Charger, décharger (ervoud wetrouh)

Un parlementaire (de la majorité, tenez-vous bien) a admirablement résumé l’engrenage dans lequel le gouvernement s’est fourvoyé, malgré lui, en docker_porteur_sacvoulant régler à la va-vite la grève des dockers du port autonome de Nouakchott dit port de l’Amitié (PANPA): C’est une question de « rvoud wetrouh » (littéralement: charger, décharger).

Pour dire qu’en fait, la grève – une de plus et qui ne sera sans doute pas la dernière – déclenchée ce dimanche par les dockers de la ville, du fameux « centre des affaires » qu’on appelle communément « chare’e errezegh » (la rue de l’abondance), où se concentrent les plus importants commerces de gros, était prévisible. Les dockers de la ville n’ont rien dit, n’ont rien fait, attendant de voir leurs « frères » du port obtenir ce qu’ils veulent, pour se mettre, eux aussi, de la partie. Revendiquant un alignement sur les prix qui ont été concédés par le ministère de l’Equipement et des transports aux dockers du Port. En fait, l’Etat ne perd rien dans cette affaire. Disons même que même les commerçants qui rechignent à payer plus ne subissent pas, en fin de compte, les contrecoups de cette augmentation d’un peu plus d’une ouguiya au kilogramme chargé. C’est encore le pauvre consommateur qui supportera cette nouvelle « charge » qu’il retrouvera dans une augmentation subite des prix, sans qu’il puisse faire quoi que ce soit.

On se rendra compte, aujourd’hui ou demain, que la gestion de la grève des dockers relève du « politiquement incorrect ». Après avoir commis l’erreur d’avoir usé – et abusé – de la force brute, les autorités ont voulu se racheter et même aller plus loin en tentant une sorte de « récupération » politique de ce dossier très sensible parce que touchant une seule frange de la société. Il fallait mettre un terme à la crise en faisant comprendre que c’est grâce à l’intervention « des plus hautes autorités de l’Etat », toujours sensibles aux problèmes des plus démunis. C’est ce qui justifie, en partie, la précipitation qui a caractérisé cette gestion de la grève, mais aussi la mise à l’écart des syndicats et leurs protestations contre les discussions directes entre les dockers et le ministère de l’Equipement.

Aujourd’hui que la question revient, avec la grève des dockers de la ville, les regards se tournent à nouveau vers la Présidence de la République. Avec cette interrogation: que faire pour que cesse cette réaction en chaîne. Car si le problème des dockers du port est en partie réglé, il reste que les revendications de leurs frères de la ville sont de même nature: « rvoud » (charger) vaut le même effort que « trouh » (décharger). En termes d’efforts physique, de misère, d’injustice, d’absence de vrais droits (assurance maladie ou autres), l’échelle des souffrances est la même.

Mais ce que doivent craindre les autorités maintenant ce n’est pas seulement de devoir céder à la pression des dockers ville, comme elles ont été obligées de le faire avec ceux du PANPA mais de voir cette grève faire des émules. D’autres corporations pourraient bien suivre le mouvement, comme on dit, pour réclamer, elles aussi, des droits spoliés depuis longtemps. Une réaction en chaine, en quelque sorte qui nous ramène toujours à cette expression : « rvoud wetrouh ». Actions et réactions.

Sneiba 

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