieuses et même éducatives. C’est le racisme d’Etat mauritanien qui a été aiguisé par l’extrême droite arabo-berbère que représente le Chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz.
Ils ne peuvent pas détourner le regard de la communauté nationale et internationale qui observe et dénonce l’arbitraire et le sectarisme du pouvoir. Cette manœuvre qui consiste à chercher à détourner le regard de l’enracinement du racisme au sein des institutions et du pouvoir mauritanien vers d’autres personnes, dont les propos et les actes n’ont aucun impact sur la vie des populations, cette manœuvre ne peut pas nous tromper. Nous continuerons quant à nous à lutter contre le racisme institutionnalisé et le sectarisme perpétré par des personnes et des institutions qui symbolisent l’Etat mauritanien, à savoir le Chef de l’Etat, le gouvernement, le parlement, les tribunaux, les institutions judiciaires, les institutions sécuritaires. C’est ça le racisme qui menace la paix civile et les droits des Mauritaniens dans leur intégrité physique et morale.
Ce monsieur, Daoud Ould Ahmed Aïcha, je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu. S’il est raciste, son racisme est individuel et n’a aucune incidence sur la chose publique. Un seul juge ou un seul policier peut s’en occuper, il va se calmer. Le premier jugement et la première garde-à-vue suffiront à le remettre à sa place. Je pense et j’ai des preuves, c’est quelqu’un qui a eu un mandat de la part des services de renseignement pour jouer au trouble-fête, pour permettre au pouvoir de l’utiliser comme expiatoire, pour détourner les regards du véritable racisme d’Etat qui sévit de manière multiforme contre les populations. Mais ça ne marchera pas avec IRA.

Que pensez-vous du rôle que joue Saad Ould Louleïd, accusé par certains de vouloir déstabiliser le mouvement IRA ? Quel regard portez-vous sur le personnage ?

Je ne suis pas très porté à faire des jugements sur des personnes. Je pense que lorsque Saad était avec nous, il était engagé à nos côtés. Comme il nous a quittés, moi je n’ai pas l’habitude de commenter les actes et les paroles des gens qui ont quitté IRA.

Quel regard portez-vous sur la situation politique en Mauritanie ?

Je pense que la scène politique mauritanienne, comme la société civile et le cercle des droits de l’homme, est malheureusement minée. Il y règne un climat très malsain parce que le pouvoir en place a agi de la sorte en essayant de dresser les Mauritaniens les uns contre les autres, dans une démarche non conventionnelle ni politique, dans un dressage ethnique, sectaire et religieux. Le pouvoir manipule les sentiments religieux des Mauritaniens pour leur dire, « Je suis avec Dieu et l’opposition est avec le Diable », pour leur dire aussi « Je suis avec l’Islam et les défenseurs des droits de l’Homme sont contre l’Islam ». Je pense que nous sommes en train de filer tout droit vers le mur, si cette bombe n’est pas désamorcée.
Il y a la fanatisation grandissante d’une partie des Mauritaniens contre d’autres, la fanatisation d’un certain segment religieux, social, politique et ethnique contre d’autres. Le pouvoir à mon avis a agi avec beaucoup d’irresponsabilité ces dernières années, en instrumentalisant le sentiment religieux à chaque occasion et en menant des propagandes qui peuvent conduire à des surenchères de non-retour. Il est temps que les segments responsables au sein du pouvoir en Mauritanie se ressaisissent et que le Chef de l’Etat revienne à la raison, qu’ils sachent tous qu’on ne peut pas prospérer sur ce genre de manipulation extrêmement dangereux et sensible.
Le pouvoir doit reconnaître que l’Islam est la religion de tous les Mauritaniens et que toute la population est musulmane. S’il y a des différences et des oppositions, ce n’est pas entre pro-Islam et anti-Islam. C’est un faux débat. C’est un dangereux débat. Un débat irresponsable. Je pense que l’élite politique a déserté le terrain pour laisser la place à une élite ethniciste qui défend l’idée erronée selon laquelle un prétendu danger menacerait l’Islam en Mauritanie. Cette théorie du complot nous éloigne de l’objectivité et de la raison tout court. Je peux illustrer ces propos à travers la position adoptée par le vice-président du parti Tawassoul et député à l’Assemblée nationale, Mohamed Ghoulam Ould El Hadj Cheikh.
Un homme qui n’a jamais caché son antipathie pour le combat d’IRA, mais qui, convaincu de la torture subie par les militants du mouvement en prison, s’est levé dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale pour interpeller le ministre de la Justice et dénoncer des pratiques qui selon lui « n’existent même pas dans les geôles d’Israël » réputés pour leur férocité. La grande partie des réactions, exprimées par des personnes sensées comme lui défendre l’intégrité physique et morale de citoyens mauritaniens, abstraction faite de leur appartenance idéologique, prouve que l’amalgame est déjà très grand.
Beaucoup ont reproché à Mohamed Ghoulam d’avoir dénoncé la torture, tout simplement parce que les personnes concernées appartiennent au mouvement IRA. Ce qui est extrêmement grave. Je salue au passage et je rends hommage à l’objectivité de ce député, bien que nous ne défendions pas les mêmes convictions politiques. Il suffit que nous partagions ensemble les mêmes valeurs, comme l’intégrité physique et morale des personnes et que nous condamnions toute forme de torture.

Quels sont vos projets à quelques encablures d’une transition politique très attendue en 2019 ?

Mes projets, et celui du mouvement IRA, est de participer dans les premières lignes à ce que les Mauritaniens puissent réaliser une transition démocratique et une alternance politique apaisée. Pour cela, nous allons continuer à nous adosser au droit national et au droit international. Nous continuerons à jouer le rôle de soldat vigilant de la société, à veiller au respect des lois individuelles et collectives, au respect des procédures juridiques et démocratiques constitutionnelles, basées sur l’état de droit. Nous continuerons à donner le sacrifice nécessaire pour que la Mauritanie sorte sans dégâts du marasme et des crises multiformes qui la taraudent.
Nous lançons dans ce cadre un appel à l’opposition dans ses différents compartiments, associations civiles et politiques, afin qu’elle s’unisse dans un climat démocratique et dans un sursaut national, afin de prémunir le front de l’opposition des dissensions et des phagocytages qui la menacent à la veille de ce processus de transition encore incertain et périlleux. Nous lançons un appel à l’opposition politique traditionnelle et l’invitons à faire les concessions nécessaires à l’opposition sociale, celle des droits de l’homme, afin de répondre à l’espoir et à l’adhésion des larges pans de la population mauritanienne victimes d’esclavage, de racisme, de paupérisation, et d’exclusion sociale et économique.
Nous lançons le même appel à l’opposition sociale, dont IRA est la plus représentative. Le ticket gagnant est la jonction entre ces différentes oppositions. Nous à IRA nous allons consentir à toutes les concessions qui ne touchent pas à nos principes et à nos engagements. En deuxième point, nous lançons un appel au pouvoir et à ses segment qui ont usé de tous les simagrées pour s’offrir des privilèges indus, en les invitant à se ressaisir et à s’inscrire dans le repentir et le rachat de conscience face à leur peuple.
Je lance un appel à tous les ponts civils et militaires qui sont capables de revenir à la raison et d’agir en toute responsabilité, car le recyclage est encore possible, à travers des discours ou des actions solennelles. Tout cela ne fera que consolider la paix et la concorde. Le Chef de l’Etat lui-même, Mohamed Ould Abdel Aziz, peut être utile en cette période, s’il accepte sans rancœur, sans regret et en toute humilité, de se comporter en ancien Chef d’Etat responsable de son peuple et de la situation qu’il va lui léguer, en garantissant une transition démocratique et paisible susceptible de conduire à une alternance politique réussie.

