Champ politique en Mauritanie : IRA dans la rue, l’opposition politique à la météo

Champ politique en MauritanieDepuis qu’elle a déserté l’action politique, se contentant de communiqués passés dans la presse, l’opposition mauritanienne a perdu du terrain. Aujourd’hui, les forces sociales ont supplanté ses ténors dans la contestation politique, à l’image du mouvement IRA ou des jeunes du M25.

Pendant que les militants antiesclavagistes, qui ont repris le flambeau de la lutte politique, se font gazer et tabasser dans les principales artères de Nouakchott, payant au plus fort le prix de leur engagement, les ténors de l’opposition pure et dure se perdent maintenant dans la météo, désertant incompréhensiblement le terrain politique.

Chassés des deux chambres du Parlement et de toutes les municipalités du pays, l’opposition radicale n’a même plus la force d’occuper la rue. Ses principaux ténors se sont terrés dans leur châtelet, laissant la scène politique au pouvoir en place et à ses acolytes.

De temps en temps, un communiqué lu dans la presse permet aux citoyens de savoir qu’ils sont encore en vie. Et même, face à des évènements qui ébranlent l’actualité nationale, leurs réactions sont mitigées, comme si leur mission avait subitement pris fin avec la dernière présidentielle de 2014.

Plus qu’une opposition politique, celle qui en représente la tendance enMauritanie, est une opposition de circonstance, une opposition ponctuelle, qui ne trouve la plénitude de l’action politique qu’à l’orée d’élections, comme si en définitive, leurs leaders ne s’intéressent qu’aux dividendes qu’ils pourraient tirer de la loterie électorale.

Beaucoup parmi cette opposition ont même disparu. Leurs voix se sont éteintes. Leurs leaders s’occupent de leur salade, loin de la préoccupation des citoyens dont les souffrances perdurent. Résultat, le sectarisme a supplanté les institutions politiques.

Aujourd’hui, la scène est dominée par une seule organisation, l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). C’est la seule organisation, même affaiblie par une non reconnaissance, l’emprisonnement de ses leaders et le manque notoire de moyens, à donner encore aux forces de l’ordre un sens à leur existence.

La scène nationale n’est alimentée que par leurs marches répétées, leurs sit-in inlassables, leurs mouvements de protestation véhémente contre l’ordre établi. Et de temps en temps, quelques faibles voix, presque mourantes, s’élèvent du côté de l’opposition radicale pour protester contre les exactions et les emprisonnements qui s’abattent sur les militants du mouvement.

D’autres, plutôt que de joindre leurs voix à ce mouvement de protestation, même par un murmure, s’occupent de météo. Ils protestent contre les eaux stagnantes à Nouakchott, fustigent les autorités sanitaires, dans un pathétique et triste élan qui rend compte combien les leaders que furent leurs dirigeants se sont avachis, aplatis, écrasés par la puissante machine Azizéenne.

Aussi, se pose avec acuité le problème de la relève politique. Jusqu’à quand, lesAhmed Daddah, les Messaoud Ould Boulkheir, les Mohamed Maouloud, lesBeddredine, et toute cette ancienne génération, vont-ils s’accrocher encore aux commandes de l’opposition, refusant de passer la main?

La postérité leur reconnaîtra tout de même un passé glorieux d’opposants patriotes qui ont servi leur pays et leur peuple avec abnégation et dévouement. Ils ont contribué à une époque à éduquer la Nation sur les valeurs intrinsèques qui ont fondé l’action politique en Mauritanie.

Ils ont donné des exemples d’héroïsme face à l’adversité, souffert pendant des décennies sous les gaz lacrymogènes, les matraques, les prisons, les privations…Mais ils ont pris l’âge et ne peuvent plus servir l’action politique. Il est temps qu’ils passent la main à une nouvelle race d’opposants plus jeunes, capables de remuer le cocotier et de repenser autrement l’action politique.

Ce sentiment est aujourd’hui largement partagé par l’opinion publique mauritanienne, car la masse de contestation est là, stagnante et forte, et ne demande que des initiatives fortes pour les récupérer.

En effet, jamais opposition ne trouvera meilleur moment pour capitaliser cet énorme mouvement de colère et de frustration que ces temps-ci où l’Etat s’effrite sous le coup de boutoir d’un pouvoir qui fait de l’argent le point cardinal de ses ambitions.

Un pouvoir au compteur figé dans la recherche de moyens pour se faire de l’argent rapidement, de renflouer ses caisses, par n’importe quelle voie, même en bradant le patrimoine national au plus-disant.

L’image la plus débridée de cette tendance est cette vente aux enchères d’écoles publiques qui représentent la mémoire vivante du pays. Ce qui ne peut empêcher certains de donner raison à Cheikh Ould Horma, cet ancien opposant devenu collabo puis opposant, avant de signer sa retraite politique. Son « Massar Hanouti » ou plus littéralement « l’Etat boutiquier » est la meilleure illustration de l’esprit commercial qui dirige aujourd’hui la Mauritanie.

Cheikh Aïdara 

L’Authentique

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