« Charlie Hebdo » : les connexions tunisiennes de Cherif Kouachi

cadetJeune Afrique : Le cadet des frères Kouachi, auteurs présumés de l’attentat contre Charlie Hebdo, a longtemps été lié à Boubaker El-Hakim, figure réputée du jihadisme tunisien.

Cherif, le cadet des deux frères Kouachi suspectés d’avoir commis l’attentat contre Charlie Hebdo, a-t-il fréquenté la mouvance jihadiste tunisienne ? S’il est encore trop tôt pour répondre avec certitude à cette question, il était en tout cas très proche de l’un de ses cadres, le Franco-Tunisien Boubaker El-Hakim.

Aujourd’hui âgé de 32 ans, Cherif Kouachi a connu Boubaker El-Hakim, âgé d’un an de moins, au début des années 2000, à l’époque de la « filière des Buttes-Chaumont », du nom d’un quartier du XIXe arrondissement de Paris où elle était implantée. Dirigée par Farid Benyettou, un jeune imam autoproclamé, celle-ci a permis l’acheminement de plusieurs Français en Irak pour y mener le jihad pendant et après l’invasion américaine de mars 2003.

Condamnés par la justice

Avec l’aide des services syriens, Boubaker El-Hakim réussit à gagner la ville irakienne de Falloujah. Selon Jean-Pierre Filiu, spécialiste de l’islam radical et auteur d’une étude approfondie sur la « filière des Buttes Chaumont », il se fait même remarqué en enjoignant, aux micros de RTL et de LCI, ses « potes du XIXe arrondissement » à le rejoindre pour « tuer des Américains ».

Mais en janvier 2005, l’aventure jihadiste tourne court. Benyettou est arrêté par les services français et Cherif Kouachi interpellé alors qu’il s’apprête à partir pour Damas. Boubaker El-Hakim est, lui, arrêté à son retour à Paris. Les trois islamistes radicaux sont jugés en mars 2008. Kouachi prend trois ans, Benyettou six, et Boubaker El-Hakim sept. Couvert par sa détention provisoire, le jeune Cherif ne retourne pas en prison et se fait oublier.

De son côté, El-Hakim bénéficie probablement d’une remise de peine et sort de prison en 2011. Il s’envole alors directement pour la Tunisie post-Ben Ali et trouve refuge dans une mosquée de Tunis gérée par les salafistes radicaux d’Ansar al-Charia. D’après les autorités tunisiennes, il participe à un trafic d’armes avec la Libye puis est directement impliqué dans les assassinats de deux figures de la gauche tunisienne, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

Katiba Okba Ibn Nafaa

« Boubaker El-Hakim a ensuite probablement quitté la Tunisie pour la Syrie à la fin de l’année 2013, explique David Thomson, journaliste à RFI. Le 18 décembre dernier, il apparaît dans une vidéo diffusée par un média officiel de l’État islamique dans laquelle il revendique ces deux assassinats. Il fournit aussi une autre information intéressante en disant qu’il a combattu au sein de la katiba Okba Ibn Nafaa avant de gagner la Syrie. » Basée dans la région montagneuse du djebel Chaambi, près de la frontière avec l’Algérie, ce groupe jihadiste lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a tué des dizaines de membres des forces de sécurité tunisiennes depuis fin 2012.

Reste maintenant à savoir si Boubaker El-Hakim est resté en contact avec Cherif Kouachi à sa sortie de prison, et surtout s’il l’a formé au combat. Sans que cette information soit vérifiée, l’idée que le jeune homme a effectué un séjour dans un camp d’entrainement jihadiste en Tunisie a circulé dans plusieurs médias et sur les réseaux sociaux. Une chose est sûre : les frères Kouachi, suspectés d’avoir commis l’attentat contre Charlie Hebdo, ont acquis une réelle expérience du maniement des armes avant de passer à l’acte.

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