Propos recueillis par
Cheikh Aïdara

Source : L’Authentique

Entretien exclusif à Tawary/M.Houcein Dieng : « Les discours communautaires, véreux et racistes de tout bord ne seront entendus que par des oreilles distraites »

houceinIl est connu, M. El Houcein Dieng Ex Secrétaire Général de l’IRA- Mauritanie, comme un homme qui ne « mâche pas ses mots » et qui ose dire tout haut ce que les autres murmurent tout bas.
Membre fondateur, il est le premier militant à oser dire non à Biram Dah Abeid en pleine assemblée avant de claquer la porte. Ainsi, l’histoire retiendra qu’il a donné le courage à ses autres frères et sœurs de savoir dire non et pour certains de quitter le mouvement Ira.
« Un oui n’a de sens que si l’on peut dire non ». Dans l’Entretien qu’il a accepté qu’il a accordé à l’Agence Tawary d’Information, le militant des droits de l’homme se prononce sur quelques grandes questions de l’heure.

Vous avez effectué deux visites marquées par une série de conférences de presse adoubée de marche de soutien aux acquis démocratiques et des droits de l’Homme aussi bien à Dakar qu’à Abidjan.  Pouvez-vous nous faire l’économie de ses campagnes médiatiques, leurs raisons et objectifs?

Houcein Dieng: Vous me donnez l’occasion ici de transmettre au peuple mauritanien et à la communauté internationale mes vœux de bonne santé, de bonheur et de succès mais aussi et surtout des souhaits pour la fin des guerres et la réconciliation des esprits et des cœurs. Et que l’année 2017 soit meilleure.

En ce qui concerne votre question, les campagnes médiatiques orchestrées à l’extérieur du pays font partie des stratégies de communication, de rapprochement avec la diaspora et la communauté internationale qui semble méconnaitre les réalités des progrès en Mauritanie.

D’abord, il s’agit pour nous de mettre à niveau les ressortissants mauritaniens sur les acquis de la Mauritanie mais aussi sur les attentes et particulièrement en matière de droits humains et de la justice sociale. Ensuite, le mauritanien où il se trouve a besoin de suivre la marche de son pays. Le tissu ombilical qui le lie à sa nation doit être maintenu et protégé. Puis est important aussi de communiquer à l’extérieur. Enfin, il est aussi crucial de savoir que ces campagnes médiatiques ne sont dirigées contre aucune personne et encore moins contre des structures.

En plus, il est important de dire que nous comptons avec l’aide d’Allah de continuer à œuvrer pour une Mauritanie unie et égalitaire en mettant l’accent sur la nécessité de maintenir la stabilité et la sécurité. Nous avons des acquis qu’il faut jalousement garder grâce à nos forces armées et de sécurité sous la direction du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Votre départ (le premier) de l’Ira a occasionné aujourd’hui plusieurs autres. Qu’est ce qui explique ces départs en cascade de cette initiative dont vous êtes le seul membre fondateur parmi tous ceux qui ont quitté?

Là, vous posez une question pertinente que d’ailleurs certaines organisations internationales partenaires à cette initiative se posent sans arriver à trouver la réponse. Autrement dit, qu’est ce qui ne va pas dans cette initiative qui était sensée être l’appropriation des ayants de droits de ce pays ?

C’est une association qui n’est pas démocratique car seule une personne fait et défait. Je parle sous le contrôle de ses dirigeants actuels avec qui j’ai flirté pour savoir qui est qui et qui peut faire quoi.

En dehors du climat non démocratique et mal saint ou chaque militant rouspète, la gestion du mouvement se fait avec les humeurs de son président qui prétend être le seul connaisseur.L’improvisation est maitre mot sans oublier que c’est une structure qui développe un discours communautaire.

Au sein de cette initiative, vous avez un « ensemble rétréci » composé de son président et de quelques individus qui se partagent le gâteau au détriment des personnes qui sont souvent mobilisées et que vous voyez dans les rues.

Comment voulez vous exiger des autres, la démocratie et les droits de l’homme alors qu’au même moment vous outrepassez le minimum de ces notions.

Enfin, il y’a des questions qui ne trouveront jamais de réponse dans cette initiative qui diabolise son pays telles que: d’où viennent les fonds avec lesquels les éléments du comité de paix sont payés? Qui sont les partenaires officiels de cette initiative ? Sur quelle base est reçu celui qui se dit « président » au terme de ses tournées? Quelles sont les personnalités du monde, organisations et institutions qui se cachent derrière ces audiences que ce monsieur arrive à réaliser? De quoi les pauvres populations surtout Haratines qui sont particulièrement dans les grandes agglomérations ont-ils bénéficié de l’Ira?

Et la grande question qui se pose est-ce Ira a une seule fois réalisée un projet en Mauritanie?

Pour conclure cette réponse, nous savons tous que Ira n’est qu’un tremplin politique pour certains individus.

Quant au tintamarre fait sur la collection des prix enregistrés au niveau international est-ce que cela a eu un impact sur la vie du mauritanien ou du haratin qu’on prétend défendre?

Que vous inspirent les invitations de l’Elysée, du gouvernement anglais et bien d’autres institutions non moins importantes à l’endroit du défenseur des droits de l’homme Biram Dah Abeid qui sont considérés comme des succès diplomatiques enregistrés par le mouvement Ira?

A savoir que toutes les audiences et rencontres accordées à ce monsieur qui dirige cette initiative sont minutieusement préparées par des hommes et des femmes qui cherchent à ternir l’image du pays.

Il y’a des manœuvres qui sont en train d’être commanditées pour soutenir un chaos dans le pays. Ce qui dit que ces alliances contre nature sont l’objet d’une concomitance entre des citoyens mauritaniens opposants au régime qui ont commencé à dévoiler leurs visages par des actes qu’ils posent un peu partout.

Ce qui se forme contre la Mauritanie est très dangereux et les propos tenus récemment par un parti politique marocain montrent la gravité de la situation. De ce fait, on peut dire que des multinationales travaillent même contre le gouvernement.

