Christine Lagarde, l’insondable directrice générale du FMI

Christine Lagarde, la patronne du Fonds monétaire international (FMI), a été entendue ce jeudi 23 mai par un juge parisien jusque tard dans la Christine Lagardesoirée. L’audition devrait reprendre ce vendredi 24 mai. La justice française veut savoir pourquoi, en 2007, alors qu’elle était ministre de l’Economie, elle a recouru à un arbitrage privé pour solder un contentieux sur l’achat d’Adidas entre le Crédit lyonnais et Bernard Tapie, l’homme d’affaires français.
Théoriquement, l’audition pourrait valoir à Christine Lagarde une mise en examen. Mais juridiquement, son choix d’un arbitrage privé n’est pas une faute. Il n’en reste pas moins qu’il avait permis à Bernard Tapie d’empocher 400 millions d’euros de deniers publics, lors du règlement d’un différend avec une banque publique française. Questions sur une procédure d’arbitrage Christine Lagarde a été entendue par la Cour de justice de la République en sa qualité d’ex-ministre. Elle ne serait pas légalement tenue de démissionner de son poste de directrice générale du FMI. Mais son éventuelle inculpation fragiliserait considérablement sa position au sein de l’institution de Washington. Classée en 2013 par le magazine américain Forbes parmi les femmes les plus puissantes du monde, Christine Lagarde devra s’expliquer sur sa décision d’arbitrage, qu’elle qualifie comme « la meilleure solution à l’époque ». Première femme à la tête du FMI Souriante, solide et insondable. Telle est l’image que s’est forgée Christine Lagarde et qui l’a amenée au sommet de l’institution dont elle est la première femme dirigeante. Propulsée à ce poste en 2011 à la suite de Dominique Strauss-Kahn, démissionnaire, elle a su donner au Fonds monétaire international un visage plus pragmatique et moins sulfureux. Fille d’enseignants, mère de deux fils, cette femme de 57 ans commence son ascension au cabinet d’avocats d’affaires Baker & McKenzie, un des premiers cabinets d’avocats mondiaux, dont elle prendra des années plus tard la présidence à Chicago. C’est aux Etats-Unis qu’elle passe une partie de sa vie avant d’être remarquée par la droite française. Un passage remarqué par Bercy En 2005, Christine Lagarde revient en France, où elle entame une carrière politique. Trois fois ministre, son dernier poste est à Bercy. Son adaptation à la scène politique n’est pas sans heurt. Elle juge le Code du travail français « trop compliqué », et elle conseille aux Français d’utiliser « leur bicyclette » quand le prix à la pompe se fait trop lourd. En arrivant au FMI, Christine Lagarde n’a rien changé de son franc-parler. Les Grecs et les Européens se souviennent encore de ses critiques acérées. Finalement, ce sont les pays émergents qui lui rendent hommage, louant son sens du management et sa capacité d’écoute. Choses dont le FMI avait bien besoin pour rebondir après l’épisode DSK.
La CJR, c’est quoi ?
Créée en 1993 sous la présidence de François Mitterrand, la Cour de justice de la République (CJR) est l’unique instance, en France, capable de juger des responsables de l’appareil d’Etat ayant commis des délits dans l’exercice de leurs fonctions (Premier ministre inclus). Elle se compose de douze parlementaires élus par l’Assemblée nationale et le Sénat : sept d’entre eux viennent actuellement des rangs du Parti socialiste, quatre sont de l’UMP et un de l’UDI (centre-droit). La CJR comprend aussi trois magistrats professionnels, issus de la Cour de cassation, mais qui se trouvent donc en minorité. C’est ce qui fait dire à ses détracteurs que cette juridiction est éminemment politique et forcément partiale. Ils ajoutent qu’elle ne va jamais au bout de ses convictions, puisque jusqu’à présent, aucune peine de prison ferme n’a été prononcée. De fait, sur les 39 dossiers déposés en vingt ans, seuls quatre ont été traités en entier. On se souvient surtout de l’affaire du sang contaminé, qui avait vu la relaxe de l’ancien Premier ministre Laurent Fabius et de l’ex-ministre des Affaires sociales Georgina Dufoix, alors que l’ancien secrétaire à la Santé Edmond Hervé était reconnu coupable mais dispensé de peine. Avant son élection, François Hollande avait promis de supprimer cette juridiction litigieuse.

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