C’est Zeine Ould Zeidane qui a dénoncé au FMI les trafics de la Mauritanie…

bizard

C’est ce que nous apprend cette étude de la mystification financière sous Taya à la rente sécuritaire sous Aziz…Pour se méfier de nos technocrates, Aziz devrait être le premier à lire ceci. Après ça, quand le citoyen lambda entendra parler de gouvernement de technocrates, il sera beaucoup moins impressionné par ce mot qui n’a jamais signifié ni honnêteté, ni patriotisme ni rien d’autre sinon une compétence avérée pour jouer avec les chiffres. Cette publication d’un docteur en science politique, encore toute récente car de 2011, survole avec brio la dynamique qui donna lieu aux graves trafics de nos technocrates faussaires de génie qui ont berné le FMI à l’insu de son plein gré en passant par l’amorce d’une gestion plus honnête sous Sidioca jusqu’à la rente sécuritaire d’Aziz. C’est très court et notre élite des salons l’a déjà lu sans que cela ne fasse une ride sur la place publique car dans les salons tout se sait, tout demeure et tout pourrit.Pour donner envie de lire cette publication, en voici quelques petits extraits piquants pris pour rafraîchir la mémoire afin qu’on arrête de nous servir des mystifications à propos de nos technocrates. Lire ensuite le chapitre qui est leur est consacré à partir de la page 18 mais le mieux c’est de prendre le temps de tout lire tranquillement. Nous ne reproduisons ici que quelques extraits notamment un passage à propos de la mystification financière sous Taya pour voir de quoi sont capables nos fameux technocrates kleptocrates ; pour le reste notamment à propos de la rente sécuritaire sous Aziz, il faudra lire l’implacable  petite publication.

1-« Ce fut le cas de Zeine Ould Zeidane qui, en quelques années, est passé de la gestion d’un modèle macroéconomique dans un petit bureau du Plan à la primature, avec un arrêt à la direction du CMAP, puis à la Banque centrale. Au fil de ce parcours, sa réputation s’est construite sur ses capacités techniques (ainsi que sur son entregent, puisqu’il est marié à la fille d’un ancien chef d’état-major de Taya, le général Boukhreiss). »

C’est donc lui qui a dénoncé la Mauritanie au FMI, pas étonnant ensuite qu’il ait trouvé actuellement un poste là-bas :

« Il est intéressant ici de revenir sur les mécanismes mêmes de la confession du mensonge. Lorsque Zeine Ould Zeidane arrive à la BCM (Banque centrale de Mauritanie), il est surpris par l’ampleur de l’anarchie qu’il découvre. Ayant l’onction de Taya pour reprendre la situation de la Banque centrale en main, il se rend alors seul à Washington, à l’automne 2004, confesser au FMI et à la Banque mondiale la situation. Jeune technocrate très respecté des organisations internationales, pour lesquelles il a lui-même travaillé (à la Banque mondiale), il agit de manière suffisamment frontale et jouit de suffisamment de crédit pour que le FMI choisisse de lui faire confiance. Si une procédure de dénonciation pour « misreporting » est engagée, le FMI fait preuve d’une relative indulgence, seuls quelques décaissements étant déclarés par le Board comme irréguliers et devant être remboursés au Fonds. Il faut dire que l’affaire est très gênante pour leurs services, qui se sont montrés très désinvoltes dans leur suivi de la Mauritanie et ont été pris en défaut, voire se sont sentis bernés. Ils adoptent donc un profil bas. »

2-« Preuve en est que cette légitimation par la compétence se combine aux autres répertoires et imaginaires du pouvoir. Un ancien directeur puis ministre du Plan, illustre descendant d’une famille maraboutique et énarque, Abdallahi Ould Cheikh Sidya, demeura longtemps le représentant typique d’une élite respectée tant pour le prestige de sa naissance que pour son image de compétence. Qu’il ait été l’un des artisans des grands travaux de falsification lorsqu’il était à la tête de la direction du Plan avant 2004 n’entama pas son prestige. Un tel cas est banal dans la valorisation du tcheb-tchib mauritanien, qui s’hybride ici avec les répertoires techniques et aristocratiques »

3-« Récemment, sous Aziz, de hauts cadres réputés compétents ont souvent été écartés sous prétexte de leur implication dans la « mauvaise gestion » passée. Mais l’argument sert avant tout à écarter certains hommes et à s’assurer des allégeances, car, y compris au sein de la haute administration actuelle, les anciens tayistes et représentants de cette famille de technocrates sont présents à de très nombreux postes. A commencer par l’actuel ministre des Finances, Thiam Diombar, qui fut un temps l’inamovible directeur adjoint du Budget, dont il détenait toutes les clés ; ou Sidi Ould Didi, ambassadeur à Dakar, membre s’il en est de la tayacratie, et ancien directeur du Budget à l’époque des détournements massifs, en 2002. »