Toutes ces audiences entrent dans ce cadre pour déstabiliser un pouvoir démocratiquement élu et un peuple uni.

Quelle appréciation faites-vous de la situation des droits humains  et de la lutte contre les séquelles de l’esclavage sur le terrain,   en tant que militant avisé ?

Le rôle d’une organisation des droits de l’homme est de reconnaitre et d’encourager les pouvoirs publics quand ceux-ci affichent des réalisations d’ailleurs saluées un peu partout dans le monde mais aussi de tirer sur la sonnette d’alarme à chaque fois qu’un recul est observé en matière des libertés individuelles et collectives.

Nous vivons en Mauritanie une démocratie appréciable ou le droit à l’expression est garanti et aucun prisonnier politique ne figure dans le registre des prisons.

L’analyse objective voir satisfaisante et les conclusions combien encourageantes de la délégation de la commission Africaine des droits de l’homme et des peuples qui vient de séjourner dans le pays en disent long sur la situation des droits de l’homme.

Il y’ a cependant un processus irréversible qui suivra son cours normal comme dans tous les pays pour créer le même niveau de droits de l’homme et de démocratie que les autres puissances dans le monde. La marche sera longue, mais elle portera ses fruits et ce sera dans l’intérêt supérieur de la nation.

Nous avons la chance d’avoir un Commissaire aux droits de l’homme et à l’action humanitaire, juriste de formation en l’occurrence M. Cheikh Tourad Ould Abdel Maleck qui a dix sept ans d’expérience et d’expertise en matière de droits humains qui se déploie corps et âme pour la promotion, la protection et la défense des droits humains depuis qu’il est à la tête du commissariat.

Les autorités du pays vont-elles vraiment dans le sens souhaité par le peuple,  dans la mesure où  elles font  l’objet de critiques pas moins acerbes de la part de certaines organisations des droits de l’homme et de l’opposition dite radicale?

Il est nécessaire de comprendre que toutes les organisations internationales des droits de l’homme qui tirent sur la Mauritanie ne se sont jamais données la peine d’envisager de par leurs propres soins des enquêtes ou un travail de terrain en territoire mauritanien devant les permettre ou non d’épingler le pays.

Ce sont des organisations qui se suffisent de déclarations fallacieuses et partisanes pour prendre position.

La Mauritanie souhaiterait bien les accueillir sur son sol pour entreprendre avec elles tout ce qui est requis afin que leurs expériences et expertises soient complémentaires aux réalisations déjà acquises.

Ainsi, nous devons travailler pour soutenir un Etat de droit avec la réalisation d’institutions fortes et démocratiques pour choisir nos dirigeants pas sur la base de la couleur mais du patriotisme et des compétences. Les discours communautaires, véreux et racistes de tout bord ne seront entendus que par des oreilles distraites.

Votre organisation a reçu il y a quelques jours la visite d’une importante délégation de l’Ambassade des Etats Unis d’Amérique dans notre pays. Quels sont les secrets de cette rencontre ?

Cette visite entre dans le cadre d’une part de la demande d’audience que l’Initiative Mauritanienne des Droits de l’Homme avait adressé au Chef du département d’Etat Américain sortant et d’autres parts de la volonté des autorités de l’Ambassade de rencontrer les acteurs de la vie politique été de la société civile née de la vision de son Excellence Mr André Larry qui ne ménage aucun effort depuis son installation à parcourir tout le pays pour écouter tout le monde. A IMDH, nous saluons cette conception des choses. Néanmoins cette même demande sera réitérée pour le nouvel entrant.

Cette série de rencontres avec des dirigeants du monde est une stratégie de l’Initiative pour la mise à niveau mais aussi un besoin d’écoutes et de partages.

La rue mauritanienne  réclame l’exécution de l’auteur de l’article blasphème.    Votre commentaire là-dessus?

Il s’agit d’une demande populaire exprimée par des mauritaniennes et des mauritaniens dont le point de vue est à respecter.C’est dire qu’il revient cependant à la justice de trancher.

Votre dernier mot

Au finish, je lance un appel à toutes les composantes de la Mauritanie afin de s’unir davantage et de placer l’intérêt général au dessus de tout. En somme, nous devons avoir comme seul principe la Mauritanie d’abord.

Propos recueillis par A.SIDI

Source: Tawary

Président élu de la Gambie : « J’ai confiance en l’Armée » (Interview)

confiance-en«Nous avions toujours confiance en l’Armée. A l’annonce des résultats, le chef d’état major nous a joint en promettant de nous soutenir en tant que président élu », a déclaré le président élu de la Gamba Adama Barrao dans cette interview accordée à Alakhbar.

Monsieur le président élu de la Gambi, est-ce que vous maintenez votre invitation à Yahya Jammeh a assister à votre cérémonie d’investiture ?

Je voudrais bien voir le président Yahya Jammeh et le président Daouda Kairaba Diawra (premier président de la Gambie) assister à la cérémonie de mon investiture. Le président Jammeh pourra prendre la parole ce jour-là. Cela va honorer la Gambie et l’Afrique entière. Le pouvoir n’est pas éternel. Daouda Diawra a quitté. Dieu a décidé la fin de règne de Yahya Jammeh. Moi aussi je quitterai le pouvoir. Yahya Jammeh doit comprendre que l’alternance pacifique au pouvoir renforce notre démocratie.

Yahya Jammeh pourrait craindre des poursuites judiciaires?

Nous (la coalition de l’opposition) avons toujours appelé en faveur de la paix. Lors de la campagne électorale, nous avons lancé des messages de paix.

La Constitution nous accorde le droit de former un parti politique ou de militer dans l’opposition. Nous l’avons fait. Nous avons battu campagne. Nous nous sommes fait connaitre et nous avons expliqué notre programme aux Gambiens qui l’ont accepté et voté pour nous. Yayha Jammeh a reconnu sa défaite. Il a pris le Coran et dit que le pouvoir lui a été confié par Allah un vendredi et qu’il le lui a retiré un autre vendredi.  Le président Jammeh est allé jusqu’à dire que le système électoral gambien est le meilleur au monde et qu’il ne peut pas y avoir de fraudes. Jammeh était clair dans ses déclarations qui, par ailleurs, allaient dans le sens de la paix. Après, il a commis l’erreur de vouloir violer la Constitution. L’erreur est humaine. Pour cette raison, nous lui avons tenu un discours d’apaisement.

Un membre de votre coalition a menacé Jammeh de poursuites judiciaires.

La coalition n’a jamais menacé de traduire Yahya Jammeh en justice. Il a occupé le fauteuil présidentiel pendant 22 ans. Il est Gambien. Il a travaillé pour ce pays. Si l’Afrique du Sud a pu surmonter apartheid et permis au parti ANC de mener ses activités normalement nous, aussi, pourrons travailler avec qui que ce soit.

Pourquoi vous n’acceptez pas que Jammeh conteste légalement le résultat de la présidentielle devant la Cour suprême ?

