Ces ‘cousins’ que je ne peux sauver

DebellahiCe jeudi 13 février 2014 restera, pour un bon bout de temps, gravé dans ma mémoire. Alors que j’ouvrais ma boite de courrier, dans l’espoir de trouver des nouvelles rassurantes au sujet de mon salaire qui ne se décide pas à me parvenir, je tombe sur un email sans doute « égaré ».

En effet, une organisation caritative me demandait de faire un don pour sauver les orangs outans de l’île tropicale de Bornéo : « le sort des orangs outans ne tient qu’à un fil. Les scientifiques nous disent qu’il ne nous reste plus beaucoup de temps avant qu’ils ne disparaissent à jamais. Mais nous avons un plan ingénieux pour les sauver; nous pourrions vraiment les sauver si chacun de nous fait un petit don. »

Ces pauvres ‘’cousins’’ du bout du Monde seraient menacés si ce « plan ingénieux » ne trouvait pas les moyens d’être financé.

A mes soucis, il ne manquait plus que çà. Pour leur envoyer de l’argent, il faut l’avoir déjà, et avoir aussi la carte de crédit dont tout le monde parle. Moi, je n’ai ni l’argent, ni la carte, et loin s’en faut le crédit. Je ne suis d’ailleurs, habitué qu’aux débits.

Je suis débiteur à la banque, auprès du boutiquier d’en face, de la vendeuse du poussiéreux couscous de la rue adjacente, et l’école qui me facture lourdement les cours ‘’buissonniers’’ de me enfants a fini par essouffler la sonnerie de mon vieux téléphone. Il y a aussi la pression du blanchisseur qui commence à me lessiver et m’essorer mieux que mes habits largement amortis.

Je ne peux oublier l’insistance avec grande ponctualité, du marchand de bétail qui me livre, chaque semaine, l’incontournable mouton gras.

Il parait que ce n’est pas du tout conseillé pour la cholestérolémie, mais nous, à la maison, advienne que pourra, il nous faut manger de la viande, tous les jours, matin, midi, et soir. On dirait une prescription médicale.

Nous sommes, en quelque sorte, des carnivores, des carnassiers. Les animaux, chez nous, se bouffent. Qu’ils soient bovins, camelins, ovins ou caprins, volailles ou équins, et tout dernièrement les asins. On égorge, sans ménagements, on cuisine et on bouffe.

Nous ne comprenons pas ces occidentaux qui dépensent des fortunes et passent leur temps à s’apitoyer sur le sort des rats et souris de laboratoires, des baleines échouées ici ou euthanasiées là-bas, des espèces de margouillats en diminution et de lézards en voie de disparition, de la mise à mort d’un girafon, de la reproduction des chimpanzés, et maintenant de l’extinction des orangs outans.

Certes, ces deux dernières espèces font partie de la grande famille de nos ‘’cousins’’. Et comme nous avons encore le sens originel de la famille, nous devons être sensibles à leur désarroi. Mais, la proximité, voire la promiscuité, d’autres cousins leur donne la priorité. Surtout si, face à leurs besoins incommensurables, nous n’avons pas grand-chose à offrir.

C’est une bonne chose la biodiversité. Mais nous, nous sommes encore au niveau de la bio-nécessité. C’est pourquoi, nous détruisons inconsciemment notre environnement. Nous avons mangé la faune et continuons à dégrader la flore. Nous avons asséché les mares et marigots, et continuons d’ensabler les rivières et fleuves.

C’est aussi, à cause/grâce à nos comportements que ces valeureux ‘’cousins’’ se sont trouvés contraints à l’émigration, et ont eu la change d’arriver vivants là où la généreuse organisation essaye de mobiliser mes hypothétiques ressources pour les protéger.

Si je ne peux être d’aucun apport pour sauver ces ‘’cousins’’, je suis persuadé qu’il reste dans ce monde des résidus de générosité. S’ils se mobilisaient pour sauver cette valeureuse espèce que sont les Orangs outans, ils n’oublieront certainement pas qu’ils ont des cousins un peu partout, et que le cousinage est commutatif.

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