Ce jour-là : le 16 juin 1976, Soweto se soulève contre l’apartheid

aparthaiedIl y a quarante ans jour pour jour, les événements du 16 juin 1976 à Soweto dévoilaient au monde le véritable visage du régime sud-africain.

Une effervescence juvénile secoue les rues de Soweto (banlieue de Johannesburg), ce mercredi 16 juin 1976. Plusieurs milliers d’élèves s’apprêtent à manifester pacifiquement contre l’imposition de la langue afrikaans dans l’enseignement de certaines matières. Une énième loi discriminante… Celle de trop.

Dans la matinée, 15 à 20 000 manifestants sont présents devant l’école Morris Isaacson. Le défilé – organisé par le mouvement Black Consciousness de Steve Biko – doit s’achever par un meeting au stade d’Orlando.

Une photo qui fera le tour du monde

Le cortège est bon enfant, les écoliers dansent, chantent et brandissent des pancartes en carton où il est écrit « L’Afrikaans pue « , « Au diable l’Afrikaans ». C’est aux abords du stade d’Orlando que la foule se retrouve face aux policiers, et elle refuse de se disperser. La police lance alors des grenades lacrymogènes, lâche ses chiens et finit par tirer à balles réelles dans la foule.

Hector Pieterson, jeune collégien de 13 ans est gravement touché et succombera quelques heures plus tard à ses blessures. La photo le montrant agonisant, porté à bout de bras par un de ses camarades, fera le tour du monde.

Vingt-trois personnes perdront la vie ce 16 juin 1976. Le township de Soweto s’embrase malgré la répression sanglante du gouvernement de John Vorster. Très vite, tous les townships de la banlieue de Johannesburg et du pays sont le théâtres de scènes d’une rare violence : à Boksburg Springs, Germinston, Benoni et surtout Alexandra.

Face aux policiers et aux militaires sud-africains lourdement armés, les manifestants des townships n’ont que des pierres. Chaque symbole du pouvoir est attaqué, détruit, brûlé. Le Premier ministre sud-africain, John Vorster décrète l’état d’urgence, et met en oeuvre une stratégie purement militaire pour écraser l’insurrection. Le 19 juin, un calme précaire règne à Soweto, tandis que la révolte se poursuit dans le pays.

Ces événements marquent le début d’une nouvelle ère en Afrique du Sud, dans laquelle les Blancs cessent de contrôler intégralement le pouvoir politique

Le début de la fin pour le régime d’apartheid

Le bilan officiel des émeutes sera de 575 morts et de centaines de blessés. Le gouvernement se résout à retirer sa loi en juillet 1976. La révolte des jeunes Sud-Africains noirs contre une énième loi de ségrégation est ainsi le signe avant-coureur de l’effondrement du régime de l’apartheid fondé sur la théorie « du développement séparé » élaborée par les idéologues afrikaners.

« Les présents événements marquent le début de la nouvelle ère dans laquelle les Blancs auront cessé de contrôler exclusivement le pouvoir politique », estime Erich Leistner, un universitaire sud-africain, dans le journal Le Monde du 21 juin 1976. De fait, les émeutes de la mi 1976 représentent un séisme à la fois pour les populations noires mais aussi pour le pouvoir ségrégationniste. Les derniers pays occidentaux à soutenir encore – en demi-teinte – le régime sud-africain finissent par le lâcher, contribuant à son isolement quasi total sur la scène internationale. Un boycott politique et économique qui atteindra son apogée dans les années 1980.

Le régime d’apartheid est aussi profondément ébranlé symboliquement. Les événements sanglants de l’été 1976 renforcent le mouvement de Steve Biko et l’assise populaire de l’ANC, en ouvrant la voie à ses succès futurs. Mais le chemin vers la liberté sera encore long et tortueux, jusqu’à la libération de Nelson Mandela en 1990, la fin de l’apartheid et l’organisation des premières élections démocratiques de la Nation Arc-en-Ciel, en 1994.

Source: Jeuneafrique

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