Un président de la République doit connaitre les règles et agir en fonction de la loi. Yahya Jammeh a violé la loi en décidant d’annuler les élections présidentielles. Il veut aujourd’hui, saisir la Cour suprême. Comment ? Il n’existe plus de cour suprême en Gambie, depuis un an. Beaucoup de dossiers concernant cette sont restés sans suite. Quand notre chef de parti était arrêté nous devions saisir la cour suprême sur certains points, mais en vain. La cour suprême n’existait plus. Le président Jammeh a chassé tous les juges de la Cour suprême. Ce n’est pas parce qu’il a besoin d’une Cour suprême qu’il faut en créer une.

Que compterez-vous faire si la Cour suprême annule le résultat de l’élection ?

Cela va rendre sa situation plus complexe. Il faut œuvrer dans l’intérêt général de la nation. Si le président Jammeh devra agir de la sorte c’est qu’il ne veille qu’à ses intérêts particuliers. Et je pense que son attitude le prouve.

Le Sénégal a mobilisé la Communauté internationale pour vous. Votre sécurité est assurée par des Sénégalais. Pourquoi vous êtes si  lié au Sénégal ?

Le Sénégal est un pays voisin qui entretient de bonnes relations avec la Gambie. La stabilité dans un pays veut dire la paix dans l’autre.

Je dois préciser que ces agents de sécurité sénégalais viennent d’une compagnie privée et non de l’Etat sénégalais. J’ai le droit d’assurer ma protection si l’Etat ne m’offre pas la sécurité. Des criminels peuvent m’agresser. Des gens qui ne m’aiment pas peuvent m’attaquer pendant que je suis sans défense.

Aujourd’hui, nous n’avons pas aperçu ces agents de sécurité sénégalais. Où sont-ils ?

Nous voulons éviter des problèmes diplomatiques entre le Sénégal et la Gambie. Nous nous en remettons à Dieu sachant que seul Dieu peut garantir la sécurité des personnes.

Le chef d’état major avait déclaré son soutien au président élu. Mais on ne l’a pas entendu depuis le rejet par Yahya Jammeh des résultats électoraux. Avez-vous le soutien de l’Armée ?

L’armée ne s’est pas manifestée de nouveau. Mais nous avons toujours confiance en elle. A l’annonce des résultats, le chef d’état major nous a joint en promettant de nous soutenir en tant que président élu. Je suis sûr que l’armée va bientôt se prononcer.

Vous êtes élu à l’issue d’un votre ethnique. Pensez-vous représenter l’ensemble du peuple gambien ?

Ce n’est pas une seule ethnie qui m’a élu. Beaucoup de Gambiens ont voté pour moi. Une seule ethnie ne peut pas élire un président de la République en Gambie. Et moi, j’appartiens à plusieurs communautés gambiennes: mon père est de la communauté Socé et ma mère de la communauté Peul. J’ai encore des oncles sarakhoulé et mais deux petites sœurs sont mariées à des Jola.

Que pensez des Mauritaniens qui forment la plus grande communauté de commerçants en Gambie ?

Les commerçants mauritaniens sont venus me féliciter après les élections. Avant même les ces élections, les Mauritaniens sont connus comme étant pacifiques. Vous pouvez vous rendre dans les tribunaux du pays, vous ne verrez pas de Mauritaniens devant la barre excepté quelques uns. Cela veut dire qu’ils respectent la loi et cela est à encourager.

Source: alakhbar.

M. Mohamed Borboss, président du parti Moustaqbel, dans une interview exclusive : ‘’Nous ne pouvons que déplorer les situations très indélicates et on ne peut plus embarrassantes dans lesquels nous mettent l’Etat mauritanien et IRA’’

borbossVous avez pris part au dialogue national inclusif tenu du 29 septembre au 20 octobre passés. Les résultats du dialogue ont-ils étaient à la hauteur de vos attentes ?

Mohamed Borboss : Nous avons failli répondre : « naturellement » mais nous nous tenons à : « heureusement », loin de nous la prétention que nos points de vue avaient été plébiscités. Presque 60% de nos préoccupations avaient été prises en charge dans les résultats de ce dialogue, oui ! Dans les 40% restants, il y a ce que nous avons partagé avec d’autres même si nous ne l’avions pas proposé nous-mêmes au départ, mais il y a aussi ce qui ne nous agrée point du tout, mais telle est la règle du jeu, n’est-ce pas !

Permettez-moi de rappeler deux choses seulement :

-la première c’est qu’ en tant que parti politique, soucieux de contribuer à une réelle évolution de la démocratie dans notre pays, nous n’avons et ne cherchons d’autres moyens par lesquels partager nos points de vue avec l’autre que par le biais du dialogue qui a pour base et voie essentielles, le donner et le recevoir, socle d’un réel respect mutuel et d’un échange réciproque fructueux ;

-la deuxième et qui n’est pas moindre, c’est que connaissant notre terrain politique, ses acteurs, les conséquences tragiques et destructrices (desdites révolutions ou changements violents dans nos mondes arabe et africain), nous ne nous aventurerons guère à tout détruire avec la folle et fausse prétention de trop gagner. Encore une fois, Paris ne s’est pas construite en un jour ! C’est appliquer en d’autres termes l’adage : « petit à petit l’oiseau fait son nid ». On fait « dou…..ce…..ment » car on est pressé, comme a dit quelqu’un.

- Où en êtes-vous avec la mise en œuvre des résolutions de ce dialogue? Qu’est-ce qui a été fait jusqu’ici ?

-Après la signature de l’accord politique par les deux parties Majorité et Opposition avec le Ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République :

– un comité de suivi représentant toutes les parties ayant pris part au dialogue a été mis sur pied ;

-une commission tripartite de mise en œuvre de l’accord politique a été nouvellement créée (Majorité, Opposition et Représentants du Pouvoir) ;

– Il lui est revenu l’honneur d’élaborer les amendements de la constitution à soumettre au référendum.

Voilà ce qui était urgent.

Nous pensons que ceci étant fait, nous ne tarderons pas à plancher sur le reste de l’accord politique qui renferme énormément de points qui constituent d’autres priorités pour plus d’un.

-Ce dialogue a été boycotté, comme en 2011 par une grande partie de l’opposition (FNDU, le RFD et l’UNAD). Cette même opposition vient d’ailleurs d’annoncer son boycott du référendum en préparation pour adopter les amendements constitutionnels (suppression du sénat et création de conseils régionaux, modifications couleur drapeau et paroles hymne national…). Quel commentaire cela vous inspire?

-Ces forces et partis politiques que nous respectons et que nous nous garderons ici de qualifier sont dans leur droit de prendre la décision ou la position qui leur sied mais nous voudrions vous rappeler qu’en 2011, seuls trois partis de l’opposition avaient participé au fameux dialogue que l’on connait, cela n’a en rien entaché sa crédibilité.

