Changement des constitutions : d’un tabou à une mode ou un impératif justifié ?

Sidi El Moctar Ahmed TalebLa constitution, appelée loi fondamentale ou mère des lois, se caractérise généralement par un consensus sur le contenu et la stabilité dans le temps. Pour ce qui est du contenu, c’est normalement un ensemble de principes et valeurs au sens de la démocratie en Occident.
Dans le reste du monde, de tels principes et valeurs sont souvent puisés dans les réalités sociales, culturelles et spirituelles ou dans toute autre source, acceptable ou acceptée par la majorité des gouvernés.
Quant à la stabilité, elle diffère selon que le texte est rédigé, à hui-clos, pour répondre aux ambitions d’un dirigeant ou construit en présence de tous les acteurs et dans le souci de tenir compte des préoccupations de toutes les sensibilités parmi les populations concernées.
Depuis que les relations internationales sont devenues liées à ce système de gouvernance démocratique, notamment en matière d’aide au développement, beaucoup de pays se sont précipités pour afficher formellement ce genre de système politique. Rares étaient alors les pays qui en avaient délibérément fait un choix.
S’agissant particulièrement des pays de l’Afrique de l’Ouest ou du camp de la Baule/France 1989, rares vraiment étaient ceux ayant fourni des efforts pour promouvoir la démocratie puisque celle-ci a été considérée par tous comme un système nouveau, importé et imposé.
Dans leurs presque totalité, ces pays n’ont, en conséquence, appliqué de la démocratie que le minimum leur permettant d’échapper à la sanction et de bénéficier des aides des partenaires de leurs zones d’influence respectives.
Ce minimum exigé des dirigeants de la part de leurs maîtres en contrepartie de la préservation de leurs intérêts (y compris leurs multinationales), se résume en une constitution pluraliste, des partis politiques, des organisations de la société civile, des élections, des observateurs internes; un organe indépendant organisateur des élections, des listes électorales consensuelles, des pièces d’Etat civil infalsifiables et des observateurs externes crédibles, étant un luxe rarement exigé.
Après les quelques rares avancées significatives réalisées par endroit sous la pression des partenaires étrangers, un recul a été observé ces dernières années adulé, toujours par les mêmes partenaires.
En effet, des Présidents ont révisé leurs constitutions et beaucoup d’autres sont aujourd’hui soupçonnés de vouloir le faire malgré les résultats de l’expérience des premiers et les risques qui entourent l’action future des derniers.
A travers ces révisions, les dirigeants visent généralement à se débarrasser d’un ensemble de contraintes du genre: nombre limité de mandats successifs, l’âge de candidature à la présidence, les conditions techniques d’organisation des élections, etc.
Tous les réfractaires actuels et potentiels, seront désormais appelés à jouir, dans leurs entreprises, d’une plus large tolérance de la part de ceux qui étaient sensé, jusqu’hier, défendre et promouvoir la démocratie. Les derniers attentas de Paris et la migration massive des étrangers obligent !
Nul doute que les mesures déjà annoncées et celles qui en découleront ultérieurement, ne manqueront pas de faire rire les présidents ayant déjà procédé au changement de leurs constitutions, d’une part et faire sourire ceux pour qui ce changement était, jusqu’ici, un projet probable, d’autre part. En d’autres termes, la question du changement de la constitution évoluera d’un tabou à une mode ou un impératif justifié.
S’agissant des attentats de Paris et du phénomène de migration, ils contraindront certainement plus de pays de l’Europe à remettre en cause des fondements sacrés: restriction des libertés par le retour à l’Etat d’urgence dans les constitutions, à la mise sous-écoute téléphonique ou au suivi par installation de bracelets électroniques conçus à cet effet et par le recours au durcissement des conditions d’accès à l’Europe et facilitations du raptriement des personnes déjà sur son territoire, à la déchéance de la nationalité, etc.
Espérons que les mesures déjà prises sous le choc et celles à prendre quand la raison primera, n’aillent pas jusqu’à faire exiger la révision de l’arsenal juridique international, en général et les conventions de droit de l’homme, en particulier.
Dans tous les cas, des analystes soutiennent déjà que la riposte aux mouvements terroristes islamistes ne manquera pas de rapprocher les programmes de la droite et la gauche, d’impulser la monté et la popularité de l’extrême droite, et de toucher, in fine, au caractère universel de nombreuses valeurs qui faisaient la fierté des pays occidentaux.
Pour les plus pessimistes parmi ces analystes, des changements à l’aune du danger de l’ennemi inaugureront inévitablement l’ère d’une démocratie de type nouveau (démocrasse), né d’une contraction des mots ‘’Démon’’ et ‘’Crasse’’. Sera-ce le retour à un monde où le diable dans l’entendement des différents peuples de la terre et la saleté au sens propre et figuré du terme, deviendront des mots-clés et caractériseront, en conséquence, le comportement des grandes puissances et leurs rapports avec le reste du monde.
Dans les détails, la mondialisation et les ensembles régionaux et sous-régionaux laisseront la place à l’Etat-Nation et la race pure, l’idée d’un monde mécréant et un monde croyant ressurgira et les opprimés sous les dictatures perdront le refuge que leur accordaient les (anciens) pays de la liberté.
A propos, l’échec des Ets Unis d’Amérique dans leur ambition de faire émerger un seul pôle sous leur direction, rend évidente l’orientation vers un monde multipolaire. Les intérêts contradictoires des puissances candidates à diriger le monde, font que le multipolarisme doit provisoirement constituer une solution intermédiaire consensuelle.
Dans la perspective d’une politique d’anéantissement du terrorisme dans ses territoires et de démantèlement de ses tentacules partout dans le monde, l’abandon de la rigueur dans l’assainissement des finances sera fatal.
Les charges supplémentaires inhérents à la lutte armée et sécuritaire contre l’ennemi terroriste, exigeront une tolérance illimitée face au respect de normes fixées déjà en matière d’assainissement et de contrôle des finances publiques,
Par ailleurs, la sauvegarde de la paix, de la dignité humaine, de la concorde et de l’entraide dans un monde à la dérive, mérite toute sorte de sacrifices. Même si le chemin conduisant à l’identification et au traitement des causes de cette dérive, aurait pu être plus consensuel, plus court et certainement moins couteux pour l’humanité tout entière.

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge