C’est quand les élections ?

Cette fois sera-t-elle la bonne ? L’année 2013 est-elle celle des élections municipales et législatives tant attendues ?

 

Oui, si l’on en croit le site de l’IFES (International Foundation for Electoral Systems) qui lance un appel d’offres pour le

recrutement d’un expert devant appuyer la Commission électorale nationale indépendante (CENI) dans l’organisation des élections municipales et législatives prévues en Mauritanie au cours de la période comprise entre février et juillet 2013 !

Nonobstant la qualité de la source de cette information, certains diront, tout simplement, « une date de plus ». Pas plus ! Parce qu’il n’y a pas plus importante source que le président Aziz lui-même qui a promis, à maintes reprises – ou plutôt annoncé – l’imminence de ces élections. Mais aussi parce qu’il ne suffit pas de fixer la date de ces élections pour les voir se réaliser. Les problèmes qui se dressent devant un tel scrutin s’amassent chaque jour et l’information (le communiqué) de l’IFES peut n’être qu’une préparation s’inscrivant dans le cadre de toutes celles qui sont prises depuis plusieurs mois (dialogue, enrôlement, Ceni, etc) mais qui n’ont pas réussi à donner une date précise pour ces élections. D’ailleurs, à croire même que l’IFES ait été tenue au courant de ce qui ressemble bien à un « secret défense », le communiqué qu’on peut lire ici http://recruiting.ifes.org/Careers parle de limites (entre février et juillet 2013) pas de date. Rappelons que de temps en temps, des dates sont données, comme hautement probables, pour ces élections dont le retard commence à exaspérer l’ensemble de la classe politique.

Et l’on peut même penser que comme sa précédente, l’année 2013 ne sera sans doute pas celle des élections municipales et législatives tant attendues. Rien ne permet aujourd’hui de penser que le Gouvernement du Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf pense, sérieusement, à donner un coup d’accélérateur à une année qui n’a pas vraiment commencer sur les chapeaux de roues. En tout cas pas en ce qui concerne une amélioration notable des conditions de vie des populations mais, surtout, d’une sortie de crise capable de faire taire les revendications d’une Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui surfe, depuis plusieurs mois, sur les difficultés économiques et sociales d’un pouvoir qui manque de ressources. Au propre et au figuré.

D’aucuns pensent que la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) ne parle pas sérieusement quand elle exige du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz l’organisation, ici et maintenant, des élections municipales et législatives. Tout au plus, par le truchement du jeu politique en cours depuis le déclenchement de la crise, suite à l’élection présidentielle de juillet 2009, la COD cherche à faire endosser la responsabilité d’un tel retard au gouvernement du Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf. Selon l’avis d’un expert, l’opposition radicale sait pertinemment qu’aucun scrutin jouissant d’un minimum de transparence ne peut être organisé dans les conditions actuelles. Dans un tel contexte, on peut espérer, tout au plus, que l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, et la mise en place d’une CENI (qu’il faut peut être « reconfigurer » pour faire de la place à la COD) permettent d’avancer sur le chemin de l’organisation des élections avant la fin de l’année 2013. A deux ans de la fin du quinquennat d’Aziz, les mauritaniens estiment, de plus en plus, très probable l’étalement sur deux mandats de l’actuel législature des députés et conseillers municipaux majoritairement acquis au pouvoir du président Aziz.

C’est dire qu’avec la stratégie des petits pas, aussi bien pour la validation des résultats du dialogue (au niveau du Parlement et du Conseil Constitutionnel) que pour leur mise en œuvre toujours en cours, le pouvoir se donne la latitude de repousser ce scrutin jusqu’à la fin du mandat d’Aziz, c’est-à-dire 2014 où il pourra alors, si le rythme de l’enrôlement des populations continue, avoir un état-civil garantissant la fiabilité requise pour l’organisation d’élections générales. Mais bien avant, il faudra bien que l’opposition « participationniste » (APP, Al Wiam, Sawab) soit rassurée par des mesures allant dans le sens de l’acceptation des minimas que propose le président de l’Assemblée nationale, dans son initiative, et que laisse entendre la COD pour reprendre langue avec le pouvoir.

Commencer et voir venir

Tout dépend, en réalité, de l’opportunité qui sera offerte à la CENI de prouver que les pouvoirs censés consacrer sa gestion autonome et transparente des futures élections municipales et législatives ne sont pas ce que les partis de la COD considèrent comme de la « poudre aux yeux ».

Le parallélisme établi par cette dernière entre la CENI et la direction générale des élections créée au sein du ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation n’est pas sans raison, quand on sait que c’est l’un des meilleurs moyens dont dispose le pouvoir pour continuer à avoir la haute main sur un processus électoral de nature à redessiner le paysage politique mauritanien.

On sait, cependant, que les partis d’opposition qui ont pris part au dialogue (APP, Al Wiam, Sawab et Hamam) ne sont pas dupes et que toutes interprétations abusives des résultats du dialogue risquent de provoquer un clash politique dont le premier perdant sera le pouvoir lui-même. Des signes précurseurs de cette volonté de « détourner » le dialogue de son cours normal ont été perceptibles ; il y a quelques mois, quand de hauts responsables de l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, certainement pris au dépourvu par ce qu’ils considèrent comme des « arrangements » n’allant pas forcément dans le sens de son emprise sur les structures du pouvoir, ont voulu s’inscrire en porte-à-faux avec le processus en cours. Mais les rencontres périodiques entre le président Aziz et les deux chefs de file de l’opposition « participationniste » (Messaoud Ould Boulkheir et Boidiel Ould Houmeid) ont vite fait de dissiper le doute : Le dialogue est irréversible.

Ceci dit, ce qui compte le plus aujourd’hui pour le gouvernement – et pour le président Ould Abdel Aziz – c’est de trouver la solution aux problèmes économiques et sociaux qui taraudent l’esprit de la majorité des mauritaniens. Alors le pouvoir pourra bien prendre le risque d’envoyer au charbon des députés et maires dont le pire des ennemis est l’usure du temps.

Sneiba Mohamed

 

Elhourriya

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