- Le référendum sera suivi comme annoncé par des élections municipales et législatives anticipées. Pensez-vous qu’il y a une chance pour que l’opposition qualifiée de radicale puisse prendre par à ces élections?

-Ces élections anticipées que nous voudrions dans les délais les plus brefs attireront ce qu’elles pourront attirer. La scène politique « n’accouchera que de ce qu’elle a déjà pu accoucher », si pour cette fois-ci on ne va pas assister à la mise au monde de nombreux jumeaux se bousculant frénétiquement et dangereusement pour avoir leur place eux aussi sous le soleil et avoir droit de cité.

-Comment avez-vous accueilli le verdict du jugement en appel des militants de IRA Mauritanie ?

Vous savez, nous ne pouvons que déplorer les situations très indélicates et on ne peut plus embarrassantes dans lesquels nous mettent et l’Etat mauritanien mais IRA, aussi. On triche de part et d’autre, sans nul doute.
Tout en prônant et encouragent la tendance vers une réelle ouverture des espaces de liberté et la consolidation des acquis de notre démocratie naissante, nous n’avons pu savoir de quel côté donner de la tête car il ya un jeu entre Pouvoir et IRA qui ne dit pas son nom et malgré ses soubresauts visibles, il a des soubassements qui nous dépassent.
Nous comprenons très mal qu’ IRA soit accusée d’avoir provoqué tous les dégâts qu’on nous a fait voir à la télévision, à travers les journaux, les sites -et j’en passe- , que ses militants soient emprisonnés pendant tout ce temps- là et que tout cela ne soit que de la consommation en vue de discréditer IRA, cette organisation que le pouvoir taxe d’illégale !
Nous ne pouvons comprendre que nos frères et fils des forces de l’ordre dont certains ont failli perdre leur vie, d’autres sont devenus invalides et d’autres trainent encore leurs maux n’ont subi tout cela que pour alimenter une mesquine propagande sans visage, sans foi, ni loi !
Peut-on comprendre qu’IRA ait fait tous ses manquements : instabilité, désordre publique, coups et blessures contre des agents de l’Etat en exercice, destruction et saccage des biens du peuple mauritanien et qu’au niveau de la justice, la montagne accouche d’une souris ! Ce n’est quand même pas facile à digérer.
Nous le disons haut et fort : Ca suffit ! Cela n’a que trop duré, sapant notre crédibilité en tant qu’Etat, notre quiétude en tant que société plurielle mais unique et intrinsèquement complémentaire, notre respect en tant qu’Homme tout court et tout simplement. Cela doit s’arrêter impérativement. Loin de vouloir plaire à un tel, ou déplaire à un tel autre, loin de plier l’échine à celui –ci ou de rendre la gifle à celui-là, frayons notre voix par nous, pour nous et avec nous-mêmes, le bout du tunnel n’est qu’à un doigt.

Propos recueillis par Dalay Lam

Source : Le Calame

Endoctrinée, aujourd’hui rescapée du salafisme, elle raconte sa liberté retrouvée

endoctrineeA 20 ans, elle vivait en France selon la doctrine salafiste et portait un jilbab qui cachait tout son corps. Après un mariage, trois enfants et dix années d’obscurantisme qui l’ont détruite, elle trouve le courage de s’émanciper. Pour devenir une femme musulmane libre.

ELLE. Pourquoi décider de parler à visage découvert ?

Henda Ayari. Parce qu’il y a urgence. Je vois de plus en plus de jeunes femmes en France, enfermées dans leurs longs voiles et dans cette doctrine. Dix jours après les attentats du 13 novembre, j’ai posté sur Facebook des photos de moi en jilbab et d’autres sans voile, en expliquant combien j’étais heureuse d’avoir retrouvé ma liberté. J’ai été sidérée par le nombre de réactions de filles qui vivaient ce que j’ai vécu, et me demandaient de l’aide. Le salafisme est un piège destructeur pour les femmes. Cette idéologie culpabilise, asservit, détruit.

ELLE. Comment s’opère cette destruction ?

Henda Ayari. Des jeunes filles en quête d’amour, de confiance en elles, révoltées contre le statut de la femme objet et contre la société tout court, tombent dans le panneau en croyant que les salafistes vont les protéger. Faux ! Le prétendu respect des femmes prôné par les salafistes est enrobé par des belles paroles. Mon parcours démontre que ce ne sont que mensonges et manipulations mentales, sous couvert d’un pseudo discours religieux destiné à maintenir les femmes sous une dépendance permanente. A les rabaisser à un rôle mineur.

ELLE. Vous témoignez dans votre récit de l’hypocrisie totale des hommes salafistes envers le sexe…

Henda Ayari. Les « barbus » draguent autant que les autres. Et, sous prétexte d’aider une « sœur », ils attendent souvent une contrepartie sexuelle. J’y ai été confrontée. La polygamie est une vaste hypocrisie. C’est un moyen d’utiliser la femme comme un objet alors que le salafisme prétend la libérer de l’esclavage sexuel de la société « du dehors ». J’ai vu tant de gamines mariées à 17 ans, mères d’un enfant à 18, de trois à 25, se retrouver au RSA parce que leur mari salafiste les a quittées pour en choisir une autre. J’en ai vu d’autres, victimes de violences conjugales, être menacées de mort lorsqu’elles veulent partir. Elles ont besoin d’aide.

ELLE. Subissez-vous des menaces ?

Henda Ayari. On dit de moi que je suis une traîtresse. J’ai été insultée sur les réseaux sociaux, j’ai reçu des menaces de mort, j’ai dû déménager. Mais tant d’autres me soutiennent aussi ! Si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu’une femme à s’en sortir, j’aurai gagné. Au travers de mon association « Libératrices », je travaille avec des services d’accueil et des avocats, pour offrir à ces femmes des portes de sortie. L’islam, ce n’est pas le salafisme. Le voile n’est pas obligatoire pour être une bonne musulmane. Je crois fermement que les femmes musulmanes doivent prendre la parole. Je suis une rescapée. C’est de ma responsabilité de témoigner.

