Ce que je pense de ce qui se passe à Kaédi

La police dans les ruelles étroites  de Kaédi à la poursuite des manifestants

 

Le 7 juillet à Kaédi une querelle entre un jeune maure, employé dans une boutique au marché et une femme halpulaar, vendeuse en face de la boutique, suscite de vives tensions. Intervention de forces de l’ordre. Les affrontements font rage. Les arrestations aussi. Jusqu’au 11 juillet, le nombre de personnes interpellées atteint 26.
Le 9 juillet au soir, dans son discours à la nation à l’occasion du mois du ramadan, Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la République déclare que « la sécurité et la paix prévalent dans notre cher pays, alors que nous vivons dans un monde instable et secoué par les conflits.»  
Kaédi et tous les mauritaniens soucieux pour la paix  s’attendaient peut-être à un mot sur ce qui se passe dans cette ville qu’il avait choisie pour lancer son discours du 25 mars 2009 et faire la prière de l’absent à la mémoire des victimes de la répression des années Taya, années dites de braise. Rien. Ce qui se passe à Kaédi ne l’inquiète peut-être pas.
Kaédi ce n’est pas le Sidi Bouzid mauritanien d’où partira peut-être la révolution. Kaédi est le théâtre de toute l’expression de la rage du pouvoir sur des populations frustrées depuis bien longtemps…Kaédi c’est là où un étudiant a été battu, avec tout ce qu’un cœur humain peut excréter comme rancune et de haine. Bakary Batchily, ce jeune étudiant, comme tant d’autres jeunes de la cité, avait osé s’élever contre un enrôlement à fort relent d’injustice…Kaédi, c’est la ville qui n’est pas loin de Maghama où fut abattu le jeune Lamine Mangane, un autre jeune qui a eu l’audace de braver les armes chargées à balles réelles des forces de répression…
Pourtant Kaédi c’est cette ville où  fut prononcé le fameux discours du 25 mars 2009 par un Mohamed Ould Abdel Aziz qui, fort de ses galons de Général, avait pris le pouvoir  huit mois plus tôt des mains d’un président élu… Ce discours ce fut celui que les populations avaient, pour certains d’entre eux, reçu comme expression du pardon et de la réconciliation. Ce fut le discours dans lequel Mohamed Ould Abdel Aziz avait parlé de « barbarie de l’homme » sans préciser de quel homme il s’agissait…
Aujourd’hui, le même Mohamed Ould Abdel Aziz, devenu lui aussi un président élu, regarde sa  ville fétiche brûler. Il se contente de dire dans son adresse à la nation que dans le pays il y a la paix et la sécurité.
Kaédi vit un état de siège qui ne dit pas son nom depuis qu’une altercation de marché a irrité des citoyens suffisamment remontés contre des autorités locales auxquelles ils reprochent un comportement colonialiste.

 

 
Kissima

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