4-« De manière symétrique, il faut noter la volonté des bailleurs étrangers de soutenir le régime d’Aziz. D’une part, la table ronde a débouché sur des promesses de dons abyssales (3,2 milliards de dollars). Mais, de manière plus générale, il semble que les coopérations accordent un blanc-seing au régime d’Aziz, et ce probablement à cause de la lutte contre le terrorisme. La délégation de la Commission européenne a ainsi pour priorité actuelle de faire de l’aide budgétaire, même si les assurances en matière de gouvernance sont loin d’être réunies, voire sont pires que jamais, et que la même Commission avait toujours refusé de faire de l’aide budgétaire pour cette raison. En outre, certains observateurs avisés laissent entendre que les services du FMI ont pour consigne actuelle de ne pas être très regardants sur la Mauritanie, parce qu’elle fait face aux difficultés que l’on connaît. Et, au sein d’institutions publiques, on nous confirme que les équipes du Fonds se montrent en effet assez peu pointilleuses ces temps-ci, y compris dans leurs méthodes de travail sur les chiffres. On se réjouit ainsi, dans certains services, de l’autonomie que les équipes actuelles du FMI laissent aux services administratifs… Le régime semble donc bénéficier d’une rente sécuritaire qui se répercute concrètement sur la manière dont les activités bureaucratiques sont conduites, telles qu’en témoignent les modalités de discussion avec le FMI ou le déroulement de la table ronde. »

« Mécanismes de la fiction économique sous Taya

En 2003, la falsification des comptes macroéconomiques a pris une ampleur impressionnante : comme l’attestent les opérations de réévaluation qui ont eu lieu en 2005 et 2006, la masse monétaire est deux fois plus importante que ce que les statistiques officielles affichent alors. Le niveau des réserves en devises, officiellement de douze mois d’importations, est pour sa part de deux semaines… Ces falsifications se pratiquent depuis 1992, et de manière importante à partir de 1995. Elles masquent des utilisations illégales de fonds publics, la mise à disposition de crédits bancaires au profit de privés, ou encore des accès frauduleux aux réserves en devises. Les mécanismes sont de plusieurs ordres : dépenses dites extrabudgétaires, c’est-à-dire dépenses publiques réalisées par le Trésor mais sans autorisation légale ; ouvertures anarchiques de lignes de crédit à la Banque centrale ; distribution abusive de crédits au profit de privés ; débit des comptes du Trésor à la Banque centrale à l’insu du ministère des Finances ; accès privilégié de certains individus au marché des changes… Les motivations en sont multiples. Depuis 1995, nombre de ces montants correspondaient d’abord à des dépenses militaires ordonnées par la présidence de la République. En outre, certains grands programmes publics s’opèrent hors budget, comme les plans d’urgence alimentaire des années 2003 et 2004… Enfin, comme on l’apprendra plus tard, des opérations particulièrement lucratives sont réalisées sur le dos de la Banque centrale au profit de privés. Par exemple des lignes de crédit ont été mises à disposition des banques primaires de manière injustifiée en 2001 et 2002, ce qui sera largement médiatisé lorsque certains des plus grands hommes d’affaires du pays appartenant à la tribu de l’ancien Président seront jetés en prison en 2009.

Les procédures formelles ne sont pourtant pas absentes de la gestion des politiques économiques et financières. Le rôle des équipes du FMI dans le processus de constitution de la fiction économique est notamment crucial. Leurs interventions constituent en effet un socle de procédures sur lequel les politiques sont élaborées et auquel les travaux des administrations s’articulent. La Mauritanie bénéficiant jusqu’en 2005 de programmes de prêts de la part du FMI, ce dernier assure en effet une « surveillance » continue des politiques et des indicateurs statistiques. Pour cela, les équipes du Fonds se rendent régulièrement à Nouakchott, au moins trois ou quatre fois par an. Elles travaillent de manière rapprochée avec les autorités mauritaniennes, apportent un appui très concret à l’élaboration des politiques économiques : elles discutent la cohérence des chiffres, les techniques utilisées pour les élaborer, les interprétations qu’il faut en donner, les hypothèses techniques sur lesquelles ils reposent… In fine, les équipes du FMI valident réellement les politiques économiques ainsi que les données statistiques, conditions pour accéder aux financements. On peut donc affirmer que la fiction statistique en place depuis quinze ans s’est réellement élaborée sous leurs yeux… » Etc.

Source : « Trajectoire technocratique et instabilité politique en Mauritanie, 2003-2011 »
A télécharger ici en français et en anglais :

http://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/trajectoire-technocratique-et-instabilite-politique-en-mauritanie-2003-2011

Par Boris Samuel docteur en science politique.

Il enseigne à la Paris School of International Affairs de SciencesPo (cours sur l’économie politique des réformes en Afrique), ainsi qu’à l’Ecole de gouvernance et d’Economie de Rabat – Université Mohamed VI (Maroc). Il est membre du comité de rédaction de la revue Politique Africaine.
http://www.sciencespo.fr/ceri/fr/users/borissamuel

Source : Vlane

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