Source : MSN Actualités

Invité Afrique/RFI – Fatimata Mbaye: pas de «volonté réelle d’éradication de l’esclavage en Mauritanie»

il-encoreY a-t-il encore des esclaves en Mauritanie ? Oui, affirment les défenseurs des droits de l’homme. Non, répliquent les autorités. Ce qui semble avéré, c’est qu’il existe encore des pratiques d’asservissement, que dénoncent notamment le mouvement abolitionniste, l’ONG Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA).
Or, la répression du pouvoir s’abat sur ce mouvement. L’avocate du barreau de Nouakchott, Fatimata Mbaye, préside l’Association mauritanienne des droits de l’homme (AMDH). De passage à Paris, où elle vient de recevoir le prix Goralska, elle témoigne au micro de Christophe Boisbouvier.
« Le problème, c’est que nous n’avons pas une volonté réelle de l’éradication de l’esclavage en Mauritanie. Nous avons l’impression, nous, les Mauritaniens, que toutes ces lois, que tout cet arsenal qui a été mis en place, n’est pas réellement fait pour les Mauritaniens. »

Pour écouter l’interview, cliquez ici :

https://www.youtube.com/watch?v=J4kh7Re-_g8

Source:RFI

Trois questions à Baro Mohamed président du Parti de l’Unité et du Développement, membre de la CMP : « La question du 3ème mandat a fortement pollué l’atmosphère alors même qu’elle ne figurait pas à l’ordre du jour du dialogue »

baro-mohamedLe dialogue national inclusif a pris fin jeudi soir. Quelles appréciations portez-vous sur les débats et l’accord qui vient d’être paraphé par les participants ?

Baro Mohamed : Je tiens, tout d’abord, à remercier tous ceux qui ont pris part à ces assises, contribué à leur plein succès, notamment au président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz qui a permis et favorisé la tenue de ce grand conclave du donner et du recevoir.
Le dialogue, qui vient de se terminer au Palais des congrès a démontré, à la face du Monde, que les Mauritaniens sont capables de dépassement, disposent d’une maturité politique, pour trouver, ensemble, des solutions à leurs problèmes. Des problèmes liés à l’éducation, à la santé, à l’emploi des jeunes, à l’avenir de ce pays, au renforcement et à l’ancrage de la démocratie, à l’unité nationale, à la lutte contre la pauvreté, à la bonne gouvernance économique…
On est sorti de ce grand conclave avec des recommandations importantes, consignées dans un document important. Il appartiendra, désormais, à la commission de suivi et d’orientation de les traduire dans les faits, à travers des textes de lois, pour le bien-être de l’ensemble du peuple mauritaniens. Pour, non seulement, ceux qui ont pris part à ce conclave mais, aussi, pour ceux qui, pour des raisons qui leur sont propres et que nous respectons, ont choisi le boycott.
Les débats ont, certes, été houleux, notamment dans l’atelier III, celui des réformes constitutionnelles. Les uns et les autres sont intervenus, pour défendre, chacun, sa position.
Et, à l’arrivée, tous se sont mis d’accord autour de l’essentiel, à savoir ce qui fait avancer leur pays. Nous sortons, donc, de ce dialogue, avec le sentiment du devoir accompli, avec l’espoir de voir émerger une Mauritanie nouvelle, unie, égalitaire et prospère, pour, bien entendu, tous ses citoyens. Nous avons les moyens d’y parvenir, il suffit d’y croire.

- La question du troisième mandat a fortement cristallisé les débats. Comprenez-vous pourquoi s’est-elle invitée aux discussions ? Pensez-vous, comme le Président l’a dit dans son discours de clôture, que cette question est désormais dépassée ?

– Effectivement, cette question a fortement pollué l’atmosphère, surtout de l’atelier consacré aux réformes constitutionnelles, alors même qu’elle ne figurait pas à l’ordre du jour. L’atelier en fut même dénommé « Point chaud », tellement les débats y furent passionnés.
Mais c’était de bonne guerre et l’occasion belle, pour certains, de vider tout ce qu’ils avaient sur le cœur ; pour d’autres, de lancer des ballons d’essai, je crois. Dans un débat ouvert, tout y passe. Les divergences étaient énormes, vous l’avez noté, aussi cette question avancée par les membres de la majorité fut-elle, comme d’autres d’ailleurs, tout bonnement écartée.
Il fallait une clarification qui a été justement faite par le président de la République. Vous avez entendu, comme tous les Mauritaniens, ce qu’il a dit. Il n’a jamais été question, pour lui, d’envisager, un seul instant, un troisième mandat que notre loi fondamentale interdit.
D’ailleurs, ceux qui ont voulu introduire cette question, dans les thématiques, ont oublié ou feint d’oublier que le président de la République avait répété, à plusieurs reprises, qu’il respecte la Constitution. Et, en ce moment solennel, il a tranché.
C’est une décision courageuse, une décision de nature à renforcer et ancrer, davantage, notre démocratie. Elle consacre, je crois, le souci du président de la République de préparer, à notre pays, une alternance pacifique et tranquille. Il souhaite laisser, après lui, une Mauritanie apaisée qui puisse se consacrer, exclusivement, à son développement.
Que ceux s’en inquiétaient se rassurent et se préparent pour 2019. A mon avis, la Constitution est au-dessus de tous, elle régit nos rapports et le fonctionnement de nos institutions, on ne doit y toucher que si cela conditionne la bonne marche du pays, quand cela impacte positivement dans la vie des citoyens.

- Le dialogue qui vient de s’achever a été boycotté par une partie de l’opposition démocratique. Des élections municipales et anticipées sont prévues. Ne faudrait-il pas, à votre avis, que le gouvernement maintienne la main tendue envers ceux qui n’ont pas pris part aux débats, pour éviter un autre boycott entachant quelque peu notre démocratie ?

– Vous savez, la démocratie mauritanienne est encore jeune, elle a démarré en 1991, après le fameux discours de la Baule. Elle est donc perfectible. Je crois que le dialogue qui vient de s’achever participe justement de cette œuvre. Nous sommes à la recherche des meilleures voies pour y parvenir et, parmi les règles qu’il faut établir et respecter, figurent, en bonne place, le respect et la confiance mutuelle, entre le pouvoir qui gouverne et son opposition qui s’oppose mais pas seulement pour s’opposer mais pour aider à améliorer le fonctionnement des institutions de la République.
S’accepter d’abord, se respecter mutuellement ; se parler ensuite. Débattre des questions qui peuvent même fâcher, c’est la règle de la démocratie. Chacun doit jouer sa partition, sans empiéter sur le champ de l’autre.
Nous en sommes au début, en Mauritanie où nous entretenons encore, hélas, un positionnement binaire : être pour ou contre, on se refuse jusqu’à reconnaître les bonnes actions du gouvernement ou de l’opposition. C’est dire, en fait, qu’on ne se bat pas, le plus souvent, pour faire triompher des idées mais pour du dilatoire, du futile…
Quant aux résolutions du dialogue, je pense qu’elles engagent tous les Mauritaniens, sans exclusive, ceux qui y sont allés et ceux qui l’ont boycotté. Nous espérons que ces derniers pourront rejoindre, comme on le dit, le train en marche, apporter leurs contributions, parce que les résolutions sont perfectibles et d’autant plus que ce qu’ils redoutaient tant – le troisième mandat – n’est pas retenu. Plus il y a d’hommes et d’idées, mieux c’est.
Je pense que l’opposition qui a boycotté a donc intérêt à rejoindre le dialogue, en faire siennes les résolutions et travailler, pourquoi pas, à les améliorer, se battre pour d’autres avancées, d’autres garanties, dans le but de faire progresser notre démocratie qui ne s’en portera que mieux. L’Histoire le retiendra.
Le président de la République a laissé la porte ouverte. Il a réitéré qu’il tend la main à l’opposition, en lui laissant suffisamment de temps pour se joindre au dialogue. Cela dit, de mon point de vue, le boycott n’a jamais été une bonne option ; elle est même infructueuse.
Tenez, si, en 1992, l’opposition n’avait pas choisi la politique de la chaise vide, la démocratie mauritanienne aurait franchi des pas de géant. La démocratie est un combat perpétuel, une confrontation d’idées pour conquérir, chaque fois, plus d’espace et de place dans son organisation, à chaque consultation populaire. On ne peut y parvenir en restant hors des institutions de représentativité.

Propos recueillis par Dalay Lam

Source : Le Calame

- Interview / Ahmedou Ould Abdallah : « La priorité, aujourd’hui est d’arrêter, au plus vite, la spirale suicidaire qui nous entraîne vers une catastrophe»

e-catastropheNotre compatriote Ahmedou Ould Abdallah, qui s’est illustré dans la diplomatie internationale, vient de boucler, pour le compte de la Francophonie, une assez longue mission au Gabon où s’y déroulait un scrutin présidentiel pour le moins compliqué.
Il se trouve actuellement à l’étranger où nous l’avons accroché pour le plonger dans notre univers politique peu brillant avec cette question lancinante de tripatouillage de la constitution… Et bien d’autres sujets de chez nous : la réforme de l’état civil, la question du drapeau, de l’hymne national…
Il a accepté de répondre, comme toujours, avec élégance et franchise, aux questions de Biladi.

Biladi : Depuis quelques semaines l’actualité nationale est dominée par les points proposés à l’ordre du jour du dialogue politique. Les sujets de discussion ont porté, entre autres questions, sur la modification du drapeau national ainsi que de l’hymne national. Qu’en pensez-vous ?

Ahmedou Ould Abdallah
(AOA) : Face aux difficultés quotidiennes rencontrées par les citoyens ainsi qu’aux défis sécuritaires qui s’accumulent, chez nous et dans la région, parler de la modification du format du drapeau national et de la reformulation de l’hymne national sont-elles vraiment prioritaires ou même nécessaires?
Les mauritaniens, comme tous ceux qui suivent l’actualité régionale du Maghreb/Sahel, en tombent des nues et se demandent si nous ne somment pas sur une autre planète.
Une élite nationale responsable doit pouvoir trouver un consensus sur les problèmes prioritaires du pays, c’est-à-dire ceux qui déterminent sa pérennité. Elle ne peut continuer à promouvoir ce qui distrait des problèmes fondamentaux ou divise les populations.
Face à d’immenses besoins nationaux, les priorités sont connues. Les dépenses doivent être affectées au renforcement des institutions, la lutte contre le chômage, en particulier celui des jeunes, l’éducation technique, la santé publique, l’urbanisation de la capitale où sont concentrés près de 30 % de la population, la lutte contre la corruption et le soutien à la compétitivité de nos hommes d’affaires en Afrique de l’Ouest, au port de Nouakchott et aux routes vers ces pays, pour l’accès à leurs marchés.
Un gouvernement qui ignore ces priorités a des problèmes qui relèvent, ou de l’irresponsabilité ou de l’incompétence.
A cet égard, les symboles de l’Etat font partie de leurs identités et doivent, à ce titre, être protégés. S’ingénier à vouloir les modifier, outre qu’elle n’est nullement prioritaire, une telle intervention n’a pas de sens. Par ailleurs, leur modification a souvent engendré des malheurs et une revanche de l’Histoire. On l’a vu avec le maréchal Mobutu et la colonel Kadhafi dont les drapeaux n’ont pas survécu à leurs règnes. Il faut tout faire pour éviter le ridicule avec de faux débats d’un autre temps: changer les emblèmes nationaux, les noms de familles, celui du pays ou le transfert de capitale.
Je ne peux comprendre que le président Ould Abdel Aziz se laisse fourvoyer dans ce genre d’exercice.

Biladi : Ce genre « de réforme » a-t-il un lien avec celui qui a proposé de mettre fin à notre fameux « Ould » comme composante des noms de familles ?

AOA :
D’abord une anecdote. Il y a environ deux ans, un haut responsable de notre pays annonçait fièrement, à un officiel d’un pays du Golfe, ceci: « désormais, le Ould va disparaître de nos papiers d’identité ». Son interlocuteur, dont le pays n’a aucune intention de supprimer le si caractéristique « Al » de son patrimoine, lui répondit sèchement : « que vous restera-t-il alors » ?
Sur le fond, à l’époque où, de par le monde, les peuples luttent pour préserver leurs identités et leurs images, cet acharnement à gommer tout ce qui nous caractérise – drapeau, hymne national et le Ould si Mauritanien – est pour le moins sidérant.
Comme nous, de nombreux autres peuples ont des particules attachés à leurs noms de familles : justement le « Al » du Golfe, le Oglu des Turcs, le Van des Néerlandais, etc. En 2001 et 2010, de jeunes Mauritaniens, interpellés par la police aux Etas-Unis et en Belgique, ont été libérés grâce à leur identité avec Ould, alors non associée au terrorisme ou à la criminalité.
Enfin, au-delà de ce propos, cette particularité, le Ould, est commune à tous les Maures du Sud Maroc aux confins septentrionaux du Niger en passant par le Azaouad du Mali et de villes algériennes dont Tindouf. N’avons-nous pas, en Mauritanie, seul pays ou ce groupe exerce le pouvoir, d’autres priorités à mettre en œuvre que cet acharnement à nous éloigner de cet héritage Hassanophone ?
Il se dit que c’est souvent par manque de recul historique que nous adaptons ces comportements si nuisibles à notre image dans la région et au-delà. Mais cette manie de vouloir tout changer, y compris de capitale, outre son côté puéril et financièrement irresponsable, est un dangereux exercice de dépossession d’identité.

Biladi : Dans l’esprit de bien des gens, le véritable objectif du dialogue national portait essentiellement sur la réforme de la constitution ou, en d’autres termes, la révision de la constitution pour mettre fin à la limitation du nombre des mandats présidentiels. Mais le président vient d’affirmer qu’il ne sollicitera aucun nouveau mandat. Votre opinion sur ce sujet ?

AOA : A cette question, mon premier réflexe est d’y répondre par une autre : troisième mandat, ou pas, mais pourquoi faire ? Cette question de troisième mandat est un faux débat, non parce qu’elle ne devrait pas être posée, bien au contraire, mais parce qu’elle en occulte une autre question, véritable celle-là, et qui se trouve en panne depuis bien longtemps.
Comment, avec ou sans un troisième mandat, mettre fin à la dérive politique qui dure depuis plusieurs décennies. Elle a « informalisé » l’administration, puis l’économie nationale et, aujourd’hui, elle ne produit plus que ce qui, à l’intérieur, comme à l’extérieur, divise davantage nos compatriotes et affaiblit l’Etat ? Comment mettre le pays sur le bon chemin et l’y amarrer est la toute première exigence pour gérer le lancinant problème de l’unité nationale. Une autre question est comment être plus réaliste et travailler, plus et mieux, en particulier avec le Maghreb et le Sahel.
De fait, si l’actuel président, comme il l’a juré solennellement, et confirmé ces jours – ci, ne se présentait effectivement pas, le règlement des problèmes structurels nationaux serait- il, pour autant en bonne voie?
Avec un focus uniquement sur le troisième mandat, la classe politique, toutes appartenances confondues, et une partie de la société civile, ont exposé leurs projets et le pays à plusieurs risques.
Le premier est celui de voir le président trouver la méthode et la procédure légales qui lui permettent de garder le pouvoir et même d’y revenir formellement au bout de cinq ans. A cet effet, il lui suffira de choisir un successeur et de s’assurer, les choses étant ce qu’elles sont chez nous, de son élection à la présidence. Le statu quo actuel, c’est-à-dire la gestion patrimoniale du pouvoir, en place depuis des décennies, se poursuivra. Le sujet du troisième mandat a fait oublier bien des choses. De fait, pour ne citer que ces cas, qui pense encore à Poly Hondone pour la pêche ou au prêt accordée par la SNIM pour l’aéroport de Nouakchott, ou aux projets en cours ?
Le second risque, encore plus sérieux, parce que non conjoncturel, est celui de fragiliser davantage une classe politique déjà très éclatée par la faiblesse des solidarités entre ses membres. Les contradictions internes entre leurs différentes composantes, dans la majorité comme au sein de l’opposition, vont s’exacerber bien davantage au détriment des questions de fond.
Les acteurs politiques doivent faire une pause pour évaluer la situation du pays. Elle servira à organiser un véritable débat national dans le but d’aider les dirigeants, actuels et futurs, à atteindre un consensus autour des grandes orientations stratégiques : diplomatiques, sécuritaires et économiques. L’établissement d’un Conseil National de Sécurité, ou son équivalent, évitera la privatisation des intérêts fondamentaux du pays.
Enfin et surtout, le trop grand focus sur la prochaine présidentielle, au plus tard en 2019, retardera la recherche de solutions durables à nos véritables problèmes nationaux : la cohabitation, désormais difficile, entre les différentes composantes nationales.

Biladi : Compte tenu de votre expérience, ici et ailleurs, que suggérez-vous aux différents acteurs nationaux pour éviter un dérapage fatal à notre pays ?

AOA : D’abord deux observations. Diriger un pays au jour le jour par une série de coups politiques – débaucher des opposants, prendre des mesures démagogiques, boycotter des pays ou des organisations internationales – n’est ni suffisant ni acceptable de nos jours. Ces pratiques ne renforcent pas les structures étatiques et ne garantissent pas la paix. Par ailleurs, et contrairement à ce qui se dit dans notre pays, la pérennité des Etats mal gérés n’est pas assurée.
La Yougoslavie, naguère leader des pays non alignés, s’est effondrée, remplacée par plusieurs nouveaux Etats. La Somalie, jadis un état unitaire peuplé d’une population homogène, pratiquant la même religion et parlant la même langue, est aujourd’hui un pays déchiré par les rivalités tribales. Depuis 2010, le Soudan, indépendant depuis 1956, est coupé en deux Etats souverains et une guerre civile se poursuit dans ces deux composantes.
Un Etat moderne, qui vit dans la réalité du monde actuel, doit faciliter la cohabitation de ses citoyens au-delà de leurs rivalités politiques, ou appartenances sociales, ethniques, tribales et régionales. Sur ce plan, l’élite dirigeante doit se montrer plus inclusive, plus tolérante, bref plus de son temps.
Partout où elles ont sévi – Afrique, Asie et Europe - les idéologies raciales du siècle dernier, ont échoué. Et toujours au détriment de leurs premiers promoteurs. Devrons-nous continuer à encourager nos compatriotes dans la voie de la division et de la séparation, puis évoquer un complot international dirigé contre notre pays? Certainement pas.
Comme dans la plupart des Etats du Maghreb et du Sahel, notre pays connait un système de castes et d’ethnies qui vivent sur le même espace territorial. Cette diversité, au lieu d’évoluer pour nous enrichir, s’est cristallisée en menace pour tous.
Précisément, le rôle du groupe dirigeant est d’être ouvert. La priorité, aujourd’hui est d’arrêter, au plus vite, la spirale suicidaire qui nous entraîne vers une catastrophe. Les responsables doivent revenir à l’esprit traditionnel de détachement qui est en fait une pratique de tolérance sociale. Celle-ci existe dans la région Maghreb Sahel. Sur ce point, chacun sait ou devrait savoir que, contrairement à un individu, un Etat ne peut pas déménager. Nous devons vivre avec notre situation géographique.
Dans ce contexte Maghreb / Sahel, pour ne pas continuer à nous singulariser, trois urgences doivent être définitivement résolues.
D’abord les populations de la Vallée, traumatisées par les évènements des années 1987 – 91, doivent être pleinement rassurées, et se rassurer, quant à leur appartenance à la Nation. Ensuite, la question Haratine, un exemple de notre incompétence politique, doit rester ce qu’elle est, un problème de liberté, de droits de l’homme, d’inclusion économique et non une crise ethnique. Enfin, il est urgent de cesser de se créer de nouvelles fissures dans le tissu social. Ainsi, l’application de la rigueur de la loi – la peine de mort – prononcée uniquement à l’encontre d’un jeune de Nouadhibou, issu d’un milieu dit de castes, aggrave notre situation. Dans l’intérêt du pays, sa libération est un impératif.

Propos recueillis par Moussa O. Hamed

Source : Rmibiladi

Le Président mauritanien prolonge le dialogue d’une semaine supplémentaire

supplementaireLe Président Mohamed Ould Abdel Aziz a donné son accord pour prolonger les séances du dialogue, d’une semaine supplémentaire, révèlent des sources.
L’objectif visé par cette mesure est de permettre aux partis présents aux concertations, réunis depuis 15 jours, dans des discussions marathoniennes et excitées, de dégager des points consensuels.
Le Chef de l’Etat mauritanien avait tenu des réunions précipitées, jeudi et vendredi derniers, avec les leaders des forces politiques participant au dialogue en gestation, hormis l’APP, qui conditionne tout retour aux assises en cours, par des excuses officielles du gouvernement, sur les déclarations incendiaires de son Porte-parole.
La commission centrale du dialogue doit se réunir ce lundi 17 octobre courant, afin d’adopter la décision de prolongation, qui peut être la dernière, pour ces pourparlers, les plus longs de l’histoire du pays.

Traduit de l’Arabe par Cridem

Source : Essahraa